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1. Avant-propos

Cela fait quelques jours que l’expression « Simplicité Volontaire » résonne très harmonieusement dans mon esprit. De toutes les propositions qui ont été faites depuis plusieurs années quant à une nouvelle utopie politique, celle-ci est la plus porteuse du développement d’un certain bonheur individuel. Les autres concepts, décroissance, alter-mondialisme, développement durable…, induisent trop de renoncements et de contraintes que pour être vraiment porteurs de changements massifs d’attitudes citoyennes. Proposer l’ascétisme et/ou la colère n’est pas très attirant, nous le vivons tous les jours.

Décortiquons un peu cette petite perle, dont je ne m’approprie pas du tout la découverte. Simplement, cela me parle bien. Et surtout je la trouve « communicable » dans notre approche d’éco-passeurs.

Le bonheur étant par définition la satisfaction des désirs, moins ceux-ci sont complexes, chers ou ambitieux, plus vite nous pourrons l’atteindre. La question n’étant plus de renoncer à des désirs mais de les redéfinir, de les simplifier...

2. Rencontrer la part créatrice culturelle

Je vous rappelle aussi l’existence des créateurs de culture (créatifs culturels) dont nous faisons ici incontestablement partie, à savoir ces quelques 25% de la population qui expriment clairement l’envie de vivre en harmonie avec des valeurs éthiques, écologiques, féminines, spirituelles et non consuméristes. (40% si on élude la question spirituelle, encore un peu inquiétante pour certains).

Je vous propose de faire une extrapolation, un peu téméraire, certes, mais peut-être très utile à notre approche de communication. Ne pourrait-on pas prendre comme hypothèse que sommeille en chacune et chacun d’entres nous une part non négligeable de Créateur de Culture, disons 25% par exemple. Vous la sentez en vous ? Alors pourquoi pas chez tout le monde ?

Le propos de ce papier est de profiter de l’engouement pour les valeurs écologiques, et du parti ECOLO en particulier, et de relayer cette formidable envie citoyenne pour placer l’estocade après 40 ans de petites banderilles sur l’échine de la société de consommation. La situation est au moins aussi propice qu’en 1999 et, la dioxine mise à part, aujourd’hui il s’agit d’un mouvement de fond. Pour autant que nous conciliions une écoute bienveillante avec un discours enthousiaste, ceux que nous appelons les visiteurs de l’écologie nous embrayeront le pas et deviendront, eux aussi, passeurs de cette citoyenneté.

De ce qui précède, nous pouvons nous appuyer en termes de communication sur quelques pré-requis :

  • Du regard que nous leurs portons dépendra l’efficacité de notre propos. Il y a beaucoup de chances pour nous de croiser quelqu’un qui a plutôt envie de satisfaire sa part créatrice. Concentrons-nous là dessus.
  • Cette personne ne sait pas du tout par quel bout devenir solution à quelque chose. Nous oui.
  • Elle se croit vraiment toute seule à vouloir que les choses bougent. Rassurons-la, relions-la à ces millions de personnes qui sont en mouvement.
  • Elle n’a pas du tout envie de renoncer à ses plaisirs. Ce n’est pas grave on lui en propose d’autres, par exemple les plaisirs de la Simplicité Volontaire.
  • Et en outre vous étiez déjà fournisseurs de la citoyenneté-plaisir qui, je vous le rappelle, consiste à suggérer que la bienveillance est scientifiquement source de satisfaction personnelle. Celle accordée à la Nature aussi, bien évidement.

3. La simplicité volontaire et ses augustes précurseurs

Mais revenons à la Simplicité Volontaire et à votre statut de militant ou de passeur, c’est selon et évolutif. Je pense personnellement que le temps n’est plus à devoir convaincre mais plutôt à pouvoir emmener avec soi, de manière fluide, toutes ces personnes dans le respect de leur réalité, souvent simplement individualiste. Comme tout le monde… Ce qui ne veut pas dire égoïsme bien sûr.

La Simplicité Volontaire (ce mot est enchanteur) nous apporte les bases de ce Bonheur National Brut tant recherché au niveau d’un pays ou de la Planète. Elle est ce gagnant-gagnant que nous cherchons, du moins dans le propos. Elle propose exactement le matériel qui va compléter notre boite-à-outils. Elle nous donne la définition du bonheur parfait, celle que je vous proposais ci-dessus, à savoir la redéfinition les désirs justes et surtout libres. On retrouve à la fois Epicure et Spinoza dont nous pouvons tous et toutes nous imprégner pour mieux les transmettre autour de nous. Le premier, Epicure nous apprend la mesure des désirs, le second, Spinoza nous invite à préserver notre liberté par rapport à ceux-ci d’une part et à l’éthique de ceux-ci d’autre part. Rapidement…

Epicure, contrairement à la rumeur, nous apprend la mesure des désirs comme instrument du plaisir. Il met en garde contre l’excès et pour faire court élève la tranquillité, le faire rien comme suprême bonheur. En outre, il nous suggère de profiter de ce qui se présente naturellement à nous.
Classification des désirs selon Épicure

1. Désirs naturels

  • nécessaires : pour le bonheur (le faire rien) / pour la tranquillité du corps (protection) / pour la vie (nourriture, sommeil)
  • simplement naturels : variation des plaisirs, recherche de l’agréable

2. Désirs vains

  • artificiels : richesse, gloire…
  • irréalisables : désir d’immortalité

Chez Spinoza, le but fondamental est la constitution d’une authentique liberté de la joie. Pas de bonheur authentique ni aux dépens de l’autre, (ou de la Nature), ni dans le « mieux » que l’autre. Pas de bonheur abouti si un nouveau désir prend le dessus sur le précédent. C’est l’éthique du bonheur libre, selon lui.

4. Gagnant-Gagnant

La Simplicité Volontaire n’est-elle pas avant toutes choses une retrouvaille avec ces petits bonheurs choisis que sont par exemple :

  • la saveur du temps qu’on s’accorde ;
  • la saveur du temps accordé aux autres ;
  • les petites joies de ce qui nous entoure, dont la Nature, bien sûr ;
  • l’intelligence du savoir-faire soi-même ;
  • la satisfaction de ce qui est (le présent) ;
  • le partage ;
  • et tout autre chose que vous rajouterez à cette liste.

Pour se raccrocher à ce qui nous occupe, à savoir les quatre piliers du développement durable, la « suffisance » proposée par la simplicité volontaire, dans sa dimension épicuro-spinozienne, m’apparaît représenter une voie salutaire au même titre que le deuxième volet de la solution durable, l’« efficience », qui la complète. Ne contribue t’elle pas aussi à ce sentiment, si agréable, de faire partie de cette dynamique citoyenne, d’appartenir à ce quelque chose de plus grand que nous, la Nature, sans nous mettre au pied du mur mais plutôt à sortir du mur .

Et cerise sur le gâteau, outre cette nouvelle liberté aux biens matériels, donc à la société de consommation, dans son volet partage et échange de biens ou de connaissance, elle est prétexte de reliance aux autres, ô combien essentielle à l’essence du sentiment du soi.

Plaisir et liberté, cela ne vous dit rien ? Ce sont les fondements de l’individualisme. Etonnant, non ? Nous voici, devant un choix. Continuer à le pourfendre et à le clouer au pilori et donc être des Don Quichotte à ramer avec des toutes petites rames à contre-courant sociétal. Ou, c’est ma proposition, intégrer ces nouveaux éléments constitutifs d’un individu-éthisme. Créer du gagnant-gagnant partout où nous passons.

Avant d’aller plus loin, je me permets un conseil pour donner sens à ce papier. Remplacer le sempiternel « de rien… » par un joyeux « avec plaisir… » permet de donner du volume à nos actes libres et sympas et créer le fil de la relation. Ce n’est pas facile au début, soyez gentil(le) avec vous, et redoutablement efficace quant au sens donné ici aux vertus plaisirs du veiller à bien. C’est le passe-partout de la boite à outils du passeur.

5. Passeurs de bonheur, réenchanteurs de monde ?

Vous vous ferez sûrement votre propre conviction des multiples avantages « plaisir » de la bienveillance et de la Simplicité Volontaire. L’important est d’être sûr de notre sujet et d’avoir, sans hésitation aucune, une posture d’activateur de plaisirs et pouvoir rencontrer avec harmonie cette part créatrice et citoyenne de l’autre. Ce faisant, nous serons dans une meilleure écoute de sa réalité. Préalable indispensable à tout processus de pollinisation de nos valeurs.

Nous vivons aujourd’hui une vraie rupture. Sur le terrain défriché et préparé depuis 40 ans par vos soins, certains, dont Al Gore ou Nicolas Hulot, ont créé un effet turbo par rapport à la sensibilisation. Nous pouvons enfin passer à l’étape suivante, la mobilisation. Ce n’est pas du tout le même exercice et nous tentons ici, chez Etopia, de compléter votre boîte à outils d’experts de quelques nouveaux regards, postures ou autres arguments.

En conclusion de ce qui précède, j’assume la proposition suivante, très ambitieuse, un peu provocante en ces lieux. Ne changerait-on pas quelque peu notre vocabulaire ? J’avoue par exemple préférer en ce qui nous concerne, le mot « passeur » au mot « militant », le mot « emmener » au mot « convaincre », le mot « pouvoir » au mot « devoir », l’expression « imaginaire individuel » à l’expression « solidarité collective »... Ne m’en voulez pas, il ne s’agit pour moi qu’une certaine efficacité de notre pouvoir d’accélérateur de changements. Ce serait dommage de passer à côté de cette dynamique citoyenne, massive et palpable.

Aujourd’hui, l’écologie peut clairement devenir élément constitutif de cet imaginaire individuel, valorisant et enthousiaste au service de la collectivité. De ce Bonheur Intérieur Brut, dont la conscience sera détonateur du Bonheur National Brut. Vous en êtes passeur, donnez ce pouvoir aux personnes que vous rencontrez.

« Réenchanteur », c’est pas chouette, ça ? Etre capable d’émerveiller là où le sentiment d’incapacité à exprimer notre pouvoir de bienveillance est le principal facteur de résignation, d’inertie. N’oubliez pas que selon la psychologie sociale , « Qui donne un œuf, donne un bœuf ! » et que par conséquent, toute personne à qui vous aurez donné ce fameux pouvoir en deviendra passeur. C’est une question d’écoute et de regard. A la limite, on pourrait même aller jusqu’à cette nouvelle approche de l’écologie que je vous propose en primeur : « Ne te demandes pas avec résignation ce que tu peux faire pour la nature, tu en fais partie ! Crée en toi la vacuité nécessaire pour te laisser imprégner par l’écologie, elle sait, elle, ce qu’il faut faire et comment. »

Cette proposition intègre l’écoute de l’autre à la fois de ses peurs, de son sentiment de solitude dans la Nature et de sa part créatrice de culture qui attend des suggestions constitutives de son écologie personnelle. Elle allie à la fois la nécessité de changer ses comportements et sa liberté.

Soyons Epicure, transmettons une certaine simplicité de ce bonheur choisi autour de nous, il y a une part de réceptivité de ce propos chez beaucoup plus de personnes qu’on ne peut l’imaginer. Et quand bien même, nous nous trompions sur quelques-unes, celles que nous aurions pré-écartées à priori, auront la chance de savourer cette proposition. C’est une question de regard...

Notes
1. Simplicité Volontaire (Sources Wikipédia)
2. Antoinette Brouyaux, « Développement durable ; associer les acteurs culturels », Etopia
3. Jean-Philippe Remy, « Raccourcis vers une certaine efficacité politique », Etopia.
4. Source wikipedia.
5. Patrick Viveret « Sortir du mur », ronéo.
6. Joule et Beauvois « La soumission librement consentie. », PUF
7. Lire à ce sujet l’essai de Hughes Belin « Divin quotidien », Editions Laetoli.


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