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Pôle nord, dernier eldorado ?
 
 
Marc Terwagne

Né en 1960 et père de deux garçons déjà devenus grands, Marc Terwagne, licencié en langues et littératures germaniques, après s’être un temps égaré dans l’enseignement de l’anglais et du néerlandais, a réorienté son parcours professionnel : d’abord assistant parlementaire puis attaché du groupe Ecolo-Agalev du Sénat, il rejoint ensuite la Cellule des politiques locales et, par intermittences, le service Formation d’Ecolo jusqu’en 2003.

Conseiller provincial de 2000 à 2006, il reprend aujourd’hui du service comme responsable des formations auprès d’étopia.

Il consacre l’essentiel de son temps libre à satisfaire son insatiable curiosité artistique et à partager ses coups de coeur dans tous les domaines des arts et des lettres, notamment au sein des associations culturelles de sa bonne ville de Dinant, cité du saxophone et de toutes les musiques.

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Le 27 janvier dernier, Etopia organisait en partenariat avec le Théâtre national Wallonie-Bruxelles un colloque « Pôle nord, dernier eldorado ? ». L’occasion de faire le point sur les enjeux planétaires qui se nouent aujourd’hui dans le grand nord de notre planète. Tour d’horizon des thématiques évoquées.

La zone arctique se trouve aujourd’hui au cœur d’importants enjeux économiques et géopolitiques. Cependant, le phénomène n’est pas nouveau. Ainsi, les pays industrialisés ont toujours vu le Groenland comme une zone de ressources potentielles. Diverses ressources minières ont également été exploitées tant bien que mal depuis un siècle sur le pourtour de l’Arctique.Enfin, les pays limitrophes ont régulièrement fait valoir leurs revendications territoriales sur les terres et les mers de la zone. Cependant, la rudesse des conditions climatiques a jusqu’ici rendu l’exploitation minière, gazière ou pétrolière extrêmement coûteuse et donc peu rentable, tandis que les conditions de navigabilité étaient peu propices à un véritable développement économique.

Les effets directs du réchauffement climatique, très perceptibles au-delà du cercle polaire (net recul de l’hiver), pourraient-ils modifier la donne, en ouvrant de nouvelles routes maritimes et en rendant accessibles les ressources très convoitées des terres et des mers arctiques (pétrole, gaz, uranium, terres rares…) ?

Spécificité de la zone arctique

Contrairement à l’Antarctique, l’Arctique n’est pas un désert : la zone est habitée depuis 4 millénaires au moins. Les estimations tablent sur une population d’environ 4 millions de personnes , dont plus ou moins 1 million d’autochtones. En outre, l’océan arctique n’est à ce jour pas protégé par des traités internationaux.

Par le passé, l’Arctique fut déjà une zone de haute tension géopolitique, principalement à l’époque de la guerre froide, tant était grande la proximité géographique des deux blocs. Vu le secret qui entourait les activités américaines et soviétiques en Arctique, l’ampleur de l’héritage de la guerre froide en matière de pollution des mers et des sols reste largement méconnu.

Depuis lors, de nouvelles structures de coopération ont émergé, donc le Conseil de l’Arctique, en 1996. Les limites de cette instance sont cependant soulevées. Le Conseil s’apparente, en effet, plus à un club où les huit pays limitrophes négocient suivant leurs intérêts mutuels (sur les limites des eaux territoriales, par exemple), et guère dans le sens de l’intérêt commun. La voix des habitants de l’Arctique y est peu entendue.

Les mécanismes à l’œuvre à l’égard des territoires arctiques et de leurs habitants reposent sur des schémas purement coloniaux proposés à l’aube du XXe siècle. À cela s’ajoute, depuis la fin du XXe siècle, la volonté de découvrir de nouvelles voies maritimes Atlantique-Pacifique destinées à raccourcir considérablement les distances entre Europe, Amérique du Nord et Asie. Si ces passages (du nord-ouest et du nord-est) ont été partiellement ouverts, ils n’en sont pas pour autant navigables en toute sécurité tout au long de l’année, loin de là.

Il serait tentant de voir dans les effets du réchauffement climatique une opportunité économique nouvelle favorisant l’accessibilité des ressources et la sécurité des voies maritimes. Mais la première conséquence en serait surtout une source inévitable de conflits entre pays voisins (incluant la Russie et les États-Unis) et d’impacts écologiques majeurs.Divers acteurs entrent en jeu concernant l’avenir de la zone Arctique. Au-delà des rôles traditionnels joués par les puissances occidentales, une rapide analyse d’autres pouvoirs et composantes permettent de mieux comprendre certains enjeux en cours. Parmi ceux-ci figurent le Groenland, la Chine et les peuples autochtones.

Le Groenland

Région autonome du Danemark, hors UE mais territoire associé depuis 1984, le Groenland est confronté à une grande fragilité sociale (population réduite, peu éduquée, élites peu nombreuses et principalement d’origine danoise) et économique (le pays dépend à 50 % des finances danoises).En outre, le Groenland revêt une grande importance militaire pour les États-Unis d’Amérique qui y disposent d’une base stratégique indispensable à la défense de leur territoire.

Quant à l’Union européenne, elle ne dispose pas de politique pour le grand nord, pas de stratégie arctique. Ces questions sont confiées à la direction des voies maritimes. L’autonomie politique dont dispose le Groenland lui permet de décider de sa politique commerciale, mais le prive d’un accès aux financements européens qui pourraient valoriser d’autres filières que les ressources minières.

Dans un premier temps, l’octroi à des sociétés étrangères de licences d’exploration puis d’exploitation a été perçu par les Groenlandais comme une opportunité économique, seule susceptible d’ouvrir la voie à l’indépendance dont rêve une partie significative de la population. Dans la perspective d’un avenir économique radieux, le pays s’est lancé dans le développement rapide de la capitale Nuuk, suivant ainsi l’exemple islandais.

Aujourd’hui, il n’y a plus aucune certitude quant au boom économique annoncé, de nombreuses infrastructures sont à l’état de veille, et plusieurs voix s’élèvent quant au risque d’un recours massif à de la main d’œuvre importée au cas où l’exploitation des ressources serait relancée.

La Chine

Pour André Gattolin, sénateur français auteur de trois rapport sur le Groenland, c’est un leurre de croire que l’Arctique serait un eldorado s’offrant généreusement aux nouveaux pionniers. La rentabilité d’exploitation des ressources est plus que limitée, et la sécurité du transport maritime n’est pas assurée même en cas de fonte majeure des glaces. La motivation des grandes puissances économiques d’investir dans l’Arctique s’explique plutôt par la volonté d’une présence stratégique.

C’est ainsi qu’il faut lire la politique chinoise vis-à-vis du Groenland et de l’Islande. Alors que l’enthousiasme d’autres puissances économiques est retombé suite à la baisse des prix du pétrole, la Chine poursuit de son côté son investissement dans le grand nord, obéissant à une stratégie à long terme qui vise d’une part à obtenir un quasi monopole sur l’exploration puis l’exploitation des terres rares de l’Arctique, et d’autre part surtout à appuyer des revendications maritimes plus que territoriales.

Les peuples autochtones

Une mosaïque de peuples autochtones occupent cette zone, entretenant entre elles divers échanges. Ainsi, un Conseil circumpolaire inuit existe depuis 1980, où en dépit de la vision traditionnelle d’un territoire commun des sensibilités différentes s’expriment, depuis les pragmatiques qui souhaitent accrocher le wagon d’un développement économique classique, jusqu’aux traditionalistes « chamanistes » qui ne peuvent envisager la nature comme une entité séparée de l’homme (un concept purement occidental), en passant par les sceptiques qui estiment que la captation de bénéfices potentiels doit être examinée en regard de la menace qui pèse sur la transmission des pratiques, des valeurs et du mode de vie aux générations futures.

Tous ont en mémoire les années de déclin de l’économie de la peau de phoque, qui a précipité l’écroulement de l’économie traditionnelle inuit, provoquant la sédentarisation des populations dans d’anciennes bases militaires, puis l’exode vers les villes (Canada, Danemark) où grande pauvreté, alcoolisme et toxicomanie constituent de véritables fléaux.

En outre, les populations locales acceptent mal d’être considérées comme les gardiens d’un patrimoine mondial (l’immense réserve d’eau douce que constitue la banquise et la calotte glaciaire), et le fait qu’on réclame d’eux une conscience écologique globale ou qu’on les charge d’une responsabilité planétaire alors que leur propre contribution au réchauffement climatique global est insignifiante.

L’île Hans

Enfin, dernier point à souligner, celui de la particularité de l’île Hans. Par sa situation géographique, ce minuscule îlot revendiqué tant par la Canada que par le Danemark est un endroit stratégique pour la banquise et les mécanismes marins, où les déséquilibres climatiques peuvent être visualisés. La volonté du journaliste et explorateur Emmanuel Hussenet (www.hansuniversalis.org) est d’en faire une terra nullius, une propriété universelle sentinelle d’un grand nord où se joue une part de l’avenir de l’humanité.

Si la zone arctique n’est peut-être pas l’eldorado économique qu’on nous prédisait il y a une dizaine d’année à peine, elle reste par son immensité indomptable une extraordinaire réserve de fantasmes et un eldorado pour le voyageur.


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