etopia
Aux armes et cætera
 
 
Jonathan Piron

Conseiller à la prospective - chargé des publications .
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Et c’est reparti comme en 40. La démarche, plus que contestable, d’un membre du nouveau gouvernement fédéral rendant visite à un ancien membre du VMO, milice d’extrême-droite flamande, (re)déchaîne les feux de la passion historique dans notre beau pays. La participation de Théo Francken à la fête d’anniversaire de Bob Maes remet en effet sur le devant de la scène politique la lancinante question des relations troubles de la Flandre avec le nazisme.

Attendez. Flandre ? Nazisme ? Tous les flamands seraient-ils d’anciens fascistes refoulés ? Est-ce bien de ceci qu’il est question ou juste d’un geste déplacé d’un seul membre parmi les 150 du Parlement fédéral ? On ne sait plus trop, au vu des réactions de plus en plus outrées de nobles représentants de l’opposition. « Le bruit des bottes résonne dans votre gouvernement », « Collabos » et autres termes particulièrement bien choisis pleuvent depuis deux jours à la manière d’un tapis de bombes qui n’ont d’autres buts que de frapper sans nécessairement savoir viser.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : quel est le but ? Frapper ou viser ? L’exacerbation du pathos autour notamment de l’appel au souvenir de la bataille des Ardennes et du sempiternel « nous revivons les années trente » ou autre « qui oublie l’Histoire est condamné à la revivre » est l’exemple même du niveau zéro de la pédagogie historique. C’est refuser de voir que non seulement les contextes sont différents mais que surtout les réponses apportées par ces partis à cette situation sont basées sur des erreurs et des décalages complets par rapport à la réalité. En agissant de la sorte, ces derniers ne font qu’attiser un peu plus les cendres d’un communautaire jamais éteint. Il est d’ailleurs curieux de relever que lorsque le pays ne vit pas sous les tensions liées aux demandes de réformes de l’État, déclenchant des crises politiques communautaires, comme vécues entre 2007 et 2012, il vit sous les tensions liées aux crises de questionnement de son passé, comme celles liées à l’amnistie.

Alors, éducation citoyenne d’une avant-garde antifasciste ou récupération politique ? La question est posée. Mais dans le climat actuel, des doutes apparaissent. Se revendiquant d’une « opposition résistante », le PS et son allié du CDH semblent être prêts à utiliser tout les éléments passant à leur portée pour dézinguer ce gouvernement honni. Et c’est là que le bât blesse. Car ce qui devient de plus en plus désagréable est cet esprit revanchard porté par ces deux partis, faisant de la Rue de la Loi cette nouvelle « ligne bleue des Vosges » dans cette Alsace-Lorraine qu’est le pouvoir fédéral qu’on leur aurait injustement retiré. Cette attitude n’a d’autre impact que d’accroître les tensions en ne les basant uniquement que sur les passions et les préjugés, qui plus est en ayant recours à l’Histoire suivant ses seuls intérêts. En effet, l’argument éculé de la résistance francophone permet de repasser les plats, sans réellement s’interroger sur les conséquences de tels actes. Car c’est bien et bien cette arrogance francophone qui a largement contribué à stigmatiser l’ensemble des flamands, sans faire aucune distinction entre eux, et partant de là à renforcer le discours de ceux qu’ils pensent pouvoir dénoncer : « flamands regardez, vous le voyez bien, les francophones nous détestent et ne veulent pas de nous ». Ce mépris, drapé dans les faux-semblants mythifiés d’une Wallonie résistante face à une Flandre collaboratrice est le premier responsable de la montée des tensions communautaires. Or, cela, n’est quasiment jamais reconnu par ceux qui aujourd’hui hurlent aux loups.

La manipulation de l’Histoire à des fins politiques s’appelle de la propagande, ni plus ni moins. Et le petit jeu auquel semblent se livrer deux partis de l’opposition, avec pour seul but d’attiser encore un peu plus les tensions communautaires, est à la fois irresponsable et préoccupant. Irresponsable car il malmène l’Histoire et la réinterprète en-dehors de tout véritable recul critique. Préoccupant car il renforce, in fine, cet antagonisme communautaire né précisément du refus francophone d’accorder de la légitimité aux revendications flamandes. C’est parce que l’État belge a refusé d’écouter les aspirations flamandes dans les années trente que la frange flamande la plus radicale a fini par s’imposer durant les années d’occupation.

Alors, au final, qu’en retirer ? Que Théo Francken n’est pas à sa place dans ce gouvernement ? Oui, probablement, mais pas seulement par sa participation à la petite sauterie autour de Bob Maes, mais peut-être surtout par ses dénégations scandaleuses à l’encontre des immigrés dont il va avoir la responsabilité. Mais ce n’est pas le seul élément. L’autre est que la vie politique ne peut se construire en ayant recours aux arguments nationalistes les plus veules et méprisants vis-à-vis de l’autre communauté. Monter chacun l’un contre l’autre en se basant sur un réquisitoire totalement à côté de la plaque ne peut que contribuer à séparer encore un peu plus ce pays. Et dans ce petit jeu, le fossoyeur de la Belgique n’est peut-être finalement pas celui que l’on croit.


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