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Vous trouverez ici des republications d’articles essentiels à nos yeux, de textes provenant de la presse allemande ou anglo-saxone, peu accessibles à notre espace public et traduit en français par nos soins. Et des notes de lecture rédigées par les chercheurs-associés d’étopia.

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par Benjamin Korn, paru dans Die Zeit, le 4 avril 2007. Traduction : Dominique Valentin. Le metteur de théâtre et essayiste Benjamin Korn travaille dans les plus grands théâtres européens. Il a reçu, pour ses essais, le prix Brentano de littérature.

Souverain absolu dans un Etat démocratique, le Président français est intouchable. L’étendue de son pouvoir, un scandale.

La France est tombée sur la tête ! Depuis la fin de la guerre du Liban et du Tour de France en août 2006, oui, pour être précis, depuis le « Non » tonitruant à l’Europe, annonçant le crépuscule des dieux de Chirac, on ne parle plus que d’un sujet : qui sera le nouveau Président ? Sur les Unes des journaux, sur les hebdomadaires, sur les écrans, les candidats nous scrutent : Sarkozy et sa tête de Polichinelle, Royal et son éternel sourire, le Pen, le bouledogue, et Bayrou, le nounours. Tous les demi-dieux et les dieux de pacotille, les politiciens ambitieux et leur petite ribambelle de partisans participent à la rixe pour l’entrée à l’Elysée. Ils se font des crocs-en-jambe et se lancent des peaux de bananes : les trotskistes et les souverainistes, les racistes et les socialistes, les communistes et les alter mondialistes, tous ces candidats qui ne peuvent pas se blairer car ils sont de droite ou de gauche et surtout parce qu’un seul passera, comme dans la fécondation.

En France, depuis deux ans, les journalistes interprètent chaque évènement politique sous l’angle des élections. Les insurrections enflammées de Novembre 2005 dans les ghettos ? Mauvais pour les insurgés, bon pour Sarkozy : soixante pour cent des français sont derrière lui. Les grèves massives des étudiants et des syndicalistes contre le CPE en mars 2006 ? Bon pour les manifestants, mauvais pour de Villepin : ses chances de devenir Président s’évanouissent. Les concurrents se surpassent. Le Parti Communiste, jadis parti des travailleurs, appelle aux trente deux heures ! Pour Le Pen, le fasciste, le phénomène de la pollution est du aux immigrés qui empestent l’air de la France. Sarkozy, le ministre de l’intérieur, charge les Renseignements Généraux de fouiller le patrimoine de ses adversaires politiques ainsi que le passé de leurs collaborateurs, sans que l’opinion publique devenue indifférente et cynique ne crie au scandale. Des hommes de main rémunérés divulguent des rumeurs sur Internet à propos des aventures extraconjugales, des drames familiaux et de la fortune cachée des candidats. La France a la fièvre de l’élection. Elle en parle et elle en rêve.

Y a-t-il quelque chose de spécial à gagner ? Oh que oui ! Un pouvoir illimité ! Le Président a un poste divin. Il trône loin au-dessus des nuages. Au-dessous de lui règne le chaos. Tous ses collègues malchanceux, engloutis par des scandales, démissionnent et sont condamnés, tandis que furieusement il jette ses éclairs, annule une loi adoptée par le parlement ou décore avec condescendance un cardinal Chevalier de la Légion d’honneur, et, comme un enfant avec ses soldats de plomb, joue avec les institutions politiques de son pays.

Il est un préjugé répandu et même une erreur totale de croire que la constitution française soit uniquement enfantée par la Révolution. Elle a deux parents. Elle est le résultat d’une histoire pleine de conflits et de virages, de soulèvements et de contre-révolutions, de barricades et de restaurations, le croisement entre des forces démocratiques et absolutistes. Son parchemin porte encore les traces de sang séché. Son texte est la synthèse de deux institutions qui depuis la prise de la Bastille sont imbriquées impitoyablement l’une dans l’autre : la Monarchie et la République.

L’héritier de la Révolution, c’est le gouvernement. L’héritier des rois, le Président. Ce régime bizarre s’appelle : « monarchie parlementaire » ou « monarchie élective ». On appelle le Président « le Prince ». Il habite « le palais », ses ministres sont « les barons ».

La France semble satisfaite de l’enchevêtrement de ses institutions politiques. Mais les institutions sont bancales. Entre 1875 et 1958, dans la Troisième et la Quatrième République, après la mort de Napoléon III, qui prit le pouvoir à la suite d’un coup d’état militaire, le Président était élu par le gouvernement ou par une assemblée de députés et de sénateurs dont il dépendait. Mais depuis le « coup d’état légal » de de Gaulle en 1962 qui méprisait les partis et qui fit adopter l’élection présidentielle au suffrage universel par référendum, les rapports de force se sont déplacés en faveur du principe monarchique. Depuis, comme a dit le Général : l’élection présidentielle est « la rencontre d’un homme avec le peuple. »

Le Président est au-dessus des lois. Personne n’a le droit d’influencer ses décisions ni de les désavouer. Le Parlement est impuissant. Les ministres, courbés comme des esclaves, peuvent à tout instant être congédiés. Il peut changer son premier ministre, dissoudre l’Assemblée Nationale et proclamer de nouvelles élections. Son pouvoir est absolu.

Le Président est le chef des armées, du ministre de la Défense, décide de la politique étrangère et a le pouvoir d’appuyer sur le bouton de l’arme nucléaire. Il fait la pluie et le beau temps. Il nomme les préfets et le corps diplomatique, il influence à sa guise la nomination de l’administrateur général de la Comédie Française ou de l’Opéra Bastille.

Cette situation ahurissante, qui ne ressemble en rien à celle de l’Allemagne, de l’Angleterre et même des Etats-Unis, est la partie émergente d’un iceberg nommé la Présidence : l’humiliation permanente des règles démocratiques et l’incarnation de l’opacité totale des structures du pouvoir, ancrée dans la constitution.

Le Président n’est pas seulement inattaquable sur le plan politique et juridique. Son budget échappe à tout contrôle. On ne parle pas d’argent, c’est vulgaire. On préfère parler des affaires sexuelles du Président. L’argent, c’est trop intime. Le budget de l’Elysée est un scandale politique dont on parle en catimini : pas touche aux « dessous » de la Nation ! On connaît le budget de la maison royale d’Angleterre, pas celui de l’Elysée.

Le 20 novembre 2004, un article est paru dans Le Monde sur « les dépenses incontrôlées de la présidence », où l’on a appris que depuis dix ans, date de l’entrée en fonction de Chirac, ses frais se sont multipliés et ont grimpés jusqu’à 31,9 millions d’Euros. Avec cet argent, le Président finançait un gouvernement fantôme, de spécialistes de la politique militaire, de politique étrangère, de politique européenne, de politique africaine (véritable écurie d’Augias de contrats militaires secrets avec des dictateurs), d’attachés personnels, de « nègres », de chefs cuisiniers, de jardiniers, de valets, de gendarmes, de chauffeurs et de conseillers pour la culture et le pétrole : en tout 714, dont 93 étaient payés par le Ministère de la Culture, 54 par le Ministère de l’Economie, 463 par le Ministère de la Défense qui prenait également en charge la plupart des vols, ce qui veut dire qu’avec ces « fonds souterrains », le budget réel était estimé à plus du double du budget officiel, c’est-à-dire à plus de 77 millions d’Euros. Ce sont des approximations car ce budget occulte n’est ni contrôlé par le Parlement, ni par la Cour des Comptes.
En 2002, la Cour Constitutionnelle a souligné que « l’autonomie financière des pouvoirs publics », est due au principe de la « séparation des pouvoirs ». Bénit soit le cloaque !

Mais le comble du pouvoir du Président, c’est son immunité juridique. Dans un procès qui remonte à l’époque où Chirac était maire de Paris, plusieurs de ses collaborateurs ont été condamnés pour un « système de corruption commis en bande organisée », mais comme le procureur Henri Génin l’a regretté : « les chaises d’illustres prévenus sont restées vides ». Et d’où venait l’argent liquide avec lequel Chirac honorait ses factures ? De cette question a résulté un scandale national en 2001 : Jacques Chirac entre 1992 et 1995 a payé plus de vingt vols pour lui, sa famille et ses collaborateurs pour plus de deux millions et demi de francs, et en cash. C’était souvent son chauffeur qui apportait les enveloppes pleines de coupures de 500 francs à l’agence de voyages, voyages qui l’ont emmené, lui et sa suite, au Japon, à l’Ile Maurice, en Syrie et une fois, avec son garde du corps et sa fille Claude, pour un week-end à New York : 119339 francs en liquide. Avec quel argent ? Un juge voulait élucider la question : on lui a coupé le sifflet. Le Président ne peut ni être accusé, ni être entendu comme témoin, il contemple l’agitation terrestre d’un calme Olympien.

Les Présidents se haïssent cordialement. Qu’ils soient de droite ou de gauche, cela ne joue aucun rôle. Comme les monarques, les présidents commettent leurs plus beaux assassinats dans leur propre famille. De Gaulle traitait déjà Pompidou, son successeur, de « renégat », de « parvenu », « d’usurpateur » qui ne pensait qu’à s’emparer de son poste et qu’il ne recevrait pas avant d’être sur son lit de mort. Quand Pompidou alla se recueillir sur sa dépouille, la famille avait déjà fermé le cercueil. Trois mois avant sa mort, Mitterrand a avoué à Giscard d’Estaing qu’en 1980, Jacques Chirac, en plein combat pour la Présidence, lui avait proposé : « Eliminons Giscard. C’est un danger pour la France ! » Ce dernier était déjà informé de la trahison de son premier ministre. Il avait décroché son téléphone, appelé le bureau de campagne de Chirac avec un mouchoir sur le combiné et demandé pour qui voter. La réponse de Chirac : « Pas pour Giscard, pour Mitterrand ! » Que nous enseigne cette histoire effarante ? Que la haine du concurrent de son propre camp peut-être plus implacable que celle de son adversaire. Il s’agit de guerres de successions de clans et celles-ci sont toujours menées avec acharnement. On ne peut pas se débarrasser ouvertement de son ennemi, on doit lui planter un couteau dans le dos, le sourire aux lèvres.

Cette scène des Mémoires de Giscard d’Estaing, récemment éditées, nous apprend que nous avons une idée très limitée du comportement politique et que sous le film en couleurs A, avec ses discours pathétiques, ses envolées idéologiques et ses grandes promesses, se tourne un film B, brutal, en noir et blanc ou seule la soif insatiable du pouvoir règne et où l’on se bat comme des chiffonniers. D’après Giscard, le Président Pompidou est un « pugiliste », Mitterrand un « escrimeur », et Chirac un « empoigneur de mains professionnel sans conviction ». Et l’élégant et noble Giscard d’Estaing qui déguise sa voix comme un cabotin, n’est-il pas fait du même bois que Chirac, « le bulldozer », qui cherche à le liquider ?

La lutte pour la Présidence est une guerre impitoyable entre des rivaux qui cherchent à s’éliminer pour accéder au pouvoir. Il n’y a que des ennemis et les « amis » sont les plus redoutables. Chirac a trahi Giscard ? Et alors ? En 1981, Mitterrand a fait échoué l’élection de son camarade socialiste, Lionel Jospin, qui avait menacé de faire « l’inventaire » des années Mitterrand. Même le beau-frère et le neveu de Mitterrand ont appelé à voter Chirac. Avec succès. Si Chirac avait eu la moindre chance de faire un croche-pied à son enfant nourricier et ennemi intime, Sarkozy, qui l’avait trahi en 1995 en rejoignant le candidat Balladur, il ne s’en serait pas privé. Mais pour le vieux gorille, c’était trop tard. Sa garde rapprochée avait déjà changé de veste, en premier Alain Juppé, son ancien premier ministre, qu’il avait surnommé « le meilleur d’entre nous ». En politique la trahison n’est pas une insulte mais un principe de survie.

Tout cela n’a jamais entaché la réputation des Présidents. Toutes les fautes de Mitterrand, les mensonges éhontés sur son état de santé, les écoutes illicites de l’Elysée dont le seul but était de cacher l’existence de sa fille illégitime, son amitié pour René Bousquet, responsable des déportations de juifs à Auschwitz, rien n’a jamais ébranlé son aura. Le surnom de Chirac « super menteur », le fait que Alain Duhamel, le journaliste l’ait appelé « le plus impitoyable démolisseur de la politique française, sa fameuse maxime « une promesse n’engage que celui qui y croit » n’ont jamais affecté sa renommée, mais n’ont fait que saper l’indignation du peuple, devenu apathique face à la fourberie et les promesses rompues de ses dirigeants. Il semble même qu’une certaine roublardise du président soit nécessaire à sa crédibilité.

Le calvaire du candidat est d’être de gauche ou de droite depuis sa jeunesse et qu’il doive, comme futur Président, se tenir au-dessus des partis. L’impartialité du Président est le mensonge le plus enraciné de la Cinquième République. Comment des gens qui ont eu une idée extrêmement partiale de la politique durant toute leur vie peuvent-ils faire un tel grand écart ? Ils doivent composer, simuler, louvoyer. Parfois ils jouent la comédie et propagent l’illusion d’un Bonapartisme indépendant de tout parti politique, ou bien ils braconnent sur le terrain idéologique de leur adversaire.

Ségolène Royal a commencé à glisser dans ses discours les icônes de la droite nationale comme Jeanne d’Arc et le Général de Gaulle. Nicolas Sarkozy, dont les témoins de mariage étaient le milliardaire Arnaud et le pape des médias, Bouygues, s’est mis à citer Emile Zola, l’écrivain de la classe ouvrière, et Léon Blum, le Président du Front Populaire. Devant un public stupéfait, le Ministre de l’Intérieur a déclaré qu’il avait « changé » et s’est apitoyé sur « la France qui souffre ». Pas longtemps, car peu après il a fait arrêter vingt et un sans-papiers devant la soupe populaire, Place de la République.

Ils sautent comme des puces de gauche à droite. Ils font des promesses de tous les côtés et projettent, c’est selon, de baisser les impôts ou d’augmenter les salaires. En fait, ils préfèrent se propulser vers le haut et chanter la France : « La France qui souffre », « La France qui travaille », « La France profonde », « La France métissée », « La France Unique ». La France : « Super Star ! » Ils aiment la France et le claironnent. « Vive la France ! » trompetait de Gaulle. « Aimez-la ou quittez-la ! » tonitrue Sarkozy au visage des immigrés, en roulant des mécaniques. « La France aime tous ses enfants ! » vocalise Royal. « La France est une femme », philosophe de Villepin, « elle veut être prise, ça la démange dans le bassin. » Le populisme fleurit. Or, la France n’est ni une mère, ni une maîtresse, ni une putain, mais un pays de jeunes, de vieux, de pauvres, de riches, de gens hostiles et de gens serviables. Le mot magique « France » doit souder les électeurs autour du candidat. Il a un effet « anesthésiant » et correspond à un besoin d’harmonie nationale qui revient périodiquement. Mais, il est mensonger.

La guerre fait encore rage entre les partisans de la gauche et de la droite. On ne sait même plus pourquoi, mais ils tiennent précieusement à leurs mortelles inimitiés. Les vagues à la suite de l’exécution de Louis XVI se sont apaisées. La révolution russe et la guerre froide font partie du passé. Depuis Mitterrand, les nationalisations ont disparues et depuis la chute du mur de Berlin le communisme est mort, mais l’ombre de la guillotine est toujours présente. Les soubresauts de la Révolution Française sont encore perceptibles, et les enfants des enfants de la gauche et de la droite sont encore brouillés même dans les villages les plus retirés. Les spectres de cette guerre bicentenaire hantent encore les esprits, alors qu’en réalité il n’y a guère de différence entre les camps.

En 2007, au beau milieu de la campagne électorale les frontières des partis en lutte ont commencées à s’effriter. Un homme du parti conservateur « UDF », François Bayrou, est entré en scène, en s’appelant « centriste ». Il a réunit tous les mécontents de la droite modérée, ceux qui ne veulent pas d’un Sarkozy carriériste et bouffi d’ambition, aspirant à la grandeur sur ses talons de dix centimètres, et les innombrables machos du Parti Socialiste dont la testostérone se rebelle contre l’idée d’une femme qui les domine. L’espace entre la gauche et la droite rétrécit et, quand sonne la cloche du dernier tour de piste annonçant les grandes manœuvres, Sarkozy se faufile dans le couloir de l’extrême droite, en évoquant pathétiquement « La France Eternelle » à laquelle il appartient depuis peu comme fils d’immigrés Hongrois. S’il est élu, il prévoit de fonder un « Ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale », dénomination empruntée au vocabulaire fasciste. La Nation vire à droite.

La gauche n’existe plus. Pour ne pas perdre les élections, même Ségolène Royal s’est distanciée du Parti Socialiste. Mais le pire dans tout cela, c’est qu’il n’y a plus de vision, ni de courage. Les candidats soulignent leurs différences, mais ils se ressemblent, dans ce qu’ils ne disent pas et ne font pas. Aucun d’entre eux n’a de programme contre la situation déplorable du logement et contre la surpopulation dans les prisons, contre le manque total de cliniques psychiatriques et pour l’abolition urgente des ghettos. Ils ne font que la pêche aux voix et cèdent aux plus bas instincts de leurs électeurs et surtout au racisme épidémique, profondément bétonné dans la société française. Dans le fier pays des « Droits de l’Homme », il n’y a plus aucune compassion. Il n’y a plus qu’une société sévère et punitive. Sarkozy veut étendre le droit pénal, valable pour les adultes, aux récidivistes de seize ans et Royal, fille d’officier, veut les rééduquer dans un encadrement militaire.

Au virage à droite, s’ajoutent les vieilles rengaines : aux Affaires Etrangères, rien de nouveau. Tous les candidats égrènent le même chapelet : pour la conservation de la force de frappe, pour le contrôle de la Banque Européenne par l’Etat, contre une prise de position claire vis-à-vis de l’Europe pour ne pas effrayer les « Nonistes », la majorité de leurs électeurs. Au début de la campagne, les candidats voulaient rajeunir l’Etat. Entre temps ils ont pris un coup de vieux.

N’est-il pas infantile de penser qu’un seul homme puisse changer le destin d’une nation ? Prenons la seule proposition profonde de Ségolène Royal : « la décentralisation de la France ». Elle devrait commencer par l’abolition du Président qui centralise et monopolise tous les pouvoirs de l’Etat. Il est la tête centrale et immortelle de l’hydre, cela ne sert à rien de couper les autres. Il n’y a qu’une solution : en finir avec le Président. Mais pour cela, il faut l’accord du Président.

Pendant ce temps, Jacques Chirac erre, perdu, dans les galeries de son palais. Il décore ici ou là quelques vieilles connaissances. Il nomme un quelconque ambassadeur pour hisser les couleurs dans une île lointaine au petit matin. Il fourgue au seul ami qui lui reste le poste de Président du Conseil Constitutionnel, oublie s’il a téléphoné ou non à Poutine la semaine dernière et comme il ne peut plus lire que des grosses lettres, suite à son attaque cérébrale, il raccourcit ses discours.
Il a, paraît-il, perdu toutes ses illusions sur la nature humaine. Il aurait du se regarder plus tôt dans le miroir.

Aucun bruit du monde extérieur ne transperce les murs de son palais néo-classique avec son jardin paradisiaque et ses galeries ruisselantes de dorures, là où jadis vivait La Pompadour, encore moins les lamentations des sans-abri parqués dans leurs tentes le long du canal Saint-Martin. Le Président leur a fait cadeau, dans sa superbe allocution du jour de l’An, pas d’un logement, non, mais d’un droit opposable au logement qui atterrira dans la fosse commune des lois sans conséquences. Mais un beau discours, c’est déjà presque une bonne action. De toute manière, en France, on méprise les partis, mais on révère l’homme qui domine l’Etat.


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