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Traduction d’un article de George Monbiot paru dans le quotidien « The Guardian »

Pouvez-vous imaginer une menace importante à laquelle le gouvernement britannique ne se prépare pas ? Il emploie une armée de fonctionnaires, de barbouzes et de consultants pour évaluer les risques d’attaques terroristes, d’effondrement financier, d’inondations, d’épidémies ou même de grèves, d’astéroïdes ainsi que pour déterminer ce qu’il devrait faire si de telles catastrophes se produisaient. Mais il y a un risque face auquel le gouvernement semble rester particulièrement serein : il n’a jamais lui-même conduit d’évaluation quant au niveau des réserves globales de pétrole et à la possibilité que celles-ci puissent un jour atteindre un maximum pour ensuite commencer à décliner.

Si vous posez la question, la réponse du gouvernement est invariablement la même : « Les ressources pétrolières globales sont suffisantes par rapport aux besoins à venir. » Cette affirmation, précise t-il, repose sur les évaluations réalisées par l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) et publiées dans ses rapports « World Energy Outlook ». Dans son rapport 2007, l’AIE semble partager la vision du gouvernement. « Les ressources pétrolières mondiales, » affirme-t-elle, « sont jugées suffisantes pour rencontrer jusqu’en 2030 la croissance de la demande telle qu’anticipée dans les projections ». Mais elle ne dit rien sur ce qui se passera à ce moment là, ni si les ressources continueront à être suffisantes au-delà de 2030. Pour Whitehall, le propos s’arrête là. Comme la plupart des gouvernements du monde riche, le Royaume Uni considère les projections de l’AIE comme parole d’évangile. Il y a quelques mois, j’ai soumis une requête au département britannique des affaires économiques dans le cadre du droit à l’information, demandant quels plans d’urgence le gouvernement avait élaboré pour faire face au niveau maximum des approvisionnements pétroliers globaux, attendu d’ici 2020. La réponse fut la suivante : « Le gouvernement ne ressent pas la nécessité d’établir des plans d’urgence spécifiquement en vue de l’éventualité que les approvisionnements en pétrole brut atteignent leur maximum d’ici 2020. »

Il vaudrait mieux que l’AIE ait raison. Dans un rapport commandité par le ministère américain de l’énergie, l’analyste pétrolier Robert L Hirsch conclut qu’ « à défaut de réduction opportune, les coûts économiques, sociaux et politiques » du pic de l’approvisionnement mondial atteindront un niveau « sans précédent ». Il poursuit en expliquant ce qu’il entend par « une réduction opportune ». Même une réponse d’urgence au niveau mondial « 10 ans avant que les approvisionnements n’atteignent leur sommet », écrit-il, « engendrerait une pénurie de carburants liquides pour au minimum une décennie après que ce sommet ait été atteint ». Pour éviter l’effondrement économique global, nous devons commencer « un programme intensif de réduction 20 ans avant d’atteindre le pic ». Si Hirsch a raison, et si les approvisionnements de pétrole atteignent leur maximum avant 2028, alors nous sommes profondément dans le pétrin.

Comprenez bien : entre 2007 et 2008, l’AIE a radicalement changé d’interprétation. Jusqu’au rapport de cette année, l’agence ne prenait absolument pas au sérieux ceux qui prétendaient que les réserves de pétrole pourraient atteindre leur limite. Dans la préface d’un livre publié en 2005, son directeur exécutif, Claude Mandil, taxait d’oiseaux de mauvaise augure ceux qui prédisaient un tel événement. « L’AIE a longtemps maintenu que rien de tout cela n’était sujet à s’inquiéter » écrivait-il. Les « ressources en hydrocarbures dans le monde sont abondantes et permettront sans problème d’approvisionner le monde tout au long de sa transition vers un futur énergétiquement durable ». Dans son World Energy Outlook 2007, l’AIE prévoyait que le rendement des gisements de pétrole existants allait décliner de 3,7% par an. Ce qui, disait-elle, représentait un défi à court terme, avec la possibilité d’un affaissement temporaire des approvisionnements en 2015, mais avec un investissement suffisant pour faire face à toute pénurie. Mais le nouveau rapport, publié le mois dernier, véhicule un message très différent : il parle d’un taux de déclin annuel estimé à 6.7%, ce qui signifie un déficit à combler nettement plus conséquent.

Ce qui est encore plus important, c’est que dans son rapport 2008, l’AIE suggère pour la première fois que les approvisionnements de pétrole du monde pourraient atteindre leurs limites. « Bien que la production globale de pétrole ne risque pas d’atteindre son maximum avant 2030, on prévoit que la production de pétrole traditionnel se stabilise vers la fin de la période de projection. « Ces termes édulcorés révèlent une rupture essentielle. Jamais auparavant, un des World Energy Outlooks de l’AIE n’avait prédit qu’un pic ou un plafond serait atteint dans la production mondiale traditionnelle de pétrole. Cela se précise à mesure qu’on avance dans le rapport. Cela signifie-t-il ou non que nous ayons le temps de nous y préparer ? Que veut dire « vers la fin de la période de projection » ? L’agence n’a jamais produit une prévision plus précise - jusqu’à aujourd’hui. Pour la première fois, dans l’entretien que j’ai conduit récemment avec son économiste principal Fatih Birol, une date a été donnée. Et cela devrait flanquer la trouille à tout qui en comprend les implications.

Birol, l’auteur responsable du nouvel Energy Outlook, est un petit homme calme et habile, avec d’épais cheveux gris et des sourcils à la Alistair Darling. Il m’a expliqué que les nouvelles projections de l’agence sont basées sur une étude importante qu’elle avait menée sur les taux de déclin des 800 plus grands gisements de pétrole du monde. Mais sur quoi étaient basées les projections des rapports précédents ? « Il s’agissait essentiellement d’une hypothèse, d’un postulat global au sujet des gisements du pétrole du monde. Cette année, nous avons examiné la situation pays par pays, gisement par gisement, y compris les gisements off shore. On a vraiment été dans le détail. L’an passé c’était une intuition, et cette année c’est la conclusion de notre recherche ». Je lui ai dit que qu’il me semblait hallucinant que l’AIE n’ait pas travaillé de la sorte plus tôt, mais avait basé son évaluation sur de simples conjectures, même éclairées. « En fait personne n’avait fait cette recherche », m’a-t-il avoué. « Il s’agit ici des premières données publiquement disponibles ».

Dans ce cas, n’était-il pas irresponsable de publier en 2007 un taux de déclin de 3.7%, alors qu’il n’y avait aucune recherche digne de ce nom pour l’étayer ? « Non, nos précédentes estimations ont toujours bien mentionné qu’il s’agissait d’hypothèses basées sur ce que nous pouvions connaître, et nous avons également dit que les déclins pourrait être plus importants que ce que nous avons estimé ».

Je lui ai ensuite posé une question à laquelle je n’attendais pas une réponse franche et directe : Pourrait-il me donner la date précise à laquelle il s’attend à ce que les approvisionnements traditionnels de pétrole conventionnels cessent de croître ? « En termes de non OPEP [c’est-à-dire des pays extérieurs au grand cartel des producteurs de pétrole] », a-t-il répondu, « nous escomptons que d’ici trois à quatre ans, la production de pétrole traditionnel atteindra un plateau, puis commencera à décliner. En termes d’image globale, en supposant que l’OPEP investisse d’une façon opportune, le pétrole traditionnel global pourra continuer à être produit, mais nous escomptons quand même qu’il atteigne un plateau vers 2020, ce qui ne constitue évidemment pas une bonne nouvelle du point de vue de l’approvisionnement global ».

Vers 2020. Cela place la problématique sous un éclairage assez différent. La date de Birol, si elle est correcte, nous donne environ 11 ans pour nous préparer. Si le rapport de Hirsch est exact, nous avons déjà loupé le coche. Birol affirme que nous avons besoin « d’une révolution énergétique globale » pour éviter une pénurie de pétrole, y compris (ce qui serait désastreux pour l’environnement) un changement de cap allant dans le sens d’une exploitation massive de sources moins traditionnelles, tels que les sables bitumeux canadiens. Mais rien ne s’est encore produit à cette échelle, et Hirsch laisse entendre que, même si on commençait aujourd’hui, les investissements nécessaires et les changements d’infrastructure ne pourraient pas être réalisés à temps. Birol m’a dit : « Je pense que le temps n’est pas de notre côté. » Quand je l’ai poussé à se justifier quant au revirement de position de l’agence, il a argué que l’AIE avait toujours dit la même chose. « Nous avons dit dans le passé qu’un jour le pétrole viendrait à manquer. Nous n’avons jamais affirmé que nous aurions encore du pétrole pendant des centaines d’années… mais ce que nous avons dit de plus cette année, comparée aux années précédentes, c’est que nous avions constaté que les taux de déclin étaient sensiblement plus élevés que ce que nous avions estimé précédemment. Mais notre ligne, à savoir que nous sommes engagés sur une route non durable en matière d’énergie, n’a pas changé.

Ceci est, naturellement, un non-sens visant à ne pas perdre la face. Il y a une énorme différence entre un taux de déclin de 3,7% et de 6,7%. Il y a une différence encore plus grande entre suggérer que le monde suive une route non durable en matière d’énergie – une affirmation à laquelle presque tout le monde peut souscrire - et indiquer que les approvisionnements de pétrole traditionnels atteindront probablement un plateau vers 2020.

Si c’est ce que l’AIE voulait dire dans le passé, le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne l’a pas exprimé de façon très claire. Alors, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Nous pourrions nous réfugier dans les collines, ou nous pourrions espérer et prier pour que Hirsch se trompe au sujet du délai de 20 ans, et entamer aujourd’hui un programme d’urgence intensif pour renforcer l’efficacité des carburants et généraliser l’électrification. Dans un cas comme dans l’autre, le gouvernement britannique aurait bien fait d’élaborer des plans d’urgence.

  • www.monbiot.com
  • Visionnez George Monbiot discutant avec Fatih Birol dans le cadre de la série video “Monbiot Meets”, dans laquelle le grand chroniqueur britannique vert défie les acteurs mondiaux de la politique environnementale : www.guardian.co.uk/environment/seri...

Traduction pour Etopia par Sophie Molinghen.


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