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To COP or not to COP – mardi 8 Décembre
 
 
Michel Genet

Directeur d’Etopia

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That’s the question ! A voir les échecs répétés de ces dernières années, à voir le coût de ce grand barnum du Bourget, c’est assez normal de se la poser. En 21 Conférences des Parties, les choses se sont-elles améliorées, se demandent les détracteurs ? Rien n’y est décidé, rien n’avance disent certaines ONG, c’est ailleurs qu’on sauvera le climat ! (Elles sont quand même bien présentes ici... ). Et certains vont même jusqu’à dire que la COP est juste un alibi pour que rien ne change, surtout pas le système capitaliste. Sans parler de tout le CO2 que l’existence même de cette COP engendre, alors qu’on veut soi-disant sauver le climat...

La tentation est évidemment forte de jeter l’eau avec le bébé du bain. Mais d’abord faut-il bien saisir l’incroyable complexité d’un processus comme la COP et son caractère unique dans l’Histoire . Qui peut citer un processus où plus de 190 pays se parlent pour arriver à un accord concret ? On pense bien sûr aux cycles du commerce qui, depuis 1947, ont amené à la baisse des mesures de protectionnisme à travers les tarifs et autres barrières tarifaires : notons que depuis Seattle, début du mouvement altermondialiste, plus aucun accord n’a été conclu, avec ce cycle de Doha suspendu sine die depuis 2006 (et qu’il ne concerne qu’un peu plus de 160 pays...). En matière environnementale, on se souvient aussi du protocole de Montréal signé par 24 pays et la CEE originellement en 1987 et ratifié par 196 pays par la suite, qui visait à mettre fin à l’usage des gaz créant le fameux trou de la couche d’ozone, comme le CFC.

Mais la complexité du Protocole de Montréal n’est rien en comparaison des objectifs des COP : éliminer le CFC et quelques uns des gaz similaires à l’usage assez réduit – ce qui a déjà mis près de 20 ans à devenir réalité ! - par rapport aux gaz dont il est question dans les COP. Pas besoin de rappeler l’omniprésence dans notre vie des gaz à effet de serre : leur diminution radicale implique des changements profonds dans notre manière de nous chauffer, nous éclairer, nous déplacer, nous nourrir, construire nos maisons, produire l’ensemble de nos biens, du papier au Nutella... Le prix des changements pour arriver à une économie décarbonée sont gigantesques.

Ils sont non seulement gigantesques, mais aussi très variables selon les pays. Et c’est là que l’incroyable défi du multi-latéralisme s’additionne à la difficulté de l’objet de l’accord, cette fameuse décarbonisation de l’économie. Mettre d’accord les îles Kiribati, dont le gouvernement a déjà acquis des terrains en prévision du moment où les îles ne seront plus habitables, le Botswana, un pays parmi les plus pauvres de l’Afrique, le Qatar qui conquiert le monde grâce à l’argent des énergies fossiles et l’Inde qui veut faire sortir de la pauvreté des centaines de millions de défavorisés, sans parler des pays occidentaux est un défi considérable.

Rajoutons à cela la situation mouvante de pays qui étaient considérés comme en développement et qui se sont développés entre temps, le poids des lobbys de l’énergie, les climato-sceptiques... Notons aussi la décision prise de faire tourner la COP dans toutes les parties du monde, obligeant le pays hôte à fournir des efforts considérables non seulement pour organiser le « barnum », mais aussi pour gérer le processus de négociations, sans garantie de la qualité du Ministre en charge de la présidence de la conférence….

Face à une telle complexité, on pourrait effectivement conclure qu’il vaut mieux abdiquer et arrêter de perdre son temps….

Sans la COP, que se passerait-il ? Ou plutôt que se serait-il passé ? Pas sûr qu’on aurait pu faire le constat - assez inattendu – en fin de 2014, qu’à taux de croissance égal, les émissions ont diminué au niveau mondial. Pas sûr que l’on verrait se développer les énergies renouvelables – dont la nouvelle capacité installée en 2014 dépasse celle du nucléaire la même année. Pas sûr non plus que certains businesses consacreraient un début d’attention aux enjeux climatiques….

Un dispositif comme le Protocole de Kyoto, bien qu’insuffisant dans ses ambitions, pas assez contraignant, faisant trop appel à des mécanismes de marché, n’est jamais qu’une loi internationale pour gérer les comportements de 195 pays. 195 pays dont l’intérêt individuel est évidemment de préserver son bien-être et sa prospérité matérielle immédiate, en espérant que les autres feront les efforts à leur place, le fameux principe du passager clandestin en économie... Se baser sur les vertus des uns et des autres n’est pas malheureusement pas suffisant : seule la nécessité les fera bouger, comme on le voit avec la Chine confrontée ces jours-ci à un pic de pollution jamais vu à Beijing et qui, peu à peu, a adopté une position plus volontariste en matière de réductions de GES.

Cette obligation de définir un Protocole commun que se sont donnée les membres des Nations-Unies reste un bel exemple de volontarisme de collaboration universelle, il faut bien le reconnaître. Il présente aussi la rare vertu de mettre tous les pays sur un même pied ou presque, quand on voit ces pays du Sud qui ne sont pas prêts à bouger tant que les pays du Nord n’auront pas honoré leur dette environnementale en alimentant ce fameux Fonds Vert ou en respectant ce principe de différenciation qui fait couler tellement d’encre depuis Lima.

La COP, c’est un peu comme le parlement Européen qui n’est jamais le reflet des suffrages nationaux : le jour où tous les chefs d’État des 195 Parties seront issus des partis verts, on pourra peut-être avoir plus d’espoir quant à la capacité d’atteindre un accord ambitieux, équitable, juste et contraignant. Tant que ce n’est pas le cas, il faudra en attendre juste ce qu’elle peut nous donner et dès sa clôture, quelle que soit son issue, reprendre les chantiers des idées et des actes pour une vraie transition.

Comme nous le dit AL Gore ce mercredi, citant un poète américain they no and it is yes.

Je COP, tu COP – Mardi 8 décembre

J’ignorais que la COP était aussi l’endroit des VIP : dés mon arrivée en fin de mâtinée, waow, je croise notre Ministre wallon Paul Furlan !!! Et ça ne faisait que commencer !deux minutes après, c’est Bianca Jagger que je reconnais : les moins de 20 ans ne doivent pas en avoir entendu parler, mais c’était quand même la 1ere femme du grand Mick, celle qui entrait au Studio 54 à New York sur un cheval blanc. Ici, c’est plutôt sur une canne qu’elle s’appuie, car elle n’a manifestement pas gardé de Mick ce dynamisme physique explosif qui affole encore les fans. Son dynamisme, elle l’a mis depuis de nombreuses années au service des grandes causes comme les droits de l’homme et de l’environnement. Quelques minutes après, le grand John Kerry ne passe pas loin, précédant Schwarzie, chantre du climat quand il fut gouverneur républicain de Californie : un républicain non climato-sceptique, voire même militant contre le changement climatique, c’est assez unique pour être souligné. Arnie, c’est sans canne, mais on sent le poids des muscles et sans doute des ans dans sa démarche lourde. Enfin, dans le coin media, c’est Alec Baldwin, acteur américain un peu oublié et militant démocrate qui se fait filmer.

Tout ce beau monde participe à des séminaires, des conférences, des workshops...Ca n’est guère clair, en fait...

Ce n’est pas le cas d’Al Gore : pendant une heure, l’ex-futur président des USA fait un show sans faute et sans papier s’appuyant sur des superbes slides et pendant 10 minutes, de déprimantes images de catastrophes naturelles récentes pour, s’il en était besoin, rappeler les vérités qui dérangent et se lancer dans une vibrante prêche finale afin que les délégués de la COP montrent au monde que « le courage politique est une énergie renouvelable » ! Standing ovation pour celui qui aura été volé de son accession à la Présidence américaine par Le sinistre GW Bush et qui, depuis, s’est trouvé une vocation de missionnaire du climat (et d’investisseur de la Silicon valley…)

La COP, c’ est ça : des VIP utiles et moins utiles, des workshops et conférences dans tous les sens, sur tout les sujets, des mini-actions in situ des ONG, des délégués qui passent des nuits blanches, des observateurs qui s’endorment à les observer, des gens qui bloggent, qui tweetent, qui tchatchent, des femmes indiennes de l’Equateur qui plaident pour la préservation de leur forêts et un patron chinois qui parle des Gwatts de capacité d’interconnection, c’est un morceau d’Humanité concentré dans un lieu, un cirque qui fait sa tournée annuelle...tandis qu’à cinq minutes de là, au centre de la ville du Bourget, la vie s’écoule dans cette banlieue multi-culturelle non loin de Saint-Denis, qui nous rappelle que si les délégués reconstruisent le monde au Bourget, le monde lui tente de se reconstruire après les attentats et les léections de ce WE...


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