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Francorchamps victime du Plan Marshall ?
 
 
Benoît Lechat †

Né à Eupen en 1960, Benoît Lechat a été au Groupement des Jeunes Protecteurs de la Nature (GJPN) à la fin des années ’70 avant de faire des études de philosophie et de journalisme. Après avoir couvert l’actualité sociale à l’Agence Belga pendant les années ’90 et notamment les mouvements des enseignants et des étudiants, il a rejoint l’équipe d’Isabelle Durant au Ministère fédéral de la Mobilité et ensuite Etopia en 2004. Il publie régulièrement dans la Revue Nouvelle des articles consacrés à la politique et aux médias belges.

Il est responsable des publications chez Etopia, membre du Conseil scientifique de la Fondation de l’Ecologie Politique et rédacteur en chef du Green European Journal

Benoît est décédé le 8 janvier 2015

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Les temps changent. Très vite. Et pas forcément pour le pire. C’est ce qu’on peut se dire en observant les réactions publiques à l’évolution du dossier Francorchamps. En l’espace de moins de deux ans, le Grand Prix de Formule 1 est passé du statut de fleuron indispensable pour la relance de l’économie wallonne à celui de gouffre à subsides publics. Bien sûr factuellement, il y a les éléments propres au dossier qui expliquent le basculement : la faillite de la société Defourny, la découverte qui s’ensuit des engagements pris avec une légèreté hallucinante par les représentants du MR et du PS.

Mais il y a aussi un bouleversement de perception qui se manifeste. Pour expliquer ce basculement, il ne suffit pas de méditer sur la versatilité de l’opinion et des médias. Non, il faut peut-être constater tout simplement un progrès et pourquoi pas une prise de conscience. Un simple retour en arrière sur les déclarations faites par les députés des partis traditionnels donne un aperçu du délire qui s’était alors emparé d’eux (voir « Francorchamps : le meilleur du pire » sur le www.ecolo.be). Un délire qui acquiert aujourd’hui toute son épaisseur au regard des sommes considérables que le gouvernement wallon risque de devoir débourser dans les années qui viennent. On se souvient de la pose martiale d’un Philippe Monfils (MR) déchirant en direct sur le plateau de RTL-TVi une étude de l’ULB sur les retombées économiques du Grand Prix. Il valait mieux brûler la science plutôt que de voir trop tôt que tout cela ne reposait que sur une incroyable mystification des partis traditionnels.

Aujourd’hui, que les masques tombent, il faut peut-être se redemander quels ont été les mobiles de toute cette folie. On fera ici l’hypothèse que Francorchamps a incarné pour une partie de la population wallonne une image de fierté à défendre à tout prix. Dans un contexte de déprime économique, on ne touche pas à ce qui marche ou du moins à ce qu’on croit qui marche. A ce qui est censé incarner une image de progrès technique et de modernité. N’avons-nous vraiment pas d’autre élément de fierté auquel nous identifier ? Les PS, MR et CDH l’ont intuitivement bien perçu et ils ont su en user et en abuser pour bouffer de l’Ecolo en 2003 comme en 2004. Au risque de perdre tout sens des réalités. Au risque d’encore sacrifier l’emploi de demain à celui d’hier et de se tromper de modernité. Alors que s’est-il passé entre-temps qui justifie un tel retournement ?

Et bien, il y a peut-être que la Wallonie commence tout doucement à ouvrir les yeux et à se rendre compte que son avenir est en jeu et que dans un contexte budgétaire difficile, il ne passe en tout cas plus par la subsidiation publique d’activités économiques non-rentables, sans parler de retombées environnementales douteuses en termes de promotion du gaspillage énergétique. Le plan Marshall et la crise de l’énergie sont peut-être passés par là. On laissera au moins au crédit de l’opération médiatique orchestrée par la majorité PS/CDH d’avoir dit qu’un milliard d’euros c’était tout ce que la Wallonie pouvait mobiliser en quatre ans pour se relancer et qu’il fallait se donner des priorités. Au regard de ces faibles moyens, les centaines de millions d’argent public envolés en CO2 dans le raidillon pour quelques dizaines d’emplois apparaissent aujourd’hui pour ce qu’ils sont : un scandale.

Benoît Lechat


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