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Le Moyen Orient a vécu et vit des bouleversements importants : révolutions du printemps arabe et contre-révolutions successives, l’émergence fulgurante de Daech, les soubresauts du conflit israélo-palestinien, l’enlisement de la guerre civile en Syrie. Quelle analyse et quelles dynamiques les Verts entendent-ils privilégier pour apaiser la région et rendre aux populations qui se sont soulevées clés de leur destin, de leur transition démocratique ?

1. L’évolution de la région depuis septembre 2011.

En Europe a longtemps prévalu un cliché considérant que d’une certaine façon, les Arabes ne vivaient pas si mal dans leurs régimes dictatoriaux. Un peu comme si les terres plus arides de cette région étaient définitivement incapables de nourrir et faire pousser les standards démocratiques européens. Une bonne partie de la gauche européenne n’a d’ailleurs pas été en reste et dans un grand relativisme démocratique, a considéré que ces dictatures étaient sans doute un mal nécessaire. Ce sont souvent les mêmes qui, au mépris d’une analyse sérieuse de la situation et des contre-révolutions aux formes diverses, ont très vite parlé « d’hiver arabe ».

Durant les années 2000, le soutien européen à l’islam modéré aurait dû constituer la clé de voûte de sa stratégie diplomatique. L’UE a pourtant brouillé ses cartes et son image en adressant aux oppositions arabes des messages contradictoires, en bafouant ses principes au nom d’impératifs économiques et d’intérêts court-termistes, financiers et électoraux. En outre, elle n’a pas voulu identifier et nouer des relations avec d’autres interlocuteurs que les dirigeants de ces régimes. L’Union européenne a ainsi totalement tourné le dos aux acteurs politiques décentralisés, aux élus locaux, aux dynamiques sous-régionales et plus fondamentalement aux sociétés civiles. Elle s’est concentrée sur les quelques acteurs implantés dans les capitales, ceux qui lui ressemblent et la rassurent, le plus souvent laïques. Enfin, l’Union européenne n’est pas parvenue à établir des relations avec des acteurs non étatiques plus représentatifs, qu’il s’agisse des oppositions, des acteurs religieux ou des sociétés civiles qui ont échappé à l’appropriation par le régime.

En réservant ses faveurs aux autorités des régimes en place, elle a également omis de partager et d’utiliser le savoir-faire qui caractérise le modèle social et démocratique européen. Mettre en avant et pratiquer le dialogue et le soutien aux divers acteurs de la société civile, comme le pratiquent tous les États membres selon des modalités diverses, aurait été d’une grande utilité dans toute cette période d’après guerre froide. Ce ne fut guère le cas. Tout cela explique pourquoi l’UE n’avait absolument pas anticipé les mouvements de janvier 2011.

La question qui se pose serait, dès lors, la suivante : ces erreurs sont-elles le résultat d’une insuffisance d’outils ou d’un désintérêt politique ? Les questions internationales et les évolutions dans le monde arabe ont plus que jamais des impacts domestiques, qu’il s’agisse du prix du baril de pétrole et plus largement de la crise énergétique, des migrations, des questions de sécurité, des foreign fighters, de la menace terroriste ou de notre rapport à l’altérité de nos voisins. L’UE dispose aujourd’hui de la possibilité de co-pilotage politique de la politique étrangère par le Conseil Européen et le Conseil des Affaires Étrangères. Avec l’action de diplomatie préventive civile et militaire (et le Service Européen d’Action Extérieure), les instruments humanitaires, ceux liés aux droits de l’homme et à la consolidation de la bonne gouvernance, de l’État de droit et des libertés fondamentales, la politique de coopération au développement et la politique de voisinage, la boite à outils, certes mal rangée et dont certains outils rouillent faute de s’en servir, est cependant consistante et aisément mobilisable.

2. Urgences et reconstruction

La plus grande des urgences, aujourd’hui, dans la région, est la question syrienne. C’est là que la révolution s’est transformée en massacre à grande échelle puis en guerre civile qui fait rage depuis 4 ans. C’est ce massacre qui a mis fin à l’engouement occidental pour le mouvement révolutionnaire dans la région. C’est à partir de ce massacre que les contre-révolutions se sont propagées dans des ampleurs variables en Arabie, au Bahreïn, en Egypte. La Syrie est le carrefour historique et géographique de la région. Faute d’informations, d’informateurs, on ignore ce qui s’y passe. Ce que l’on sait, c’est la pression intenable des millions de réfugiés sur les pays voisins et la progression de l’Etat Islamique en Syrie, plus qu’en Irak ! Une progression qui, via la djihadisation de l’opposition fait de Bachar El Assad le rempart contre les barbares !

La Syrie n’est toutefois pas le seul enjeu de poids. Une autre urgence est d’aboutir au lever du blocus de Gaza, de mettre un point final à la colonisation par Israël des territoires palestiniens. Entreprendre vite des actions, y compris militaires pour répondre à ces deux urgences, permettrait non seulement de soulager la population syrienne mais pourrait contribuer à diminuer le pouvoir d’attraction et de radicalisation qu’exerce Daesh sur les jeunes européens musulmans et le sentiment d’injustice qu’ils ressentent et qui pousse certains à grossir ses rangs. Répondre vite à ces urgences transformeraient tout-à-coup des millions de citoyens musulmans en citoyens européens fiers de l’Union européenne ! De quoi assécher le marais de la radicalisation et tuer le discours radical et un peu simpliste sur « l’échec de l’intégration ». Au vu des obstacles de la seule reconnaissance de la Palestine (et de ceux qui freinent de façon interminable un gouvernement palestinien d’union nationale) et des atermoiements de la Communauté internationale qui depuis quatre ans refuse de reconnaître les représentants de la société civile et politique syrienne, bandent les muscles face au régime El Assad mais n’appliquent jamais leurs menaces…on en est encore loin. Même la coalition militaire internationale en Irak, pour utile qu’elle puisse être pour protéger les minorités en danger, a aussi pour effet de faire gagner du terrain à Daesh… en Syrie. Ce qui ne dispense cependant pas de préparer le terrain pour des solutions diplomatiques et politiques, inclusives et incluant la société civile. Telles sont les urgences, dans les pays de la région les plus troublés et dans lesquels des hommes, des femmes et des enfants meurent tous les jours, massivement.

Les révolutions arabes et de l’UE : un rendez-vous manqué ?

La plus grande erreur des européens, alors même que les attentes du monde arabe à son égard étaient immenses, a été de limiter ses interlocuteurs aux élites gouvernementales. Les sociétés dans le monde arabe et au Moyen Orient bougent, les jeunes générations, celles qui ont opéré leur transition démographique (des familles moins nombreuses) et qui veulent construire leur avenir et celui de leurs enfants, se mobilisent, parfois « à l’abri » ou en dépit de leurs gouvernements. Les femmes y sont extrêmement actives. Les médias sociaux sont de puissants outils d’échange et de mutualisation.

Cette société civile, la plus traditionnelle là où elle existe (organisations syndicales, mosquées, ligues des droits de l’homme, universités) comme la plus novatrice (bloggeurs, groupes de femmes, mobilisations locales, journalistes et médias indépendants,..) est très certainement celle avec laquelle l’Union européenne doit composer, celle qu’elle doit soutenir.

L’exemple tunisien, certes très particulier, nous montre à quel point la société civile a compté tout au long du processus constitutionnel et en particulier aux pires moments d’affrontement entre les acteurs politiques. Qu’il s’agisse d’associations plus anciennes (syndicats, Ligue des droits de l’homme, Barreau des avocats) qui ont suivi et accompagné le processus depuis les premières heures de la révolution ou de Marakiboun, une association de jeunes geeks qui, avec le soutien d’une ONG américaine a créé un outil informatique plus performant que celui de la Commission électorale pour collecter les résultats de ses quelques 10.000 observateurs citoyens lors des différents scrutins.

En Libye, aux premiers jours de l’après Kadhafi, dans un pays où la société civile n’avait jamais eu droit de cité et alors que les « combattants pour la liberté » garantissaient la sécurité collective, ce sont les femmes et les intellectuels qui les premiers et se penchaient sur la question du fédéralisme et tentaient de construire les prémices d’une société civile indépendante. On en est hélas très éloignés aujourd’hui.

En Égypte, ce sont les jeunes du mouvement du 6 avril, fers de lance de la mobilisation contre Moubarak qui ont utilisé la force de frappe d’internet pour rassembler. Ils ont été très durement réprimés et interdits et certains sont condamnés à la prison à vie. Ce ne sont que quelques exemples qui illustrent l’entrée en scène d’acteurs citoyens plus ou moins retournés dans la clandestinité depuis les retours de manivelle des révolutions qu’ils ont initiées ou auxquelles ils ont participé. Enfin, il ne faut pas oublier les oppositions politiques, y compris islamistes, les entrepreneurs, les gouverneurs de province, les nouveaux partis politiques nés au lendemain des révolutions et qui sont partie prenante du potentiel modernisateur de leur pays de leur région.

En outre, différentes initiatives comme le forum des jeunes leaders du Maghreb organisé par le Parlement Européen, ainsi que de nombreuses initiatives des Fondations ou d’acteurs de la société civile européenne démontrent l’intérêt des échanges entre arabes et européens, mais aussi entre acteurs arabes de la même région entre eux. C’est le cas aussi pour l’ONG qui rassemble jordaniens, israéliens et palestiniens sur la gestion du Jourdain et de ses rives, un cours d’eau vital et en grand danger. Hommes et femmes de terrain et de dialogue, ils sont précurseurs de l’après-conflit.

Il est donc grand temps que l’UE, en parallèle de son travail diplomatique, se donne les moyens d’être à la hauteur des attentes des sociétés civiles du monde arabe et du Moyen Orient. Même et surtout si la transition démocratique est balbutiante et/ou chaotique, son rétablissement, les progrès qu’elle connaitra, ne sont pas dans les seules mains des acteurs institutionnels, plus ou moins bien élus. Ces acteurs de la nouvelle génération sont aussi et à part entière, les acteurs de la modernisation démocratique, politique et économique de leurs pays.

Ce ‘soft power’, bien pensé et plus transversal, devrait avant tout, du côté européen, rassembler et tisser du lien entre les initiatives parlementaires, la société civile et les acteurs de la communauté des affaires internationales. Il devrait travailler à mettre en réseau dans des configurations et des formats qui doivent à chaque fois être adéquats et adaptés (Convention des maires, association de femmes, groupes de parlementaires, associations de diasporas, etc.) et dans des formes variables (réseau virtuel ou sur le terrain, par discipline ou interdisciplinaire, à l’échelon d’une ou plusieurs régions ou pays ou en interrégional), seul ou en collaboration avec d’autres acteurs extra européens institutionnels (OIM, TPI, PNUD, PNUE, etc.) ou associatifs (Ligue des Droits de l’Homme, Fondation Anna Lindh, etc.)

Il peut s’agir du soutien direct ou indirect, financier ou en termes de know-how de l’UE à des réseaux ou projets existants ou nouveaux (Femmes et jeunes parlementaires, femmes et/ou jeunes leaders, échanges interdisciplinaires, etc.), du soutien à des médias libres et indépendants, des libertés démocratiques et de la liberté religieuse, de l’appui à l’organisation et au staffing du travail parlementaire, de l’échange d’expériences à l’échelon régional et/ou entre acteurs des deux rives, de la mise en évidence et le soutien aux bonnes pratiques, 

Cette méthode devrait être la marque de fabrique des projets de l’Union, afin que les acteurs locaux associés se les approprient et s’en emparent. Les droits humains, compas de l’Union européenne en sont la pierre angulaire. Les autorités locales, souvent négligées dans ces approches, devraient y être étroitement associées. Ce sont des acteurs essentiels à la fois de la transition démocratique et du développement.

Conclusion : un engagement à repenser

Les rives sud et est de la Méditerranée traversent de graves turbulences. L’Union européenne est leur premier partenaire politique, géographique, historique et culturel. Elle dispose aujourd’hui d’outils certes insuffisants mais pas insignifiants pour répondre aux attentes, pour dépasser sans les nier les histoires et les choix politiques des Etats membres à Bruxelles, à New-York, à Jérusalem, à Téhéran ou à Istanbul. Si elle réussit quelques avancées, elle sera politiquement créditée des deux côtés de la Méditerranée. Si l’Union européenne a partiellement échoué dans la gestion de la crise économique et financière et ce faisant a gonflé les voiles des nationalistes et anti-européens, elle pourrait se montrer plus forte sur la crise de son voisinage sud. Elle donnerait ainsi force et soutien à un projet européen bien mal en point. Mais elle ne peut y arriver que si elle s’engage résolument aux cotés de ceux qui défendent les valeurs dont elle est si prompte à faire la promotion. Même quand ils les défendent les armes à la main.


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