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Vous trouverez ici des republications d’articles essentiels à nos yeux, de textes provenant de la presse allemande ou anglo-saxone, peu accessibles à notre espace public et traduit en français par nos soins. Et des notes de lecture rédigées par les chercheurs-associés d’étopia.

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Pourquoi cette fiche ?

Nous avions rédigé une fiche en… octobre 2008 sur un livre précédent d’Alexandre Rojey « Energie et climat, réussir la transition énergétique », alors que l’auteur était directeur développement durable de l’Institut Français du Pétrole (IFP). Ingénieur de formation, esprit curieux et systématique dans ses recherches et ses propositions, le parcours d’Alexandre Rojey nous intéresse car il recoupe à 90% celui d’Ecolo/Etopia dans ses inquiétudes et sa recherche de solutions, en partant d’un point de vue que je me hasarde à qualifier de technocratique et d’humaniste. C’est un esprit indépendant, non lié à un parti politique. Il est à présent l’animateur du think-tank IDées (Innovation, Développement durable, environnement et société) au sein de la Fondation Tuck à Paris. Ce think tank a pour but de « Produire des idées, des connaissances, des recommandations stratégiques dans le domaine de l’énergie, en s’appuyant sur une expertise à caractère scientifique et technique » et de « Agir dans un esprit de stricte neutralité et dans une perspective d’intérêt général, intégrant toutes les dimensions du développement durable (économie, environnement et société) ». Si la tonalité est au départ de réfléchir sur l’avenir du pétrole et de la pétrochimie, la problématique générale de la sustainability est désormais intégrée aux travaux. Il est important de noter que les membres du CA de la Fondation Tuck sont l’IFP, des ministères français et des experts individuels, et que les sociétés pétrolières ne sont pas au gouvernail.

En 2011, Alexandre Rojey a publié « L’avenir en question – changer pour survivre », Armand Colin, un ouvrage qui, notant que « la crise économique et financière s’accompagne d’une grave crise écologique et d’une raréfaction des ressources naturelles »… « montre la nécessité d’engager une transition globale, impliquant des changements profonds dans l’économie et les modes de vie. L’innovation et la créativité constituent les atouts essentiels pour réussir cette transition et échapper ainsi à l’effondrement qui nous menace ».

Je n’ai pas eu ce livre sous les yeux, mais il est clair que l’ouvrage sous revue en constitue un développement plus ambitieux, au titre accrocheur (ou prometteur ?).

Esquisse rapide de l’analyse

Un titre plus adapté aurait sans doute été « Nécessité et Prolégomènes d’une nouvelle vision du monde : les hésitations de la pensée humaine ». En effet, Alexandre Rojey nous donne une analyse presque exhaustive et très documentée de la crise de la confiance sans limites dans le progrès et de la montée du doute de l’espèce- humaine (1e partie) – de la représentation du monde et de la vision évolutive qui l’accompagne, (de l’antiquité à nos jours, avec érudition et esprit de synthèse), 2è partie – et de l’avenir, entre promesses et menaces (3è partie), mais il y parle plutôt du passé et du présent (la mondialisation et ses ravages, les régressions dans nos sociétés) et termine sur la nécessité de « retrouver une vision d’avenir » (dernier chapitre) en analysant très rapidement la réactivité de l’humanité au travers des mouvements qui ont émergé depuis une vingtaines d’années, dont l’écologie. La caractéristique de son analyse est d’être rétroactive, en remontant le cours de l’histoire de la pensée mythique, religieuse, philosophique, (« vision élargie ») du monde physique et d’un système évolutif de valeurs verticales. Le but est d’aboutir à un présent où une représentation cohérente serait susceptible d’être partagée par toutes les convictions pour faire lien entre les générations passées et les générations futures.

Si le livre nous livre d’une façon abordable et cohérente la progression des âges de l’humanité et de son rapport à la nature et aux limites de celle-ci, il conclut par un grand point d’interrogation sur les contours du « projet collectif » nécessaire pour accomplir à l’échelle planétaire des changements radicaux. Conscient de l’inanité de nombre de structures à l’échelle mondiale, Alexandre Rojey souhaite, in extremis, la multiplication d’initiatives locales qu’il faudrait « fédérer » pour assurer un basculement des valeurs opérantes pour « éviter un nouvel âge sombre ».

Ce livre a donc deux mérites :

  • a) nous montrer les racines et l’émergence de la pensée réformatrice dans un sens de sustainability
  • b) nous rassurer sur la prise de conscience des limites de l’écosystème global dont dépend l’humanité par le monde de l’économie (quand celui-ci veut bien réfléchir au-delà des courbes de profit).

Il a l’inconvénient de ne pas répondre à son titre, c.à.d. d’avancer des pistes originales (par la liaison utopie/réalité) pour cette réinvention/survie du monde et de notre écosystème.

L’apport de ce livre

Mon interprétation est qu’Alexandre Rojey, qui n’en est pas à son premier écrit ni à ses premières réflexions, a choisi très consciemment d’en rester au niveau des « hard facts », lui qui a comme ingénieur appris et pratiqué la « hard science », en montrant que sur cette base même on en arrive à constater que notre société et notre type d’économie/exploitation des ressources vont dans le mur. Il mobilise la culture de l’humanité, depuis les grands mythes jusqu’à Tim Jackson en passant par Bourdieu, Le Club de Rome, Deleuze, Marcel Gauchet, Noam Chomsky et al. pour accompagner les constatations scientifiques sur le climat et l’exploitation des ressources. Il nomme les méfaits de la mondialisation qui annihile le sens des responsabilités, d’autant plus que, depuis la crise de 2008, le système capitaliste et la dérèglementation ne sont plus des valeurs incontestées de notre monde économique.

Quitte à décevoir le lecteur, je ne vais pas tenter d’analyser dans le détail le contenu de chapitres qui sont eux-mêmes la synthèse de nombreux éléments de connaissance et facteurs d’évolution matérielle et intellectuelle, voire spirituelle, de l’humanité. A l’écologiste érudit et qui suit les analyses dans ce vaste domaine depuis 10 ou 20 ans, ce livre n’apportera que confirmation des analyses inquiétantes et de la profondeur des changements à apporter, d’abord dans les représentations collectives des groupes humains, puis dans les politiques menées. A l’étudiant ou tout simplement à l’ « honnête homme », il procurera des bases approfondies de compréhension et des pistes de réflexion.

Terminons en notant qu’il est réconfortant de trouver des analyses aussi congruentes aux nôtres dans un ouvrage de cette collection « Prospective », et issu des travaux d’un think-tank lié au monde de l’administration et des affaires. Mais il faut noter que la réinvention du monde reste à faire
– et assez urgemment. C’est l’affaire des politiques, donc au premier chef des partis Verts, mais ce livre le développe aussi, c’est une question de moralité individuelle et collective et – domaine délicat, c’est aussi une question de sens de la vie, voire de spiritualité. Il faut attaquer l’individualisme consumeriste et la suprématie du profit par tous les côtés. De omnibus rebus humanibus et aliquot ceteris disait déjà Pic de la Mirandole au début du XVIè siècle !


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