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En septembre 2014, une Commission mondiale sur l’économie et le climat menée par l’économiste britannique Nicholas Stern et l’ex-président mexicain Felipe Calderón a publié son rapport : « Better Growth, Better Climate. The New Climate Economy Report » (ci-après NCER). Ce rapport ne cache pas son ambition d’influer sur les discussions qui auront lieu lors du sommet sur le climat qui se tiendra en décembre 2015 à Paris. En bref, il s’agit de convaincre la communauté internationale de la possibilité d’agir vigoureusement contre le changement climatique tout en maintenant les perspectives de croissance économique.

Alors que certains, non sans quelque mauvaise foi, jouent la carte de la fatalité et déclarent qu’à défaut de pouvoir encore lutter contre le changement climatique, il faut s’y adapter [1], les auteurs du NCER ont le mérite de reconnaître l’urgence d’agir énergiquement et urgemment : « The issues dealt with in this report could not be more important. (…) Without stronger action in the next 10-15 years, which leads global emissions to peak and then fall, it is near certain that global average warming will exceed 2°C » (p. 7 et sv.) [2].

A les lire toutefois, la stabilité du climat apparaît souvent comme un objectif secondaire, annexé à la préservation de la croissance économique. Le rapport est tout entier orienté vers la démonstration qu’une action contre le changement climatique peut s’accompagner d’une forte croissance (et réciproquement), y compris pour les pays riches. Une telle rhétorique vise donc à rallier à la cause de l’action climatique les acteurs économiques et politiques les plus susceptibles de renâcler si on ne leur démontre pas les bénéfices de l’ambitieuse entreprise. Il s’agit de faire comprendre au lecteur que toute action pour le climat n’est pas nécessairement coûteuse, que ce soit sur les plans économique, politique ou social.

Ce plaidoyer semble pourtant exagérément optimiste, et de nature à détourner l’attention des profondes transitions en matière d’organisation socio-économique et de modes de vie que requiert un développement soutenable. Clive Spash (2014), qui propose une critique implacable du rapport, considère ce dernier comme un « lobbying document supporting what has come to be known as Green Growth, a wonderful oxymoron » (p. 3)

Compte tenu de l’influence probable du rapport sur les débats internationaux en matière de politiques climatiques, il importe d’en évaluer la portée, d’en proposer une lecture critique et d’en tirer les implications possibles. Nous apprécions ici le rapport du point de vue spécifique de l’économie écologique. Après un bref aperçu des grandes lignes du rapport, nous questionnons la manière dont le problème du lien entre croissance et réchauffement climatique est posé ; nous montrons ensuite pourquoi le rapport nous paraît exagérément optimiste ; nous soulevons les problèmes liés à l’économicisme du rapport, qui appréhende le changement climatique comme une externalité. Nous évoquons enfin les pistes de changement de l’économie pour ne pas changer de climat.

« The Global Commission on the Economy and Climate was set up to examine whether it is possible to achieve lasting economic growth while also tackling the risks of climate change. » (p. 6) En entamant le rapport par cette phrase, les auteurs ne font aucun mystère sur l’objectif qui les meut : préserver la croissance tout en agissant contre le changement climatique [3].

L’évolution (plus rapide que prévue) du progrès technique, l’expérience accrue en matière de politiques climatiques, la grande récession de 2008, les inquiétudes croissantes des scientifiques du climat et le manque évident de volonté politique sont les principales raisons invoquées pour expliquer qu’un deuxième rapport Stern ait vu le jour. Ce dernier entend bien dépasser son prédécesseur : « This report goes beyond the Stern Review in its central focus on both structural change and on how growth and climate action can be mutually supportive. » (p. 13)

A la différence du premier rapport (Stern, 2007), le NCER prend de la distance par rapport aux modèles d’évaluation intégrée, par lesquels les dimensions scientifiques et économiques du changement climatique sont combinées dans le but de comparer les coûts et bénéfices et ainsi d’évaluer les options politiques à mettre en œuvre. Il ne s’agit plus de fournir un modèle complet d’évaluation de coûts et de bénéfices futurs, mais d’étayer une thèse (croissance soutenue et atténuation des changements climatiques sont compatibles) au moyen d’une collection d’exemples organisés autour d’une approche inscrite dans les traditions théoriques issues des travaux de Joseph Schumpeter et d’Arthur C. Pigou (approche que nous détaillons plus bas).

Pour les auteurs, deux grandes transitions à venir dans les vingt prochaines années rendent possible la synergie des objectifs de croissance forte et de réduction du risque climatique. La première est présentée comme inéluctable, les générations présentes n’ayant que peu de prise sur son avènement. Cette transition résulte de changements structurels de l’économie mondiale, qui verra un passage des sources d’activité économique des pays développés vers les pays en développement, un renforcement de l’exode rural, une rapide croissance démographique, de nouvelles sources d’énergie, la poursuite de la tertiarisation de l’économie, et l’accroissement des pressions sur les forêts, l’eau et les sols. La seconde transition, à la différence de la première, n’est pas inéluctable et dépend du choix de la génération présente d’agir pour une économie bas-carbone, dont la réussite déterminera si le risque climatique peut être éliminé ou non.

Pour les auteurs, si la première transition est bien gérée, elle favorisera le succès de la seconde. C’est pourquoi ils appellent à œuvrer à la construction d’une « meilleure croissance », comme levier d’une meilleure gestion du risque climatique.

Le rapport est, d’une part, marqué par une vision néo-schumpétérienne de la croissance [4], et en particulier par la théorie du progrès technique orienté (« directed technical change »). Selon cette théorie, le changement technologique, s’il est canalisé par une intervention publique dans le sens désiré, permettrait de réorienter le système productif de secteurs « sales » (polluants) vers des secteurs « propres ». Le marché seul n’étant pas à même de réorienter la production, c’est bien à l’Etat d’intervenir pour stimuler la réorientation nécessaire [5]. Cette influence néo-schumpétérienne, marquée par une grande confiance dans le progrès technologique et une vision de l’activité économique comme destruction créatrice, est fortement liée aux théories de « la croissance endogène », qui voient dans la recherche et développement, l’innovation et l’éducation, les déterminants du progrès technologique et donc de la croissance économique.

D’autre part, la tradition pigouvienne du rapport implique de traiter les pollutions comme des défaillances de marché et de proposer comme remèdes des systèmes de taxation (resp. subventions) calibrés de sorte à internaliser les externalités négatives (resp. positives) pour permettre au marché de fonctionner correctement.

En somme, le cadre théorique mobilisé fait de l’Etat à la fois un acteur stratège dans la promotion de secteurs « verts » et un garant d’une allocation efficace des ressources par internalisation des externalités.

Contrairement au premier rapport Stern, les auteurs du NCER on fait le choix de ne pas fonder le rapport sur un modèle d’analyse intégrée économie-climat, mais plutôt de s’inspirer, nous l’avons vu, des théories de la croissance endogène.

Par rapport aux modèles qui postulent une croissance à long terme dépendant uniquement d’un progrès technique exogène, les modèles qui ‘endogénéisent’ la croissance sont certainement plus crédibles. Selon les modèles de croissance exogène, en effet, le changement technique est postulé et non pas expliqué ou modélisé, et il est censé permettre de diminuer progressivement le coût de la réduction des émissions dans le futur. La conclusion qui en découle est dès lors bien souvent qu’il est rationnel d’attendre avant de se lancer dans la lutte contre le changement climatique.

Par ailleurs, en se distanciant des modèles d’analyse intégrée, le NCER semble éviter l’une des critiques qui leur est souvent adressée. Les modèles d’analyse intégrée font en effet usage d’un taux d’actualisation des impacts futurs du changement climatique : ce taux définit l’importance relative du futur par rapport au présent. Il est souvent reproché à ce taux d’actualisation d’être trop élevé, favorisant la consommation présente plutôt que la préservation du climat [6]. En outre, les valeurs monétaires attribuées aux impacts environnementaux au sein de ces modèles s’avèrent souvent douteuses et négligent l’incertitude portant sur le futur. Compte tenu de ces différents problèmes, il semble que les modèles intégrés comparant coûts et bénéfices ne permettent pas aux économistes de déterminer l’objectif à atteindre en termes de politique climatique.

Il faut reconnaître au NCER le mérite de prendre acte, au moins implicitement, des limites des modélisations économie-climat, et d’une certaine urgence de l’action. Ce faisant, ses auteurs semblent marquer un changement de posture dans l’appréhension de la question climatique : on passe de la comparaison des coûts et bénéfices de différents types d’objectifs et d’actions concernant la limitation du changement climatique (modèles d’analyse intégrée), à une investigation des voies les moins coûteuses pour respecter des objectifs et des actions édictés hors du modèle (comme l’objectif des 2°C, par exemple), dont la légitimité n’est pas remise en question. Ce changement de posture semble révéler un changement plus profond de conception chez les économistes. Ceux-ci sont de plus en plus nombreux à considérer que penser le changement climatique, c’est avant tout penser l’assurance face à un cataclysme à probabilité faible (mais non négligeable) et aux coûts potentiellement exorbitants. Au final, le NCER adopte cette nouvelle vision, tout en restant très pragmatique, réformiste et pro-croissance.

Afin de réorienter la croissance dans le « bon sens » en mettant en place les bonnes taxes et incitations, les auteurs du NCER identifient trois leviers : améliorer l’efficacité dans l’utilisation des ressources, augmenter les investissements et innover. Ces trois leviers peuvent être utilisés dans trois sphères («  systems of the economy ») : les villes, l’utilisation des sols et l’énergie. Les auteurs analysent ainsi les actions à entreprendre dans ces trois sphères en distinguant trois familles de pays selon leurs revenus (bas, moyens et élevés). Les pays à bas revenus devraient principalement veiller à l’amélioration des institutions, de la productivité agricole et de l’accès à l’énergie. Les pays à revenus moyens, souvent dotés d’une capacité institutionnelle plus forte et de ressources plus nombreuses, devraient se concentrer sur les politiques urbaines et la transition énergétique. Les pays riches, enfin, devraient principalement accélérer l’innovation, renouveler leurs infrastructures et rénover leurs finances publiques dans un sens qui renforce la croissance et promeut une économie bas-carbone.

Au-delà des nuances spécifiques aux familles de pays considérés et aux sphères envisagées, les auteurs concluent à l’optimalité d’une combinaison de taxation du carbone (et retrait des subventions aux combustibles fossiles), de désincitations à l’étalement urbain (pour des villes plus compactes) et des subventions à la recherche et développement dans les secteurs « propres », pour une meilleure utilisation des ressources. Ils soutiennent également que les politiques de réduction des émissions sont temporaires et ne devraient pas conduire à un sacrifice en termes de croissance du PIB à long terme. Le message est donc très optimiste.

Dès la première phrase du rapport, le ton est donné : la croissance est une finalité en soi, qu’il s’agira d’atteindre, si possible, à moindre coût climatique. Avec une telle formulation, ce qui devrait être un moyen (lui-même discutable en tant que tel) devient une finalité (dont on ne questionne pas les liens avec la réduction de la pauvreté ou la diminution des inégalités, par exemple).

La rhétorique pro-croissance du rapport marque en ce sens une régression par rapport aux nombreux débats sur un « au-delà du PIB » (Méda, 2000 et 2013 ; Gadrey et Jany-Catrice, 2012 ; Cassiers, 2011), ou même par rapport aux réflexions sur la multi-dimensionnalité du développement (Alkire, 2002 ; Alkire et Foster, 2011), qui gagnent en importance depuis une quinzaine d’années. Si ceux-ci ne sont pas parvenus à faire émerger un consensus sur un nouvel indicateur ou ensemble d’indicateurs susceptible(s) de supplanter l’indicateur-phare de la comptabilité nationale, ils ont au moins le mérite de questionner les finalités sociales et écologiques de l’activité humaine.

Certes, bien que l’on puisse lire que « GDP remains just one indicator among many attempting to measure changes in welfare » et que « supporting indicators are also necessary » (NCER, p.171), la question des finalités de la croissance n’est nullement approfondie dans le NCER. Il est notoire, à cet égard, d’observer l’absence totale de référence aux travaux de l’économie écologique, qui pointent les dégâts que causerait le maintien aveugle d’un cap croissantiste. Certes, tourner radicalement le dos à la croissance dans le contexte actuel aurait certainement de lourdes implications économiques et sociales, et ralentir la croissance de manière indifférenciée ne saurait être un objectif en soi. En revanche, ne pas se saisir des innombrables signaux d’alerte pour penser dès à présent des formes d’organisation alternatives dont la croissance du PIB ne serait plus le pivot, comme le font de nombreux chercheurs du courant post-croissance (Fritz et Koch, 2014 ; Jackson, 2010), impliquerait des conséquences encore plus lourdes, en termes sociaux et écologiques.

Certes, les auteurs du NCER appellent à des changements structurels de l’économie, mais ils les bornent toutefois au cadre apparemment immuable de la croissance. Ainsi, bien qu’ils mentionnent, en début de rapport, l’apport des travaux d’Ostrom, ils ne la citent ni ne la mobilisent nulle part dans l’analyse. Les réformes structurelles dont il est question ne semblent pas envisager la possibilité de consommer moins ou autrement (Jackson, 2010), de développer l’économie du partage (Novel, 2013 ; Rifkin, 2014), ou de soutenir l’économie des communs (Ostrom, 1990, 2010 ; Dardot et Laval, 2014). Business as usual, donc, mais « vert ».

La transition de la production de secteurs polluants vers des secteurs plus propres, grâce au progrès technologique orienté (dans les secteurs énergétique et agricole), à la réorganisation des villes et à la volonté politique, est conçue comme le principal levier de lutte contre le changement climatique, seul problème environnemental traité dans le rapport. Cette focale sur le climat et la confiance dans la réorientation de la production donnent lieu à des analyses et conclusions très proches de celles qu’offrent les modèles néo-schumpétériens de croissance endogène mentionnés plus haut (bien que le rapport ne s’y limite pas).

Ce clair ancrage théorique nous permet d’adresser à une partie au moins du NCER la critique aiguisée que Pottier et al. (2014) formulent à l’encontre des modèles de progrès technique orienté [7] et du type de représentation de l’économie que de tels modèles véhiculent [8]. Ces auteurs montrent d’abord que l’investissement dans la recherche et développement ne permet pas d’ouvrir la voie à des politiques climatiques ambitieuses et peu coûteuses, contrairement à ce que ces modèles laissent entendre. Ils pointent également le simplisme de ces modèles, souvent peu réalistes, qui surestiment la capacité d’absorption des puits de carbone, la facilité de substitution entre secteurs sales et propres, et la productivité de la recherche. Ils montrent enfin que des hypothèses plus réalistes appliquées à ces modèles conduisent à des conclusions bien plus pessimistes.

Outre l’irréalisme de certaines hypothèses liées à son ancrage théorique, l’optimisme du rapport semble également émaner d’une confiance tacite dans la possibilité d’un découplage absolu PIB-émissions de CO2 [9]. Or, un tel découplage semble être une utopie au regard des expériences passées. Il a en effet été montré que le lien entre croissance du PIB et énergie était largement sous-estimé par la théorie économique alors qu’il est en réalité très important et très solide (voir Giraud, 2014). Compte tenu du lien entre croissance du PIB et énergie, maintenir la croissance économique nécessiterait la décarbonisation complète des sources d’énergie.

Un tel exercice s’avère extrêmement périlleux dans un contexte de baisse (conjoncturelle ?) du prix du baril de pétrole, de retour du charbon sur le devant de la scène, de montée des hydrocarbures non conventionnels… et last but not least, des limites concernant les ressources et matériaux nécessaires au développement des énergies renouvelables (terres cultivables et forêts pour la biomasse, métaux, terres rares). A cet égard, Bihouix (2014) nous rappelle que les technologies « vertes » nécessitent des métaux rares, et le complexe énergie-métaux, lui-même un cercle vicieux, est de plus en plus problématique [10].

Par ailleurs, les systèmes énergétiques « intelligents » et « connectés » censés soutenir le déploiement d’une économie bas carbone telle que celle imaginée par le rapport sont certainement d’une complexité bien supérieure à ceux que nous connaissons actuellement. Il s’agit en effet de gérer un bouquet diversifié d’énergies, à la production si possible décentralisée mais reliée par un réseau capable de tenir compte en temps réel des offres et demandes. Complexité, coordination et intégration accrues à des niveaux non gérables à ce jour.

De plus, le rapport présente les énergies renouvelables comme une option nouvellement devenue abordable et réaliste (voir NCER, p. 131). C’est sans compter que le rendement énergétique des renouvelables n’est pas très reluisant. L’EROI du solaire photovoltaïque est très faible (1,3 sur une durée de vie de 30 ans selon Graham Palmer (2014) dans son livre « Energy in Australia »).

Ces différents arguments appellent à relativiser l’optimisme dont fait preuve le NCER et mettent en doute la dimension « gagnant-gagnant » d’une synergie « croissance-climat ».

La démarche du NCER est louable. Il s’agit pour les auteurs de dépasser le principal frein à la mise en œuvre d’actions en vue de lutter contre les changements climatiques : la (trop) fréquente dichotomie opposant sacrifices de court terme et bien-être de long terme. On peut déplorer en revanche que les arguments mobilisés pour convaincre des bénéfices d’une action rapide passent les phénomènes sociaux, politiques et environnementaux au crible d’une analyse impérialiste de l’économie. Une telle grille de lecture cantonne l’analyse des potentiels leviers d’action à un périmètre restreint, lui-même très économiciste.

La rhétorique du rapport est habile : les auteurs prennent acte de l’irréalisme d’un idéal de marché qui fonctionnerait parfaitement (et font montre, ce faisant, de progressisme au regard des théories les plus radicales de l’économie standard) pour reconnaître l’existence de défaillances, dont le changement climatique serait la plus importante de tous les temps : « Climate change itself is, of course, the biggest of all global externalities  » (p. 34). Mieux, ils font de ces défaillances les conditions de possibilité de toute forme d’action politique.

Pour rappel, le marché est pensé en économie comme le meilleur vecteur d’allocation des ressources. Dans un marché parfait, les ressources seraient allouées de manière optimale entre demandeurs et offreurs. Les défaillances sont des problèmes (de nature informationnelle ou structurelle) empêchant cette allocation optimale, dont les externalités sont une forme particulière : il s’agit d’effets positifs ou négatifs de transactions économiques non reflétés dans les prix de marchés [11]. L’idée du rapport est simple : sans défaillance, pas de place pour la mise en œuvre de politiques puisque les ressources seraient allouées de manière optimale.

Appréhender le changement climatique comme une externalité négative nous semble problématique. D’abord, une telle conception octroie au marché un pouvoir et/ou une responsabilité qu’il n’a pas : jamais dans l’histoire de la pensée économique le marché n’a été censé intégrer des problèmes de nature systémique tels que le réchauffement climatique.

Ensuite, dans la réalité, les défaillances de marché ne sont pas l’exception mais bien la règle. Comme le fait régulièrement remarquer Joan Martínez-Alier, elles ne constituent pas l’échec d’un mécanisme allocateur mais bien le succès du pollueur : penser les dégâts environnementaux comme défaillance de ce mécanisme permet d’édulcorer les rapports de forces sous-jacents à la pollution, en en externalisant les coûts.

Enfin, et plus fondamentalement, une telle conception du changement climatique repose sur une éthique libérale, voire néolibérale, selon laquelle le choix de consommation est souverain et « la préférence » est reine : il suffirait de débarrasser le marché libre de cette défaillance en réorientant les choix de consommation (et corollairement de production) des secteurs « sales » vers des secteurs « propres », pour revenir à une allocation optimale des ressources. Cette vision élude les questions de nature profondément politique et structurelle à la source des comportements économiques, en traduisant des problèmes relevant fondamentalement de la justice (sociale et écologique) en un ensemble de choix formulés à l’aune de la théorie des jeux, pour montrer in fine que tout le monde a intérêt à se conduire vertueusement. Les rapports de forces (notamment le pouvoir des firmes) qui empêchent la mise en œuvre de telles mesures ne trouvent dès lors pas leur place dans la discussion. Cette vision ne permet pas de questionner les comportements économiques en amont, puisqu’il s’agit uniquement de les orienter à coups de taxes, de quota et de subventions. Elle ne permet donc pas d’en identifier les déterminants profonds – sociaux, structurels et culturels, qui résident pourtant parmi les leviers les plus fondamentaux d’une transition écologique.

S’il faut reconnaître le progressisme de la démarche du NCER de vouloir stimuler l’action à court terme, le cadre à l’aune duquel sont pensés le changement climatique, ses effets et les modalités d’action pour le contrer, semble très réducteur et potentiellement aller à l’encontre de la transition écologique, en n’en saisissant pas les leviers profonds.

L’influence de l’économie standard sur le NCER a au moins deux grandes conséquences. D’une part, la question du climat est abordée comme un problème de défaillance de marché, et non comme un problème de justice. Deuxièmement, la manière dont le rapport hiérarchise les problèmes et les actions à mener est très contestable, car elle crée un risque d’incohérence temporelle.

Plutôt que nourrir le faux espoir d’une solution techniciste au changement climatique, comme le fait le NCER, une nouvelle économie du climat devrait poser d’emblée le problème en termes d’équité et de justice. Certes, répondre à une analyse édulcorant les rapports de force derrière des interprétations économiques par une analyse exclusivement fondée sur des relations de pouvoir serait peu fécond, clivant et donc potentiellement contre-productif. Toutefois, une alternative crédible et constructive à ces deux options consiste à prendre à bras le corps les enjeux de justice du changement climatique. Les preuves sont en effet abondantes qui montrent que plus d’équité ou d’égalité s’accompagne de plus de bien-être (Wilkinson et Pickett, 2011), voire de moins de dégradations environnementales (Boyce, 2013 ; Laurent, 2013). Ces faits stylisés appellent à relativiser l’importance de l’objectif de croissance.

Certes, le rapport (p.279) évoque le problème éthique de la répartition des responsabilités du réchauffement, principalement dû aux économies « riches » mais dont la résolution ne passera que par l’intégration des pays émergents à l’effort collectif. Il reconnaît le devoir des pays riches d’agir plus rapidement et plus fortement que les pays en développement en vue de réduire leurs émissions. Mais l’analyse ne peut se cantonner à un tel constat et doit identifier précisément la répartition des coûts sociaux et environnementaux du réchauffement, ce que le rapport ne fait pas. Il est également nécessaire de reconnaître l’inégale contribution aux émissions selon les catégories de population (Büchs et Schnepf, 2013). Les catégories aisées « émettent » de façon directe ou indirecte bien plus que les catégories modestes, et les émissions provoquées par les « riches » des pays émergents ou en développement sont comparables à celles des « riches » des pays industrialisés. En ce sens, un kilo de CO2 n’en « vaut » pas forcément un autre, et raisonner à inégalités de consommation et d’émissions constantes n’est ni réaliste ni progressiste.

Penser le changement climatique dans une optique de justice implique de viser une répartition équitable des « fardeaux » climatiques. Les tenants des « limites planétaires » (planetary boundaries) mettent de plus en plus l’accent sur la nécessité et les bienfaits de rendre plus équitable l’accès aux ressources planétaires (Steffen et Smith, 2013). Il s’agit non seulement d’un impératif éthique, mais aussi d’un motif pragmatique. Accepter de respecter les contraintes liées à la finitude et à la fragilité de nos écosystèmes passera par la conviction de chacun qu’il contribue équitablement aux efforts requis. Les travaux les plus récents confirment l’importance cruciale de l’équité et du sentiment d’équité dans les situations de coopération visant des bénéfices collectifs (Kesternich et al., 2014).

Concrètement, une approche intéressante pour traiter des enjeux de justice est celle de la ‘juste transition’ (‘just transition’) [12], issue des mouvements syndicaux. Cette approche se fonde sur trois grands principes : premièrement, l’importance de la concertation (voice) entre gouvernements, industrie et syndicats sur les enjeux industriels et économiques que la transition implique ; deuxièmement, le développement d’emplois verts et décents ; troisièmement, doter les travailleurs des capacités nécessaires à la mise en œuvre d’une économie bas-carbone.

Outre la formulation du problème climatique en termes d’externalité, le rapport témoigne d’une grande confiance dans le progrès technologique. Que cette confiance soit ou non fondée, elle comporte en tout cas le risque que les actions proposées au nom du pragmatisme, car elles seraient réalisables dans le court à moyen terme, s’avèrent potentiellement contradictoires avec les changements de long terme (souvent plus fondamentaux) nécessaires à l’atténuation des risques climatiques. En guise d’exemple, la démocratisation de l’accès à la voiture électrique grâce aux progrès de la recherche dans ce domaine, susceptible de réduire les émissions de CO2 à court ou moyen terme, ne risque-t-elle pas de freiner la densification urbaine (en la rendant moins nécessaire à court terme) ?

Sortir d’une vision faussement pragmatique permettrait de mieux hiérarchiser les actions à mener, tout en évitant que les objectifs de court et de moyen terme ne nuisent à la réalisation des finalités de long terme. C’est ce que propose, entre autres, le projet Negawatt [13] en agissant d’abord sur les besoins et les pratiques de consommation (sobriété énergétique), ensuite sur la consommation énergétique des équipements (efficacité énergétique), et enfin, sur le développement d’énergies alternatives par le recours, entre autres, à des énergies renouvelables (mix énergétique).

Au terme de la lecture du NCER, nous doutons fortement de la pertinence (tant éthique que scientifique) de penser le changement climatique au prisme néo-schumpétérien des théories du progrès technique orienté. Etant donné l’incertitude radicale qui caractérise le futur, le pari technologique que supposent ces théories semble extrêmement hasardeux et conduit, nous l’avons vu, à des conclusions souvent bien trop optimistes par rapport aux enjeux. Par ailleurs, une stratégie purement technologique de lutte contre le changement climatique risque de donner lieu, à court ou moyen terme, à des pratiques allant à l’encontre de ce qui est prôné pour le long terme. Plus fondamentalement, la rhétorique techniciste dont usent les auteurs du NCER tend à évincer de la réflexion les transitions structurelles et culturelles, plus profondes et certes moins politiquement correctes car impliquant des enjeux de justice, que nécessiterait une action sérieuse contre le risque climatique. C’est probablement ce qui explique que soient passées sous silence les oppositions les plus coriaces à des changements radicaux, que sont les lobbies du secteur énergétique, les réticences des partenaires sociaux attachés au productivisme (tant dans le patronat qu’auprès des syndicats) et les luttes d’influence politique (Dessus, 2014).

L’ancrage théorique du NCER l’empêche donc, d’entrée de jeu, de poser correctement la question du climat et corollairement de proposer de pistes d’action prudentes et porteuses de changement sur le long terme. Tant que la croissance, fortement liée aux consommations d’énergie et de matières, restera considérée comme indispensable pour résoudre les grands problèmes de société (chômage, emploi, inégalités, etc.), l’atténuation du changement climatique n’aura pas lieu.

Il est donc grand temps d’arrêter de considérer le climat avant tout comme une question technique ou économique, double perspective que la commission mondiale sur l’économie et le climat met pourtant au cœur de son rapport. Le risque climatique est une question profondément politique et sociale (Dessus, 2014) et doit être appréhendé comme tel. Les travaux sur la gestion des biens communs, très largement diffusés par Elinor Ostrom, constitueraient un complément, en termes d’économie politique, à la recherche coûte que coûte d’un accord planétaire fondé sur une vision partagée, mais issue d’une utopie techniciste peu réaliste, sur les efforts à fournir. En proposant de traiter le risque climatique, non plus uniquement au niveau global comme dans le cas du NCER, mais sur des bases locale, régionale et nationale, Ostrom (2009) propose de réduire la lenteur des décisions et le risque de conflits paralysant l’action, et d’accroître la force des engagements individuels à réduire les émissions.

Références

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[1Dans un article du Wall Street Journal du 2 septembre 2014, Edward Lazear avance une série d’arguments des plus sommaires et contestables pour exhorter à abandonner la lutte contre le changement climatique, en faveur de l’adaptation. http://online.wsj.com/articles/edward-p-lazear-the-climate-change-agenda-needs-to-adapt-to-reality-1409700618

[2La Commission a produit deux rapports : un rapport de synthèse (72 p.) et un rapport Global (308 p.). Sauf mention contraire, les citations font référence au rapport global.

[3Il est significatif, à cet égard, d’observer que le mot « growth » apparaît 752 fois, tandis que les mots « sustainable » ou « sustainability » ne sont mentionnés ‘que’ 198 fois.

[4L’économiste autrichien Joseph Schumpeter (1883-1950) est connu notamment pour sa théorie attribuant un rôle prépondérant à la « destruction créatrice » dans la dynamique économique. Les innovations, portées par les entrepreneurs, sont le moteur de ce ,phénomène qui conduit à continuellement faire disparaître des secteurs économiques au profit d’autres secteurs.

[5Acemoglu et al. (2012) présentent une version détaillée et formalisée de cette théorie. Philippe Aghion, économiste à l’Université de Harvard et membre de l’economics advisory panel de la Commission, est l’un des principaux modélisateurs de la théorie du progrès technique orienté. Il a été coordinating author du Chapitre 3 (Social, Economic and Ethical Concepts and Methods) du groupe de travail III (Mitigation of Climate Change) du 5ème rapport du GIEC (2014).

[6Pour une critique plus détaillée des modèles d’analyse intégrée, voir Ackerman et al. (2009).

[7Spécifiquement à Acemoglu et al. (2012), qui modélisent une économie comprenant un secteur « propre » et un secteur « sale ».

[8Pour une version française de cette critique, augmentée d’une riche discussion épistémologique sur les équivoques de la modélisation en économie (du climat) « standard », voir Pottier (2014).

[9Certes, le NCER (p.28), constate l’absence de découplage relatif (et donc absolu) dans les pays en développement. Dans les pays développés, seul un découplage relatif est observé. Le rapport semble toutefois confiant dans la capacité future des pays à résorber l’absence de découplage absolu.

[10Il faut toujours plus d’énergie pour obtenir de l’énergie (c’est le fameux EROI (retour énergétique sur investissement énergétique) décroissant). Il faut aussi toujours plus d’énergie pour obtenir des métaux. Et il faut toujours plus de métaux pour obtenir de l’énergie. D’où le risque qui se profile d’une fuite en avant suicidaire si les quantités consommées ne sont pas réduites.

[11Un exemple souvent présenté comme une externalité négative est la pollution : une usine produisant un bien, déverse les déchets liés à sa production dans un cours d’eau voisin, affectant l’environnement et les riverains, mais le coût de cette pollution n’est pas payé par la firme, et ne se reflète donc pas dans son prix de vente. Pour faire “internaliser” cette externalité négative, l’Etat pourrait par exemple faire payer à la firme, une taxe sur sa pollution et ainsi l’inciter à polluer moins.

[12Voir par exemple Newell et Mulvaney (2011).


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