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Quartiers Durables à Bruxelles : petit bilan intermédiaire
 
 
Benoît Lechat †

Né à Eupen en 1960, Benoît Lechat a été au Groupement des Jeunes Protecteurs de la Nature (GJPN) à la fin des années ’70 avant de faire des études de philosophie et de journalisme. Après avoir couvert l’actualité sociale à l’Agence Belga pendant les années ’90 et notamment les mouvements des enseignants et des étudiants, il a rejoint l’équipe d’Isabelle Durant au Ministère fédéral de la Mobilité et ensuite Etopia en 2004. Il publie régulièrement dans la Revue Nouvelle des articles consacrés à la politique et aux médias belges.

Il est responsable des publications chez Etopia, membre du Conseil scientifique de la Fondation de l’Ecologie Politique et rédacteur en chef du Green European Journal

Benoît est décédé le 8 janvier 2015

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Introduction

Depuis 2008, la région bruxelloise est le théâtre d’une expérimentation encore trop peu connue du grand public. Stimulant des dynamiques citoyennes de base par un soutien léger de la part de la Région, le projet « Quartiers Durables » a permis de combiner une dynamique proprement environnementale (agir pour sauver la planète en améliorant son cadre de vie) à une dynamique de cohésion sociale (agir pour développer les liens sociaux dans son cadre de vie quotidien). Cette analyse se propose simplement de donner les principales caractéristiques du projet et d’en tirer quelques enseignements.

C’est à partir de 2008 que la Région de Bruxelles-Capitale a lancé, par l’intermédiaire de Bruxelles-Environnement (l’administration régionale en charge de l’environnement), un appel à projets de « quartiers durables ». L’idée en était née au cabinet d’Evelyne Huytebroeck [1], croisant l’approche naissante des Transitions Towns avec les réflexions issues des colloques et publications d’Etopia avec le groupe Ecolo au parlement bruxellois à ce sujet [2].

Un dispositif à la fois léger et large

Son objectif était de tabler sur la mobilisation citoyenne au niveau des quartiers pour en renforcer la durabilité. Au départ d’un dispositif léger en termes financiers et humains, pas moins de 15 quartiers bruxellois ont, à ce jour, été sélectionnés. La taille moyenne des Quartiers durables oscille entre 15 et 30 îlots urbains. En tout, les projets ont mobilisé pas moins de 3.500 personnes (avec un noyau « hyperactif » d’un total de 350 personnes) qui ont développé environ 120 projets d’intérêt collectif.

Ceux-ci vont de la mise en place d’un jardin collectif à la création d’un compost de quartier en passant par le réaménagement d’un passage pour piéton ou par la pose d’une haie d’arbres fruitiers. En tout, le projet a permis le lancement de douze jardins collectifs (2500 m2) au total et de 14 vergers.

Les initiatives ont beau être suscitées par le cadre de l’appel à projets, leur contenu est intégralement déterminé par les habitants eux-mêmes. Mais si l’apport est parfois moins spectaculaire, il n’en demeure pas moins précieux en termes sociaux : développement de réseaux de voisinage, (re)-découvertes de son quartier, production d’échanges de services ou de savoirs…

L’originalité du projet est de stimuler la mobilisation citoyenne par le soutien public léger. C’est une conception particulière du rôle de l’Etat, où il cherche à favoriser l’action collective. Ici, cette originalité passe par l’Association momentanée Quartiers Durables et Bruxelles-Environnement. Leur ambition première est de permettre le développement autonome des projets. Le soutien public s’exprime par l’aide à l’organisation de réunions, la production d’un « Journal de nos quartiers », un support technique, par exemple en matière de biodiversité… Les projets sont animés par les initiateurs/animateurs qui sont ainsi amenés à prendre eux-mêmes en charge leurs relations avec les pouvoirs publics. On est donc très loin d’une approche paternaliste et/ou clientéliste.

Quelques enseignements

La poursuite du projet des « Quartiers Durables » apporte un certain nombre d’enseignements. Les animateurs qui se sont engagés corps et âmes sur le terrain sont bien placés pour les tirer collectivement et ensuite examiner ce qu’il sera possible de consolider au-delà des projets engagés, par exemple sous la forme d’un « Réseau des Quartiers Durables ». Mais voici déjà, sous forme de mots-clés, quelques éléments (non exhaustifs) pour un débat à mener entre tous ceux que passionne la transformation de la région bruxelloise en un territoire compatible avec ses générations futures.

Nature  : Dans la plupart des projets de « Quartiers Durables », le lien avec la nature est un facteur crucial de mise en mouvement. C’est également un horizon d’action. Un quartier se mobilise pour ses arbres qu’il ne veut pas voir couper parce que même quand ils sont malades ou menacent de tomber, ils font partie du paysage familier. Leurs riverains y sont attachés et voudraient en profiter davantage, les multiplier, partout où c’est possible. Il y a une croissance de la demande de nature en ville, sous toutes ses formes : du simple bac à fleurs, aux façades et toitures vertes, en passant par les potagers individuels ou collectifs. Nous avons besoin de territoires propices aux abeilles et aux oiseaux, comme nous apprécions les espaces publics pour la rencontre entre humains, la culture et le jeu. Le paysage urbain, plus que n’importe quel paysage, doit combiner harmonieusement nature et culture. La présence de la vie non humaine dans nos villes, quelle qu’elle soit, est généralement un signe de la qualité de la vie des humains. La faire partager par le plus grand nombre devient un enjeu collectif qui passe autant par un réaménagement de la ville que par une sensibilisation accrue de tous ses habitants.

Social : Le développement durable, c’est notamment penser que la nature est aussi le résultat d’une activité sociale. Le paysage, qu’il soit urbain ou rural, est le produit de l’action des sociétés, du travail collectif des générations pour le modeler, l’améliorer et souvent hélas pour le détruire. Le paysage et le social sont étroitement liés. Quand les « Quartiers Durables » se mobilisent pour faire plus de place à la nature en ville, ils renforcent les liens conviviaux entre habitants. La qualité de vie urbaine se mesure entre autres à la capacité de respecter le choix de chacun, soit de rester seul, soit de participer à la vie collective. La coopération n’est possible qu’entre citoyens réellement libres. Cela implique l’existence de services publics efficaces afin que la coopération ne soit pas une corvée. 

Espace : Il faudrait plutôt parler de libération de l’espace qui devient réellement public quand la ville respire parce que la voiture omniprésente desserre son étreinte. La journée sans voiture devient le jour avec convivialité. Elle permet de récupérer sa place dans la ville et de reprendre le temps. A quand deux, trois, quatre journées sans voiture par an ? Pour permettre, par exemple, aux « Quartiers Durables » de se réunir, de parler de l’avenir des projets et de leurs élargissements… Mais c’est surtout au quotidien que les « Quartiers Durables » doivent poursuivre la reconquête des espaces publics et c’est d’ailleurs ce qu’ils font en multipliant les possibilités de rencontres et d’animations sur le terrain. 

Temps : Faut-il le prendre ou le revendiquer ? Les « Quartiers Durables » pourraient refaire du temps un objet politique. Dans l’histoire, ce n’est pas neuf : voir le combat pour la journée des huit heures. La lutte pour la libération du temps est indissociable de celle pour une société plus juste, pour ceux qui vivent avec nous comme pour ceux qui nous remplaceront. Refusant le stress autant que l’ennui, ceux et souvent celles qui s’engagent dans les « Quartiers Durables », se lancent parfois dans une poursuite permanente du temps, dans des vies professionnelles et familiales, elles-mêmes déjà en flux tendus. Le temps n’est pas seulement quelque chose qui se gère, avec les techniques modernes les plus efficaces, c’est quelque chose qu’il faut libérer. Et cette libération n’est pas seulement une question d’attitude intérieure, mais un enjeu pour toute la société. 

Politique : Le politique doit être présent aux côtés des « Quartiers Durables », comme facilitateur plutôt que comme grand architecte qui contrôle tout de « A à Z ». A Bruxelles, sans doute ni plus ni moins qu’ailleurs, il y a au moins deux types d’attitudes : celle qui impulse et laisse grandir, et celle qui contrôle, qui voudrait que rien ne lui échappe. Pour celle-ci, même la présence d’une tonnelle dans l’espace public est perçue comme un insupportable empiètement sur une chasse gardée. Il n’y aura pas de « Quartiers Durables » tant que les services publics de toutes les communes bruxelloises ne se couperont pas en quatre pour eux, en dehors de tout esprit de récupération partisane, comme de nombreux services publics le font déjà. La politique deviendra plus politique, c’est-à-dire au service du public, si des réseaux de « Quartiers Durables » se mettent en place pour faire entendre leur voix et assurer la pérennisation des projets lancés.

Le site de Bruxelles-Environnement donne un aperçu détaillé des projets existants

www.bruxellesenvironnement.be

 

 

[1Voir www.huytebroeck.be/spip.php ?mot76&lang=fr , ou mieux : Bruxelles, de l’éco-bâtiment à la ville durable, (2011), téléchargeable sur www.villedurable.be


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