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La question des pensions est un problème de redistribution de la production des actifs sur tous. A ce titre, elle est un élément important dans le problème de la « transition » vers un système de développement durable ou soutenable.

Comment redistribuer et à qui incombe la charge de redistribuer ? Tout le défi réside en la réponse à ces deux questions. Actuellement, la redistribution s’effectue uniquement par l’axe financier dans le cadre des différents « piliers de pension ». L’argent devient ici un droit de prélever une part sur la production et non plus un moyen d’échange de production. Le 1er pilier, géré par la collectivité, redistribue « en direct » puisque ce sont les cotisations des actifs qui donnent aux non actifs le droit de prélever. Le 2ème et le 3ème piliers redistribuent « en différé » puisqu’ils consistent en placements qui accorderont des droits plus tard.

Le premier pilier est le plus logique : en effet, on ne redistribue jamais que ce qui existe ou existera à très court terme. Ce premier pilier est également le plus facilement adaptable, étant possible de répondre rapidement aux circonstances et d’être réactif aux situations exceptionnelles. Le tout est d’avoir une idée claire des situations et que les « indicateurs » économiques soient le reflet de l’état réel des choses. Les deux autres piliers restent des promesses et un pari sur l’avenir : à ce titre, ils peuvent être dangereux pour le système s’ils ne sont pas orientés.

Dans notre système démocratique, le 1er pilier de pension est la part de l’État qui exerce son pouvoir de prélèvement. Les 2ème et 3ème sont la participation du monde financier dans la redistribution. Il n’y aurait aucun ennui à cette participation si elle n’était pas aveugle dans son action. Et que donc, d’une certaine manière, elle pesait à sa manière sur « la transition ».

Si redistribuer c’est s’arroger le droit de prélever de la production de certains pour le donner à d’autres, ce droit ne peut appartenir qu’au « pouvoir ». Or, tout un débat est possible sur ce concept du « pouvoir » [1].

La monnaie outil quasi exclusif de redistribution.

C’est actuellement l’outil que l’on active majoritairement, pour les trois piliers : on distribue du papier monnaie. C’est une illustration de la confiance en « la main invisible ». Mais cela reste un acte de foi qui tente à se donner un peu de rationalité en argumentant « d’indicateurs économiques » et de chiffres statistiques [2]

Cet outil monnaie laisse la consommation suivre son libre cours et on peut se demander s’il n’y aurait pas là un travail à faire au bénéfice de « la transition ». [3]

Dans le cadre des 2ème et 3ème piliers, cet outil peut se révéler peu judicieux car il affecte une redistribution harmonieuse de la production actuelle. Il fait passer la monnaie d’une valeur d’échange à un droit de prélever dans le futur et préjuge des capacités de production de demain. Il modifie la répartition du PIB entre revenu du travail et revenu du capital.

Plus encore, on rassemble d’énormes montants financiers dans les fonds de pension dont il faut faire quelque chose aujourd’hui. L’incertitude sur demain et la concurrence entraînent une surenchère, une course aux rendements élevés, une chasse aux mirages et une pression énorme sur l’économie d’aujourd’hui.

Enfin, l’utilisation quasi exclusive de cet outil monnaie pervertit le raisonnement de l’État. Afin d’anticiper le vieillissement de la population et le défi des « pensions à payer », il veut capitaliser des sommes colossales. En d’autres termes, l’État souscrit, lui même, à un 3ème pilier de pension ce qui semble tout aussi incongru que lorsqu’il met en place des stratégies pour éviter l’impôt dans le paiement de ses fonctionnaires [4] . L’exemple de la Suède reste surprenant. Il semble que ce pays a capitalisé sa rente pétrolière dans des investissements hors du pays afin de subvenir au vieillissement de sa population [5]. Mais cela signifie-t-il, qu’à l’échéance 2030-2040 ce pays va vendre ses investissements situés à l’étranger afin d’acheter de la production étrangère ? Et s’il ne trouve pas preneur, comment s’y prendra-t-il ? C’est assez paradoxal.

Le véritable défi de demain ne réside t-il pas davantage dans la capacité de production que nous aurons ?

En effet, si la production de biens et de services est insuffisante et que, simultanément, on injecte les montants colossaux capitalisés aujourd’hui, c’est à une énorme inflation que nous serons confrontés, inflation qui pénalisera tous les piliers.

La mondialisation actuelle occulte cet aspect du problème car elle donne, du moins dans nos pays, l’illusion d’un réservoir de biens et de services presque inépuisable [6].

L’attitude actuelle dans le défi du vieillissement mérite donc d’être réévaluée. [7]

Il faut que la redistribution tienne davantage compte de la production de biens et de services : c’est, me semble t-il, un aspect essentiel de « la transition » vers un système durable.

D’autres biais de redistribution.

« Mon argent c’est ma liberté », j’en fais ce que je veux ! Imaginerait-on, aujourd’hui, qu’un patron rémunère son personnel en lui offrant le gîte, assumant toutes ses charges, lui fournissant sa nourriture et lui accordant, chaque année, un séjour dans sa villa du midi ? Ce genre d’attitude serait assimilé à du paternalisme sinon une sorte de servage et serait condamné au nom de la dignité et des droits de l’homme. On exigerait de ce patron qu’il accorde du papier monnaie à son personnel afin que ce dernier retrouve dignité dans sa liberté d’échanger le fruit de son travail contre ce que bon lui semble.

Sans doute est-ce là un énorme défi pour « la transition » : rendre à la monnaie sa véritable signification de moyen d’échange qui passe le temps… simplement parce que chacun s’accorde, tacitement, qu’il en soit ainsi et non parce que c’est normal. On pourrait imaginer qu’à l’instar d’un bon d’achat ou d’une carte de réduction, une monnaie ait un temps de vie limité. La monnaie est donc un bien commun et non un bien comme les autres : on ne peut en faire ce que l’on veut : la liberté que sous-tend la monnaie reste donc toute relative et l’inflation régulière, les « lois du marché » devraient nous le rappeler régulièrement [8] Mais, une fois encore, on attribue ces phénomènes à « la main invisible » (et bienveillante ?) des marchés.

Ce n’est pas un hasard si on voit apparaître, ça et là dans le cadre de « la transition », des monnaies locales qui servent à privilégier une autre manière de consommer. En utilisant ces monnaies parallèles, les usagers acceptent de se déposséder d’une part de leur liberté de choix. Le changement des mentalités serait-il en marche ? Oui, sans doute, mais il faudrait inclure également dans ces monnaies, une contrainte de redistribution vers les non actifs [9].

On peut proposer, dans le 1er pilier, une redistribution ciblée et de produits et de services, par le biais de « chèques produit-service » [10]. Si le problème de l’État dans le paiement des pensions est le manque de « liquidités monétaires » il pourrait largement actionner ce mode de « paiement ». Cela peut ressembler à la « soupe populaire » mais tout n’est-il pas dans la perception ?

Ce mode de redistribution devrait également être l’occasion de donner à chacun le minimum pour vivre décemment, ce qui est loin d’être le cas pour l’heure, surtout pour les personnes âgées.

Pourra-t-on faire l’économie d’une telle stratégie ?

Certains voudraient le croire : c’est probablement pour échapper à ce qui se rapproche d’un certain « collectivisme » que l’on propose justement la création et l’alimentation du fonds pour les générations futures. Mais l’État fait là un pari sur l’efficacité de ce fonds et parier n’est pas prévoir. Prévoir, c’est mettre en place les outils pour une production suffisante de biens et de services demain et non pas thésauriser.

Des fonds de pensions recadrés

Il est possible de laisser en l’état les 2ème et 3ème piliers de pension. Mais ils doivent impérativement s’orienter vers l’investissement de moyens de production de demain, puisque c’est là le défi majeur. Un secteur clé reste l’énergie mais il en est bien d’autres, ne serait-ce que l’accueil des personnes âgées et on pourrait très bien imaginer que les actifs de 50 ans cotisent à un fonds qui leur offrira, en échange, un accueil digne et correct dans 20 à 30 ans.

L’existence de ces 2ème et 3ème piliers de pensions doit être subordonnée à la seule condition que les capitaux soient consacrés à des investissements productifs à échéance. La concurrence et l’émulation entre ces fonds serviraient davantage à la collectivité et à son équipement.

Toute autre stratégie ne peut être que spéculative et, par là, risquée. [11].

On sait que c’est toujours la collectivité, par le biais de l’État, qui pallie les défaillances de la machine économique ou même, d’une manière générale, les aléas divers [12]. Il est donc logique que cette même collectivité ait des exigences lorsqu’il s’agit de son avenir.

Il est clair que ce propos reste très réducteur : il ne sort pas de la petite perspective locale. Parler des pensions dans notre Belgique, voire en Wallonie et argumenter de la transition… peut même devenir indécent. Car la « Transition » doit évidemment s’inscrire dans une vision globale où les rapports Nord-Sud sont fondamentaux, où les défis climatiques et énergétiques sont prioritaires. L’ambition, par ces quelques lignes, était bien plus modeste : énoncer quelques idées sommaires sur notre manière de voir la redistribution inter-générations et sur son influence sur la transition dliée au développement durable.

[1On entend régulièrement le monde politique se lamenter sur la limitation de ses marges de manœuvre, sur son impuissance face au monde de l’économie. Mais dans une démocratie, le pouvoir reste quand même à la collectivité et il incongru que les élus s’en dessaisissent (voir les procédures d’arbitrage dans le projet d’accord de libre-échange transatlantique, la situation de l’Argentine avec les fonds vautours ) les collectivités sont souveraines d’autant que ce sont elles qu’on appelle au secours lorsqu’une crise apparaît

[2Les statistiques ne consistent jamais qu’à supputer l’avenir à l’image du passé. On sait que le passé est révolu et que chaque instant qui passe modifie les contingences.

[3Les pensions versées à l’étranger, des dépenses contraires au développement durable…

[4On se souviendra des chèques services d’il y a une quinzaine d’années.

[5Si je me souviens bien on parle de plusieurs centaines de Milliards d’euros

[6On fait évidemment fi des inégalités entre systèmes et régions du globe. On lit encore ( J. Thisse, le 23.11, Le Soir) dans le propos d’économistes « l’Economie de marché nous a tout de même permis d’atteindre une prospérité considérable ».

[7Le véritable défi du vieillissement est d’assurer une production suffisante à l’échéance. Pour cela, on peut certes différer l’âge de la retraite pour avoir davantage de mains productives mais lorsqu’on observe le taux de chômage dans nos pays, on peut se demander si cette stratégie est pertinente pour relever ce défi.

[8Sans doute préfère-t-on s’en référer à la « main invisible » pour accepter ces contraintes plutôt que de se laisser déposséder de cette liberté.

[9Perçoit-on un impôt sur ces échanges ? Y a-t-il une caisse de solidarité ?

[10A noter qu’il s’agit là, en quelque sorte, de la création d’ autres « monnaie », non généralistes mais dédiées. Par ailleurs, on le fait déjà de manière anecdotique par les réductions transports en commun …certains soins de santé…mais la gamme pourrait être bien plus large et intégrer les « échanges » de proximité, inter-générations

[11La crise financière actuelle a été désastreuse pour de nombreux fonds de pension car ils ont été bien souvent gérés exclusivement dans une optique financière, « loin de l’économie réelle ».

[12D’une manière générale on mutualise les grandes catastrophes…. Et tout récemment, le renflouement des banques. C’est une attitude normale d’auto protection pour éviter la déstructuration sociale, c’est une preuve de maturité sociétale. On peut s’interroger sur une certaine tendance actuelle qui veut que l’État se désengage comme dans la gestion du fonds des calamités et la modification des contrats d’assurance.


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