etopia
TTIP : lettre ouverte à Obama
« Tear down that treaty (brisez ce Traité) Mr President »
 
 
Stphane Haze
Directeur politique adjoint d’ECOLO
Autres articles
« Tear down that treaty (brisez ce Traité) Mr President »
La réforme de la gouvernance en Wallonie
Les enjeux cachés du financement alternatif des infrastructures publiques
La réforme des intercommunales wallonnes : réel changement ou nouvelle opération de communication ?
L’envers du Plan Marshall wallon
A bout de souffle : inventaire de 15 mois de Gouvernement PS/CdH en Wallonie
 
Autres articles
« Tear down that treaty (brisez ce Traité) Mr President »
Préface
Le nucléaire, c’est la belgique de grand-papa !
Gouvernance mondiale, comment avancer ?
Le climat : clou dans le cercueil dans le cercueil des ministres de l’environnement ?
La démocratie survivra-t-elle au réchauffement climatique et à la fin du pétrole ? De quel côté seront les écologistes et les entreprises énergétiques ?
Quels outils mettre en place pour maîtriser les émissions individuelles de gaz à effet de serre ?
rubrique
 
Benoit Hellings
Député fédéral Ecolo en charge des relations internationales
Autres articles
TTIP : LE TRAITÉ DE TOUS LES DANGERS ?
Open data, open source : un enjeu démocratique
Entre le TTIP et l’Europe, il faut choisir !
« Tear down that treaty (brisez ce Traité) Mr President »
Réflexions sur les métamorphoses en cours induites par la société numérique
Débat "licence globale" vs "HADOPI"
This is not America
 
Philippe Lamberts
Député européen Ecolo. Co-porte parole du Parti Vert Européen
Autres articles
« Laudato si’ » : le Vatican est-il devenu anti-capitaliste ?
Le virage vert de l’atelier du monde
Ces traités qui vous rendent malades
l’économie s’est-elle affranchie des lois de la nature ?
Crise grecque : une opportunité pour l’Europe ?
Entre le TTIP et l’Europe, il faut choisir !
« Tear down that treaty (brisez ce Traité) Mr President »
rubrique
 
Derniers articles de cette rubrique
La tentation irresponsable d’un pseudo-libéralisme illimité
Les relations Iran / Arabie Saoudite
Docteur Lee ou Mister Loup (dans la bergerie) ?
Intervenir en Syrie. Les éléments du débat
L’État de barbarie
Le principe de réalité
La fabrication standardisée des économistes
rubrique
 
mots
publications - Analyses
Commerce et environnement, frères ennemis ?
Démocratie et politique de développement en péril
Entre le ttip et l’identité européenne, il faut choisir
Entre le ttip et l’europe, il faut choisir !
LES ACCORDS BILATERAUX D’INVESTISSEMENTS
publications - Varia
Alternatives au libre-échange. Débats et enjeux altermondialistes
publications - Chine : face au dragon
Le géant incertain. Un cahot sur la Route de la Soie
publications - Notes, traductions…
Désamorcer l’islam radical
publications - Analyses
La Flandre et la « superdiversité »
Société multiculturelle : l’exemple des accommodements raisonnables au Québec
Voile : Ma tête est à moi
publications - Varia
L’exil de Mériem ou le voyage dans le temps
publications - Questions démocratiques
Au-delà du chahut, l’affaire Chichah comme symptôme
formations - Les conférences
Les accommodements raisonnables comme pistes pour une société plus réellement multiculturelle ?
 
mots
Photo
 
Partage
Réseaux sociaux
Forum
en construction
 
 
 
 

Monsieur le Président,

Votre venue en Belgique est pour nous l’occasion de vous dire qu’il n’est pas trop tard !

Il n’est pas trop tard pour ne pas décevoir l’espoir suscité en Europe et dans le Monde par votre élection. Comme beaucoup, nous avons vibré à l’occasion de votre élection, y voyant les prémisses de jours meilleurs.

La suite n’a pas manqué de nous décevoir : si la mise en place d’une assurance-maladie plus inclusive est un succès dont nous nous sommes réjouis, la résolution du conflit israélo-palestinien reste au point mort et les Etats-Unis bloquent toujours toute avancée significative dans la lutte contre le changement climatique. Mais le plus grave est sans aucun doute le programme d’espionnage massif et généralisé des citoyens du monde entier par la NSA, lancé certes par votre prédécesseur mais confirmé et étendu sous votre administration. Un programme auquel vous ne semblez pas vouloir renoncer.

Et voici qu’à l’initiative de l’Union Européenne, votre administration a engagé les négociations en vue d’un Pacte transatlantique sur le commerce et l’investissement (TTIP) dont la conclusion ternirait vos mandats au regard de l’histoire.

Ce traité vise à libéraliser les échanges commerciaux entre les Etats-Unis et l’Union européenne. Les droits de douane étant déjà extrêmement faibles entre les deux blocs (4%), cette libéralisation passe surtout par la suppression de ce que ses promoteurs appellent les « barrières non tarifaires ».

Et c’est là que le bât blesse : cette appellation innocemment bureaucratique recouvre notre refus, à nous Européens, – partagé avec 160 pays mais malheureusement pas le vôtre – notamment : d’engraisser les porcs à la ractopamine, d’élever les bœufs aux hormones, de désinfecter nos poulets aux bains de chlore, ou de cultiver une cinquantaine de variétés d’OGM.

Mais cela ne se limite pas aux enjeux agroalimentaires. Ce que vos conseillers marchandent avec leurs très complices collègues de la Commission européenne, c’est aussi notre modèle de concertation sociale, notre financement public de la culture, de la santé, de la recherche et de l’enseignement, mais aussi nos normes sociales, sanitaires, énergétiques et environnementales, courageusement construites par une succession de luttes sociales et environnementales sur cette rive-ci de l’Atlantique.

Ainsi, ces « préférences » sont vues comme d’illégitimes entraves au « doux commerce » qu’on affirme trop facilement être vecteur de progrès pacifique. Ces choix de société relèvent-ils vraiment de la bureaucratie obsolète ou disproportionnée ? Alors que ce traité, s’il est conclu après avoir été négocié en toute opacité par des technocrates, comporterait des options qu’aucun parlement élu ne pourrait endosser.

N’avez-vous d’autres ambitions que d’étendre à l’Europe, par la porte dérobée de la négociation internationale, un modèle social, agricole, sanitaire, énergétique et environnemental qui a pourtant montré ses limites et ses effets délétères ? Nous savons le prix politique que vous avez payé pour donner à vos concitoyens un embryon de droits médicaux inspirés de ceux que les pays d’Europe offrent aux leurs. Voulez-vous voir ces progrès balayés au nom des intérêts de quelques multinationales et d’une concurrence qu’on dit libre et non faussée pour mieux se cacher qu’elle se limite à l’application aveugle de la loi du plus fort ? N’est-il pas plus urgent de le transformer que de chercher à nous l’imposer ?

Par dessus tout, nous sommes extrêmement préoccupés par les intentions avérées du big business, relayées par votre chef négociateur, qui visent à donner aux grandes firmes multinationales non seulement plus d’influence sur la rédaction de la législation des deux côtés de l’Atlantique mais aussi un droit d’attaquer les Etats devant un tribunal ad hoc chaque fois qu’elles estiment qu’une législation en vigueur leur cause un manque à gagner ! C’est bien la démocratie qui est en jeu ici.

Nous espérions que votre Présidence marquerait le signe du retour des Etats-Unis comme porte-étendard d’un monde plus juste, en fidélité à l’inspiration de votre première campagne électorale, qui incarnait l’alliance du pragmatisme sur les moyens et de la ténacité sur les valeurs. Au lieu de cela, vous avez soumis le monde à la NSA et bientôt, par les accords de commerce que vous négociez, aux multinationales de tout poil dont la seule obsession est la maximisation à court terme des profits, par une accélération de l’exploitation de la planète et des hommes.

En son temps, un de vos prédécesseurs avait interpellé Mikhaïl Gorbatchev à Berlin : « Tear down that wall (Brisez ce Mur), Mr Gorbatchev » . Nous vous le demandons solennellement, comme nous le demandons à la Commission Européenne, avant qu’ici aussi, les peuples ne s’en chargent : « Tear down that treaty Mr President ». Si la chute du Mur a incarné la fin d’une période, les discussions autour de ce Traité se situent elles aussi à la charnière de deux périodes historiques. Le néo-libéralisme triomphant de ces trois dernières décennies a laissé apparaître au grand jour toutes ses failles avec la crise de 2008. Ne soldons pas cette crise en approfondissant les causes qui l’ont fait naître.

Vous le savez comme nous, ce dont le monde a besoin, ce n’est pas de la poursuite de la spécialisation de nos économies au profit de quelques multinationales tellement puissantes qu’elles se jouent des États. Pour nous, la nécessaire réduction des émissions de CO2, couplée à la fin du pétrole bon marché, nous force à penser en dehors de ce cadre impossible d’un monde unifié par le grand marché. Ce dont il a besoin, ce dont nous avons besoin, c’est au contraire d’une relocalisation des économies, qui n’aille pas de pair avec une fermeture des esprits et des échanges.

Nous souhaitons en effet garder le meilleur de ce que la mondialisation a apporté : la création d’un embryon d’espace public mondial, une diffusion sans précédent des informations et de la connaissance, et des échanges culturels d’une intensité inouïe. Mais ces richesses-là n’ont rien à voir avec le dumping social ou le moins-disant en matière environnementale.

Face aux dangers qui les menacent, nos sociétés ont besoin de plus de résilience, et donc de plus de diversité productive. Ce projet de Traité nous promet l’inverse : des avantages compétitifs dans des micro-segments hyperspécialisés du marché mondialisé, qui laisseront nos sociétés dépourvues et sans défense lorsque la bise sera venue.

L’urgence n’est pas à approfondir une logique dont on voit tous les jours les impasses dans lesquelles elle nous a menés. L’urgence n’est pas à accroître le pouvoir des multinationales. Elle est au contraire à repenser radicalement notre modèle économique en s’inspirant des contraintes environnementales plutôt qu’en les niant.

Dénoncer les dangers de ce Traité, ce n’est pas plaider pour le protectionnisme ou le repli, c’est vouloir au contraire que les peuples puissent s’échanger le meilleur d’eux-mêmes et pas l’exploitation des travailleurs et des ressources.

Vous avez commencé par nous faire rêver : n’achevez pas votre mandat par la réalisation d’un cauchemar, inutile.

Stéphane Hazée, Député wallon
Benoit Hellings, Sénateur
Philippe Lamberts, Député européen
Olivier Deleuze, Co-président d’Ecolo

(image : Shepard Fairey)


©©