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Cela peut paraître paradoxal mais la baisse des prix du pétrole peut représenter une opportunité pour la lutte contre les bouleversements climatiques. Car derrière les prix se cache la dynamique économique du secteur industriel des énergies fossiles. Quelles sont les conséquences des bas prix actuels ? Comment cela peut-il aider notre société à réduire ses émissions de gaz à effet de serre ?

1. L’origine du prix actuel du pétrole

Ce n’est pas un scoop d’écrire que la formation du prix du pétrole ne répond pas totalement à la logique de l’offre et de la demande [1]. Les tensions géopolitiques jouent à plein également. Cependant, force est de constater que l’origine du prix actuellement très bas du pétrole (le plus bas depuis plus de 10 ans) est à chercher dans un déséquilibre entre production et consommation (figure 1). A partir du début de l’année 2014, le déséquilibre est manifeste, la croissance économique mondiale étant faible. Durant quelques mois, ce déséquilibre ne se manifeste pas sur les prix. C’est à partir de juin que ces derniers plongent. Il faut en chercher l’explication dans les capacités de stockage, saturées après quelques mois de surproduction. Le déséquilibre continue et l’écart de surproduction semble même se stabiliser, bien que la consommation ait à nouveau augmenter, stimulée par de bas prix.

Figure 1. Evolution de la production et de la consommation mondiale de pétrole brut. Source : Art Berman [2]

2. Des conséquences géopolitiques

La baisse des prix pétroliers n’affectent pas de la même manière l’ensemble des producteurs. En effet, les coûts de production du pétrole sont très variables en fonction des techniques d’extraction. Un pétrole conventionnel saoudien coûte en moyenne trois fois moins cher qu’un pétrole de l’Arctique. La figure 2 illustre cette disparité qui génère des conséquences très variables chez les États pétroliers [3]. Une analyse croisée des figures 1 et 2 montre qu’à l’heure actuelle avec un baril vendu dans les alentours de 40$, une partie non négligeable du pétrole vendu dans le monde l’est à perte.

Figure 2. Seuil de rentabilité des différents type de pétrole et de leur origine. Source : Nicolas Meilhan [4]

3. Des conséquences économiques

Selon de nombreux analystes [5], la faiblesse des prix risque de durer. Déjà confronté à une baisse de rentabilité de ses investissements [6], l’industrie pétrolière a déjà réagi : arrêt des prospections [7], licenciements, etc. [8] Ces entreprises ont financé leur développement grâce à un recours massif à l’endettement, permis par la politique monétaire très accommodante de la banque centrale des États-Unis depuis la crise de 2008. Certaines d’entre elles sont déjà en faillite voire en grand danger [9]. L’industrie américaine des pétroles non conventionnels, dits « de schistes », est particulièrement mal en point [10]. Comme le rapporte Mathieu Auzanneau, journaliste au Monde : « Signe évident que l’industrie pétrolière s’enfonce dans une crise sévère, les compagnies de services pétroliers, directement tributaires des investissements des entreprises qui pompent le brut, enchaînent les annonces de plans d’économies drastiques. Dernière en date, après notamment Schlumberger, Baker Hugues et Vallourec, Technip a fait savoir le 6 juillet qu’elle s’apprête à supprimer 6 000 postes, soit rien de moins que 16 % de ses effectifs mondiaux. » [11]

Cette situation signifie concrètement que les capacités d’extraction des prochaines années sont revues à la baisse. A ce prix, l’essentiel de la production future proviendra encore des puits conventionnels, dont l’Arabie Saoudite est la principale propriétaire, devant l’Irak dont les capacités d’exploitation sont encore extrêmement peu valorisées.

4. Le pétrole à bas prix signifie-t-il le désinvestissement dans l’industrie des énergies fossiles ?

Pour préserver l’humanité des effets des bouleversements climatiques, les responsables politiques se sont accordés pour limiter le réchauffement à +2°C d’ici la fin du XXIème siècle (par rapport à l’ère pré-industrielle). L’impact en est qu’un tiers des réserves de pétrole, la moitié des réserves de gaz et plus de 80% des réserves mondiales de charbon devraient demeurer dans le sol et ne pas être utilisé avant 2050. La majeure partie des énormes réserves de charbon en Chine, en Russie et aux États-Unis doivent donc rester inexploitées. Tout comme l’équivalent de 260 000 millions barils de pétrole (ce qui représente les réserves de pétrole détenus par l’Arabie saoudite) et 60% des réserves de gaz dont dispose le Moyen-Orient. Enfin, les ressources éventuelles de l’Arctique et toutes autres sources de pétrole non conventionnel resteront enfouies. Rappelons qu’en 2012, le charbon était responsable de 43% du total des émissions, le pétrole de 33%, et le gaz de 18%.

Réserves PétroleGazCharbonTotal des énergies fossilesEmissions disponibles pour rester en dessous d’une hausse de 2°C de la température moyenne mondiale
Emissions CO2 (GT) 615 363 1817 2795 565

Source : CARBON TRACKER (2014) Unburnable Carbon – Are the world’s financial markets carrying a carbon bubble ?

5. Un pétrole bon marché est-il compatible avec le développement des sources d’énergie renouvelable ?

Oui, dans un schéma particulier. Grosso modo, trois groupes de pays peuvent être distingués.

Dans les pays riches (dits ’développés’), gros consommateurs d’énergie fossile, lorsque le prix du pétrole est élevé, les sources d’énergies renouvelables sont financièrement très intéressantes. Cette situation est valable pour la production d’électricité, pour un usage dans l’industrie et, dans une certaine mesure, pour le chauffage des bâtiments. Ce n’est – car on ne peut considérer les agrocarburants comme une ressource renouvelable – pas le cas pour les transports. Dans ce schéma, un prix élevé du pétrole – pour autant qu’il soit stable dans le temps à des prix élevés – favorise comparativement les sources d’énergie renouvelable. Cependant, vu la pesanteur du système, le coût de la transition est élevé car il faut à la fois payer le combustible du passé (le pétrole)à et les investissements dans les sources du futur (les renouvelables).

Pour les pays producteurs de pétrole, un prix élevé du pétrole équilibre les budgets mais son corollaire est une dépendance budgétaire très forte à ce dernier, libellé dans une monnaie autre que la devise nationale. Si le pays est importateur net de denrées alimentaires, l’effet est limité, les prix des céréales étant fortement corrélé avec les prix du pétrole [12].

Pour les pays pauvres (’peu développés’ ou ’moins avancés’), un prix élevé du baril est généralement doublement destructeur car il signifie à la fois une détérioration de la balance commerciale via l’importation des produits pétroliers (parfois encore subventionnés) mais aussi un renchérissement des produits alimentaires.

Enfin, notons qu’un pétrole à bas prix réduit les bénéfices des investisseurs et les détourne du secteur. Gageons qu’une partie pourrait l’être au profit des sources d’énergie renouvelable.

Dans un schéma de prix pétroliers bas, on peut imaginer y adjoindre un prix du carbone, tel que suggéré dans l’accord de Paris sur le climat (paragraphe 137). Plus le pays est riche, plus le prix du carbone est élevé. Une transition dans les prix permet d’orienter les investissements vers les sources d’énergies renouvelables dans les pays riches. Elle permet aussi et surtout de financer cette transition, à la fois dans les pays riches et les pays pauvres. Certes, dans ce cas là, le prix du carbone n’est pas universel. Mais la ’valeur sociale’ des émissions n’est pas identique partout. En effet, peut-on éthiquement comparer une tonne émise par la circulation récréative d’un SUV aux États-Unis à la tonne émise pour chauffer et faire fonctionner les hôpitaux d’un pays d’Afrique subsaharienne ?

Par ailleurs, au sein des pays où elle est d’application, les bénéfices de la contribution carbone peuvent être utilisés à des fins de redistribution sociale [13] ou une modulation du niveau de la contribution carbone pourrait être introduite en fonction du niveau socio-économique du contributeur. Cette piste part du constat de l’inégalité des émissions de gaz à effet de serre en fonction des revenus en s’inspirant d’une distribution égalitaire d’un ’droit de polluer’. Concrètement, une telle combinaison entraîne une progressivité de la contribution carbone en fonction des revenus.

Concernant les pays producteurs de pétrole, les bénéfices d’un mécanisme des ’prix carbone’ dans les pays riches pourraient être utilisés pour les dédommager (en fonction de leur situation économique et sociale) d’un « préjudice » dans leur développement. Les discussions sur le mécanisme des pertes et dommages dans le cadre des Conference of Parties- COP ne sont pas encore closes et pourraient les inclure [14].

Conclusion

Les bas prix du pétrole sont une occasion de réaliser à un moindre coût la nécessaire transition énergétique. Cette transition devrait – via l’efficacité énergétique – faire baisser la demande en énergie, et particulièrement la demande en énergie d’origine fossile. Cette baisse de la demande devant in fine se traduire par une stagnation des prix pétroliers et dès lors par une baisse des investissements visant à renouveler les capacités de production du secteur. Dans ce cas, les bas prix pétroliers représentent potentiellement une première étape de la fin de cette industrie.

[1http://ourfiniteworld.com/2015/11/23/why-supply-and-demand-doesnt-work-for-oil/ . Voir aussi un autre excellent article de Gail Tverberg : http://ourfiniteworld.com/2013/04/21/low-oil-prices-lead-to-economic-peak-oil/ . On lira aussi l’excellente analyse de Jean-Marc Jancovici sur les liens entre croissance économique et prix du pétrole : http://www.manicore.com/documentation/petrole/petrole_economie.html

[3Lire à ce sujet l’analyse de Jonathan Piron et Julien Vandeburie : Le pétrole moins cher, opportunité ou menace ? http://www.etopia.be/spip.php?article2980

[8Parmi les exemples récents, notons l’annonce de sa faillite, le 14 décembre 2015, par le groupe Lundi 14 décembre, le groupe Dolphin, spécialisé dans les études sismiques. Au troisième trimestre, ses pertes s’élevaient à 28 millions de d’euros, contre un bénéfice de 11 millions un an plus tôt. Une centaine de salariés sont concernés. Une liste est disponible ici : http://www.businessbourse.com/2015/11/30/deja-250-000-emplois-perdus-dans-le-secteur-petrolier-et-des-licenciements-massifs-a-prevoir-bientot-au-texas/

[12Huchet-Bourdon, M. (2012), « Est-ce que la volatilité des prix des matières premières agricoles augmente ? : Une étude historique », Éditions OCDE. http://dx.doi.org/10.1787/5k9gvsc6g7r7-fr & Erdin, D. (2010), « Le cours du pétrole détermine-t-il le prix des produits agricoles ? », Recherche Agronomique Suisse 1 (7–8) : 290–293.

[13Conseil Supérieur des Finances (2009). La politique fiscale et l’environnement

[14Lire à ce sujet la proposition de contribution nationale (INDC) de l’Arabie Saoudite, publiée le 13 novembre 2015. Dans un tout autre registre, voir la proposition de l’Equateur de faire contribuer les pays les plus riches à la protection d’un parc national forestier regorgeant de pétrole. L’Equateur propose que les pays riches – historiquement responsables des émissions de gaz à effet de serre impliquées dans les bouleversements climatiques – dédommagent l’Equateur pour le manque à gagner de la non-exploitation du pétrole contenu dans les sous-sols du parc – projet Yasuni.


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