De l’importance fondamentale (dans la gestion d’une Commune

comme dans celle d’une Région) du travail d’un très grand nombre de personnes

anonymes qui, contrairement aux élus, n’ont jamais les honneurs des médias.


La gestion d’une commune de 76.000 habitants comme Uccle demande un nombre important de fonctionnaires : environ 700 sans compter le personnel enseignant et les policiers.

Dans un contexte de difficultés budgétaires, un audit du personnel a été réalisé en 2006. Il en est résulté des décisions de restructuration dans l’objectif d’un fonctionnement plus efficace et d’une réduction des effectifs partout où cela semblait possible ; qui se concrétiseront dans le futur par le non remplacement d’un nombre relativement limité d’ouvriers et employés partant à la retraite.

Le rôle d’une administration communale

L’administration a la charge du bon fonctionnement des services publics de proximité qu’une commune se doit de rendre aux citoyens. C’est un système organisé en de multiples départements, relativement autonomes mais dont il est important de coordonner l’action afin qu’ils travaillent en synergie.

Cet idéal est loin d’être atteint à Uccle où les services fonctionnent de manière trop cloisonnée (par attachement à des pratiques routinières plus que par opposition de principe !) Peu de fonctionnaires ont une vision d’ensemble de l’administration communale ; à cet égard le regard porté par les huissiers et messagers est particulièrement intéressant.

Grâce à sa permanence par delà la succession des législatures, l’administration est détentrice d’un savoir précieux, qui constitue la mémoire collective locale.

Cette mémoire est particulièrement nécessaire dans le domaine de l’urbanisme pour assurer la cohérence des décisions prises au fil du temps.

Les fonctionnaires n’assument pas de responsabilité politique. Il leur appartient d’informer et de conseiller le Collège des Bourgmestre et Echevins. Ils peuvent formuler des propositions ; mais ce n’est pas l’administration qui prend les décisions ; et une fois celles-ci prises, elle doit les exécuter… même si elle les désapprouve !

Les rôles de l’administration et du politique sont donc en principe bien distincts.

La plupart des responsables politiques se montrent d’ailleurs très chatouilleux quand des fonctionnaires ont l’air de sortir de leur rôle d’exécutants !

L’articulation entre Collège et administration : une question délicate

Pourtant, l’administration joue un rôle essentiel de mise en œuvre des procédures et de garde-fou en tant que gardienne du respect de la loi. Et, personnellement, je me suis étonnée, en début de mandat, du fait que la prise de décisions lourdes de conséquences appartienne exclusivement aux élus dans des domaines où ils ne sont pas toujours réellement compétents.

Dans ces conditions, il est très important que les rapports écrits au Collège (qui sont rédigés par les services de l’administration) soient le plus explicites possibles. Il m’est apparu d’ailleurs utile, à plusieurs reprises pour de gros dossiers d’urbanisme, de les présenter au Collège avec l’aide de fonctionnaires présents (à même de répondre mieux que moi aux questions plus techniques de mes collègues).

Par la force des choses, la collaboration est très étroite entre un échevin de l’Urbanisme et les fonctionnaires de son administration (plus particulièrement, les architectes communaux).

Après une analyse approfondie des dossiers de demande de permis, les architectes proposent un avis dûment motivé. Il m’est arrivé de participer à cette rédaction pour les dossiers plus importants. C’est ensuite à l’échevin qu’il appartient de présenter chaque demande au Collège et de soutenir le débat si l’avis tel que proposé est contesté. C’est également l’échevin qui préside la commission de concertation où sont débattues celles des demandes qui ont été mises à l’enquête publique. Un échevin de l’urbanisme doit donc avoir une solide connaissance personnelle des dossiers comme des législations en vigueur ; il ne l’acquiert qu’avec l’aide de son administration.

Si des relations de confiance et de respect mutuels se tissent entre l’échevin et ses fonctionnaires (comme ce que j’ai vécu pendant les 6 années de mon mandat), la collaboration peut s’avérer très féconde.

Une fructueuse collaboration avec l’administration ne peut naître que du dialogue ; et la condition première de celui-ci me semble être la disponibilité de l’élu (en temps comme en ouverture d’esprit). Un service est moins efficace et moins novateur lorsque l’échevin ne passe que quelques heures par semaine pour apposer sa signature !

Faute de cette confiance, l’action politique d’un échevin peut être paralysée, voire même boycottée dans des communes où l’administration est très politisée.

Ce n’était heureusement pas le cas des services dont j’avais la responsabilité. Et, d’une manière générale, je puis témoigner que les promotions des membres du personnel ucclois n’étaient pas liées à une étiquette politique.

Le fait d’accorder, in fine, au politique le monopole du pouvoir de décision présente un avantage incontestable lorsqu’il s’agit d’impulser des politiques nouvelles face à une administration routinière. Je dois cependant reconnaître que je me suis souvent trouvée dans la situation inverse d’avoir à défendre, contre le conservatisme collégial, une volonté réformatrice soutenue par certains hauts fonctionnaires de mes services (les meilleurs exemples étant nos exigences partagées en matière de développement durable).

La formation du personnel : un important sujet de préoccupation

J’ai constaté qu’il arrivait trop rarement que le Collège ucclois prennent l’initiative d’imposer une formation extérieure à des fonctionnaires. Des demandes de s’inscrire à des formations (proposées par la Région ou des organismes privés) lui étaient par contre souvent adressées par ces derniers et les autorisations n’étaient accordées qu’avec une certaine réticence.

Les raisons avancées étaient nombreuses : une personne en formation s’absente de son service ; certaines formations privées sont très coûteuses ; les demandes ne sont pas toujours en rapport direct avec le travail du fonctionnaire concerné… Avec même le procès d’intention d’une volonté cachée d’échapper à ses obligations professionnelles…

Sans nier que certains des arguments à l’appui de cette réticence puissent être pertinents, j’ai déploré le fait que les membres du Collège ne perçoivent pas toujours l’intérêt des formations sollicitées.

Je pense ici, plus particulièrement, à la richesse des formations proposées au personnel des garderies (qui se justifient par la prise de conscience récente de l’importance des premières années de l’enfant pour son développement).

Une formation continue du personnel communal m’est toujours apparue comme une nécessité, dans l’intérêt même de l’efficacité des services. Parce que les législations évoluent et aussi qu’une formation nouvelle stimule la motivation au travail comme l’aptitude à se remettre en question.

L’engagement récent d’un secrétaire communal adjoint, spécialement affecté à la gestion des ressources humaines, devrait permettre la mise en œuvre à Uccle d’une véritable politique de formation et une évaluation plus approfondie de la qualité du travail des agents communaux.

Un autre aspect souvent négligé est la connaissance du « terrain communal » par l’ensemble des fonctionnaires et, plus particulièrement par ceux, nombreux, qui ne sont pas domiciliés dans la commune où ils sont engagés. Une carence préjudiciable tant sur le plan de l’efficacité de l’action que du point de vue relationnel.

Ainsi, par exemple, j’ai constaté à mon arrivée comme échevine responsable de la Régie foncière que la fonctionnaire chargée de gérer les locations des parcelles potagères communales n’avait jamais eu l’occasion de se rendre sur les sites concernés ! Fort heureusement, par contre, l’habitude des visites de terrain était solidement ancrée chez les architectes communaux.

Les relations entre citoyens et administration : un problème

Un récent numéro du journal de l’Association de Comités de Quartier Ucclois

s’est fait écho de la perception négative que les citoyens ont souvent

de l’administration communale : « distante, peu disponible, opaque sinon secrète ».

Ce constat me parait d’une sévérité excessive. Je souscris bien sûr à l’exigence démocratique d’une administration plus ouverte au dialogue. Le citoyen ne doit pas se heurter à des représentants d’une bureaucratie raide et impersonnelle, dépourvue de capacité d’écoute et d’initiative.

Il est normal d’exiger de la part d’un fonctionnaire communal qu’il reçoive avec courtoisie et compétence les habitants de sa commune. La qualité de l’accueil doit être une des priorités d’un service public. Ce souci était partagé par l’ensemble du Collège.

Mais la réciproque me semble aussi importante : l’administré devrait rester courtois et témoigner du respect à la personne qui le reçoit. Or, c’est loin d’être le cas !

Que ce soit pour des problèmes de voisinage ou de logement, j’ai malheureusement souvent déploré le ton agressif, voire carrément grossier, avec lequel certains citoyens s’adressaient (de vive voix ou par téléphone) aux fonctionnaires des services de l’Urbanisme et de la Régie foncière. Ce qui était d’autant plus choquant que le ton changeait, miraculeusement, à l’apparition de l’échevin !

J’ai aussi regretté un manque de confiance des habitants à l’égard des analyses des dossiers faites par des fonctionnaires communaux et régionaux qui étaient pourtant très qualifiés. Comme si le fait de n’être « que des fonctionnaires » discréditait à leurs yeux la qualité et l’objectivité du travail de ces techniciens.

Les contestations citoyennes relatives à l’état sanitaire des arbres et à la dangerosité de la décharge du plateau Avijl en sont de bons exemples.

A une vision citoyenne souvent polarisée sur les pesanteurs bureaucratiques

des administrations publiques perçues comme toutes puissantes,

je crois désormais possible d’opposer l’image de fonctionnaires compétents et

qui s’impliquent dans leur travail au service de l’intérêt collectif !

Share This