Gérard PIROTTON 1

« Most of what we understand in public discourse is not in the words themselves but in the unconscious understanding that we bring to the words. »

George LAKOFF 2

[La plupart de ce que nous comprenons dans le discours public ne réside pas dans les mots eux-mêmes, mais dans la compréhension non consciente que nous apportons aux mots.]

Plan du document

Utilité pour nos professions
et nos engagements

Nos professions et nos engagements nous conduisent nécessairement à utiliser les mots. Ce sont, en quelque sorte, nos principaux instruments de travail. Nous pensons avec des mots, nous parlons, nous écrivons, nous communiquons, nous cherchons à comprendre et à nous faire comprendre… avec des mots. Au-delà des mots, ou plus exactement au fondement même de la compréhension que nous en avons, on trouve une évidence : notre cerveau est incarné, il préfère le concret, le palpable, le sensible… George Lakoff 3a théorisé cela, nous conduisant alors à réinterroger nos évidences de pensée et d’expression. Mais il en a aussi dégagé des implications très concrètes et immédiatement utilisables par nous, dans l’élaboration de tout message, que nous les utilisions en animation, en formation, dans un cours, lors d’un interview ou dans l’écriture d’un article par exemple.

On va le voir, l’approche cognitive du langage nous invite à avoir, sur le langage sans doute, mais plus fondamentalement encore sur nos habitudes de pensée, un regard particulier dont il importe d’abord de bien prendre la mesure, avant d’en tirer des applications concrètes.

De prime abord, l’approche de Lakoff peut paraître très déroutante. En effet, il n’aborde le langage, ni sous l’angle de ses règles internes (la grammaire, l’orthographe…) ni non plus quant aux modalités de correspondance entre les mots auxquels nous avons recours et les objets du monde auxquels ils veulent correspondre. La préoccupation essentielle de Lakoff est la suivante : comment notre cerveau est-il structuré pour donner sens au monde et nous y orienter ? Dans son approche, le langage dont les êtres humains se servent pour se coordonner entre eux est à la fois tributaire et indicatif de la façon dont l’évolution nous a constitué·es, en tant qu’espèce et en tant qu’individus connaissant, socialement et culturellement situés. Le sous-titre d’un de ses livres et tout à fait révélateur de cette conception : « Ce que les catégories révèlent de notre fonctionnement cérébral ».4

A priori, le lien entre de telles considérations et la communication grand public sur les enjeux climatiques et de biodiversité ne saute pas aux yeux ! Il va donc falloir consacrer quelques pages à cette question.

Renonçons d’emblée à l’impossible défi qui consisterait à vouloir résumer, en une vingtaine de pages, une carrière intellectuelle de plus de 45 ans ! Nous allons davantage pointer quelques fondamentaux, espérant que cela sollicite de la curiosité et l’envie d’en savoir davantage. Cela va se structurer en cinq points, spécifiquement choisis dans la mesure où, après leur exposé en des termes généraux, ils se prêtent à des utilisations plus immédiates, en lien avec nos préoccupations. Et nous terminerons par une interpellation radicale, comme invitation à collaborer pour affronter ensemble ce défi.

1. Préférence pour le concret

Selon l’approche dans laquelle notre auteur s’inscrit, la cognition est incarnée. A distance d’une approche qui compare le fonctionnement du cerveau à celui d’un ordinateur (comme si la pensée rationnelle consistait à appliquer des procédures valides à des données), l’approche incarnée consiste à soutenir que nos habiletés cognitives sont au contraire tributaires de l’expérience du monde physique auquel notre corps nous donne accès. Notre cerveau est donc incarné.

Ce qui conduit immédiatement à une implication essentielle : la préférence pour le concret. Notre cerveau raffole de choses concrètes, palpables, sensibles, tangibles…et pour cause : il est incorporé ! In fine, l’expérience préverbale que nous fournit notre corps, l’expérience d’un espace structuré, avec une orientation spatiale (« devant » et « derrière », « haut » et « bas », « gauche » et « droite », ainsi qu’un « intérieur » et un « extérieur ») est la matrice fondamentale de toutes les catégories, des plus concrètes aux plus abstraites, qui nous servent à concevoir le monde et nous coordonner entre êtres humains à son propos. On soulignera que Lakoff se rattache à un courant de recherche qui insiste sur l’« incorporation de l’esprit », comme y insiste Antonio Damasio, par exemple.5

Qu’est-ce qu’une chaise ?

Selon l’approche qui prévaut dans un dictionnaire, il s’agit d’un siège, sans bras ni accoudoir, à une place, avec un dossier, une assise et 4 pieds.

Selon l’approche cognitive du langage, c’est… quelque chose pour s’asseoir !

Cette préférence pour le concret est le fonctionnement normal du cerveau. Comprendre active nécessairement des mécanismes neuronaux, très massivement situés en dehors du champ de notre conscience.

Prenons immédiatement un exemple. Dans la situation illustrée par ce dessin, « A » peut dire à « B » :

  • « As-tu vu le ballon devant l’arbre ? »

Il existe des langues où l’on dit :

  • « As-tu vu le ballon derrière l’arbre ? »

Comment expliquer cette différence ?

Dans le premier cas, l’usage par « A » du mot « devant » présuppose que les deux interlocuteurs prêtent à l’arbre une orientation avant/arrière, l’arbre leur faisant « face ». Dans ce cas, le ballon est bien « devant » l’arbre. Dans le second cas, une orientation avant/arrière est également prêtée à cet arbre mais, cette fois, l’arbre leur « tourne le dos », pour regarder dans la même direction qu’eux. Le ballon est donc bien « derrière » l’arbre.

Notre attention vient d’être attirée sur les différences entre ces deux cultures. Cependant, au-delà de ces différences, (le sens de l’orientation devant/derrière, prêtée à l’arbre) il reste que, dans les deux cas, le « procédé » cognitif à l’œuvre consiste à projeter sur l’arbre l’expérience et la perception de l’espace que nous fournit notre propre corps, qui nous donne cette expérience pré-langagière de l’orientation devant-derrière, ainsi d’ailleurs que gauche-droite ou dedans-dehors.

Pour Lakoff, cette opération de projection constitue un des principaux mécanismes cognitifs, constitutif de toute compréhension, comme on va le voir dans un instant à propos de la notion de métaphore et plus tard ensuite avec la notion de « framing ». Toute compréhension, du plus concret au plus abstrait, mais nécessairement en œuvre de telles inférences, des processus très nécessairement situés en dehors du champ de notre conscience.

Concret ? Implications

Implications immédiates pour des enjeux de communication : dès la conception même de nos messages, il importe donc d’élucider les choses concrètes, palpables, sensibles, appréhendables, susceptibles de servir de support concret aux mécanismes de projection que vont nécessairement et non consciemment activer nos publics pour comprendre ce que nous voulons leur dire. Présentons immédiatement des supports concrets qui permettront la projection/compréhension que nous souhaitons voir advenir, plutôt que de laisser aux destinataires le « choix » des champs d’expérience concrètes à partir desquels ils/elles vont nécessairement procéder à cette projection/compréhension.

« Il faut contenir le réchauffement global en-dessous de 1,5°C ».

Au-delà de nos intentions, comment cette phrase risque-t-elle d’être comprise ? La notion de moyenne annuelle globale étant particulièrement abstraite, quelle est l’expérience concrète que notre cerveau va mobiliser pour en prendre la mesure ? Ce sera la température, telle que nous pouvons en faire l’expérience concrète, ici et maintenant, sur le mode de la météo. S’il faisait aujourd’hui 1,5°C de plus que la température que je ressens à l’instant, ne serait-ce pas plus agréable qu’inquiétant ?

Bien sûr, affirmer une telle phrase est sans doute scientifiquement juste. Mais il est tout aussi scientifiquement avéré… qu’elle n’est pas comprise ! Il est donc vain de la répéter, se plaignant de ce que les gens sont bêtes et ne comprennent pas ce que nous voulons leur dire. De plus, cette « explication » nous conduit à retenter ce qui ne fonctionne guère : chercher à nouveau à mieux expliquer ! 6

Quel est le champ d’expérience concret au sein duquel une personne peut percevoir qu’une différence d’ 1.5°C est cruciale, voire vitale ? Ce sera la température de son corps. Entre 37,5 et 39.0°C, il n’y a certes qu’ 1.5°C de différence. Mais ce 1.5°C distingue la santé… de la maladie !

Lakoff y a insisté à de nombreuses reprises : nous ne pouvons comprendre un fait qui nous est exposé sans disposer préalablement des cadres d’interprétation susceptibles de lui donner sens. Nous y reviendrons de manière plus approfondie dans la section consacrée au « framing ».

2. Le procédé métaphorique

Dans cette conception, penser, réfléchir, comprendre ne consiste pas à appliquer des procédures à des données, à la manière d’un logiciel qui traiterait des datas ! Cela consiste à projeter ce que nous connaissons d’un domaine, vers le domaine que nous cherchons à comprendre. Illustrons immédiatement cette affirmation par quelques exemples, à nouveau issus de la vie la plus quotidienne.

Bébé, nous avons vu des adultes remplir devant nous un verre de lait et cela de nombreuses fois. La répétition de ces situations quotidiennes consolide peu à peu cette structure de raisonnement : plus le niveau du lait dans le verre est élevé, plus il y a de lait dans le verre. Au fil de ces répétitions, la notion de hauteur est associée, de plus en plus fermement, à celle de quantité.

Prenons un autre exemple. Lorsqu’ils apprennent à manger seuls, les bébés ont ce malin plaisir à laisser tomber par terre la cuillère qui leur a été confiée, obligeant l’adulte à se pencher pour la lui rendre. Pour le bébé, c’est un jeu ! Il expérimente sa capacité à agir sur un objet et à lui imposer sa volonté. « Je suis capable de faire tomber la cuillère, j’ai du pouvoir sur la cuillère et c’est agréable. »

Dans ces deux exemples, c’est la répétition de ces situations qui structure et consolide des réseaux neuronaux. Ces schémas de raisonnement ont une réalité physique dans nos cerveaux. Ils concernent une population déterminée de cellules neuronales, insérées dans des réseaux. Toutefois, s’il nous faut les formuler avec des mots, nous dirons :

  • Plus-est-en-haut-et-moins-est-en-bas

  • Le-pouvoir-est-un-plaisir

Dans son développement, un bébé apprend ainsi des quantités de structures de ce genre et cela avant même l’apprentissage du langage.7 La capacité de la langue à générer de la signification vient en quelque sorte se déposer sur ces structures préalables. Plus tard, la culture permet l’élaboration de structures plus complexes, qui se conçoivent comme des combinaisons plus complexes de ces structures primordiales.

Ainsi entendue, la métaphore ne réfère donc pas à un jeu poétique sur la langue. Elle désigne plus radicalement le fonctionnement essentiel de notre appareil cognitif. On parlera alors plus précisément de métaphores conceptuelles. Lakoff donne cette définition du procédé cognitif en jeu :

« L’essence d’une métaphore est qu’elle permet de comprendre quelque chose (et d’en faire l’expérience) en termes de quelque chose d’autre. » 8

Prenons ici un exemple canonique : une relation amoureuse peut notamment être métaphoriquement abordée comme un voyage.9 Voici comment on procède. On commence par répertorier des expressions observées dans la langue quotidienne, relatives à la relation amoureuse. Exemples :

  • « Nos routes se sont croisées un dimanche après-midi » (ou un samedi soir !)

  • « Notre relation ne mène nulle part »

  • « Faisons un bout de chemin ensemble »

  • « Nous sommes à la croisée des chemins »

  • « Notre couple est en train de sombrer »

  • « …

Ces formulations sont alors considérées comme diverses manifestations de surface de l’existence nécessaire d’une structure de raisonnement, que Lakoff appelle donc métaphore conceptuelle, une structure schématique et imagée sous-jacente et non explicitée, constituante d’une communauté linguistique et qui autorise à réfléchir et expérimenter une relation amoureuse dans les termes d’un voyage. Prenons encore quelques exemples, disposés dans le tableau suivant.

Manifestations langagières

Métaphores conceptuelles

  • Cela m’a remonté le moral

  • Il est au trente-sixième dessous

  • Elle est tombée dans le coma

  • Un citoyen au-dessus de tout soupçon

  • Comment a-t-il pu s’abaisser à ça ?

Le « plus » (bonheur, conscience, vertu, raison…) est « en haut » – Le « moins » (tristesse, vice, inconscience, émotion…) est « en bas »

  • Il en est arrivé à penser que…

  • Il va finir par se fâcher

  • Elle s’en sort sans trop de dommages

  • Un grand bond en avant

  • Nous avons dépassé 4 des 9 limites planétaires

Le changement est un déplacement

  • Il me glace le sang

  • Ton cadeau m’a réchauffé le cœur

L’affection, c’est de la chaleur

Métaphores ? Implications

« Rien n’est plus pratique qu’une bonne théorie », affirmait Kurt Lewin, le fondateur de la dynamique des groupes. Dégageons alors les conclusions immédiates de ce qui vient d’être dit sur les métaphores ainsi conçues.

L’usage de termes comme « sobriété » ou « décroissance » venant nécessairement activer la métaphore conceptuelle « plus-(mieux)-est-en-haut – moins-est-en-bas », sont-ils adéquats pour susciter les effets de compréhension que nous recherchons ?

L’usage de l’expression « réchauffement climatique » venant activer la métaphore conceptuelle « L’affection-c’est-de-la-chaleur », n’avons-nous pas intérêt à la bannir de nos communications, pour la remplacer par d’autres formulations, à inventer, qui correspondent davantage à nos intentions ?

Soyons les premier·e s observateurs et observatrices de nos propres discours, exerçons-nous à repérer les métaphores auxquelles nous avons spontanément recours, que ce soit de manière délibérée ou spontanés.

  • Quels champs d’expérience ces métaphores sollicitent-elles ?

  • Ces métaphores sont-elles pertinentes, en regard nos intentions ?

  • Ne pourraient-elles pas être avantageusement remplacées par d’autres ?

Privilégions les métaphores « organiques » plutôt que « mécaniques » 10

Exemples :

  • Préférer : Les activités humaines viennent traumatisent les équilibres fragiles dont, pourtant, nous dépendons.

  • Eviter : Les « impacts » des activités humaines.

(Implique, tant une séparation sujet agissant / objet subissant l’action, que la notion de causalité linéaire)

Privilégions les métaphores qui évoquent le plus directement nos expériences corporelles.

Exemples :

  • Préférer : Les océans sont les poumons de la planète.

  • Eviter : La fonte du permafrost est un sérieux sujet qui doit nous alarmer.

3. Les cadres de l’expérience

Projection métaphorique, du connu vers l’inconnu et préférence pour le concret, voilà deux caractéristiques majeures de la cognition humaine, telles qu’on peut les dégager, sur base des propositions de Lakoff. La notion de « framing », pour laquelle il est davantage connu dans le monde de la communication, s’appuie précisément sur cette double caractéristique.

On peut définir un « frame » comme un champ d’expérience. Pour cette notion, Lakoff se réfère aux travaux du sociologue interactionniste Erving Goffman11. Un tel champ d’expérience renvoie d’une part à un certain nombre d’objets et de personnes et d’autre part aux manières acceptables dont les personnes peuvent normalement se comporter, entre elles et quant à l’usage de ces objets. Ainsi, une école peut être un tel « frame », dans lequel on trouvera des objets comme des classes, des tableaux, des craies, une cour de récréation, des cahiers, des bulletins, des programmes etc. Mais il y a aussi des acteurs comme les enfants, les enseignant·es, la direction, les parents, l’inspection, etc. On le voit, un tel « frame » définit un réseau d’attentes, un ensemble tantôt implicite, tantôt explicite, de règles qui régissent les interactions et les usages. C’est l’existence de telles règles et repères, « dans la tête » des acteurs, qui permet à une organisation, ici un établissement scolaire, de fonctionner. Un hôpital peut aussi être abordé en ces termes. On y dénombrera par exemples des infirmier·es, des chirurgien·nes… des chambres, des heures de visite, des salles d’opération…

On peut mettre en lumière des choses comparables, comme Goffman l’a d’ailleurs étudié lui-même, en observant des scènes de jeux. Pour participer à un jeu, il n’est pas nécessaire d’en avoir appris explicitement les règles. Cela n’empêche pourtant pas un·e participant·e de s’exclamer, à un moment donné : « Ah non, çà, ce n’est plus du jeu ! ». L’analyse permet d’y voir une trace du fait que de telles règles, bien qu’implicites, n’en existent pas moins, et qu’elles définissent un périmètre au sein duquel des conduites sont acceptables et en dehors duquel elles ne le sont pas.

Pourquoi « frame » plutôt que cadre ? En anglais, on utilisera le terme « frame » pour parler par exemple de l’encadrement d’un tableau, du squelette d’un animal, de la charpente d’un bâtiment, du cadre d’un vélo, de la structure d’un récit, d’une tournure d’esprit, etc. Le choix de ce terme par Lakoff renvoie donc à l’existence d’un schéma construit et invariant, que différentes formes langagières viennent en quelque sorte habiller, dans une large variété d’apparences. Aussi, lorsque Lakoff a recours au terme de « frame », il renvoie au processus mental par lequel un champ d’expérience est mobilisé pour donner sens à un autre, par une opération de projection telle que nous l’avons vue dans le cas des métaphores conceptuelles. Il s’agit en quelque sorte de lunettes neuronales. Ce n’est donc pas par snobisme qu’il nous faut préférer le terme anglais « framing » à sa traduction française de « cadrage », dans la mesure où le terme « cadre » connote davantage en français des notions comme bordures, frontières, « enfermement », comme une structure limitante et imposée, qui semble stimuler l’envie de « Sortir du cadre ».

Ainsi qu’il l’expose dans cet ouvrage de vulgarisation :

« Les « frames » sont des structures mentales qui façonnent notre manière de voir le monde. Ils façonnent donc également les objectifs que nous nous fixons, les projets que nous faisons, la façon dont nous agissons et ce qui nous pousse à considérer le résultat de nos actions comme bon ou mauvais. »12

Les « frames » relèvent donc des couches profondes de notre fonctionnement cérébral et peuvent être activées non consciemment, par des phrases toutes faites ou même par de simples mots. Ainsi du terme « école » dont la seule évocation fait surgir un « Modèle Cognitif Imagé » renvoyant à des rôles (élève, professeur∙e, direction…), des lieux (classe, couloir, cour de récréation, salle de gymnastique…) des objets (cartable, tableau, cahier…), des règles (programmes scolaires, examens, discipline…) ou encore des relations sociales (autorité, parents/enseignant∙es, l’inspection…) et même des émotions, des sensations, associées à nos expériences dans des contextes scolaires… C’est cet ensemble qui est activé lorsque l’on parle, par exemple, même par contraste, d’« école de la rue ».

Ce qu’il s’agit de bien comprendre, c’est que ce « frame » ne renvoie pas seulement à des manières de parler, à des licences poétiques plus ou moins heureuses. Il s’agit bien du processus cognitif de base et profond, par lequel nous donnons sens au monde, nous nous le représentons, nous faisons des anticipations, nous organisons notre action à son endroit… Comme on l’a vu, ces « frames » sont généralement partagés entre les membres d’une même culture et leur permettent de se comprendre et de se coordonner. « Ce que l’on appelle ‘’le sens commun’’, écrit-il, est constitué d’inférences automatiques qui découlent de nos cadres inconscients ». 13

Un « frame », d’accord, mais qu’en est-il alors du « framing » ?

Ce qu’affirme Lakoff, s’appuyant sur les travaux du linguiste Charles J. Fillmore14, c’est qu’un simple mot suffit à activer un « frame », dans nos réseaux neuronaux, précisément dans la mesure où, cognitivement, chaque mot est nécessairement défini, non pas isolément et pour lui-même, mais au contraire dans ses liens avec au moins un « frame », ainsi conçu. Pour le dire encore autrement : comprendre mobilise des opérations mentales qui prennent appui sur ce que nous savons déjà. Ces connaissances préalables peuvent être décrites comme des « paquets » d’informations, des univers de sens, des champs d’expérience, que l’on nomme donc des « frames ». Et ces frames correspondent à des populations déterminées de nos cellules neuronales. Conséquence : selon les mots que nous utilisons pour aborder un sujet déterminé, nous susciterons chez les récepteur·rices la mobilisation de tel ou tel « frame », pour en encadrer la compréhension. Rappelons-nous l’exemple du « frame » de l’hôpital, activé par cette communication de la NV-A : « La Wallonie vit sous perfusion de la Flandre ». Le « frame » de l’hôpital est ici utilisé pour cadrer la santé et la supériorité de la Flandre, en regard de la faiblesse moribonde et la dépendance de la Wallonie. L’usage d’un seul mot suffit à produire cet effet cognitif.

Frames ? Implications

Les positions de celles et ceux qui se préoccupent des enjeux climatiques et de biodiversité sont « framés » par leurs adversaires, tantôt comme frivoles (ami·es des fleurs et des petits oiseaux), rétrogrades (Le fameux « retour à la bougie »), ou restrictifs (atteinte à la liberté… de consommer) voire totalitaires (« Vous voulez m’empêcher de vivre comme je veux »). On verra plus loin qu’il est inutile et contre-productif de tenter d’y répondre.

Ces considérations peuvent suffire à présenter ici les notions de frame et de framing. Explorons maintenant les choses sous un angle plus résolument opérationnel.

Quel est le frame que nous activons lorsque nous affirmons : « Il faut lutter contre le dérèglement climatique » ?

Les enseignements attirer de tels développements sont alors assez évidents. Les faits, exposés seuls, ne donnent pas lieu à une compréhension. Les faits ne sont nécessairement compris qu’au sein de « frames », susceptibles de leur fournir un cadre d’interprétation. Sans « frame », pas de signification. Puisque nos messages présupposent nécessairement l’existence préalable de « frames » qui, en fait, ne sont pas là, nos messages ne seront tout simplement pas compris pour ce qu’ils avaient l’intention de communiquer. Si nous ne nous donnons pas la peine de construire les frames préalables à la compréhension des faits que nous voulons exposer, ces faits seront rejetés, ou reçus à l’intérieur de cadres inappropriés, comme la causalité linéaire15, par exemple. Par conséquent, si nous voulons être compris, construire préalablement les « frames » nécessaires à la compréhension de ce que nous souhaitons porter à la connaissance de nos publics est une priorité absolue. C’est très singulièrement le cas de la causalité circulaire.16

Reprenons cet exemple qui nous est familier : la nécessité de maintenir le réchauffement global en-dessous de la limite de 1,5°C. 17 Pour saisir la portée de cette information, il faut être en mesure de l’associer à une notion très abstraite. Il s’agit en effet de la température moyenne annuelle, calculée à l’échelle du globe. Il faut aussi être en mesure de saisir le fait que cette notion de moyenne dissimule concrètement de possibles très grands écarts de température, des variations géographiques considérables et des épisodes météorologiques hors norme. Il faut aussi avoir conscience de ce que la hausse de cette température moyenne est la conséquence des activités humaines, depuis le début de l’ère industrielle, qui sert de repère pour l’établissement de ce chiffre. Cette conscience impose, par conséquent, de procéder à de considérables changements de modes de vie, touchant nos comportements individuels autant que les procédés industriels et les modes d’organisation des sociétés humaines. Enfin, il faut aussi avoir saisi le fait qu’entre la mise en œuvre de tels changements et la possibilité de percevoir de leurs répercussions positives sur le climat mondial, il peut se passer plus de 10 ans. Au moins…

Faute de pouvoir fonder leur perception de ce chiffre de 1,5°C sur cet ensemble de considérations, comment les personnes risquent-elles de réagir ?

  • Il fait aujourd’hui X°C. Ne serait-il pas agréable qu’il en fasse X+1,5 C ?

(Conception linéaire du changement et incompréhension de la notion de moyenne)

  • Il a plu énormément en juillet 2021 : les inondations ne sont-elles pas dues à une mauvaise gestion des barrages ?

(Préférence pour une cause déterminée simplificatrice plutôt qu’une causalité systémique, incluant plusieurs facteurs, agissant l’un sur l’autre de manière probabiliste)

  • Il n’est pas scientifiquement prouvé que notre mode de vie explique la hausse des températures : attendons que la science démontre le lien de cause à effet.

(Restriction de l’explication scientifique au seul établissement d’un lien de cause à effet immédiat et déterministe. Et lorsque cela sera ainsi prouvé, il sera trop tard !)

  • Diminuer nos émissions de gaz à effet de serre à 50% par rapport à 2010 et d’ici 2030 ? On verra bien à ce moment-là !

(Ignorance des temps de réponse des systèmes complexes)

  • Ignorance de la notion systémique d’ « effet de seuil » ;

Ceci sont autant d’illustrations du fait que, en l’absence de « frames » corrects, les faits exposés seront, soit incompris, soit même rejetés.

Nous ne supprimerons pas les « frames » préexistants, aussi inappropriés soient-ils. Dès lors, avant même de présenter les faits, nous devons installer les « frames » à l’intérieur desquels ils seront correctement compris et interprétés. Plus que la contestation des « frames » inadéquats,18 c’est à la construction, la présentation et à la répétition de « frames » adéquats qu’il faut nous employer.

Pour chaque fait que nous voulons exposer, posons-nous ces questions :

  • Quels « frames » une personne devrait-elle activer pour les comprendre et les interpréter correctement ?

  • Peut-on faire l’hypothèse que des personnes raisonnablement de bonne volonté en disposent ?

  • Si ce n’est pas le cas, commençons par permettre à ces personnes de construire ces « frames »

Exemple : Commencer par expliquer. Comment sont collectées les températures dans le monde ? Comment sont-elles traitées, pour pouvoir disposer d’un chiffre moyen global ? Comment sont-elles comparées aux les relevés des années précédentes, pour rendre compte d’évolutions ? …

Habiter notre terre

A la recherche d’un « frame » présentant les vertus cognitives identifiées plus haut, (projection métaphorique, champ d’expérience concret…) et adéquat tout à la fois pour rendre compte d’une certaine complexité et susciter un engagement, on rencontre ce thème : celui de l’habitabilité. Toutefois, ainsi formulé, ce terme ne reste jamais qu’un concept, appelant du concret pour être compris.

On l’a vu, le fonctionnement de nos cerveaux se caractérise par une préférence pour le concret, c’est-à-dire ce dont nous faisons une expérience directe, sensible, palpable. La référence à un « foyer », à un « chez nous » présente certainement cette caractéristique. Mais elle a aussi l’avantage de soutenir un mouvement qui va du local vers le global, du proche au lointain, rejoignant ainsi les publics, d’abord dans ce qui leur est cher et proche, comme points d’appui pour aborder ensuite le plus global.

The Earth is our Home – (La terre est notre « chez nous »)

Publié dans la revue « Climatic Change » en 2017, un article19 évalue les efficacités comparées d’une série de métaphores courantes, en explorant leur réception auprès de publics larges et de scientifiques dont l’expertise concerne le dérèglement climatique. L’article part d’un constat : dans la littérature traitant des enjeux environnementaux, des auteurs ont recours à différentes métaphores délibérées, pour présenter la Terre. On peut trouver par exemple des expressions qui la personnifient (la désignant comme un parent, un ancêtre…) ou qui la compare à une machine (tel un vaisseau spatial ou qui insiste sur son fonctionnement…). On constate aussi que des expressions suscitent davantage d’émotions positives où sont davantage à même de rendre compte du caractère systémique et complexe des rapports entre les humains et leur environnement. Comment évaluer les vertus de chacune de ces métaphores ?

Les sujets de la recherche sont invité·es à indiquer leurs préférences parmi ces métaphores, en ayant recours à une série de critères. Le classement obtenu au terme de cette recherche est très intéressant : il fait ressortir en première position, toutes catégories confondues, la métaphore de la terre comme notre « chez nous ». Notons d’emblée que le terme anglais « home » fait moins référence à un bâtiment mais davantage, privilégiant la dimension affective du terme, à la sensation d’être bien « chez soi ». Cette métaphore est préférée à toutes les autres, sur tous les critères servant à organiser la recherche. Elle est privilégiée, car davantage à même de susciter des affects positifs, elle permet davantage de restituer un raisonnement systémique (interdépendances…) et elle est simplement préférée comme la métaphore la plus adaptée. Obtiennent également des scores appréciables des métaphores comme « la terre comme une communauté », ainsi que « la terre comme une mère ». A l’inverse, les métaphores disqualifiées sont celles du vaisseau spatial, de la terre comme un réservoir de ressources ou encore l’image d’une machine (lorsque l’on parle de son fonctionnement, par exemple). De plus, ce classement est vérifié, tant auprès des sujets ordinaires qu’auprès des scientifiques. C’est également le cas, quelles que soient les orientations, religieuses, professionnelles ou politiques des personnes.

Dans leur conclusion, les auteurs insistent sur le fait que les métaphores sont des outils puissants pour penser des problèmes complexes et susciter des changements culturels. Ils en montrent donc toute la pertinence dans le cas de la communication relative au dérèglement climatique. De plus, le caractère systémique de la relation « êtres humains/environnement » est mieux perçu, via des arguments relativement simples et susceptibles d’améliorer la prise de décision quotidienne, sans pour cela nécessiter une formation intellectuelle poussée.

Quelques phrases illustratives.

  • Prenons soin de notre habitation : protégeons-la pour quelle continue à nous protéger ;

  • Prendre soin de l’état de notre habitation, car nous dépendons d’elle ;

  • Notre habitation nous accueille, tout comme nous veillons à la rendre accueillante ;

  • Soignons ce lieu pour qu’il fasse bon y vivre, pour nous, nos enfants, nos proches ;

  • La Terre est notre seule habitation. Raison de plus pour en prendre soin…

Lutter contre le dérèglement climatique

De nombreuses campagnes institutionnelles concernant l’adaptation au dérèglement climatique identifient le déréglément climatique comme étant l’ennemi à combattre et se proposent, pour mener cette lutte, de mobiliser les citoyens et les citoyennes dans leur vie quotidienne.

Selon l’approche du « framing », telle qu’on vient de la présenter, comment risque d’être comprise cette phrase, qui s’est pourtant imposée comme une évidence : « Il est urgent de lutter contre le dérèglement climatique » ? Lorsque, pour nous faire comprendre, nous utilisons de tels mots, comment notre intention sera-t-elle d’être comprise ? Quels sont les champs d’expérience concrets que nous sollicitons, quels sont les circuits neuronaux que nous activons chez les destinataires ?

  • L’univers mobilisé est celui de la compétition, du combat, de la guerre ;

  • L’ennemi qui est ainsi désigné est le climat ;

  • Les combattant·es à mobiliser contre cet ennemi sont les citoyen·nes ;

  • Les moyens pour les mobiliser sont l’information (faire comprendre, via des données techniques) ;

  • Pour ce combat, les armes que nous fournissons aux citoyen·nes que nous voulons enrôler sont les fameux « petits gestes écocitoyens » (viande, vélo, thermostat, eau…) ;

Au nombre des implications d’un tel « framing », citons au moins ceci :

  • Cela situe l’ennemi en dehors du champ des activités et des sociétés humaines ;

  • Désigner le climat comme étant l’ennemi vient servir de cadre justificatif à la proposition d’actions qui ressortent de la « géo-ingénierie solaire et climatique » ;20

  • Une communication basée sur la « métaphore de la guerre contre le changement climatique » présente des limites qui ont été explorées ;21

  • Cela rabat la responsabilité et l’action possible sur le seul niveau des conduites individuelles ;22

  • On est stigmatisant pour les conduites qui ne sont pas scrupuleusement écoresponsables ; ce qui, reconnaissons-le, n’est pas vraiment une bonne stratégie si l’on veut de convaincre de nouvelles personnes !

  • On est aveugle aux inégalités sociales (ce qui est vrai au sein de chaque société autant qu’au niveau international) Ceux qui contribuent le moins aux dérèglements climatiques sont aussi celles et ceux qui y sont les plus exposé·es… et inversement !

  • On s’inscrit, sans le vouloir, dans le paradigme de philosophie politique qui réduit toute société à une simple collection d’individus juxtaposés ;

  • Stratégiquement, on confond l’objectif (atténuer le bouleversement du climat), les moyens à mettre en œuvre pour y arriver (solutions technologiques – organisations des sociétés – réorienter la demande…) négligeant de plus les valeurs au nom desquelles ces actions s’imposent. (Justice, protection des plus faibles…)

  • Inversement et par conséquent, ce focus sur le climat laisse dans l’ombre la désignation possible d’autres adversaires, que sont les modes d’organisation des activités humaines et les acteurs qui les régissent ;23

Ce cadrage n’est donc pas adapté, ni pour faire comprendre ce que nous souhaitons exposer, ni pour susciter l’adhésion aux transformations radicales qui s’imposent. Et ces mutations impliquent nécessairement, non seulement les modes de vie individuels, mais davantage, à un niveau structurel, des réorganisations radicales des modes de production, de transport, des modes de production et d’usages des énergies autant que des imaginaires quant à ce qui est désirable… Notamment !

Si la polémique sur les jets privés manifeste une chose (« On me demande de réduire ma vitesse sur les autoroutes mais les ultra-riches continuent à prendre leurs jets privés ! »), c’est bien celle-ci : cette indignation est fondée sur un bien naturel sentiment d’injustice et son corolaire, l’aspiration à la justice, en tant que valeur. 24

Les mots du climat

En 2003, un rapport a été remis à l’administration Bush. Rédigé par Franck Luntz, ce mémo est intitulé : « Gagner le débat du réchauffement mondial ».25 Une des recommandations de ce rapport est celle-ci : parler de changement climatique est moins effrayant que de parler de réchauffement de la planète (« Global warming »). Justification avancée par ce rapport : le terme de climat évoque agréablement l’image des palmiers qui se balancent au bord de la mer tandis que le terme de changement, une chose finalement assez normale pour le climat, exclut toute cause humaine. Le climat est juste en train de changer, il n’y a donc personne à blâmer et singulièrement pas l’industrie pétrolière ! C’est depuis lors la ligne de communication tenue par les administrations républicaines qui ont suivi les recommandations de ce rapport.

On notera toutefois que le terme de réchauffement est lui aussi problématique. Nous avons vu que ce vocabulaire évoque la métaphore conceptuelle : « plus-c’est-mieux »26. Il est donc loin de susciter l’effet recherché (la conscience aiguë de l’imminence d’une catastrophe, qui doit susciter la nécessité d’actions radicales immédiates). En effet, le terme évoque davantage une impression d’amélioration (Comme dans l’expression « réchauffement des relations diplomatiques ») ou mieux encore la notion de réconfort, comme nous l’avons vu avec la métaphore conceptuelle : l’affection-c’est-de-la-chateur »

Propositions concrètes.

  • Bannir l’expression « changement climatique » ;

  • Bannir l’expression « réchauffement climatique ».

Privilégier :

  • Dérèglement climatique.

  • Bouleversements climatiques

Ces termes impliquent en effet :

  • Une notion d’équilibre ;

  • Des perturbations par des causes ;

  • La nécessité d’agir en faveur du nouvel équilibre.

Tentons une synthèse. C’est à ce type de vigilance que nous conduit cette notion de « framing ». S’exprimer, c’est forcément faire des hypothèses. Produire des énoncés, c’est nécessairement postuler que les destinataires disposent des ressources pour attribuer de la signification à ce que nous avons énoncé. La notion de « frame » est en totale cohérence avec cette affirmation. Les analyses et les faits que nous exposons ne peuvent avoir un sens dans le chef des destinataires que s’ils trouvent « place » dans les systèmes de « frames » tels qu’ils existent préalablement dans leurs cerveaux. Faute de quoi ils seront tout simplement ignorés. Or, dans le cas du dérèglement climatique qui nous préoccupe ici, beaucoup trop de gens ne disposent pas d’un tel système de « frames ». C’est singulièrement le cas, comme vu plus haut, de la causalité circulaire27. Pour le formuler plus directement : la manière dont nous nous exprimons habituellement sur les enjeux environnementaux implique, pour les auditeur·rices, de solliciter des « frames » dont ils ne disposent tout simplement pas. Elles et ils mobiliseront dès lors les seuls « frames » dont elles et ils disposent, des prénotions inadéquates et qui produisent quelquefois l’inverse des effets de compréhension que nous recherchons et encore moins les changements de comportement que nous espérons.28

Ceci introduit parfaitement la question suivante, si ce n’est pas le savoir, qu’est-ce qui peut bien alors susciter l’adhésion et l’action ?

4. Ces valeurs qui nous mobilisent

Ce point demanderait de longs développements, il s’agit d’un thème récurrent dans les ouvrages de George Lakoff 29. Contentons-nous ici de quelques affirmations et forçons le trait. C’est un constat issu de différentes recherches en sciences sociales : ce qui nous conduit à agir, ce n’est pas l’analyse factuelle d’une situation, mais les valeurs au nom desquelles une action s’impose.

Face à quelqu’un qui appelle à l’aide, nous ne faisons pas un calcul préalable coût/bénéfice, nous ne procédons pas à des anticipations quantifiées des risques et des avantages que notre intervention pourrait présenter… Non, nous agissons. Tout simplement. Nous sommes mus par une impulsion, un devoir d’assistance, fondé sur l’empathie, sur notre capacité à nous mettre à la place de la personne en difficulté… Ce sont nos valeurs qui nous font agir, non l’exposé raisonné de faits découlant d’une investigation « rationnelle ».

Les implications qui en découlent en termes de communication sur les enjeux environnementaux, de biodiversité, climatiques… sont alors assez évidentes. Cessons de mettre en avant les faits, les chiffres, les analyses et commençons immédiatement nos interventions, en convoquant les valeurs au nom desquelles des actions s’imposent. Commençons par solliciter des attitudes positives qui invitent à l’adhésion, qui conduisent à se sentir concerné. De cette manière, on touche les personnes qui mettent ces mêmes valeurs dans leurs priorités, cela revient à dire : « Nous sommes semblables à vous, nous partageons les mêmes aspirations ».

N’est-ce pas si souvent l’exact inverse que nous faisons ?

Lorsque nous expliquons, ne prenons-nous pas ainsi la posture du savoir, face à l’ignorance ?

Cette attitude de notre part peut alors nous faire passer pour des donneur·ses de leçon !

  • Commençons par présenter des valeurs. Car c’est veiller à établir, entre nous et nos interlocuteur·rices, une relation plus horizontale, plus immédiatement égalitaire, manifestant notre appartenance à une commune à l’expérience humaine.

  • Mobiliser des valeurs humanistes, altruistes comme l’empathie, la protection, la bienveillance, la justice…

Préférons :

  • « L’eau c’est vital. Des dispositions justes doivent assurer l’accès à l’eau pour toutes et tous. Chacune et chacun est invité·e à y contribuer. »

Evitons :

  • « Prenez plus de douches et moins de bains. »
    (Prescription stigmatisante qui peut être vécue comme une intrusion inadmissible dans l’intimité, qui peut déclencher de l’agressivité, face à ce qui passe pour une tentative de culpabilisation, venant de la part de « vertueux », à la manière de l’hostilité que peut déclencher un·e premier·e de classe !)

5. Eviter les négations

Terminons ce parcours par une recommandation paradoxalement d’autant plus difficile à mettre en œuvre qu’elle est très simple à formuler. Avec le sens du titre qui est le sien, Lakoff a publié un livre fameux, devenu best-seller, dont le titre pourrait être traduit en ces termes : « Essayez donc de ne pas penser à un éléphant ! » Je n’ai jamais rencontré personne, dit-il, qui soit capable de réussir l’exercice. Pourquoi en est-il ainsi ? Formulons la réponse en des termes généraux : notre cerveau n’est pas équipé pour la négation.

Si cette affirmation est relativement claire et explicite, (bien qu’il s’agisse d’une négation !) les traductions concrètes en matière d’expression sont loin d’être évidentes, dès lors qu’il s’agit d’en tirer les conclusions opérationnelles et de les mettre en pratique. Combien de fois n’avons-nous pas tendance, face par exemple à un climato-confusionniste, à d’abord nier ce qu’il affirme avant d’exposer notre propre vision. Pour nos cerveaux, cependant, nier revient à affirmer ! Citer une chose, même dans le but de la contester, revient à participer à sa diffusion, ce qui est l’exact inverse de notre intention.

Evitons :

« La sobriété, ce n’est pas de vivre plus mal, c’est apprendre à vivre mieux, avec une empreinte écologique beaucoup plus petite. » Dominique Bourg

« La richesse de la société ne se réduit pas à des points de croissance. » Dominique Méda

« Il n’est pas trop tard. » Valérie Masson-Delmotte

Préférons :

  • La sobriété, c’est apprendre à vivre mieux, en améliorant notre empreinte écologique.

  • La richesse de la société se mesure à la qualité de vie des habitant·es.

  • Chaque dixième de degré compte !

6. Notre défi : l’hypo-cognition

Lakoff a proposé la notion d’ « hypo-cognition ». Ce terme désigne un manque : ce qui nous fait défaut, ce sont les « frames » dont nous avons pourtant grand besoin, pour nous exprimer et être compris. Le terme d’hypo-cognition s’applique particulièrement ici et cela pour une raison tellement évidente : l’environnement ne concerne pas que l’environnement ! Ce domaine est intimement lié à d’autres domaines : l’économie, l’énergie, l’alimentation, la santé, le commerce et la sécurité, par exemple.

Nous sommes en « hypo-cognition », c’est-à-dire que nous manquons des « frames » qui nous permettent d’appréhender les questions climatiques et de biodiversité, dans les termes qui en restituent la complexité, les codépendances, les chaînes de causalité, les rétroactions réductrices et amplificatrices, les effets de seuil, etc. Les « frames » qui remplissent aujourd’hui l’espace de compréhension de ces enjeux vitaux sont inadéquats. C’est le cas des plus courants d’entre eux, auxquels nous avons recours tous les jours : le terme de nature et celui d’environnement. 30 C’est donc par le concept même d’ « environnement » qu’il nous faut commencer.

Reconnaissons-le, en tant que « frame » le terme d’environnement invite à le considérer comme « séparé » de nous, comme situé à l’extérieur de nous. C’est un simple support, un substrat, un arrière-plan, un faire-valoir aussi de la supériorité des humains. Bref, l’environnement, c’est ce qui nous environne ! Cette séparation est si profondément inscrite dans notre système conceptuel que nous ne pouvons tout simplement pas en imaginer une autre approche. Soyons-en bien conscient·es : aussi faux et dangereux soit-il, ce « frame » ne disparaîtra pas et nous contribuons nous-mêmes à le faire persister, chaque fois que nous avons recours à ces termes.

Lakoff insiste sur une implication plus restrictive encore, qui apparait dès qu’on parle d’ « agir pour l’environnent ». En effet, surgissent aussitôt ces réactions : oui, mais concrètement, qu’est-ce qu’on peut faire ? On pense alors à utiliser le train et le vélo, à manger moins de viande, à isoler nos maisons, à acheter en circuits-courts… Toutes ces propositions impliquent les comportements individuels, ce qui fait donc surgir ce constat : non seulement l’environnement est « à l’extérieur », mais il exclut en plus une chose importante : les modes d’organisation de nos sociétés et les manières dont elles peuvent agir sur leur propre organisation. Pour le dire de manière ramassée : le « frame » activé par le mot environnement exclut le politique, entendu comme la capacité des sociétés à agir sur leur organisation, leurs priorités, leur devenir.

Cette hypo-cognition est donc tragique. Nous ne disposons pas de « frames » qui nous permettent d’aborder les relations humanité/autres vivants, sur le mode de la codépendance, au sein de ce que Bruno Latour propose d’appeler la « Zone Critique »31 et non sur le seul mode de la séparation hiérarchique, qui domine aujourd’hui. Dans les manières dont ils sont massivement utilisés, les mots de nature et d’environnement semblent évoquer ces « trucs verts », un problème en plus dont on pourra éventuellement s’occuper quand on aura réglé les « vrais problèmes ». Or, nous, nous le savons : que mangeons-nous ? Que buvons-nous ? Comment préserver notre santé et celle de nos enfants ? Comment nous habillons-nous ? Comment et pourquoi nous déplaçons-nous ?… Toutes ces questions sont au centre de ce qu’est une bonne vie. Et ce que nous appelons maladroitement l’environnement ne se situe pas en périphérie de ces questions : c’en est le cœur ! Tant que nous concevrons l’environnement comme un truc « chic » et extérieur, nous n’y arriverons pas. C’est précisément de cela qu’il nous faut sortir. Telle est la mesure de l’hypo-cognition où nous sommes.

Notons qu’au plan conceptuel, c’est exactement ce dont ambitionne de rendre compte la notion d’anthropocène. Mais, en tant que concept, cette notion s’adresse au 2% de la partie consciente de l’activité de nos cerveaux ! Quels sont les mots, les métaphores, les « frames » qui sont à construire, et qui permettraient de rencontrer les 98%, hors champ de la conscience, qui constituent le fonctionnement normal de nos cerveaux ? Tel est le défi vital qui nous est adressé.

Nous ne supprimerons pas les « frames » inadéquats existants, mais nous pouvons collaborer à en installer d’autres. A condition d’avoir pris conscience de l’importance de la profondeur de ces analyses, de la mesure du chantier qui est ainsi ouvert et de la nécessité de coopérer entre les différents acteurs impliqués, pour les construire, les diffuser et les répéter.

L’urgence de collaborer

Appréhender le langage sous l’angle proposé par cette approche cognitive demande incontestablement des efforts, non pas tant dans sa technicité, mais davantage en raison des défis abyssaux qu’il présente pour la manière dont, en Occident, 32 nous nous représentons la réalité du monde et la manière dont le langage en rend compte.

Si des recommandations très pratiques et opérationnelles peuvent être formulées, si des « trucs et ficelles » peuvent en être dégagés, (bannir tel mot, privilégier tel autre…) et si l’on se contente de les mettre en œuvre, avec plus ou moins de bonheur, de constance et de vigilance, on risque cependant de ne pas prendre suffisamment la mesure de la profondeur à laquelle se situent les phénomènes en jeu. (Tiens, une métaphore spatiale !)

Insistons-y, au moment de conclure : il est notamment crucial de prendre en compte la distinction et la complémentarité de différents niveaux, et cela, sans en absolutiser un seul en particulier.

  • Les phénomènes bio-électro-chimiques dans les cerveaux humains ;

  • L’organisation et la structuration progressive des réseaux neuronaux ;

  • La dépendance de cette organisation à l’égard de nos interactions corporelles avec les objets du monde physique et les interactions sociales, lors de la petite enfance ;

  • L’intrication de la langue, qu’elle soit quotidienne ou savante, avec ces dimensions ;

  • Les ensembles sociaux plus vastes, que l’on peut désigner sous le mot « culture », où se partagent des conceptions, des visions, des évidences partagées, des schèmes de compréhension qui se sédimentent en nous, à force d’être répétés dans les milieux que nous fréquentons, les formations que nous avons suivies, les conversations auxquelles nous participons, nos lectures, les médias auxquels nous sommes exposés…

  • Les usages communicationnels largement inconscients et quelquefois délibérés que l’on peut en faire ;

La signification que chacun·e d’entre nous peut élaborer à l’occasion d’un message déterminé ne se résume donc pas à un événement singulier qui surgit dans chacun de nos crânes. Pour comprendre ce qui est en jeu, il est nécessaire d’embrasser -au moins- chacun des niveaux qui viennent d’être identifiés. La cognition est un phénomène qui nécessite d’intégrer plusieurs niveaux. Elle est nécessairement biologique, neuronale, mais aussi sociale, interactionnelle, culturelle et anthropologique… Et cela est vrai dans les conversations ordinaires, dans les interactions à vocation pédagogique, dans un article ou un exposé scientifiques, dans la construction et la compréhension d’un message institutionnel, un titre de journal, les termes choisis par un·e journaliste pour mener son interview…

Relevons une autre implication. Les climato-confusionnistes, 33 comme propose de les appeler Jean-Pascal van Ypersele, ont réussi à imposer des « frames » qui semblent quasi saturer les termes dans lesquels les enjeux climatiques sont abordés, (comme l’expression de « changement climatique », dont nous avons exploré les raisons de l’usage par le camp conservateur).

Ce n’est toutefois pas une fatalité. Lakoff invite à nous inspirer de grands mouvements sociaux qui ont réussi à imposer des « frames » qui, tout à la fois, les ont inspirés mais ont aussi réussi à modifier les manières dont leurs interpellations ont modifié considérablement le regard porté sur ces sujets. Il cite l’exemple du mouvement des droits civiques et du mouvement féministe.

C’est à ce grand travail de construction collective que les apports de Lakoff convient celles et ceux qui ont pu en saisir, à la fois la pertinence générale et les implications concrètes. Cela nécessite toutefois de rencontrer plusieurs conditions, tant la chose est difficile :

  • Bien percevoir la profondeur des phénomènes en jeu ;

  • Consacrer du temps et des moyens à rechercher et construire de tels « frames » ;

  • Unir nos efforts dans ce sens, en préservant les spécificités de chacun·e ;

  • Répéter et continuer à répéter ces nouveaux « frames », non pour supprimer ceux qui existent, mais pour en activer d’autres, qui deviendront peu à peu le sens commun.

C’est à cette vitale concertation et répétition que nous invitent les apports de Lakoff.

1 Chercheur-associé, Etopia. – gerard.pirotton@etopia.be

2 « The Political Mind: A Cognitive Scientist’s Guide to Your Brain and Its Politics ». Page 43

3 George LAKOFF (B.S., Massachusetts Institute of Technology ; Ph.D., Université de l’Indiana) est Professeur Emérite de Science Cognitive de Linguistique à l’Université de Californie à Berkeley. Il est notamment l’auteur de “Metaphors We Live By” (Chicago, IL: University of Chicago Press, 1980) et de “Philosophy in the Flesh” (New York: Basic Books, 1999), tous deux rédigés en collaboration avec Mark Johnson, et “Don’t Think of an Elephant!” (White River Junction, VT: Chelsea Green, 2004). “The Political Mind” (New York: Viking / Penguin, 2008). Il a conseillé des centaines d’organisations environnementales sur des questions de « Framing ».

Deux de ses livres ont été traduits en français : « Les métaphores dans la vie quotidienne », écrit avec le philosophe Mark Johnson. LAKOFF George (2015), « La Guerre des Mots, ou comment contrer le discours des conservateurs ». CELSA, Les Petits matins, Paris. Ed. de Minuit, Propositions, Paris

4 LAKOFF, George, (1987), « Women, Fire, and Dangerous Things. What Categories Reveal about the Mind », The University of Chicago Press, Chicago and London.

5 A l’inverse du cognitivisme. Voir un petit bouquin :
VARELA, Franscisco, (1989), « 
Invitation aux sciences cognitives », Seuil, Paris.

DAMASIO, Antonio R., (1995), « L’erreur de Descartes », La raison des émotions », Odile jacob, Paris. [Ed. Orig. (1994), « Descartes’ Error. Emotion, Reason, and Human Brain », A. Grosset /Putman Books]

VARELA, Franscisco, THOMPSON, Evan, ROSCH, Eleanor, (1993), « L’inscription corporelle de l’esprit. Sciences cognitives et expérience humaine », Seuil, la couleur des idées, Paris.

JHONSON, Mark, (1987), « The Body in the Mind. The Bodily Basis of Meaning, Imagination, and Reason », The University of Chicago Press, Chicago and London.

6 Ne sommes-nous pas convaincu·es, en effet, que le savoir doit précéder l’action…

7 Lakoff et ses collaborateur·rices ont ainsi identifié des centaines de métaphores conceptuelles. Dans le lien suivant, on peut trouver tout à la fois une liste de ces métaphores mais également leur présentation organisée selon les domaines-source ou les domaines-cible qu’elle concernent. Chaque métaphore est elle-même décrite et illustrée par une série d’expressions de la langue naturelle qui en sont la manifestation.

https://www.lang.osaka-u.ac.jp/~sugimoto/MasterMetaphorList/MetaphorHome.html

8 LAKOFF, George, JOHNSON, Mark, (1985), « Les métaphores dans la vie quotidienne », Éditions de Minuit, Propositions, Paris. Page 15. (« Metaphors We Live By », University of Chicago, 1980). (Page 15)

9 Les amoureux·ses sont des passager·es, différents véhicules sont utilisables pour réaliser leur voyage. Mais il pourrait y avoir d’autres métaphores, comme : L’amour est une force physique, une folie, une maladie, etc. Voir : « Les métaphores dans la vie quotidienne », pages 54-58.

10 Voir : PIROTTON G. (2000) « Le cueilleur de métaphores » Analyser des situations de formation grâce aux métaphores selon George Lakoff, in : « Recherches en Communication ». UCL-Département de Communication, Louvain-la-Neuve. N.13-2000. Pages 121-152. https://ojs.uclouvain.be/index.php/rec/article/view/47243/45443.

11 GOFFMAN, Erving, (1974), « Frame analysis, An Essay of the organization of Experience », New York, NY, Harper & Row. [Traduction française : (1991), « Les cadres de l’expérience », Editions de Minuit, Paris.]

12 LAKOFF, George, (2015) « La guerre des mots. Ou comment contrer le discours des conservateurs », Celsa, Les petits Matins, Paris. Page 12. (Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Agnès El Kaïm) [Edition originale : « The ALL NEW Don’t Think of an Elephant ! » (2014), Chelsa Green Publishing Co, White River Junction, VT, USA]

13 LAKOFF, George, (2015) « La guerre des mots. », (Op. Cit.), Page 12.

14 FILLMORE J. Charles, (1976), « Frame Semantics and the Nature of Language », Annals of the New York Academy of Sciences, 280, 20–32. – Voir aussi : https://framenet.icsi.berkeley.edu/fndrupal/

15 La causalité linéaire explique un phénomène (l’effet) par un autre (la cause), établissant entre eux un lien nécessaire, immédiat, direct, instantané. La métaphore est celle de l’impact, telle une boule de billard qui en heurte une autre.

16 La causalité circulaire identifie des chaînes de causalité, des boucles de rétroactions, des effets de seuil, des temps de réponse… telles qu’en rend compte l’approche écosystémique.

17 https://news.un.org/fr/story/2018/10/1025962 = Nations Unies. ONU Info. Mis en ligne 08 octobre 2018

18 Voir ci-dessous la rubrique 5. « Eviter les négations »

19 THIBODEAU Paul H., FRANTZ M. Cynthia, BERRETTA Matias (2017), « The Earth is our Home : systemic metaphors to redefine our relationship with nature », Climate Change,142. Pages 287-300.

Consultable : https://doi.org/10.1007/s10584-017-1926-z.

Merci au Pr Julien PERREZ (ULiège) d’avoir signalé l’existence de cette recherche.

20 Une commission mondiale sur la gouvernance des risques liés au dépassement climatique a été installée, le 17 mai 2022, sous la présidence de Pascal Lamy. https://www.overshootcommission.org/

21 Voir : FLUSBERG Stephen J, MATLOCK Teenie, THIBODEAU Paul, (2017), « Metaphors for the war (or race) against climate change », in : Environmental communication. A Journal of Nature and Culture, November 2017. Consultable: https://www.researchgate.net/publication/321667380

22 En juin 2019, « carbone 4 » a procédé à un calcul détaillé : à quelle hauteur l’action individuelle peut-elle influer sur les émissions CO2 de la France ? Réponse : si chaque Français activait conjointement et systématiquement l’ensemble des actions généralement préconisées, tous les jours de l’année, la baisse serait de l’ordre de 25%. Ce qui n’est pas du tout négligeable bien sûr, mais qui reste toutefois nettement insuffisant : on n’est pas à la hauteur des enjeux. https://www.carbone4.comhttps://www.carbone4.com/publication-faire-sa-part.

23 On occulte ainsi ceux que Brigitte Kyoto appellent les #effondreurs !

24 La section suivante ( 4. Ces valeurs qui nous mobilisent) est précisément consacrée à cette question.

25 Lakoff cite ici les travaux de Franck Luntz, un des professionnels de la communication des plus écoutés Outre-Atlantique par les conservateurs. Voir :

LAKOFF, George, (2015), « La guerre des mots. (Op. Cit.). Pages 43 et suivantes.

26 Voir ci-dessus la section 2. Les métaphores conceptuelles

27On lira ici un court texte de Lakoff où il insiste sur cette notion, à propos du lien entre l’ouragan « Sandy », qui a frappé les Etats-Unis en 2012 et le dérèglement climatique.

https://georgelakoff.wordpress.com/2012/11/02/1994

28 C’est très exactement sur quoi insiste Lakoff dans son article, publié en 2010 et intitulé : « Why it Matters How We Frame the Environment », Environmental Communication, 4:1, 70-81. – Lien vers cet article :
https://doi.org/10.1080/17524030903529749

29 C’est notamment le cas dans :

(1996), « Moral Politics. How Liberals and Conservatives Think », University of Chicago Press.

(2008), « The Political Mind: A Cognitive Scientist’s Guide to Your Brain and Its Politics », Penguin Books.

On en trouve aussi une présentation dans (2015) « La guerre des mots. Ou comment contrer le discours des conservateurs », Les Petits Matins, Paris. (Pages 23 à 34)

On consultera aussi ce « Green Talks », (7min30) sur la chaîne Youtube d’Etopia, accessible via le lien :

https://www.youtube.com/watch?v=nGVfN58rIy4 – Nos cerveaux politiques.

30 Il développe notamment cet argument dans son article déjà cité plus haut : George LAKOFF, (2010), « Why it Matters How We Frame the Environment , Environmental Communication, 4:1, 70-81.

Lien vers cet article : https://doi.org/10.1080/17524030903529749

31 Formulation popularisée par Bruno Latour, qui désigne ainsi la fine pellicule où la vie est possible, cette mince couche que la vie elle-même a modifiée, depuis l’apparition de la vie sur terre. Les vivants ont ceci d’extraordinaire qu’ils créent les conditions propices à la vie et à son engendrement ultérieur. Voir :

LATOUR, Bruno, (2015) « Face à Gaïa. Huit conférences sur le nouveau régime climatique », La Découverte, Les Empêcheurs de Penser en Rond, Paris.

32 Lakoff en est absolument conscient, comme en atteste ses collaborations avec le philosophe Mark Johnson. On consultera particulièrement :

(1999), George LAKOFF, Mark JOHNSON, “Philosophy in The Flesh: the Embodied Mind and its Challenge to Western Thought”. Basic Books.

33 Une expression à préférer à « climato-sceptique ». Pourquoi ? Parce que le doute et le scepticisme sont une caractéristique de toute démarche scientifique. S’autoproclamant climatosceptiques et revendiquant ainsi son exclusivité, ils renvoient tous les autres dans le monde de la croyance. Pour eux, s’arroger l’exclusivité du scepticisme revient à ranger tous les autres dans le camp des crédules. Utiliser pour en parler les mots mêmes par lesquels ils se désignent revient à tomber dans le piège grâce auquel ils disqualifient tous les autres. Au contraire, l’expression « climato confusionnistes » met au jour la stratégie de confusion qu’ils poursuivent.

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