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L’écologie politique se serait constituée à l’encontre de « l’accélération du temps et de l’emprise de la sphère économique qui détruit l’horizon humain, notamment environnemental » [1]. Au sein des sociétés occidentales, le développement du christianisme, du cartésianisme et du capitalisme industriel a engendré une transformation radicale du rapport des hommes à la « nature » et à l’animal [2]. Ce mouvement s’illustre dans le rapport aux animaux d’élevage (ou, très explicitement, de rente) à travers le développement de la zootechnie. Cette « science de l’exploitation raisonnée des animaux domestiques » contribuera à transformer une grande partie des activités d’élevage en « processus industriels spécialisés et rentables », tandis que les éleveurs liés à ces industries deviendront « les ouvriers actifs et sans états d’âme d’une production massive de matière animale » [3].

C’est au sein même des écoles vétérinaires, qui apparaissent au XVIIIe siècle, que la zootechnie se développe : l’école d’Alfort se donne ainsi pour objectif de lier la science des animaux domestiques avec les démarches agronomiques [4]. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, l’élevage, fortement lié à l’état de paysan, était alors le lieu d’un compagnonnage avec l’animal, partenaire de labeur. Vinciane Despret et Jocelyne Porcher émettent l’hypothèse que l’ « animal-machine » de la zootechnie s’est surtout construit en opposition à ces pratiques paysannes dont il s’agissait de se différencier : « C’est principalement contre cette proximité entre paysans et animaux, scientifiquement décrite comme un archaïsme et socialement stigmatisée comme un frein à l’émancipation des classes laborieuses, que se construira la zootechnie en tant que discipline scientifique au service de l’industrialisation de l’élevage, du progrès technique et du progrès social » [5].

Après la Seconde Guerre mondiale, la « modernisation » de l’élevage s’intensifie : la zootechnie se déploie pour répondre à la pénurie et nourrir les populations dont les ressources alimentaires se sont vues affaiblies durant la guerre [6]. « Les connaissances scientifiques produites par les chercheurs sont diffusées par l’enseignement supérieur agricole et valorisées à travers la mise au point (…) des modèles techniques normatifs qui sont ensuite vulgarisés par différents canaux (…). L’objectif ultime est de désigner aux éleveurs les combinaisons de techniques qui leur permettront de dégager les profits les plus élevés possibles » [7].

Cette visée productiviste impacte la nature de l’élevage et transforme le rapport à l’animal, considéré comme une « machine vivante à aptitudes multiples » [8]. André Sanson, zootechnicien du XIXe siècle, affirmait déjà : « Nous savons que, dans l’état actuel de la science, les animaux doivent être considérés comme des machines, qu’il s’agit de construire et d’alimenter pour en obtenir des transformations utiles, matières premières ou forces motrices » [9]. La production animale devient une industrie parmi les autres, avec le rendement pour objectif et la spécialisation comme moyen [10].

Division du travail et perte d’autonomie : loin des yeux…

La « modernisation » de l’élevage se traduit en effet par la division des tâches et la spécialisation de la « production » : des opérateurs distincts se chargent de produire l’alimentation du bétail, de gérer les naissances, d’engraisser, d’abattre, de découper et de commercialiser les bêtes. La spécialisation à l’extrême provoque une perte d’autonomie (et donc de sens) [11], rappelant la critique d’Ivan Illich à la société industrielle. Selon ce penseur de l’écologie politique, les trajectoires technologiques institutionnalisées créeraient des monopoles nuisibles à l’autonomie [12]. Illich développe ainsi le concept de « monopole radical » selon lequel une technique trop efficace défavoriserait les techniques alternatives [13].

Ce principe peut également éclairer notre compréhension de l’industrialisation de l’élevage. L’activité d’abattage, par exemple, constitue une étape particulièrement révélatrice, tant au niveau de sa segmentation « interne » (étourdissement, saignée, habillage…à tel point que les abattoirs de Chicago auraient inspiré le fordisme) que de sa place dans la « chaîne de production ». Du Moyen-Age jusqu’au XVIIIe siècle, les bouchers abattaient en pleine ville dans de petites « tueries particulières » (privées), à la vue de tous. Avec le développement des villes et l’augmentation de la consommation carnée, ces espaces laissent progressivement place à des abattoirs éloignés des centres urbains (et donc des vues et des consciences) [14]. L’abattage est désormais centralisé (la moitié des abattoirs wallons auraient disparu en 30 ans) [15] et massif. L’activité devient ainsi plus « efficace » et facilite les contrôles fiscaux et sanitaires [16]. Cette institutionnalisation empêche aujourd’hui de nombreux éleveurs désireux de se réapproprier la mort de leur bête d’abattre à la ferme et donc d’être plus autonomes dans cette étape si particulière. Pour répondre aux critères sanitaires (adaptés à l’industrie) et législatifs actuels, ils sont en effet obligés de passer par l’abattoir...ou d’agir dans l’illégalité [17]. Par ailleurs, le récent exemple d’un bœuf australien « hors format » refusé par tous les abattoirs illustre également cette idée d’Illich selon laquelle l’institutionnalisation crée la contre-productivité. En effet, à force de spécialiser les races (des animaux plus « performants », c’est-à-dire rentables) et les activités (l’abattage ici) dans un souci d’efficacité, le but initial (produire de la viande) n’est pas atteint puisque ce bœuf sera épargné [18].

Toutefois, des innovations dans le domaine de l’abattage sont en cours en Suède, en Allemagne, en Autriche et en Suisse par exemple à travers les camions d’abattage mobile ou le tir en prairie [19]. Si elles offrent une certaine autonomie aux éleveurs (en particulier l’exemple suisse où un éleveur est autorisé à abattre lui-même ses bovins), elles peuvent également constituer une manière de recréer du lien entre les mangeurs et les processus de production. En effet, peut-être de manière encore plus révélatrice que n’importe quel autre aliment, l’origine de la viande (un animal qu’il a fallu mettre à mort) est aujourd’hui dissimulée aux yeux du mangeur [20]. En ce sens, la mise à distance de l’abattage, au-delà de préoccupations sanitaires et industrielles, exprimait aussi un changement des sensibilités à l’égard de la mort des bêtes. « Le consommateur citadin n’est jamais, dans sa pratique alimentaire quotidienne, confronté à l’animal. Ses pas ne le conduisent pas au-delà de la boucherie où il s’approvisionne. L’origine de sa nourriture carnée est totalement soustraite à ses regards. A son égard, l’exil des abattoirs atteint le but recherché. Le citadin se nourrit sereinement de viande parce que lui est épargné le spectacle du sang des bêtes. Il se nourrit d’une substance (du bœuf, du veau) anonyme et anodine, sans histoire(s), disponible en quantités suffisantes » [21].

Et justement, à quoi correspond aujourd’hui une « quantité suffisante » de viande ? Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, la viande était considérée comme un produit précieux, longtemps réservé aux élites. Son apport nutritif comme sa charge symbolique en font un aliment particulier, objet de nombreuses convoitises mais aussi de restrictions diverses [22]. L’industrialisation a permis une certaine « démocratisation » de l’accès à la viande, à tel point qu’un repas végétarien peut sembler « incomplet » pour de nombreux mangeurs [23]. Cette habitude de se nourrir quotidiennement de viande est donc récente, et pourrait donc constituer, à ce titre, un besoin nouvellement créé au sein de la société capitaliste.

Élevage et écologie politique

Afin d’assouvir cet appétit grandissant des Occidentaux pour la viande, la réalité de l’élevage, et avec elle celle de la mise à mort des bêtes, est de plus en plus éloignée des mangeurs. L’industrialisation de cette activité millénaire étiole, comme nous l’avons vu, la relation de compagnonnage entre animaux et paysans. La mort leur est aussi enlevée, car non seulement l’abattage ne peut se faire à demeure, mais beaucoup d’éleveurs « envoient leurs bêtes dans un camion » sans aller jusqu’à l’abattoir, comme l’exprime l’un d’eux : « Je pense qu’il y a très peu de fermiers qui sont confrontés à l’abattage puisqu’il y a peu de gens finalement qui font de la vente directe. On est des naisseurs et donc les gens élèvent des veaux et les veaux, le marchand les prend en fin de saison (…). Ils partent dans un camion (…). On ne voit pas ce qui se passe après, quoi. Et on voit des bêtes partir sur leurs quatre pieds, en bonne santé. »

Ces transformations des relations aux animaux d’élevage auraient de potentielles répercussions sur notre manière de considérer les animaux de compagnie [24]. Le sociologue Jean-Pierre Digard parle en effet d’une compensation à l’égard du traitement réservé aux animaux de rente : pour soulager la culpabilité de surexploiter les uns, les autres seraient d’autant plus choyés [25]. Noëlie Vialles, quant à elle, se questionne sur la raison sous-jacente à cette apparente logique compensatoire. Selon l’anthropologue, suite à la fin de la proximité traditionnelle avec les animaux, avoir un animal de compagnie offrirait une « associale sociabilité » : sociabilité au sens où il s’agit d’une relation, asociale car libérée des normes et contraintes sociales humaines [26]. En conséquence, peut-être que cet éloignement généralisé par rapport aux animaux d’élevage, et surtout ses retours « boomerang » avec les scandales sanitaires et éthiques de la filière, inspire certaines philosophies de la « cause animale » comme l’antispécisme. Peut-être certains « détracteurs de l’élevage » interprètent-ils le rapport aux animaux d’élevage en extrapolant leurs relations aux animaux de compagnie, elles-mêmes potentiellement surinvesties… [28].

Pourtant, refuser la vie et le travail avec les animaux nous prive, entre autres, de précieuses leçons d’écologie. Au niveau technique, les éleveurs sont nombreux à parler de l’ « équilibre agronomique » d’une ferme où les animaux sont indispensables. Si les dégâts environnementaux de l’élevage industriel et mondialisé ne sont plus à prouver [29], l’élevage paysan apporte des éléments de nuances à certaines positions radicales. Un formateur en maraîchage affirmait ainsi : « Ce qui est bien avec les ânesses, c’est qu’elles participent pleinement au travail, l’élevage fait partie du maraîchage. Beaucoup plus que dans le conventionnel, où on met de l’engrais chimique à la place du fumier. Donc, j’ai envie de dire aux végétariens et vegan : ne mangez pas de légumes bios… Bon, c’est un peu de la provoc’….mais quand même ».

Au-delà des aspects agronomiques, l’élevage offre aussi une leçon philosophique : nous devons nous détacher de l’idée de la « nature » comme une « corne d’abondance ayant les humains pour destinataires » [30] et enfin admettre à quel point nous dépendons de ce qui ne dépend pas de nous. « Il s’agit de reconnaître à qui et à quoi nous devons la vie – et le verbe “devoir”, ici, nous oriente vers la gratitude et le soin, nous invite à cultiver des relations d’affiliation, à assumer des responsabilités et des devoirs » [31]. Le travail avec les bêtes nous enseigne l’amor fati, l’acceptation du destin, comme l’exprime si bien Jocelyne Porcher : « Ce que les animaux nous donnent en nature, c’est la mesure de notre puissance (« on ne peut pas laisser faire la nature ») et de notre impuissance (« il vaut mieux laisser faire la nature »). Les animaux nous rappellent que nous sommes petits et démunis. La montagne n’est pas à nous, la nature n’est pas à nous. Toutes les choses de la nature appartiennent aux animaux autant qu’à nous » [32]. Le travail avec les animaux d’élevage permet d’appréhender la nature comme une entité complexe avec laquelle il faut négocier et de comprendre que les humains en font partie au même titre que les bêtes. En ce sens, l’élevage, en tant que rapport historique avec les animaux, est intimement lié à l’écologie politique car il nous instruit sur les relations entre les êtres vivants.

Références

[1] Piron J., El Ghabri M., Intro à la philosophie économique et politique de l’écologie, Bruxelles : Etopia, 2018.

[2] Porcher J., Eleveurs et animaux, réinventer le lien, Paris : PUF, 2002. Par ailleurs, notons que le concept de « nature » est une construction occidentale, et que la division « nature-culture » est loin de s’appliquer à toutes les visions du monde. Voir Philippe Descola, Par-delà nature et culture, Paris : Gallimard, « Bibliothèque des Sciences humaines », 2005 ; Bernard De Backer, La nature à l’épreuve de l’anthropologie, Bruxelles : Etopia, 2010 ; Dounia Tadli, Entre l’humain et la nature…mur naturel ou culturel ?, Bruxelles : CPCP, 2017.

[3] Porcher J., op cit., p.12.

[4] Landais E., Bonemaire J., « La zootechnie, art ou science ? », Le Courrier de l’Environnement de l’INRA, 27, pp. 23-44, 1996.

[5] Despret V., Porcher J., Être bête, Paris : Actes Sud Nature, 2007, p.16.

[6] Lagneaux S., « La ferme 2.0 ou la libération contrainte d’une communauté hybride en Belgique », in Cros M., Bondaz J., Laugrand F. (dir.), Bêtes à pensées. Visions des mondes animaux (pp. 87-115), Paris : Vrin, 2015.

[7] Landais E., Bonemaire J., op cit., p.28-31.

[8] Ibid, p.26.

[9] A. Sanson cité par J. Porcher, op cit., p.13.

[10] J. Porcher, Ibid.

[11] Sur la perte de sens dans les divisions des tâches de l’élevage, voir Tadli D., « Tous ces porcs abattus… », La Libre Belgique [opinion], 30 septembre 2018, [en ligne :] http://www.lalibre.be/debats/opinions/tous-ces-porcs-abattus-a-cause-d-une-check-list-vide-de-sens-5bae398bcd70a16d811a07bc.

[12] Voir J. Piron, El Ghabri M, op cit.

[13] I. Illich, Energie et équité, Paris : Seuil, 1975.

[14] N. Vialles, Le sang et la chair, les abattoirs des pays de l’Adour, Paris : Editions de la MSH, 1987. Concernant l’évolution du métier de boucher, voir également S. Leteux, « Les particularités du métier d’artisan boucher détaillant en France, de la Révolution jusqu’au milieu du XXe siècle », in M.-P. Horard, B. Laurioux (dir.), Pour une histoire de la viande, Rennes : Presses universitaires François-Rabelais, 2017.

[15] S. La Spina, Réflexions et pistes pour développer les possibilités d’abattage de proximité pour nos éleveurs wallons en circuits courts, Jambes : Nature & Progrès Belgique, 2015, [en ligne :] https://natproconsommateurs.files.wordpress.com/2014/07/6-rapport-abattoirs-l.pdf.

[16] N. Vialles, op cit.

[17] J. Porcher, et al., Livre blanc pour une mort digne des animaux, Paris : Éditions du palais, 2014. Notons quand même que dans certains cas, les animaux peuvent être abattus à la ferme, notamment en cas d’abattage d’urgence ou de consommation privée pour l’éleveur (sauf pour les bovins qui doivent toujours être tués à l’abattoir).

[18] B. Dont, « Knickers, la vache australienne tellement énorme que les abattoirs n’en veulent pas », Slate, 28 novembre 2018, [en ligne :] https://www.slate.fr/story/170508/knickers-vache-australienne-enorme-abattoirs-veulent-pas?utm_medium=Social&utm_source=Facebook&fbclid=IwAR18f3ZwXe_73bMVjQbsftPT4uZV4oAq0Qf_LGUt9_Jqy0nAUv-AY-D-x2M#Echobox=1543403507. Il s’agit là d’un exemple particulièrement parlant, mais on pourrait aussi considérer de manière plus générale que l’industrialisation agro-alimentaire, en « optimisant » ses processus dans le but de nourrir à bas prix, coûte en réalité très cher en termes sanitaires, écologiques, sociaux et éthiques. Voir notamment D. Tadli, Alimentation low cost…le prix à payer, Bruxelles : CPCP, 2018.

[19] En Belgique, Nature & Progrès a également entamé une étude et un plaidoyer sur la question. Voir S. La Spina, op cit. ; B. Delpeuch, S. La Spina, Potentialités de l’abattoir mobile et du tir en prairie pour les élevages wallons, Jambes : Nature & Progrès Belgique, 2017, [en ligne :] https://natproconsommateurs.files.wordpress.com/2016/01/10-rapport-abattagec3a0-la-ferme.pdf. Voir aussi D. Tadli, « L’abattage de proximité en Wallonie. Du « bon sens » pour parer aux « dérives de sens » ?, Anthropology of Food, à paraître (2018).

[20] Cette dissimulation s’illustre à travers la distance géographique mais aussi différentes disjonctions à l’intérieur de l’abattoir, jusque dans les étals (viandes transformées, de moins en moins d’animaux présentés « entiers », etc…). Voir N. Vialles, op cit., pour une description détaillée et brillante de ces mécanismes.

[21] N. Vialles, Ibid., p. 28.

[22] C. Fischler, L’homnivore, Paris : Odile Jacob, 1990.

[23] Le fameux « Moi, s’il n’y a pas de viande dans mon assiette, il manque quelque chose… ». Notons bien sûr qu’on assiste aujourd’hui à une « végétalisation » de la consommation, même si les végétariens restent largement minoritaires : en 2014, seulement 1,7% de la population belge suivait un régime limitant les produits d’origine animale. Voir « La consommation de viande baisse en moyenne de 0,9 kg par an en Belgique », Statistics Belgium, 18 mars 2016, [en ligne :] http://statbel.fgov.be/fr/statistiques/organisation/statbel/diffusion/statbel/a_la_une_archives/A_la_une_2016/la_consommation_de_viande_baisse.jsp ; C. Oest, Régimes spécifiques, in Lebacq T, Teppers E (éd.). Enquête de consommation alimentaire 2014- 2015. Rapport 1. WIV-ISP, Bruxelles, 2015.

[24] Le couple Bourguignon exprime bien cette idée : « À l’opposé des massacres anonymes des animaux d’élevage, il se développe, comme pour nous déculpabiliser ou blanchir notre âme, un excès névrotique de passion pour les animaux domestiques. Plus la nature disparaît, plus les chiens compissent nos trottoirs et les chats empuantissent nos appartements. Dans notre société occidentale décadente, il y a plus de chiens et de chats domestiques que d’enfants de moins de quinze ans (…). Curieuse civilisation que celle qui brûle ses vaches et ses volailles, qui extermine la faune sauvage et qui cajole à l’excès ses chiens et ses chats. Notre cœur n’est-il donc pas assez vaste pour aimer la nature dans sa plénitude ? Pour nous, habitants des grandes mégalopoles, la nature se résume-t-elle à un chien castré qui vient pisser chaque matin sur le cèdre bleu au milieu du gazon bien tondu ? (…) Il y a quelque chose de cassé dans nos relations avec le monde animal : les animaux ne sont plus porteurs de nos rêves et de nos espoirs ; ils ne sont que le gavage de nos ventres et le refuge de nos frustrations. » C. Bourguignon et L. Bourguignon, Le sol, la terre et les champs : pour retrouver une agriculture saine, Paris
 : Sang de la Terre, 1989, p 166.

[25] J.-P. Digard, « Les nouveaux animaux dénaturés », Études Rurales, n° 129-130, p. 169-178, 1993.

[26] Les aspects sensoriels seraient en effet particulièrement normés dans les sociétés humaines. Par exemple, les enfants apprennent très tôt qu’il est offensant de dévisager quelqu’un. Mais rien n’empêche d’observer longuement son chat ou son chien… Voir N. Vialles, « La nostalgie des corps perdus », Corps et affects, Paris : Odile Jacob, 2004, p. 277-291.

[27] Bien que l’antispécisme soit en réalité un mouvement plus large contre toutes les formes de « domination ». Voir Tadli D., Bolmain T., Delefosse M.-S., Regards croisés sur l’antispécisme, Bruxelles : CPCP, « Études », 2017.

[28

] Selon Sébastien Mouret : « Les animaux de compagnie, principaux candidats à l’appartenance à une commune humanité, jouent un rôle essentiel dans la transformation de la sensibilité morale des hommes. Accueillis dans des familles où ils sont choyés et deviennent membres à part entière (…), leur mort devient un tabou (…). Étendue aux animaux d’élevage, cette sensibilité fait basculer la mise à mort à des fins alimentaires dans le champ du mal radical. » Voir S. Mouret, « La valeur morale d’un animal : esquisse d’un tableau en forme de dons de vie et de mort. Le cas des activités d’élevage », Revue du MAUSS, n° 39, 2012, p. 474-475.

[29] Voir par exemple le rapport de la FAO, Livestock in a Changing Landscape, Washington : Island Press, I & II, 2010.

[30] J.-Ph. Pierron, « Au-delà de l’anthropocentrisme : la nature comme partenaire », Revue du Mauss, n°42, 2013.

[31] F. Flahaut, « L’homme fait-il partie de la nature ? », Revue du Mauss, n°42, 2013, p. 128.

[32] J. Porcher, « Ce que les animaux domestiques nous donnent en nature », Revue du Mauss, n°42, 2013, p. 49-62.


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