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Je COP, tu COP – c’est FINI ! Ou ça commence juste ?
 
 
Michel Genet

Directeur d’Etopia

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Et voilà : la COP 21 qui a occupé tous les esprits depuis 15 jours et beaucoup d’esprits depuis des mois s’inscrit déjà dans les limbes de l’actualité. S’inscrira-t-elle dans l’Histoire, comme Hollande l’a répété avec force ?

A voir la grande émotion et l’auto-satisfaction exprimées par l’ensemble des délégués, à écouter le discours de François Hollande samedi soir (un des meilleurs du quinquennat), le doute n’est pas de mise ; il fallait rester devant le live streaming de la COP jusqu’à minuit et demi samedi pour entendre les voix vraiment dissonantes, celles des ONG, des jeunes et des syndicats, amenés à prendre la parole comme observateurs de la COP, exprimant un jugement négatif et sans appel : dommage, seuls quelques délégués et Fabius, tous très las, étaient présents pour les écouter.

Un observateur de haut vol a exprimé en une phrase, mieux que quiconque, ce qu’il fallait en penser. Georges Monbiot, remarquable chroniqueur environnement du Guardian : « quand on voit ce que ça aurait pu être, c’est un miracle ; quand on voit ce que ça devrait être, c’est un désastre »….

Miracle

Miracle, le fait que, oui, le multi-partisme a fonctionné : avoir un texte à 196 (195 plus la Palestine, qui devient à l’issue de cette Conference Of the Parties, une « Partie » à part entière et dont le délégué a lourdement insisté samedi soir vers minuit sur ce que cette reconnaissance signifiait pour la Palestine (Israël avait quitté la salle) avec des intérêts aussi divergents que ceux de l’Arabie Saoudite ou du Nicaragua, est historique : Kyoto ne réunissait qu’une cinquantaine de pays, dont certains ont quitté le bateau en route. Miracle le fait que le texte évoque clairement les 1,5° à ne pas dépasser (pour les états insulaires), la nécessité de rendre des comptes tous les 5 ans (même chose), le fonds climat qui sera au minimum de 100 milliards (pour les pays les moins développés), la neutralité carbone assurée à la fois par la chute des émissions et la capture de celui-ci - capture naturelle (l’importance des forêts) et artificielle (la porte ouverte au Carbon capture and storage) à partir de 2050 (pour ne pas aller trop vite pour les pays producteurs d’énergie fossile), la mention des « loss and damages » (pour les pays déjà impactés), le principe de différenciation qui transpire de divers articles ou encore les mentions aux Droits de l’homme et de la femme.

Miracle donc d’équilibre et comme l’a dit Fabius « texte puissant (dans l’évocation des 1,5° notamment) et délicat » puisqu’il tient compte d’une manière ou d’une autre de presque chacun des 195 membres...

Désastre

Désastre, en revanche, le fait que ce texte vient tard, très tard : c’est 23 ans après la Conférence de la Terre à Rio en 92 qu’un premier texte international est sorti sur le climat ... C’est 6 ans après Copenhague qui était déjà « la COP qui devait sauver l’humanité »... Et, si l’on compare avec le texte qui était laborieusement sorti de Copenhague, on pourrait dire brutalement qu’en 6 ans, on a avancé de 0,5° puisqu’en 2009 on parlait juste des 2° à ne pas dépasser et que Paris mentionne « que ce serait bien de ne pas dépasser 1,5° » et on a juste confirmé les 100 milliards du Fonds Vert qui avaient déjà été mentionnés dans le texte de la Capitale danoise , sans en savoir plus sur qui va donner l’argent et d’où il viendra.

Surtout, depuis Copenhague, on a fondamentalement changé d’approche même si on l’a trop peu dit : alors qu’avant, on suivait une approche « top-down » qui imposait aux états un objectif de diminution de GES, aujourd’hui, avec les fameux INDC, soit les « contributions intentionnelles déterminées au niveau national », chaque pays est invité fournir son engagement volontaire. L’ONU se félicitait samedi soir que 186 pays sur 196 avaient rentré leurs « contributions », certains comme le Venezuela le samedi après-midi de clôture de Paris !!! Le problème réside dans le fait que la somme des contributions actuelles nous fait complètement dérailler de la trajectoire des 1,5°, car, avec les engagements actuels, on est à 3,5°……..On est donc passé d’un « top-down » impossible à un « bottom- up » insuffisant que le caractère contraignant du texte oblige juste à être revu tous les cinq ans avec interdiction de revenir sur des engagements précédents … Expliqué à ma fille de 14 ans, ça donne : « mais s’ils ne le font pas ou n’en font pas assez, ça ne change rien, donc ça rime à quoi ??? ». Si ce désastre-là n’est pas dû à Paris en tant que tel, l’absence même de contrôle illustré par la Chine qui aurait oublié de comptabiliser toute une masse de CO2, rend le processus bien peu crédible….

Dans le blog sur la Justice climatique d’il y quelques jours, avait été évoquée la notion de « loss and damage » , soit le principe de compenser un pays qui subirait un « événement météorologique » comme un ouragan dévastateur : cette notion est mentionnée, mais, en aucun cas matérialisée : pas possible pour les Philippines de se retourner contre les producteurs pétroliers tandis que le fameux Fonds Vert est seulement prévu jusqu’en 2025... les pays du Sud peuvent juste entretenir l’espoir que ce texte suffira à encourager les pays riches à assumer ces responsabilités : rien n’est moins sûr et certains, comme Naomi Klein, estiment qu’on a forcé les pays les plus défavorisés à accepter leur propre destruction... D’autres auront relevé que la mention de sécurité alimentaire, présente dans des versions précédentes du texte, n’apparaît plus dans la version finale... Résultat du lobbying de l’agro-alimentaire états-unien et brésilien, disent-ils, alors que la changement climatique risque de mettre à mal la capacité de s’alimenter de 600 millions de personnes...

Enfin, quant à cette objection de zéro CO2 à atteindre en 2050, il aurait été tellement souhaitable d’écrire noir sur blanc qu’il fallait faire le choix des énergies renouvelables et d’enterrer – ou plutôt laisser enterrées - les énergies fossiles une bonne fois pour toutes. Au contraire, quand le texte évoque la capture de carbone, naturelle, mais aussi technique, il ouvre grand et privilégie clairement la voie aux délires technologiques évoqués il y a quelques jours, y compris le fameux « carbon capture and storage ».

Que va-t-il se passer maintenant ?

A la différence d’avant Paris, même si le texte souffre de toutes ces faiblesses, il a le mérite énorme d’exister et de constituer un cadre à l’aune duquel on pourra dorénavant juger toute décision de politique en matière d’énergie, de mobilité, de fiscalité verte, d’agriculture, de gestion des forêts... Juger surtout moralement, on l’aura compris, mais au moins, le « naming and bashing » en sera vraiment facilité.

La pression sur les énergies fossiles va augmenter et en particulier sur les investisseurs dans ces compagnies de pétrole et de charbon, mais celles-ci ne s’abstiendront pas de plaider sur le fait qu’elles ont encore du temps... Elles ne manqueront pas de faire appel à des développements technologiques pour capturer ou aspirer le carbone - qui doivent encore prouver leur efficacité, tandis que l’industrie nucléaire, comme le Forum nucléaire ne s’est pas gêné de le faire dès ce lundi matin dans les journaux belges, va encore plus vanter au monde ses mérites de source énergétique bas carbone, en niant le reste….

Quant au monde du business, tellement mis en avant dans l’initiative « From Paris to Lima » par le gouvernement français, il lui reste du boulot pour donner davantage de gages qu’il ne fait pas que du ’window dressing’.

Par contre, on pourra compter sur la société civile : malgré les restrictions imposées par l’après-13 novembre, elle a montré un dynamisme certain lors des 15 jours parisiens, alliant créativité et usage des technologies (voir ici l’exemple de « Friends of the Earth »), un renouvellement des troupes avec énormément de jeunes activistes (comme ceux de « climate express » chez nous) et une volonté sans faille à l’issue de Paris de ne pas en rester là. Pour autant, encore un peu plus d’unité et de stratégie seront nécessaires pour avoir plus de poids. A noter aussi samedi soir vers minuit l’intervention de la représentante des syndicats qui, elle aussi, a démoli l’accord sans réserve : message fort, mais très top-down : même si les congrès de l’ITUC sont, depuis Copenhague, tous allés dans cette direction, il reste que la base a du mal à se mobiliser.
A quand des grèves pour le climat auxquelles la société civile pourrait s’associer ??? Sans oublier les autorités religieuses qui, derrière le pape François (mentionné à plusieurs reprises par certaines délégations lors de leur discours final), se sont enfin emparées de toute cette question du rapport de l’Humain à la création...

Bye bye le Bourget

En quittant Paris, je me demande ce qu’il va être fait de ces centaines de bureaux blancs qui étaient le modèle standard de cette COP dans toutes les salles et de lampes qui y trônaient, de tous ces dizaines de milliers de panneaux de bois contreplaqué qui ont été mis à toutes les sauces : cloisons de salles, de stands, planchers,… des ces milliers de casques audio, nécessaires à la traduction, mais surtout à pouvoir entendre toutes les conférences, car, comme les salles n’avaient aucune isolation acoustique, celles-ci se faisaient sans sono, semblaient silencieuses et n’étaient audibles qu’à travers les casques, comment cette ville éphémère de la COP va s’effacer…

En quittant Paris, je ne peux m’empêcher surtout de penser à ces centaines de personnes (et à ce qu’elles feront comme boulot après), qui aux contrôles de sécurité, qui aux navettes à la sortie de la gare ou de la COP, en nous faisant parfois une haie d’honneur, qui à nettoyer dans les toilettes, qui comme support IT, qui pour récupérer les casques de traduction, tous ces Black Blanc Beurs ont vraiment illuminé la COP de leurs sourires et gentillesses, démontrant à la fois le soin mis par la France à faire de cet événement un succès à tous points de vue et à la fois combien le fait de haine du 13 novembre et les discours du même type qui ont failli gagner aux Régionales sont vains et pathétiques...

En quittant Paris, je pense aussi à ces délégués venus de tous les pays du monde, à John Kerry qui rentre à Washington DC et à ses collègues qui rentrent à Port-au-Prince ou à Singapour, à Manilles ou à San Salvador, qui ont eu un destin presque commun pendant 15 jours et qui retrouvent une réalité tellement « différenciée » comme le dirait un accord sur le climat, dès ce lundi matin…

Bill Mc Kibben, le créateur de 350.org (350 comme les 350 ppm, soit la masse de CO2 dans l’air qui serait soutenable pour notre planète (on vient d’atteindre les 400ppm !!!)), a résumé Paris comme ceci : « cet accord n’a pas sauvé la planète, il a sauvé la chance de la sauver ».

A nous maintenant de nous battre pour réellement la sauver : nous n’y arriverons que si nous faisons vraiment humanité avec le reste de nos contemporains pour faire régner la liberté comme droit de chacun à mener une vie digne, l’égalité et la justice et surtout pour faire exister cette fraternité de destin sur notre toute toute petite terre…….


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