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Proposition n° 11
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En Espagne, plus de 50 % ; en Grèce, près de 55 % ; en Wallonie, 27 %, et à Bruxelles, 36 % – et jusqu’à 50 % dans certains quartiers [1]. Le chômage des jeunes atteint dans la plupart des pays européens des niveaux alarmants et totalement inacceptables. Chez nous, il est trois fois plus important que celui du reste de la population. Face à une situation insultant l’avenir, les réactions politiques n’ont été jusqu’ici que beaucoup trop timorées, quand elles n’ont pas été punitives – comme l’allongement du « stage d’insertion » (qui n’a de « stage » et d’« insertion » que le nom) ou la limitation dans le temps du revenu d’insertion. Ce n’est pas au moment où, plus que jamais, le chômage connaît des causes structurelles, que la pénalisation des victimes a la moindre chance d’avoir des effets positifs.

Plutôt que le bâton, c’est donc le tremplin qu’il faut manier  : il s’agit d’avoir une politique véritablement active du marché du travail, qui s’appuie sur les besoins sociaux pour aider les jeunes. Deux mesures découlent naturellement de ce principe  : le contrat jeunes et le partage du temps de travail entre les générations.

Taux de chômage des jeunes en Europe, 2005-2013

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Source : Eurostat.

Le contrat jeunes  : un vrai stage rémunéré d’insertion

Aujourd’hui, lorsqu’un jeune sort des études, soit il a la chance de trouver très rapidement un premier emploi dans ses cordes, soit il s’inscrit comme demandeur d’emploi en « stage d’attente », stage rebaptisé récemment en « stage d’insertion » par le gouvernement, qui en a profité au passage pour l’allonger de trois mois. Autrement dit, la période durant laquelle le jeune diplômé est inscrit comme demandeur d’emploi sans bénéficier d’allocations de chômage (puisque c’est cela qu’on appelle en Belgique un « stage d’insertion ») est passée de neuf à douze mois.

C’est au cours de cette période que commence l’apprentissage de la débrouille, dans la recherche d’emploi bien sûr, mais donc aussi dans la vie de tous les jours. Ce qui amène un nombre exponentiel de jeunes à frapper à la porte des CPAS. À Namur, capitale de la Wallonie, davantage connue pour sa citadelle que pour sa pauvreté pudique et cachée, un tiers des bénéficiaires du revenu d’intégration sociale sont des jeunes.

Une des difficultés objectives rencontrées par les jeunes demandeurs d’emploi est leur manque d’expériences. En période de morosité économique, lorsqu’un employeur recrute, il voit arriver des dizaines, parfois des centaines de bons candidats potentiels. Et dans l’embarras du choix, l’expérience utile compte. De nombreux jeunes l’ont compris et enchaînent par conséquent des stages non rémunérés, faisant d’eux les nouveaux « esclaves consentants » du marché du travail. Ce phénomène prend une telle importance qu’une législation balisant strictement la pratique des stages gratuits doit s’imposer à l’agenda politique. Ecolo y veillera.

Plus globalement, pour soutenir les jeunes dans cette course d’obstacles vers le marché du travail, Ecolo propose la mise en place d’un contrat jeunes, financé par l’État fédéral et accessible à tous les jeunes, de 18 à 25 ans, désireux de vivre un premier contact avec l’univers professionnel dans de bonnes conditions. D’une durée de six mois renouvelable une fois, ce contrat à temps plein prévoit que celui qui le signe est accompagné dans sa recherche d’emploi pour un mi-temps et preste l’autre mi-temps, rémunéré au salaire minimum garanti, dans des services communaux (maisons de repos, écoles, services, travaux, accueil des habitants…) ou des associations – sportives, culturelles… – de quartier.

À la logique de pression stérile et de stigmatisation dégradante, je préfère de loin celle de l’émancipation. C’est bien de cela dont il s’agit ici  : les pouvoirs publics assument leurs responsabilités par rapport à cette jeunesse qui est, j’en suis profondément convaincue, notre plus grande richesse, en faisant de la période de transition entre études et emploi un véritable moment d’ouverture des possibles, de prise de connaissance du monde du travail et de découverte de ses propres envies professionnelles.

Cette proposition s’inspire en outre directement des recommandations des instances européennes. Sur proposition des Verts européens, celles—ci préconisent en effet la mise en place d’une « garantie jeunesse »  : cette garantie doit offrir aux jeunes diplômés la certitude de se voir offrir un stage, une formation ou un emploi dans les six mois suivant la fin de leur scolarité. L’originalité de nos propositions consiste à appuyer cette nécessité sur les besoins sociaux – et en particulier sur ceux des travailleurs plus âgés –, à en faire un outil de complémentarité et de lien plutôt que d’opposition entre générations. C’est exactement le sens du partage du temps de travail entre les générations.

Partager le travail entre générations

Je me dis souvent que le temps est une des ressources que notre société partage le plus mal, entre ceux qui courent derrière lui en équilibristes au—dessus du burn out, et ceux qui n’ont pas l’opportunité, la simple possibilité de le remplir. C’est spécialement vrai entre les générations  : un grand nombre de jeunes peine à entrer sur le marché du travail alors que des travailleurs âgés, tout aussi nombreux, souhaiteraient pouvoir ralentir progressivement et faire de leur départ à la retraite une transition douce – et non une rupture brutale.

Selon Eurostat, 540 000 travailleurs belges de plus de 55 ans et 132 000 demandeurs d’emploi de moins de 30 ans coexistent actuellement. Tous ces travailleurs âgés ne souhaitent pas nécessairement quitter leur métier, certains resteront en poste à temps plein jusqu’à la veille de leurs 65 ans. Dès lors que c’est leur choix, tant mieux, pour eux, et pour la société. D’autres, en revanche, ont envie de partir en douceur avant l’heure, fatigués par des conditions de travail difficiles, par des horaires coupés ou de nuit (qui usent davantage), par un métier harassant physiquement.

Sur un plan purement mathématique, il suffit qu’un quart des travailleurs de plus de 55 ans soit intéressé par cette dernière formule pour que les 132 000 jeunes actuellement demandeurs d’emploi bénéficient de la possibilité de trouver un emploi. Dans les faits, dès que deux personnes réduisent leur temps de travail, un jeune peut commencer à temps plein et saisir le témoin qui lui est ainsi tendu.

Car la mesure ne s’arrête pas là  : le dispositif prévoit en effet la mise en place d’un système de tutorat. Le jeune engagé ne profite dès lors pas seulement de l’emploi libéré mais également de la compétence, de la nécessaire bienveillance et de l’expérience de son aîné  : passer du statut d’étudiant à celui de travailleur signifie aussi changer de rôle social. Cette évolution, qui allait de soi il y a quelques décennies, est plus difficile aujourd’hui. Le rôle de tuteur ne se limite donc pas à la transmission de connaissances mais également d’un ensemble d’expériences de vie et de travail. Enfin, un premier emploi est aussi l’occasion de perfectionner des compétences pratiques, en phase avec le niveau actuel des technologies, qu’il pourra valoriser plus tard au sein de l’entreprise qui l’a engagé ou d’une autre.

Ecolo a déjà mis en œuvre cette formule dans les secteurs dont nous avons eu la charge entre 1999 et 2004 (voir encadré). Nous l’avons également déposée sous forme de proposition de loi à la Chambre, pour l’appliquer désormais à l’ensemble des secteurs professionnels.

Le Plan Tandem : un succès à généraliser

Entre 1999 et 2004, lorsqu’ils étaient ministres de l’Aide à la jeunesse pour l’une, et des Affaires sociales et de l’Aide aux personnes, pour l’autre, Nicole Maréchal et Thierry Detienne ont mis en œuvre avec succès le premier Plan Tandem dans les secteurs dont ils avaient la charge : ils ont précisément décidé d’appliquer ces principes de partage volontaire du temps de travail et d’expériences dans des secteurs (aide aux personnes, maisons de repos, institutions d’accueil de jeunes en détresse) où travailler jusqu’à 65 ans, c’est manifestement s’user jusqu’à la corde.

Appliqué dans ces secteurs pionniers en Wallonie et à Bruxelles, le Plan Tandem implique 800 personnes par an.

L’expérience acquise et les évaluations réalisées prouvent que ce partage volontaire du temps de travail entre les générations est positif pour l’ensemble des parties  : l’entreprise bénéficie de la garantie de pouvoir pérenniser et transmettre le know how accumulé par ses travailleurs partant à la retraite, sans coût supplémentaire, voire même dans certains cas avec une diminution de ses charges sociales ; les travailleurs de plus de 55 ans peuvent lever le pied progressivement tout en maintenant leur rémunération à 75 ou 80 % de leur salaire initial et en valorisant leur expérience ; la Sécurité sociale voit les dépenses d’allocations de chômage diminuer (le Plan est d’ailleurs entièrement autofinancé de cette manière) ; le jeune travailleur, bien sûr, se voit offrir autre chose qu’un stage de plus, qu’une formation occupationnelle ou qu’un contrôle bureaucratique de l’ONEM  : un emploi et des perspectives concrètes d’avenir.

Certes, ce dispositif diffère grandement de la plupart des propositions avancées par les autorités européennes et belges pour faire face à la longévité croissante de notre population. Mais y répondre par l’allongement linéaire de l’âge du départ à la retraite, alors même que nos jeunes sombrent massivement dans le chômage, c’est regarder le monde contemporain avec les lunettes de nos grands-parents.

[1Source : Eurostat, taux de chômage des 15 à 24 ans (chiffres de 2012).


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