Cette étude devait être le deuxième volet d’une série critique sur le technosolutionnisme (voir le premier volet). Le phénomène du « green-backlash » (ou retour de bâton antiécologique) recomposant la donne politique à une vitesse fulgurante, il est paru nécessaire de l’adapter par rapport au contenu initialement prévu, à l’aune de cette nouvelle réalité.

Préface

L’impulsion de cette étude part d’un travail réalisé lors d’un bachelier à l’Université de Princeton. Son département d’environnement ayant été, comme celui de nombreuses universités « d’élite », coopté par des compagnies pétrolières[1], le discours qui nous y était servi était résolument technosolutionniste : inutile de remettre en cause le modèle de croissance capitaliste, grâce aux technologies vertes et l’intégration du capital naturel dans le dynamisme du marché, celui-ci est le meilleur garant d’un avenir écologique désirable. En tant qu’étudiant politisé au sein du mouvement de justice environnementale, héritière de la critique altermondialiste de la mondialisation néolibérale, il m’avait semblé nécessaire de prendre le temps d’une réfutation méthodique de ce cadre discursif.

D’autant que ces discours constituaient le cadre de référence dominant par lequel les dirigeants occidentaux prenaient en charge la question des crises environnementales. C’était en 2016. L’accord de Paris venait d’être signé, annonçant un vent d’optimisme alors que, en absence de mesures contraignantes, le respect des objectifs fixés reposait sur les promesses chimériques d’émissions négatives d’ici la fin du siècle. L’OCDE et l’Union Européenne misaient sur l’idéal d’une croissance verte découplée des dégradations environnementales (la 1ère conférence sur la post-croissance au Parlement Européen en 2018 illustrant le refus inflexible de ses bureaucrates d’admettre la première once de critique systémique). Le Brexit, la première élection de Trump aux États Unis, puis de Bolsonaro au Brésil étaient vues comme des interruptions temporaires à l’ordre libéral dont l’hégémonie serait rapidement rétablie.

Les lignes de démarcation étaient claires : d’un côté, les défenseurs du « Business as Usual » – multinationales et ultra-riches, politiciens et technocrates, intellectuels et journalistes – et de l’autre la coalition nébuleuse de mouvements sociaux, syndicats, ONG, paysans, peuples indigènes, soulèvements populaires, mobilisations citoyennes attachés à la défense de la Terre et des biens communs, clamant qu’un autre monde était possible. Le technosolutionnisme apparaissait alors comme le pendant idéologique de ce premier camp, une justification défensive de l’ordre établi dans un espace public structuré par l’attente d’action climatique. Il paraissait alors utile d’en poursuivre la critique, particulièrement en 2018-2019, pour éviter que le mouvement climat ne se fasse trop facilement récupéré par des promesses de greenwashing sans réelles effectivité.

Mais cette critique est-elle encore pertinente en 2025, à l’heure du « greenbacklash » – cette contre-offensive réactionnaire sapant non seulement les quelques mesures écologiques arrachées par cette période de mobilisation, mais la légitimité même d’exiger une bifurcation écologique ? Comme le résume un récent ouvrage sur le sujet : « le greenwashing partait au moins de la légitimité de l’alerte écologique ; l’actuel greenbacklash est frontal et décomplexé. Il ne s’agit plus de l’enfumage de promesses et de beaux discours, mais désormais de virulentes attaques pour balayer tout ce que l’écologie représente »[2].

Comment penser ce changement ? Dans un ouvrage important de 2018 (Wainwright & Mann), deux politistes étatsuniens avaient cherché à comprendre quel ordre politique mondial pourrait émerger face à la crise climatique. Ils proposaient un cadre théorique composé de quatre futurs possibles, chacun reposant sur une forme différente de souveraineté et de réponse au réchauffement :

* Climate Leviathan : une souveraineté mondiale libéral-capitaliste imposant des régulations climatiques planétaires, basée sur une gouvernance mondiale renforcée (ONG, institutions internationales, États-Unis, ONU), un marché du carbone et des innovations technologiques permettant de maintenir le capitalisme au prix d’une forte surveillance et gestion technocratique. Bien que le plus probable aux yeux des auteurs, il leur paraissait insuffisant pour résoudre la crise car il ne remettait pas en cause les structures productivistes.
* Climate Behemoth : un scénario réactionnaire et nationaliste caractérisé par un rejet de la coopération internationale, une exacerbation du populisme anti-écologiste, une défense de la souveraineté nationale au détriment du climat et un négationnisme climatique. Un scénario de montée des nationalismes refusant toute limitation de leur liberté économique.
* Climate Mao : une planification anticapitaliste, inspirée des révolutions anti-impérialistes du XXème siècle, reposant sur un modèle étatique centralisé coordonnant un effort collectif massif pour redistribuer les richesses et restructurer la société.
* Climate X : une économie post-croissance dépassant simultanément le capitalisme et l’autorité souveraine centralisée, promouvant des solutions locales et autonomes au service de la justice climatique et la solidarité transnational. Un futur basé sur l’émancipation, la justice sociale et l’autogouvernance – voie que les auteurs considèrent la plus désirable, mais la plus incertaine.

Selon ce schème, l’on pourrait qualifier ce que nous sommes en train de vivre, comme le moment où le léviathan climatique libéral et technosolutionniste se fait rattraper par le béhémoth climatique réactionnaire – du moins en Europe.

Rappelons-le, bien qu’il se présente comme un mouvement populaire, ce backlash est avant tout le fruit d’élites de droite et d’extrême droite pour qui les quelques régulations écologiques obtenues par les mobilisations climat allaient déjà trop loin[3]. « Le greenbacklash est la réaction d’acteurs et de groupes d’intérêts financiers et technologiques qui refusent les logiques redistributives qu’impliquerait une transition réelle, qui baignent encore dans des rêves de puissance virile et suprémaciste, qui désirent, quoi qu’il en coute, attirer et maximiser encore les capitaux internationaux volatils »[4].

Bien que cette désinhibition des droites produise un espace public beaucoup plus hostile à l’écologie, il opère une clarification salutaire. L’essence du technosolutionnisme consistait à nier toute contradiction entre croissance économique et écologie. Dans le contexte présent de contraction économique, les masques tombent. Ceux-là mêmes qui entretenaient la supercherie finissent, de fait, par reconnaitre qu’il « n’y a pas d’aménagement écologique possible du système actuel intrinsèquement fondé sur la croissance »[5], pour mieux camper sur une défense du système.

Ainsi, ce virage autoritaire d’une partie des élites patrimoniales et politiques constitue le désaveux le plus éclatant du technosolutionnisme et sa promesse de réconcilier économie capitaliste et écologie. Évidemment, ces discours persistent encore dans certaines instances du « léviathan climatique » – au GIEC par exemple, et ses modèles basés sur l’idée d’un dépassement des seuils d’émission (Malm & Carton, 2024 – nous y reviendront). Il n’est donc pas inutile d’en retracer la généalogie critique, tout en comprenant que dans ce moment de recomposition profond, il a perdu son statut de discours hégémonique. D’où la présentation de cette étude comme un « requiem » – permettant de dresser le portrait critique de cet ancien adversaire, tout en se préparant à penser les moyens de riposte aux forces du greenbacklash qui l’ont abattu.

Introduction

Les réponses aux bouleversements écologiques des 40 dernières années peuvent être classées suivant deux grandes postures.

La première suit le slogan « changez le système, pas le climat ». Elle appelle à contester les institutions économiques, politiques et culturelles existantes pour en refonder de nouvelles, alignées avec les exigences écologiques du système Terre ainsi qu’un idéal de justice et d’émancipation sociale. Les solutions privilégiées marquent un réinvestissement de la sphère publique et des communs (la sphère autonome) contre la privatisation, une recherche de sobriété dans la consommation de matière et d’énergie, et une valorisation d’interventions techniques inspirées par les principes du vivant. Relocalisation de la production et bascule vers des modes de transports collectifs, végétalisation et débetonisation des villes, réduction de la consommation de viande, agroécologie et restauration des sols et des écosystèmes (forestiers et marins), bâtiments passifs et matériaux biosourcés, conservation et réutilisation des eaux, low-techs, énergies renouvelables, la liste est longue et les exemples inspirants ne manquent pas (Schutter & Dedeurwaerdere, 2024).

Dans leur diversité, ces solutions sont sous-tendues par un présupposé commun : l’idée qu’un problème ne peut être résolu par le même type de pensée qui l’a engendré. Cette prémisse implique une posture critique vis à vis du statut quo productiviste et consumériste. Il questionne le sens de la poursuite de la croissance comme horizon indiscutable. À qui profite réellement ce projet d’accumulation sans limite ?

Certains pas aux terres et aux peuples victimes de l’exploitation et des spoliations dont cette croissance dépend. Pas non plus à la minorité privilégiée qui alimente la croissance par sa consommation, cible d’un projet d’hypertrophie des désirs qui fait miroir, par le trop plein, au trop peu des premiers. Les êtres humains se retrouvent, dans les deux cas, dépossédés des moyens de leur plein épanouissement, soit par le manque objectif, soit par la production artificiel d’un sentiment généralisé d’insatisfaction nécessaire pour accélérer toujours plus la circulation de marchandises. L’impératif d’un changement systémique n’est pas qu’écologique, mais aussi social, puisque les humains se retrouvent mis au service d’un système dont les fins sont divorcées d’une réponse réelle à leurs besoins. Désavouant la société de consommation comme aliénante et dénonçant les inégalités qu’elle exacerbe, les tenants de ce camp défendent un idéal de justesse dans les buts de l’activité productive et de justice dans son organisation et la répartition de ses fruits.

Face à la folie d’un système hors de contrôle, ce camp invite à revenir aux questions fondamentales de l’économie politique: De quoi avons-nous vraiment besoin ? Qu’est-ce qui fait sens de produire dans un contexte de limites planétaires ? Pour qui, par qui, pourquoi, et comment ? Autant de questions confisquées au débat démocratique par un mode de production qui les a confiées aux arbitrages du marché, et que les crises environnementales invitent à réinvestir (Derenne & Petit, 2024).

Ces crises apparaissent alors comme l’occasion d’un examen critique des causes structurelles qui les ont engendrées – une forme de « feedback » (boucle de rétroaction) invitant à remettre en cause les dynamiques qui participent au dérèglement des systèmes planétaires: industrialisation à outrance et productivisme sans limite, colonisation et marchandisation du monde, rationalité scientifique mécaniciste, défiance masculiniste vis à vis du corps et de la vulnérabilité qu’implique la condition terrestre. Leur dépassement implique de reconnaitre l’intrication indérogeable des sociétés humaines dans une toile d’interdépendances qui rendent la Terre habitable. Renoncer à l’hybris d’une société délivrée de ces attaches ne serait ni un sacrifice ni un renoncement, mais plutôt un dégrisement permettant de retisser des liens de solidarité entre les êtres humains et de réciprocité avec les autres qu’humains. Un tel changement de cap, guidé par une posture d’écoute, de curiosité, et de respect, s’avérerait salutaire aussi bien du point de vue écologique que du point de vue de l’émancipation et l’épanouissement humain.

Aujourd’hui, cette posture s’incarne principalement dans des « utopies concrètes » préfiguratives : éco-villages et éco-lieux, fermes agro-écologiques et coopératives de travail, occupations de terres et zones à défendre; autant de lieux qui démontrent, par l’expérience concrète, qu’il est possible de vivre, et de vivre bien, autrement. Tout le défi reste à savoir comment y arriver à l’échelle d’une société tout entière: comment bifurquer ? Question déjà complexe mais qui devient de plus en plus épineuse, à une époque où les forces hostiles à ce projet deviennent de plus en plus virulentes et le « retour du géopolitique » entraîne une intensification des conflits et la compétition économique entre grandes puissances. La distance qui sépare le monde d’aujourd’hui du monde auquel ce camp aspire peut paraître écrasante, et ses aspirations idéalistes, alimentant les critiques venant de la deuxième posture.

Celle-ci consiste à rejeter toute remise en question substantielle de l’ordre établi, appelant au contraire à une surenchère de ses dynamiques. Cette citation des auteurs du Breakthrough Institute, sur lequel nous reviendrons, en exprime la quintessence: « la solution aux conséquences involontaires de la modernité est, et a toujours été, plus de modernité, tout comme les solutions aux conséquences involontaires des technologie a toujours été plus de technologie. » Loin d’être fondamentalement opposées à la défense de l’environnement, la croissance économique et le progrès technique peuvent être réorientées pour en devenir les meilleurs alliés.

Derrière cette posture se dévoile une logique high tech faite de maîtrise et de contrôle, un imaginaire d’abondance énergétique permettant d’universaliser les modes de vie consuméristes à l’ensemble de la population mondiale. Électrification des transports et des objets du quotidien, smart grids optimisées par l’IA, nucléaire et hydrogène, biotechnologies et agriculture « de précision », désalinisation massive, capture de carbone et géoingéneurie – toute une panoplie de techniques promettant d’augmenter le monde d’aujourd’hui, substituant sa base matérielle par des énergies décarbonées pour ne rien changer à son organisation sociale.

Selon les tenants de cette posture, il serait illusoire d’imaginer pouvoir changer les systèmes en place, car ceux-ci ne sont que le reflet d’une nature humaine fondamentalement énergivore, expansionniste et consumériste. Pire, remettre en cause le progrès technique et le marché – ces mêmes forces qui ont permis d’élever des milliards d’humain hors de la pauvreté – serait profondément inconscient et injuste envers toute cette frange de l’humanité qui n’en bénéficie pas encore et aspire à la sécurité et aux conforts modernes. En mobilisant ces arguments, ces discours s’ancrent dans un grand récit d’ascension et son imaginaire de révolte et de transgression : la destinée de l’humanité est de s’émanciper de sa vulnérabilité face à une nature inhospitalière.

Les crises environnementales ne représentent ainsi pas une limite fondamentale devant laquelle il faudrait se plier, mais une occasion de plus d’exercer le génie et l’inventivité qui font la dignité de la condition humaine. Cet esprit d’inventivité, audacieux et visionnaire, a permis à l’espèce d’outrepasser des limites environnementales de nombreuses fois par le passé: pourquoi devrait-il en être autrement aujourd’hui ?

Si les incarnations les plus caricaturales de cette posture restent marginales – transhumanisme, géoingénierie, colonisation spatiale – son message de base restait, jusqu’à peu, hégémonique dans les sphères de pouvoir : il n’y a pas de contradiction entre croissance et écologie. Elle se reflète dans les plans d’action des grandes puissances vis à vis du climat – (le feu) Green New Deal aux États Unis, Pacte Vert en dans l’Union Européenne, la Green Silk Road de la Chine – dont l’enjeu réside plutôt dans le positionnement stratégique en tête de file de nouveaux marchés en pleine expansion que d’adresser le problème à la racine. Il en va de même pour la plupart des modélisations climatiques du GIEC, où le terme de sobriété ne commence que récemment à faire une timide apparition, et dont l’essentiel des projections font reposer la capacité à respecter les accords de Paris sur le déploiement de technologies de capture de carbone à un rythme et une échelle assez peu crédible.

Si le camp écologiste affronte un défi de crédibilité quant à la faisabilité sociale des bifurcation qu’il invoque, ce camp affront le défi de faire la preuve que ces innovations technologiques permettent réellement d’infléchir les dynamiques écocidaires de nos sociétés actuelles, en prenant en compte les conséquence de second ordre de ces innovations.

Ainsi, les rêves des uns font le cauchemar des autres. Les premiers, appelons-les « prophètes », voient dans les seconds, les « magiciens », une forme d’immaturité, voire d’hybris prométhéenne qui ne fait que nous enfoncer toujours plus loin dans l’impasse, tout en faisant perdre un temps précieux en pourchassant des chimères au lieu d’engranger les réformes structurelles nécessaires pour changer de cap. Les magiciens, quant à eux, incriminent les remontrances des prophètes comme une abdication honteuse des plus hautes qualités de l’humanité au profit d’un primitivisme béat devant une nature mythifiée. Incapables de faire preuve d’optimisme ou d’imagination, leur vision ne peut qu’ouvrir sur un imaginaire triste, fait de sacrifices et de résignation.

Ces termes – prophète et magicien – permettent de personnifier cette polarisation si structurante dans les débats sur l’avenir de l’humanité face aux défis environnementaux. Ils proviennent d’un ouvrage du journaliste étatsunien Charles Mann (2018), qui les mobilise pour retracer les grandes positions historiques vis à vis de quatre grandes problématiques écologiques : l’agriculture, l’eau, l’énergie, et le climat. Son point de départ repose sur une biographie croisée de deux « pères », deux figures partiellement oubliées du XXème siècle mais dont l’influence fut déterminante dans la délimitation des positions lors de la montée en puissance des débats environnementalistes.

Le premier, l’écologiste William Vogt (1902-1968), représente une approche « prophétique » de sobriété et de limitation. Témoignant des crises écologiques dans un ouvrage précurseur – Road to Survival – il alertait déjà, en 1948, sur les dangers de l’exploitation excessive de l’environnement, plaidant pour la réduction de la consommation, le respect des limites planétaires, et une réorientation vers des modes de vie durables. Dans cette vision, les limites écologiques n’étaient pas négociables, la préservation des écosystèmes devant passer par une limitation des impacts humains.

Le second, l’agronome Norman Borlaug (1914-2009) à l’origine de la Révolution Verte, incarne l’approche du “magicien”. Ses semences améliorées ayant permis, à grand renfort d’engrais et d’irrigation, d’accroître les rendements agricoles de manière spectaculaire, il voyait en la science et la technologie les meilleurs moyens de déjouer les limites naturelles. Plutôt que de réduire les activités humaines, son approche optimiste misait sur l’augmentation de l’efficacité et sur l’exploitation des ressources de manière plus intelligente pour surmonter les cirses environnementales. L’ingéniosité de l’humanité étant sans limites, celle-ci lui permettrait de continuer à croître sans entrave tout en minimisant son impact sur la planète.

Ces deux termes – le prophète et le magicien – offrent un premier axe conceptuel, articulé à la notion de limite écologique, qui en appelle un deuxième, politique, pour arriver à plus de finesse dans l’analyse. Car en effet, cette sensibilité prophétique a pu donner lieu à des propositions très conservatrices sur-focalisé sur la question démographique au nom de la conservation des ressources. Dominant les réflexions environnementales dans la période d’après-guerre, ce néo-malthusianisme élitiste a notamment permis de rediriger la critique de la surconsommation des pays du Nord vers une méfiance réactionnaire des populations pauvres et racisées des pays du Sud, se traduisant souvent par des programmes de contrôle des naissances (Robertson, 2012). On ne saurait mettre ce néomalthusianisme réactionnaire dans le même panier que l’écologie politique, dont une des tâches importantes, lors de sa consolidation dans les années 1960 et 1970, était de s’en distinguer en couplant son discours alarmé sur les limites à une dénonciation critique des structures de pouvoir responsables des inégalités de développement à partir d’un idéal d’émancipation (Gorz, 2020).

De la même manière, la foi du magicien dans la science et la technologie se manifeste aussi bien à droite, dans les tentatives de justifier en leur nom la poursuite de la croissance, qu’à gauche, où une critique de la croissance sous sa forme capitaliste n’entraine pas forcément un rejet d’une gestion centralisée, techniciste et productiviste de l’activité économique (Audier, 2019). Ce fut un autre enjeu dans l’émergence de l’écologie politique que de se distinguer de ces dernières, hégémoniques à l’époque où l’Union Soviétique donnait encore le ton (Audier, 2017). Si la condition minoritaire des gauches organisées aujourd’hui rend ce débat interne moins visible ou moins prioritaire, il perdure dans les sphères universitaires avec d’autres termes, les tenant d’un « communisme de luxe entièrement automatisé » (Bastani, 2019) s’opposant aux tenants de la post-croissance (D’Alisa et al., 2015).

En rajoutant ainsi un deuxième axe politique, opposant un pôle critique et émancipateur à un pôle conservateur légitimant les hiérarchies sociales, au premier, l’on obtient la cartographie suivante :

À partir de là, il est possible d’énoncer le cadre de cette étude, ainsi que quelques clarifications importantes. Celle-ci vise à faire dialoguer le cadrant de l’écologie politique avec celui du technosolutionnisme, et plus précisément d’énoncer la critique du premier, minoritaire, vis à vis du second, hégémonique. Il ne s’agira pas d’une critique du techno-optimisme en générale (la posture du magicien) qui inclurait une réponse à l’aile gauche de ce camp, et entrainerait la discussion sur un débat technique.

Car le technosolutionnisme est plus qu’un techno-optimisme – cette foi magicienne dans la science et la technologie. C’est avant tout un discours politique visant à légitimer la poursuite de la croissance et les inégalités qu’elle génère et délégitimer la critique, venant de l’écologie politique, du bienfondé de ce projet. C’est justement ce qui le distingue du techno-optimisme de gauche, qui partage avec l’écologie politique la critique de l’irrationalité de la croissance capitaliste, mais s’imagine pouvoir réaiguiller son appareillage technique, lorsqu’il sera libéré de l’injonction à servir l’accumulation infinie du capital, vers des fins émancipatrice. Si les deux camps techno-optimistes partagent une chose, c’est le geste d’enfermer toute critique dans la case du néo-malthusianisme réactionnaire, niant la possibilité du quatrième pole de l’écologie politique afin de rendre inaudible les futurs caractérisés par la sobriété et l’autolimitation négociées de manière émancipatrice.

L’enjeu, dans le débat entre écologie politique et technosolutionnisme est politique, puisqu’il s’agit de visions contestées des priorités et des grandes orientations de la vie en commun et de leurs institutionnalisation dans la sphère économique. Les « technologies de rupture » qu’agitent les technosolutionniste agissent comme une leurre pour détourner l’attention de ce débat. Réacteurs nucléaires de nouvelles générations, voitures électriques, hydrogène, semences génétiquement modifiées, particules de souffre disséminées dans l’atmosphère, bars de fer pour fertiliser les océans – la source est intarissable, et chaque tentative d’illustrer les insuffisances ou les conséquences indésirables de telle ou telle technique ne fera que reporter les espoirs sur la prochaine, et laissera indemne le cadre argumentatif même dans lequel le débat a lieu.

Cette étude aura ainsi comme parti pris de ne pas rentrer dans ce piège, et de répondre au technosolutionnisme principalement en des termes politiques, historiques, et philosophiques. Le gros du travail résidera dans une analyse historique des conditions d’émergence des discours technosolutionniste dans les années 1980, répondant d’une part, au paradigme régulationniste de l’environnementalisme institutionnel, et d’une autre, à la critique écologique systémique des années 1960 et 1970. Puisque le technosolutionnisme mobilise des affects et des imaginaires qui dépassent ce cadre temporel restreint, cette partie historique sera précédée d’un petit excursus philosophique. Enfin, une dernière partie offrira quelque pistes d’auto-défense pour écarter le débat technique. Pour un démonstration plus approfondie de cette dernière dimension, l’on renvoie au premier volet de ce duo d’études.

 

Philo-histoire du technosolutionnisme

L’attitude Prométhéenne

La question de l’historicisation du technosolutionnisme offre comme première difficulté l’embarras de savoir où situer son commencement. Puisque des contestations et des résistances à l’extractivisme et l’industrialisation sur base d’argumentaires « proto-écologiques » étaient présent dès ses début (Audier, 2017; Bonneuil & Fressoz, 2016), ceux qui en tiraient profit ont très tôt du développer des contre-discours pour les justifier.

Prenons un cas particulièrement illustrateur :

« Une quantité considérable de bois est nécessaire à la construction des édifices et des machines, et à la réduction des minerais. La disparition des bois et des forêts entraîne celle des oiseaux et des bêtes qui, pour la plupart, fournissent à l’homme une nourriture riche et agréable. Les eaux des lavoirs à minerais empoisonnent fleuves et rivières et font périr ou chassent les poissons. Les habitants des régions minières, à cause de la dévastation des champs, des bois, des forêts, des rivières et des fleuves, éprouvent les plus grandes difficultés à vivre ; la destruction des bois oblige à employer d’autres matériaux plus chers pour la construction des bâtiments. Il est évident pour tous ces gens que les exploitations minières causent plus de détriments qu’elles ne procurent de bénéfices. »

Comme le remarque le philosophe Fabien Scheidler (2020), cette description correspond « à la virgule près » à ce qui se joue aujourd’hui dans les territoires miniers en Inde, au Pérou, ou au Congo. Or, il s’agit d’un traité du métallurgie, De Re Metallica, écrit par le médecin et apothicaire Gergius Agricola en 1556, notamment à partir de son expérience dans les grandes mines d’argent en Bohême. S’il résume les griefs des opposants à l’exploitation minière, c’est surtout pour les balayer d’un revers de la main et mieux appuyer sa défense de l’industrie : « s’ils n’étaient pas en possession de métaux, les hommes passeraient une vie des plus pénibles et des plus misérables, parmi les bêtes sauvages. » Et il poursuit : « Avec les métaux tirés de la terre, on peut se procurer ailleurs d’innombrables oiseaux, bêtes bonnes à manger, poissons, et les faire venir dans ces lieux montagneux. »

Les résonances entre ces quelques phrases, vieilles de presque 500 ans, et les refrains technosolutionnistes d’aujourd’hui sont frappantes, et nécessitent donc quelques précautions pour éviter des anachronismes. Bien qu’il ne s’agisse pas encore de technologie à proprement parler, l’essence de l’argumentaire y est rendue à l’état pur : par la puissance et la richesse acquises en exploitant la Terre et le vivant, il sera possible de réparer les conséquences de cette exploitation.

Débobiner le fil de cet énoncé nous renverrait jusqu’à l’antiquité, dans un rapport à la nature que l’on peut nommer, suivant le philosophe Pierre Hadot, de prométhéen[6]. Titan puni par les dieux pour avoir partagé le feu de la connaissance et de la technique avec les mortels, Prométhée et son mythe fait tenir ensemble un certain nombre de schèmes puissants qui font le terreau de l’imaginaire technosolutionniste. [1] L’injustice d’un ordre cosmique ayant livré l’humanité à une nature hostile, [2] la blessure de la condition d’être vulnérable et [3] la soif révoltée de vengeance : le but est de [4] s’élever à la place des dieux (ascension, infini mais aussi maitrise, invulnérabilité), [5] le savoir technique (issue du feu) et les machines qu’il engendre en sont les moyens. Ces moyens sont à la fois [6] glorifiés pour la puissance qu’ils procurent et en même temps [7] recèlent d’un affect transgressif : il s’agit de savoirs volés, illicites, teinté de ruse, de manipulation et, si nécessaire, de violence – justifiée dans la mesure ou ses fruits sont mis au service de la libération universelle. Ainsi, [8] c’est en sa qualité de sauveur démiurgique de l’humanité que Prométhée puise tout le poids de sa force morale et la légitimation de ses transgressions.

Pourquoi souligner cette dimension mythique ? Parce que le débat autour de la technique n’est jamais seulement technique – le concept est surchargé des éléments de ce récit plus profond, et une grande partie de la performativité des discours technosolutionniste tient justement dans leur capacité à les mobiliser. Il suffit de voir à quel point ces discours se réfèrent aux écrits panglossiens d’un Steven Pinker ou d’un Max Roser (du site Our World in Data). Ces auteurs encensent les améliorations substantielles dans les conditions de vie à l’échelle mondiale au cours des 200 dernières années pour appuyer une défense optimiste du progrès humain fondé sur la science, l’innovation technique et l’économie de marché.

Derrière leur apparente neutralité empirique, réfutée par différentes voix critiques[7], ces discours sont particulièrement bien adaptés à une défense du statut quo. Ils mettent en scène ce grand récit Prométhéen, originellement porté par la bourgeoisie industrielle du 19ème siècle, d’un affrontement entre une nature indomptée, principal antagoniste et source de tous les maux, et une humanité unifiée œuvrant vers un but commun d’abondance matérielle et de puissance technique (Audier, 2019). Comme nous l’avons démontré avec l’ouvrage de Bill Gates, ce récit a un effet profondément dépolitisant, puisqu’il évacue toute analyse critique des rapports de domination et d’exploitation entre populations humaines et les dynamiques historiques dialectiques qui lient l’enrichissement des uns à la dépossession des autres (sur lesquels nous reviendrons à la fin de l’étude). Dans ce récit, s’il réside encore des populations exclues de cette abondance et cette puissance, c’est que le dynamisme de l’innovation et du marché n’ont pas encore réussi à les atteindre, mais cela ne saurait tarder et, si l’histoire suit son cours, elles seront accessibles à tous.

Répondre au doute

Si le technosolutionnisme exprime cette attitude Prométhéenne et s’appuie sur son imaginaire, ce serait une erreur de l’y réduire. Car l’on noierait alors ses spécificités dans une notion trop générale, perdant de vue les conditions socio-historiques précises qui lui ont donné naissance. Pour comprendre ce qui le distingue de cette catégorie plus générale, prenons comme contre-exemple deux discours qui incarnent cette attitude Prométhéenne de manière encore trop précoce pour parler réellement de technosolutionnisme, tout en nous rapprochant de la période historique pertinente.

La première constellation de discours – que l’anthropologue James C. Scott a appelé haut modernisme autoritaire – est sûrement l’expression historique la plus parachevée de ce attitude Prométhéenne (Scott, 2021). Atteignant son apogée dans la première moitié du XXème siècle, cette idéologie aspirait à l’administration totale et systématique de la nature et de la société, animée par une confiance suprême dans le développement du savoir scientifique et technique. Portée par des figures de tous bords politiques, de Walther Rathenau, Robert McNamara ou Le Corbusier, à Vladimir Lénine et Leon Trotski, en passant par le Shah d’Iran ou Julius Nyerere, elle recélait une aspiration à la fois progressiste et totalisante de refonder tous les aspects de la vie social afin d’améliorer la condition humaine.

Dans la continuité de cette idéologie, l’utopisme atomique étatsunien du début des années d’après-guerre offre une deuxième constellation de discours Prométhéen (Fressoz, 2024). Ses auteurs ont hérité d’aspiration technocratique du haut modernisme autoritaire en lui proposant une base énergétique : le surgénérateur nucléaire. Contrairement au charbon et au pétrole, dont ils prédisaient l’épuisement à terme, ainsi que la fission nucléaire basée sur l’uranium, dont les réserves étaient jugées trop rares, le surgénérateur nucléaire, par sa capacité à produire plus d’isotopes fissiles qu’il n’en consomme, pouvait fournir une abondance énergétique à très long terme ouvrant un imaginaire optimiste de maîtrise et de croissance quasiment sans limite. Cette abondance « permettrait de désaliniser l’eau des océans, de fabriquer des engrais azotés et de transformer ainsi de vastes étendues arides en terres agricoles ; elle permettrait aussi d’extraire des minerais, de les raffiner, de recycler les métaux à l’infini et de protéger l’environnement » (Fressoz, 2024, pp.182). L’humanité aurait alors enfin trouvé son feu Prométhéen, lui permettant de s’élever à un plan d’existence délivré des limites planétaires, comme l’exprime ce graphique de Marion King Hubbert dans un document prospectif sur l’avenir énergétique pour l’Académie des Sciences américaine.


(M. K. Hubbert, « Nuclear energy and the fossil fuels », Shell Development Company, no 95, 1956.)

Ce moment historique est particulièrement intéressant, dans la mesure où il était contemporain des premières alertes écologiques des « prophètes » écologiques comme William Vogt et Henry Osborn, dont les ouvrages (Road to Survival et Our Plundered Planet) sortent en 1948. L’idée d’une abondance énergétique inépuisable presque à portée de main, porté par cet atomisme utopique, a servi de clé de voute aux premières réactions de décrédibilisation vis à vis de ces alertes sur les limites.

D’après Charles Mann, l’un des premiers manifestes du credo « magicien » se trouve dans la réponse à Vogt du directeur de la Division des Sciences Naturelles de la Fondation Rockfeller, Warren Weaver. Pour ce mathématicien, la seule véritable limite qui s’impose à l’humanité est énergétique, et toute énergie provient, in fine, de réaction nucléaire. L’industrie nucléaire ne lui paraissant pas encore assez développée à ses yeux, la seule source énergétique pertinente était donc celle du soleil, qui pourrait théoriquement fournir une énergie nécessaire pour soutenir, avec un niveau de vie d’un américain moyen, 40 fois la population mondiale de l’époque (2 milliards). Puisque personne ne voudrait vivre dans un monde à 80 milliards d’habitants, la vraie limite de la condition humaine n’était pas la capacité de charge de la terre, mais le fait que l’humanité n’était pas en mesure de capter l’abondance énergétique déjà là, offerte par le soleil (Mann, 2018, p. 173).

Pour autant, il serait anachronique de parler déjà de technosolutionnisme. Le haut modernisme autoritaire exprimait une confiance prométhéenne à son apogée, qui ne souffrait pas de l’ombre d’un doute sur le bienfondé de son projet de rationalisation, par la technique, de la nature et de la société. (D’une certaine manière, la première vague de critique écologique d’après-guerre étaient formulée en réaction au dérives de ses projets). Quant à l’utopisme atomique, il s’agissait d’un lobby assez minoritaire, dont le but principal n’était pas de défendre le statut quo contre ces premières critiques environnementales, mais plutôt d’instrumentaliser ses alertes sur les limites des ressources (notamment fossiles) afin de légitimer l’industrie nucléaire. L’optimisme triomphant des années d’après-guerre dans la croissance et le progrès technique n’avait pas besoin d’être défendu. Il est d’ailleurs frappant que la futurologie des utopistes atomique et le rêve d’abondance énergétique du nucléaire tombèrent en désuétude vers la fin des années 80, au moment même où les discours que l’on pourrait proprement qualifier de technosolutionnistes montèrent en puissance.

Un gouffre historique important sépare ces deux décennies : une rupture radicale dans l’horizon d’attente des sociétés industrialisées qui donne la clé de compréhension du réel enjeu du technosolutionnisme. Cette rupture, le sociologue allemand Ulrich Beck l’a nommée par le terme de Société du Risque (1986). Réagissant notamment à l’accident nucléaire de Three Mile Island en 1979, et paru quelques semaines avant l’accident de Tchernobyl en 1986, son ouvrage séminal proposait une partition de la modernité entre une première phase, caractérisée par le projet de domination de la nature par la rationalité instrumentale, et une seconde phase contrainte de réagir au conséquences négatives et involontaires engendrés par la première. Les historiens de l’environnement ont, à juste titre, critiqué l’effacement des réflexivités environnementales de la « première modernité » que le concept opère (Fressoz, 2012, 2015). Pour autant, il permet de nommer la perte de foi dans la planification, la rationalité scientifique et l’innovation technique qui s’est jouée dans la montée en puissance des alertes écologique des 60 et 70. Comparé à la confiance du haut modernisme autoritaire du début du XXème siècle, la société du risque nommait l’introduction d’un horizon d’incertitude où la foi dans la science et la technique avait perdu sa dimension d’évidence, puisque l’emballement des conséquences imprévues de leur développement, en l’absence de contrôle, pouvait provoquer des catastrophes.

C’est dans ce contexte qu’il s’agit de comprendre le technosolutionnisme à proprement parler – comme un discours idéologique de réaction à cette perte de foi, concomitant au tournant néolibéral des années 80, visant à réaffirmer la légitimité du modèle de croissance capitaliste.

Le moment 1972

Pour en prendre un peu mieux la mesure, resituons rapidement différents foyer du cette conscience environnementale.

Les nouveaux mouvements sociaux des années 60 en constituent un premier, massif et diffus, qui politisent les discours d’alerte « prophétiques » sur les limites (souvent conservateurs) de l’après-guerre en les reliant à une critique plus générale des modes de vie consuméristes ainsi qu’à un horizon de transformation sociale émancipateur. Il dessine un espace associatif, syndical et militant ancré dans une défense des milieux de vie contre les menaces de l’industrialisation et l’urbanisation – un environnementalisme local, globalisé par la dimension transnationale de ce mode de développement. Le succès retentissant de la première journée de la Terre aux États-Unis en 1970 est salué comme la massification de cette préoccupation, avec comme emblème la première image de la planète entière vue depuis l’espace, publiée en 1972 (Benson, 2020; Mahrane et al., 2012; McNeill, 2010; Montrie, 2018).

Par contraste à cet environnementalisme globalisé perdure, en continuité avec le duo élitiste préservationnisme-conservationnisme du début du XXème siècle, un environnementalisme « à échelle globale », porté par des experts technocratiques ayant comme ambition un pilotage rationnel et centralisé du « vaisseau terre » (Höhler, 2015; McNeill, 2010; Selcer, 2018). Le célèbre rapport du Club de Rome sur les « Limites à la Croissance » de 1972 exemplifie cet approche, alertant contre les conséquences potentiellement désastreuses d’une croissance non-maîtrisée. Il est important de souligner que ce plaidoyer venait du cœur même de l’OCDE (le Club de Rome ayant été largement composé d’un de ses groupes de travail prospectifs sur la science et la technologie) – le doute dans le bienfondé de ce modèle ayant pénétré même les plus hautes sphères des instances qui en avait été les principaux architectes et défenseurs (Schmelzer, 2017).

La conférence de Stockholm sur l’environnement humain signe l’apogée de ce « moment 1972 » en inaugurant un nouvel agenda écologique international – instituant le Programme des Nations unies pour l’environnement (UNEP) afin à coordonner les politiques environnementales naissantes. Le paradigme était résolument régulationniste : la croissance économique et la protection de l’environnement étaient vus comme difficilement réconciliables, nécessitant un travail législatif d’arbitrage par des politiques de limitation et de contrôle des nuisances. Les ministères de l’environnements et les premières lois environnementales qui s’en suivirent déployaient cette logique sur deux principaux fronts : la lutte contre la pollution et la préservation de la biodiversité.

Vingt ans plus tard, à la conférence de Rio en 1992, ce discours se sera radicalement remplacé par celui du développement durable. Selon l’historien Steven Bernstein, l’écart entre ces deux conférence signal l’avènement d’un nouveau compromis normatif – l’environnementalisme libéral – subordonnant la protection de l’environnement au maintien et à la promotion d’un ordre économique libéral, en privilégiant les instruments de marché, la libéralisation du commerce et des investissements, et des dispositifs comme les permis échangeables ou la privatisation des communs, au détriment de transformations plus structurelles de l’économie politique[8]. C’est au sein de ce nouveau paradigme qu’il s’agit de resituer le technosolutionnisme.

De Stockholm à Rio : l’émergence du développement durable

Avant de poser des jalons de compréhension de ce basculement, il est intéressant de souligner la rapidité avec laquelle les vents ont tourné sur ce « moment 1972 », surtout à la lumière du backlash contemporain. La combinaison d’une crise économique et le premier choc pétrolier de 1973 ferma la porte à cette critique systémique au profit de l’urgence de la sécurité énergétique et de relancer la croissance (au risque d’une déstabilisation politique). L’impuissance des politiques keynésiennes classiques face à la stagflation donna à ces crise une dimension systémiques : il s’agissait d’une crise bien plus générale de gouvernementalité qui allait signer la fin de la période fordiste et ouvrir la porte au néolibéralisme[9]. Ce fut particulièrement notable au sein de l’OCDE, où le groupe de recherche à l’origine du Club de Rome fut largement marginalisé et ses travaux enterrés au profit d’une nouvelle génération d’économistes néoclassiques appliquant des politiques monétaristes[10].

Une première vague de backlash s’élève alors, particulièrement aux États-Unis, contre les régulations environnementales instaurées au début des années 1970, jugée responsables du ralentissement économique. Une coalition conservatrice d’acteurs industriels finance des départements d’économie et de droit pour instaurer une approche économiciste de la régulation environnementale, basé sur des calculs coûts bénéfices, les incitations positives, et l’auto-régulation du l’industrie. À ses début, la question de la technologie comme solution à proprement parler n’était que peu présent – il s’agissait surtout d’une attaque frontale des approches de « command and control » étatiques (commandement et contrôle) au profit d’une dérégulation des marchés[11].

L’émergence du développement durable, quant à lui, répondait initialement à d’autres exigences. La conférence de Stockholm avait révélé un dissensus entre pays du Nord et du Sud sur la question environnementale, les pays du Sud craignant que la notion de contradiction entre croissance économique et protection de l’environnement ne viennent entraver leur propres trajectoires de développement. Le développement durable émergea dans la décennie suivante (avec la publication, en 1987, du rapport Brundtland « Our Common Future ») comme une solution de compromis permettant de réconcilier les ambitions de développement des pays du Sud avec l’écologie.

Les milieux d’affaires, assez peu présent lors de Stockholm, s’étaient alors structurés en lobby sous l’égide de la Chambre de Commerce Internationale afin de mieux peser sur les négociations onusiennes, notamment en matière d’environnement. En se saisissant de la notion de développement durable, ces milieux pouvaient investir un nouvel cadre de prise en charge du souci écologique, le vidant largement de sa substance afin d’insister la complémentarité entre croissance économique et protection de l’environnement – celle-ci allant dans le sens du projet de dérégulation néolibéral. En plaçant certains représentant, dont l’homme d’affaire Canadien Maurice Strong au cœur du processus d’institutionnalisation du développement durable, ces acteurs purent se positionner en parties prenantes incontournables de la cause environnementale – plus crédibles mêmes que les militants et ONG qui en avaient fait leur cause[12]. La conférence de Rio fut ainsi l’achèvement de cette stratégie de cooptation.

Notons, enfin, un dernier élément, plus marginal dans les négociations internationales mais qui participa également à la légitimation de ce nouveau paradigme normatif dans les milieux universitaires, en intégrant plus explicitement la dimension technologique (surtout en Europe du Nord) : la modernisation écologique. Venant initialement de chercheurs au sein du nouveau parti vert d’Allemagne de l’Ouest peu satisfaits du catastrophisme écologique, ce courant épousait une vision programmatique de « réaiguillage » du dynamisme des sociétés de marché au service d’améliorations écologiques. L’innovation technique, grâce à ses gains d’efficacité et ses effets de substitution matériel, couplé aux mécanismes non-coercitifs de marché (internalisation des externalités négatives) offrait ainsi la promesse de solution gagnant-gagnant, s’appuyant sur des cas d’études sectoriels[13].

Or, cette approche sectorielle participait de la domestication de la critique écologique systémique des années 1960-1970. Alors que celle-ci additionnait les différents problématiques environnementales dans un tableau d’ensemble exposant la non-soutenabilité des sociétés industrialisées, la modernisation écologique procédait par sectorialisation, rendant plus crédible l’idée d’une réponse technologique secteur par secteur, d’autant que peu d’intérêt n’était accordé aux effets rebonds et autres répercussions d’une solution techniques dans d’autres domaines[14].

Le technosolutionnisme émerge ainsi du maelstrom des années 1980 et la recomposition des sociétés industrialisées du paradigme fordiste à l’offensive conservatrice néolibérale. Investi par une multiplicité d’acteurs et de stratégies de compromis, de négociation, d’espoir et d’opportunisme, l’espoir technologique accrédite l’idée d’une réconciliation entre croissance économique et durabilité écologique. Dans ce cadre, le technosolutionnisme joue à la fois une fonction de décrédibilisation du paradigme régulationniste qui avait pris en charge la critique écologique systémique, ainsi qu’un rôle de relégitimation du bienfondé des sociétés de marchés face à cette critique, conjurant l’impératif de transformation sociale face aux bouleversement écologiques.

Changer de termes pour répéter le même refrain

Ainsi, aussi excitant que puissent être les promesses qu’il fait miroiter, le technosolutionnisme ne pouvait que décevoir sur la durée – derrière l’écran de fumée, les impacts objectif du capitalisme mondialisé sur la biosphère ne faisant que s’intensifier – rendant impératif de renouveler périodiquement le vocabulaire employé tout en gardant les fondamentaux.

Ainsi, le développement durable donna lieu à la croissance verte et au découplage, particulièrement au sein de l’UE et l’OCDE au début des années 2000[15]. Aux États-Unis, le Breakthrough Institute participe, à la même période, à en redorer le blason[16]. Le livre de Bill Gates sur le climat, coïncidant avec l’objectif « zéro-émission nette » à la fin des années 2010, apparait comme un des derniers avatars de ces discours. L’encore plus caricatural « Manifeste Techno-optimiste » du milliardaire de la tech Marc Andreesen de 2023 rend la fonction idéologique du technosolutionnisme encore plus évident : seul 10% est dédié à la question écologique, traité du point de vue de l’énergie, en recyclant le vieux rêve des utopistes atomique des années 50 d’une abondance énergétique basée sur la fission nucléaire. Le reste constitue une célébration dithyrambique du marché et du capitalisme.

Au sein des négociations climatiques, différentes « technologies de tergiversation » se succèdent (nucléaire, hydrogène, capture de carbone, géo-ingénierie) pour garder l’espoir d’une décarbonation énergétique sans transformation sociale[17]. L’inflexion nécessaire des trajectoires tardant à venir, tandis que la fenêtre d’action se referme, rend de plus en plus difficile de justifier de repousser ces transformations. Si bien que les modèles climatiques contemporains doivent maintenir la supercherie qu’il sera possible de limiter le réchauffement à 1,5 °C, ou 2 °C en misant sur des technologies futures de « réparation » plutôt que sur l’arrêt rapide des énergies fossiles. D’après les travaux d’Andreas Malm et Wim Carton, en récusant la possibilité de penser une descente énergétique basée sur la sobriété négociée, les modélisation du GIEC reposent sur un pari implicite : dépasser les limites de réchauffement affichées, pour ensuite revenir plus tard vers ces seuils grâce au captage du carbone ou à la géo‑ingénierie. Ce scénario devient progressivement la norme dans les trajectoires des accords climatiques et des modèles intégrés, ce qui revient à rendre « officiellement acceptable » le dépassement des seuil parce qu’est jugée « inacceptable » la rupture sociale qu’impliquerait l’arrêt brutal du fossile[18].

Si le technosolutionnisme constituait une réponse crédible aux trajectoires écocidaires des sociétés industrialisées, il aurait montré de vrais résultats depuis ses 40 ans d’hégémonie. À la lumière de cet échec et de cet histoire, il serait plus pertinent de cesser de le comprendre comme tel, mais plutôt comme une défense idéologique du modèle de croissance néolibéral, sous couvert de débat technique dépolitisé[19].

Quelques éléments d’auto-défense

Évacuer le débat technique : l’imposture du découplage par les chiffres

Dès lors, comment s’extraire du piège du débat technique dans lequel se repli le technosolutionnisme, dès que le bienfondé de la poursuite de la croissance est mis en débat ? Le risque est de se perdre dans la multiplicité de secteurs concernés (agriculture, énergie, transports, industrie), chacun faisant valoir une foule de nouvelles techniques démontrant des gains d’efficacités indéniables. Il serait plus judicieux de suivre le geste des technosolutionnistes, qui font converger ces développement vers la notion de découplage entre PIB et intensité matérielle.

L’idée derrière est simple : puisque le développement économique et technique permet d’en faire plus avec moins, il serait théoriquement possible de continuer à croître tout en réduisant les pressions environnementales. Implicite dès la période des années 80 et officiellement adopté comme but par l’OCDE en 2001, le découplage a servi de maître mot pour alimenter l’espoir d’une compatibilité entre croissance et maintien des équilibres planétaires.

Or le découplage est une leurre, comme le démontre une étude approfondie menée par Timothée Parrique pour le European Environmental Bureau[20]. Le fond du problème tient dans la distinction entre découplage relatif et absolue. Un découplage relatif implique simplement que les facteurs de pressions environnementales croissent moins rapidement que les indicateurs économiques, mais continuent donc à croître. Pour que le découplage ait une quelconque crédibilité comme réponse aux crises écologiques, il faudrait qu’il soit absolu, c’est à dire que les pressions décroissent alors que le PIB continue à croitre, et ce de manière permanente, globale, et surtout à un rythme et une ampleur suffisante pour l’ensemble des pressions environnementales.

Passant en revue un grand nombre d’études empiriques sur le sujet, Parrique et ses collègues montrent comment un découplage absolue est quasiment introuvable pour la majorité des pressions environnementales (utilisation de matière et de terres, eau, énergie, biodiversité) et n’est observable que pour les émissions carbone, et ce de manière insuffisante. Dans le meilleur des cas, le découplage est réel, mais pas assez rapide pour respecter les baisses d’émissions des accords de Paris (5% par ans pour les pays riches). Une étude[21] du World Resource Institue (WRI), largement commentée dans les média, faisaient acte d’un découplage absolue moyen de 15% entre 2000 et 2014 dans 21 pays (soit un peu plus de 1% par an, 5 fois moins que ce qui est requis). Or, nombreuses études sur le sujet ne mesurent les émissions produites sur le territoires mais pas les émissions que représentent la consommation finale du pays, intégrant les émissions importées. Une autre équipe de chercheurs[22], reprenant les calculs en intégrant cette dimension, trouvent un découplage absolue de 7.5% sur la même période – soit moitié moins. Et encore, ces chiffres excluent l’aviation et les transports maritimes, qui ne sont pas comptabilisés au niveau national.

Dans les pays riches, la différence entre les émissions territoriales et les émissions incorporées dans la consommation a été estimée à 30%[23], permettant de déduire qu’une partie importante du découplage présumé est surtout une illusion statistique produite par le commerce international et la délocalisation de la production. Une autre étude, mesurant « l’empreinte matérielle des nations » – c’est à dire l’ensemble des consommations de ressources d’un pays y compris celles des ressources importées – est particulièrement éclairante : entre 1990 et 2008, l’empreinte matérielle des pays de l’OCDE a augmenté en moyenne de 6% pour chaque 10% de PIB, tandis que les pays du Sud concentrent les coûts environnementaux de cette croissance[24].

La conclusion de Parrique et son équipe est sans appel : le découplage est « une botte de foin sans aiguille » et la place central qu’il occupe dans les discours officiel de réponse aux problématique écologique est largement disproportionnée en vue de sa réalité matérielle. La charge de la preuve du bienfondé du découplage devrait incomber à ses partisans, d’autant que ceux-ci balayent les solutions basées sur la sobriété comme peu crédibles. Leur peu d’intérêt pour une démonstration sérieuse trahirait peut être le fait que, justement, leur but n’est pas de fournir une réponse réaliste à la hauteur des enjeux mais justement de décrédibiliser la sobriété. Redisons le, le concept de découplage sert principalement d’écran de fumée qui repousse la démonstration de son impossibilité loin dans l’avenir, tandis que les dynamiques écocidaire de la croissance se poursuivent sans grandes entraves[25]. S’il y a un découplage à opérer, il ne s’agit pas « de découpler la croissance économique des pressions environnementales, mais de découpler la prospérité et la vie bonne de la croissance économique »[26].

Rappeler la matrice coloniale du modèle de croissance capitaliste

Allons plus loin. Ces études empiriques ne font en réalité que donner des chiffres à un phénomène longuement théorisé par l’écologie politique et les sciences sociales critiques : le déplacement de charge environnementale[27]. Ce terme désigne le phénomène par lequel les pays riches réduisent leur impact environnemental domestique en externalisant l’extraction des ressources, la production, et la pollution vers d’autres pays, souvent plus pauvres. Les travaux d’historiens de l’environnement comme Kenneth Pomeranz ou Alf Hornborg ont montré comment, loin d’être marginal, ces déplacement de charge ont été la condition de possibilité même de l’industrialisation[28]. La mécanisation de la production initiée par le capitalisme anglais du 19ème siècle, et les gains de productivité concomitants, était possible grâce aux « hectares fantômes » qui assuraient un influx de matière (fer de Norvège, coton et sucre des colonies) vers l’Angleterre beaucoup plus important, et surtout beaucoup moins cher, que ce qu’elle aurait été capable de produire sur ses propres terres (où la main d’œuvre et le foncier aurait nécessité des rétribution financière bien moins rentables). Ce qui s’est apparenté à un développement technique n’était ainsi possible et (localement) profitable uniquement par son inscription dans les centres du système-monde bénéficiant des différentiels de prix sur un marché global.

Encore aujourd’hui, l’asymétrie des flux de matière est énorme. Les travaux de Bonneuil et Fressoz, s’appuyant sur l’étude des flux de matières produite par l’institut d’écologie sociale de Vienne, permettent de chiffrer cet accaparement inégal, en comptabilisant la balance matérielle, en termes de tonnes de matériaux, de différents blocs économiques : les pays industriels occidentaux importent plus de mille milliards de tonnes de matières premières de plus qu’ils n’en exportent, rendu possible par un déficit net d’importation pour le reste du monde[29]. Le politologue Ulrich Brand parle ainsi d’un « mode de vie impérial » : les modes de vies modernes et consuméristes reposent structurellement sur un accaparement inégal des ressources et des puits de la planète, ainsi que sur une externalisation systématique de ses coûts environnementaux et sociaux vers d’autres pays[30]. Sur ces bases, ce dernier prédisait déjà, en 2010, que le destin du Léviathan climatique (libéral, technosolutionniste) était de se muer en Béhémoth (autoritaire, nationaliste). Le globe ne possédant simplement pas assez de ressources, ni de capacité d’absorption des « externalités » du mode de vie impérial pour le garantir à tous, sa généralisation ne peut qu’entrainer un accroissement des tensions géopolitiques entre états en compétition pour l’assurer à ses élites.

Ainsi, à partir d’un débat technique (le découplage), l’on retombe sur un débat de justice (lié aux asymétries de développement), de choix de société, et de finalité de la production (à qui profite ce mode de vie impérial) – autant de questions profondément politiques auxquelles l’écologie politique s’est justement donnée pour tâche, certes vertigineuse, de dessiner des horizons émancipateurs. C’est à ces questions qu’il convient de ramener le débat, l’expérience ayant montré qu’une majorité de citoyens, mis en situation de réelle délibération démocratique sur ces enjeux, convergent vers l’évidence d’une autolimitation comme réappropriation des conditions d’existence.

Coda

Reste-t-il quelque chose du technosolutionnisme à déconstruire ? Ce dernier semblait avoir triomphé des autres formes de désinhibition modernes reposant sur le doute, la minimisation ou le déni des ravages provoqués par la surexploitation des écosystèmes[31] – constituant une forme de redirection plus subtile, accepter de se plier au jeu de la légitimation environnementale afin de dicter des réponses compatibles avec la poursuite de cette exploitation.

Or, ces derniers reviennent à la charge aujourd’hui, partageant une même glorification de la puissance technique et un même refus de remettre en cause du paradigme de croissance, mais sans la dimension messianique d’un Prométhée philanthrope, mettant cette puissance au service de l’humanité tout entière. À l’avenir radieux promis par le technosolutionnisme se substitue un « fascisme des temps de la fin »[32] – avec comme seul horizon le retranchement d’une élite (encore plus restreinte qu’elle ne l’était déjà pendant le néolibéralisme) au sein de citadelles de plus en plus militarisées[33]. Adapter les cadres et les stratégies de l’écologie politique dans ce contexte de recomposition radicale, où les tendances autoritaires latentes au sein du néolibéralismes surgissent au grand jour, est surement une des taches les plus importantes des prochaines années.

Aussi assaillis soient-ils, les divers courant de l’écologie politique restent un des rares lieux où s’esquisse une vision de l’avenir à la fois vivable ici, sur cette Terre, et répondant à l’exigence de justice et d’émancipation. Le philosophe américain William Connolly parle de l’émergence d’une coalition politique capable de réaliser cette aspiration comme une « nécessité improbable ». Improbable car nombreuses sont les forces qui s’y opposent, et le temps presse. Nécessité car c’est l’habitabilité même de la Terre qui est en jeu, cette condition de stabilité précaire, miraculeuse qui la rend propice aux développement de société où peuvent se vivre des vies humaines libres, dignes et bonnes.

 


Bibliographie et Notes

Notes de bas de page
[1] Thacker, P. D. (2022). Stealing from the tobacco playbook, fossil fuel companies pour money into elite American universities. BMJ, 378, o2095.
[2] Teulières, L., Hagimont, S., & Hupé, J.-M. (Éds.). (2025). Greenbacklash : Qui veut la peau de l’écologie (Éditions du Seuil).
[3] Teulières, L., Hagimont, S., & Hupé, J.-M. (Éds.). (2025). Greenbacklash : Qui veut la peau de l’écologie, p.33.
[4] Teulières, L., Hagimont, S., & Hupé, J.-M. (Éds.). (2025). Greenbacklash : Qui veut la peau de l’écologie, p.36.
[5] Teulières, L., Hagimont, S., & Hupé, J.-M. (Éds.). (2025). Greenbacklash : Qui veut la peau de l’écologie, p.36.
[6] Hadot, P. (2008). Le voile d’Isis : Essai sur l’histoire de l’idée de nature. Gallimard.
[7] Voir, notamment, l’analyse de Jason Hickel : https://www.jasonhickel.org/blog/2019/2/3/pinker-and-global-poverty
[8] Bernstein, S. F. (2002). The compromise of liberal environmentalism. Columbia University Press.
[9] Chamayou, G. (2018). La société ingouvernable : Une généalogie du libéralisme autoritaire. La Fabrique éditions.
[10] Schmelzer, M. (2017). The hegemony of growth : The OECD and the making of the economic growth paradigm. Cambridge University Press.
[11] Layzer, J. A. (2014). Open for business : Conservatives’ opposition to environmental regulation. The MIT Press.
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[25] Fletcher, R., & Rammelt, C. (2017). Decoupling : A Key Fantasy of the Post-2015 Sustainable Development Agenda. Globalizations.
[26] Parrique, T., Barth, J., Briens, F., Kerschner, C., Kraus-Polk, A., Kuokkanen, A., & Spangenberg, J. H. (2019). Decoupling Debunked, p. 59.
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[29] Bonneuil, C., & Fressoz, J.-B. (2016). L’événement anthropocène : La Terre, l’histoire et nous. Éditions Points.
[30] Brand, U., & Wissen, M. (2013). Crisis and continuity of capitalist society-nature relationships : The imperial mode of living and the limits to environmental governance. Review of International Political Economy.
[31] Oreskes, N., & Conway, E. M. (2010). Merchants of doubt : How a handful of scientists obscured the truth on issues from tobacco smoke to global warming. Bloomsbury press.
[32] Klein, N., & Taylor, A. (2025, avril 13). The rise of end times fascism. The Guardian.
[33] Rushkoff, D. (2018, septembre 7). Survival of the Richest. Future Human.

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