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Présidence du GIEC :
Docteur Lee ou Mister Loup (dans la bergerie) ?
 
 
Michel Genet

Directeur d’Etopia

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Soyons d’abord conscients d’une chose : la Belgique est sans doute, avec la Corée, le seul pays qui se soit passionné pour cette élection de la présidence d’une organisation, certes Onusienne, certes dans les actualités tous les six ans, mais qui reste une grande inconnue.

C’est évidemment la candidature de JP Van Ypersele, notre « Monsieur Climat » à nous, qui a suscité cet intérêt. Mais, au-delà de ce fait, qui peut vraiment expliquer ce qu’est le GIEC, si ce n’est cet empêcheur d’émettre des « gaz à effet de serre » en rond ?

Contrairement à ce que l’on pense, le GIEC est une toute petite organisation sans grands moyens, censée produire un triple rapport tous les 6 ans couvrant trois questions : y a-t-il réchauffement climatique et est-il d’origine humaine ? Quels sont les impacts à attendre d’un tel phénomène ? Quelles solutions pour y faire face ? Pour publier ce rapport, le GIEC n’a pas, en interne, d’immenses équipes de scientifiques et ne se livre pas lui-même à des recherches ou mesures. Il a pour mission de faire l’état de la science du réchauffement climatique à partir de contributions volontaires de scientifiques du monde entier lors d’assemblées générales où les pays membres de l’ONU sont politiquement représentés et décisionnels (une volonté à l’époque de Reagan et Tatcher pour éviter que le GIEC soit à la merci d’un « ramassis d’écolos »..). Dommage pour les climato-sceptiques, il n’y a donc pas une méga-structure cachée dans un gratte-ciel aux vitres teintées, payée par le lobby des vélos pliables ou des flocons de laine de roche…

Le GIEC s’appuie donc sur l’ensemble d’une communauté scientifique très large et utilise les critères qui sont ceux de « ce qui fait science » Comme le dirait Popper et sans entrer dans de l’épistémologie poussée, « ce qui ne peut être infirmé par le réel peut être considéré comme une vérité scientifique ». En l’occurrence, l’hypothèse du facteur humain à la base du changement climatique a été modélisée et ces modèles ont été confrontés avec succès au réel. Une des techniques de la Communauté scientifique pour permettre le processus de validation de scientificité est la publication dans des revues ad hoc après que la production du scientifique a été revue par des pairs (« peer review »). C’est cette production scientifique que le GIEC évalue pour l’introduire dans ses rapports.

L’enjeu du GIEC et de son Président est évidemment de s’assurer que toute la communauté scientifique ait la possibilité de soumettre des articles et que les mécanismes de contrôle de ce qui est avancé fonctionnent bien. Il se fait qu’après l’échec de Copenhague, l’une ou l’autre erreur a été identifiée parmi les milliers de page du rapport du GIEC, ce dont les climato-sceptiques se sont emparés pour jeter le discrédit sur l’institution. Il se fait aussi que son Président précédent a été lié à des scandales personnels, mais surtout était considéré par d’aucun comme « trop alarmiste ».

D’où l’importance de cette nouvelle présidence pour renforcer la crédibilité de l’institution.
Et il est vrai que notre compatriote, sans chauvinisme facile (et sans vouloir remuer le fer dans la plaie), était un parfait candidat. En particulier pour tous les environnementalistes comme moi, bombardés quotidiennement d’informations et d’expertises qui témoignent que non, le réchauffement climatique n’est malheureusement pas une chimère et que oui, on force est de conclure que l’activité humaine y est pour quelque chose (il n ’y a guère d’autres explications possibles et les modèles basés sur cette hypothèse sont confirmés par la réalité). C’est bien le discours que le Prof. Van Ypersele, tout en adoptant la plus grande prudence qui sied à un scientifique de sa qualité, n’a cessé d’aller porter aux quatre coins du monde et de Belgique, comme un apostolat animé par ce constat impitoyable : la planète terre, il n’y en a qu’une et ce ne sont pas les traces d’eau sur Mars qui pourront y changer grand-chose !
Sont-ce ses convictions fortes, aussi fortes que celles de l’extrême majorité de ses collègues climatologues d’ailleurs, qui ont fait peur ? Peut-être…

Mais Monsieur Lee, le candidat coréen qui a été élu, suscite, lui, d’autres inquiétudes : dans sa carrière d’économiste spécialiste de l’énergie, il a travaillé - il y a longtemps, il est vrai - pour le pétrolier Exxon (qui ne s’est presque pas caché d’avoir financé des scientifiques payés pour semer le doute sur le réchauffement climatique) et le voiturier Hyundai (pas besoin, dans cette période post-VW d’évoquer les turpitudes de l’industrie automobile…). Le point positif est qu’un ancien d’Exxon ne pourra pas prêter le flanc au reproche d’être un « ayatollah vert » comme certains qualifiaient Van Ypersele.

Par contre, Mr Lee devra prouver que ses expériences professionnelles passées sont bien derrière lui et qu’il est tout à fait indépendant des producteurs de cette énergie fossile que tout le monde s’accorde – en parole du moins... - à condamner. Et que ces accointance passées n’adouciront pas l’orientation que, en tant que Président, il est censé donner au contenu des rapports du GIEC.

A cet égard, ses premières déclarations sur le rôle des entreprises dans la lutte contre le changement climatique sont pour le moins ambiguës dans la période de trauma post-VW que nous subissons. Bien sûr, il faudra que les entreprises se mouillent et changent leurs « core business » et autres « process » pour ne pas dépasser ces fameux deux degrés, mais encore faudra-t-il ne pas leur donner un chèque en blanc pour, au bout du compte, se contenter de les laisser faire du « greenwashing »….

En conclusion, n’oublions cependant pas que ce n’est ni Mr Lee, ni le GIEC qui décideront de l’avenir de notre planète dans moins de deux mois à Paris. Mais bien nos dirigeants qui devront eux aussi sortir, non de leurs ambiguïtés, mais de leur réelle schizophrénie. Celle qui pousse Obama à se profiler comme le défenseur de l’Arctique tout en autorisant les compagnies pétrolières à y forer, Celle qui pousse Hollande à jouer au « missionnaire du climat » tout en félicitant Total pour ses investissements dans l’exploitation des horribles gaz de schiste canadiens. On peut juste espérer que Mr Lee les y aidera !


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