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Nous vivons un moment historique : l’ère de l’énergie gratuite touche à sa fin. Pour la première fois depuis le début de l’exploitation pétrolière, les cours du brut sont durablement poussés à la hausse. Prix moyen du baril ($ 2004) : 19 $ pendant les 3 premiers quarts du XXe, 63 $ après le deuxième choc pétrolier de 1979, 29 $ en 2003, 41
$ en 2004 et plus de 60 $ depuis la mi-2005 ... une simple poursuite de la tendance à la hausse depuis début 2002 entraînerait le baril à 100 $ en 2008.

Les chocs pétroliers des années 70 étaient « seulement » géopolitiques.

Aujourd’hui, nous risquons un choc pétrolier majeur en raison de la coïncidence inédite de 3 facteurs décisifs :

1. Une situation économique : la demande mondiale (surtout asiatique) croit plus vite que l’offre ; la marge de manoeuvre entre l’offre et la demande est de 1 à 2% (contre 6 à 8% jadis), entièrement entre les mains de l’Arabie Saoudite ; selon l’AIE, la demande d’énergie va augmenter de 50% dans les prochaines 25 années ; l’offre
a de plus en plus de mal à suivre parce que :
− dans de nombreuses régions du monde (exemple : Mer du Nord), la
production de pétrole décline suite à la maturation des champs ;
− il n’y a pas assez d’investissements d’exploration et de production : les compagnies internationales sont trop rivées sur le profit à court-terme ; au Moyen-orient, les décisions sont prises exclusivement par des compagnies pétrolières nationales sur base de critères pas uniquement économiques... ;
− la demande mondiale augmente de 1,6%/an.

2. Une situation d’instabilité géopolitique : 1/ le Moyen-Orient concentre plus de 2/3 des réserves mondiales : au fur et à mesure que les gisements pétroliers dans les pays « hors Moyen-Orient » s’épuisent, cette région dispose d’un surcroît de pouvoir financier et politique ; 2/ il y a des risques récurrents de rupture des approvisionnements pouvant créer une pénurie (pays à haut risques : Iran, Irak, Nigeria, Vénézuela...) ; 3/ l’Europe est un « nain politique » pesant très peu dans le jeu mondial pour la maîtrise des gisements.

3. Une situation géologique exceptionnelle : après 150 ans de croissance ininterrompue, la production pétrolière va atteindre un pic mondial, le « pic de Hubbert », aux alentours de 2015 (l’estimation la plus optimiste (faite par Total) le situe en 2025 et la plus pessimiste avant 2010), et décliner ensuite inexorablement, alors que la demande va continuer à croître. Après franchissement du pic de
Hubbert, le baril risque de dépasser allègrement les 100 $. Pourquoi un pic de production ? :
− les réserves de pétrole conventionnel bon marché ne représentent plus que 35 à 40 ans de production, au rythme actuel de consommation ; La notion « il reste 40 ans de pétrole » est toutefois trompeuse. Elle laisse penser que les robinets à pétrole peuvent continuer à couler avec le débit d’aujourd’hui pendant 40 ans, et se tarir tout d’un coup, ce qui est contraire à l’observation simple du seau
qui fuite (voir note de bas de page).
− depuis 3 ans, 18 pays sont en déclin de production ;
− le volume des découvertes a atteint un maximum au milieu des années 60 et est en déclin depuis malgré la poursuite des explorations depuis 40 ans ;
− les prévisions d’évolution des réserves mondiales sont soumises à polémiques : aucun organisme indépendant officiel ne les collecte ; les sociétés pétrolières ont tendance à surestimer les réserves pour combler les actionnaires (Shell avait annoncé des réserves supérieures de + de 20% à la réalité en 2004).

Coïncidence : le pic de Hubbert risque de se produire simultanément au « point de nonretour climatique », au-delà duquel les rejets de gaz à effet de serre vont entraîner une hausse de température désastreuse pour la planète.

Certains optimistes parient sur le remplacement futur du pétrole conventionnel par du pétrole non conventionnel : sables asphaltiques du Canada et huiles extralourdes du Vénézuela. Mais la récupération de pétrole à partir de ces gisements est un cauchemar écologique et un gouffre énergétique (l’énergie dépensée pour l’obtenir est supérieure à
celle contenue dans le produit fini).

Un choc se produira. La question est de savoir s’il arrivera avant ou après que nous aurons eu le temps de changer nos modes de production et de consommation... Les inévitables bouleversements économiques liés à la fin du pétrole bon marché seront d’autant moins brutaux et destructeurs qu’ils auront été anticipés et préparés en amont.

Il est par exemple irresponsable politiquement de cacher aux gens les difficultés budgétaires auxquelles ils seront prochainement confrontés s’ils continuent à acheter des habitations dispersées et éloignées de leur lieu de travail.

En attendant le pic de Hubbert, comment s’y préparer, que faire à l’échelon individuel et local ?

Nous devons profiter des quelques années d’hydrocarbures bon marché qui nous restent pour construire les sociétés de basse consommation énergétique de demain. Il est déjà trop tard pour espérer transmettre à nos enfants un monde en meilleure santé que celui que nous connaissons aujourd’hui. Plus nous attendrons, plus leurs souffrances seront grandes et dévastatrices. Mais nous pouvons les réduire. L’urgence est là, mais l’espoir aussi. Si nous réagissons, vite.
Que faire ?
− Recentrage de nos activités et préoccupations sur le local, pour plus de place pour la marche et les pistes cyclables, plus de commerces de proximité, plus de petits immeubles, plus de services proches, associations de familles de consommateurs pour acheter en direct auprès d’un agriculteur fournissant une production de qualité et s’investissant dans une démarche pédagogique, tandis que les familles s’engagent à préfinancer la production. Cultiver un jardin avec fruits et légumes.
− Mieux vaudra vivre à plusieurs pour s’entraider. Mieux vaudra connaître ses voisins et organiser avec eux la vie de proximité.
− Réfléchir en terme de chaudière et de cuisinière à bois, ravitaillées par un circuit local d’exploitation durable de la forêt. Imprudent de rêver à des objets technologiques mondialisés tels que le photovoltaique : la moindre panne nous laisserait démunis après la disparition des services de réparation et de maintenance.
L’exemple de Cuba est cité. Ce pays est redevenu un pays agricole et décentralisé, l’espérance de vie étant restée la même que celle des pays de l’OCDE. La politique de santé est préventive. Les exemples vécus à cuba ou dans l’Etat de Kerale en Inde montrent qu’il est possible de vivre, difficilement, avec un bas revenu et une croissance
économique nulle, voir négative.

Que faire au niveau international ? Nous n’avons pas 20 ans devant nous avant de franchir le pic de Hubbert. Il faut un protocole onusien de déplétion établissant la sobriété par des baisses de consommations. En l’absence d’un tel protocole, il est assez probable que les guerres pour les ressources d’hydrocarbure se multiplieront.

Qu’adviendra t-il après le pic de Hubbert ?

Les pays exportateurs de pétrole réduiront leurs exportations afin de conserver plus longtemps pour eux-mêmes la puissance énergétique. Les pays importateurs souffriront alors plus vite de la pénurie, qui risque de les entraîner vers l’effondrement économique et social.
Ou aller pour trouver à boire et à manger ? Nous n’avons plus de parents fermiers à la campagne, plus un ailleurs inexploré. Que nous restera-t-il hormis la violence ?

Comment celle-ci se propagera-t-elle ? A la manière des Hutus et des Tutsis au Rwanda ? Par l’affrontement des jeunes contre les vieux, les urbains contre les ruraux ?

Il n’existe qu’une demi-solution : la sobriété immédiate, pour réduire quelque peu les effets dévastateurs du pic en repoussant son arrivée. Si nous ne choisissons pas la sobriété, qu’adviendrait-il après le pic de Hubbert ? L’alimentation coûterait plus cher et serait moins variée, plus saisonnière, plus locale, moins carnée, plus céréalière. Les groupes humains urbains ne se maintiendraient qu’en ayant des relations directes avec des zones agricoles proches. L’UE persisterait difficilement : trop grande échelle, trop de complexité, trop de déplacements. Nous devrions retrouver les pratiques oubliées
de la subsistance alimentaire, les circuits courts de l’échange des biens, le troc d’un lapin contre une carpe. La vie sociale se reconstruirait autour des petites villes et des villages, proches des cultures et des poulaillers et serait rivée à la production
alimentaire.

(1) Lorsque la quantité de liquide encore présente dans un réservoir baisse, son débit diminue aussi. C’est comme une fuite dans le bas d’un seau. Son débit diminue progressivement avec la baisse du niveau de l’eau dans le seau.

(2) Note traduite de l’anglais par Gisèle Guffens


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