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Dossier nucléaire 4/4
Dilemme du nucléaire civil et militaire
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Vous trouverez ici des republications d’articles essentiels à nos yeux, de textes provenant de la presse allemande ou anglo-saxone, peu accessibles à notre espace public et traduit en français par nos soins. Et des notes de lecture rédigées par les chercheurs-associés d’étopia.

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En tant que puissance nucléaire, en tant que la
seule puissance nucléaire ayant eu recours à l’arme
nucléaire, les États-Unis ont une responsabilité
morale à agir. (…). Alors aujourd’hui, j’affirme
clairement et avec conviction l’engagement de
l’Amérique à rechercher la paix et la sécurité d’un
monde sans armes nucléaires. Je ne suis pas naïf.
Cet objectif ne sera pas atteint rapidement – sans
doute pas de mon vivant. Il faudra de la patience
et de la persévérance. Mais maintenant, c’est à
nous d’ignorer les voix qui nous disent que le
monde ne peut pas changer. Nous devons insister,
« Oui, nous le pouvons. » (…) tous ensemble, nous
allons consolider le Traité de non-prolifération
nucléaire comme base de coopération. L’accord
de base est sain : les pays dotés de l’arme nucléaire
conviennent d’oeuvrer en faveur du désarmement
et les pays ne la possédant à ne pas se procurer de
telles armes ; et tous les pays ont accès à une énergie
nucléaire pacifique. (…) Nous devons utiliser
le pouvoir de l’énergie nucléaire pour le compte de
nos efforts à combattre le changement climatique
et pour offrir à tous des perspectives d’avenir.

Barack Obama à Prague, le 5 avril 2009

Il y a un an, le Président américain Barack
Obama faisait renaître la vision d’un monde libéré
de l’arme nucléaire. Lors d’un discours à Prague, il
faisait part de son engagement à atteindre cet objectif
et promettait de mettre à profit son mandat pour
accomplir les premiers pas dans la voie d’un tel
monde, pour réaliser des progrès dans le désarmement
nucléaire et des améliorations en matière de
non-prolifération. Un an plus tard, le sujet s’invite
à nouveau dans l’agenda du Président américain.
Les développements qui ont particulièrement attiré
l’attention du public en avril 2010, sont les suivants :

  • la signature d’un nouvel accord de réduction des armes nucléaires stratégiques entre les États-Unis et la Russie (New START) ;
  • la publication de la doctrine nucléaire des États-Unis, la Nuclear Posture Review (NPR), un rapport dans lequel le gouvernement américain présente les grandes lignes de sa future politique d’armement nucléaire au Congrès ;
  • une Conférence internationale sur la sécurité des matières fissiles susceptibles d’être utilisées pour la fabrication d’armes pour laquelle le Président américain avait convié plusieurs pays à se rendre à Washington ;
  • une conférence des ministres des Affaires étrangères des pays membres de l’OTAN sur l’avenir des armes nucléaires au sein de l’OTAN et en Europe ;
  • et la prochaine conférence de révision du Traité de non-prolifération nucléaire.

On peut y rajouter les tentatives effectuées
auprès du Conseil de sécurité des Nations Unies
afin de renforcer les sanctions à l’égard de l’Iran
en raison de son programme nucléaire.
Le débat public sur la technologie nucléaire a
donc été déterminé par les sujets suivants : l’avenir
des armes nucléaires, la réduction soutenue
de leur nombre et l’avenir de la non-prolifération
nucléaire. Un autre sujet fait toujours partie de ce
débat : l’avenir de l’énergie nucléaire.

Cela n’est pas dû au hasard mais au fait que
les usages militaire et civil du nucléaire sont
étroitement liés ou dépendants. Tout le savoir,
les matières et la technologie acquis dans l’usage
civil du nucléaire peuvent être utilisés pour un
programme militaire atomique. C’est la raison
pour laquelle, les programmes nucléaires d’envergure
– même s’ils sont déclarés comme étant
exclusivement civils – font presque toujours
naître des craintes substantielles de prolifération.
La querelle existant depuis plusieurs années autour
du programme atomique de l’Iran, en est
l’illustration.

Promu par la hausse mondiale des besoins
énergétiques, l’électricité en particulier, et les
efforts de lutte contre un changement imminent
catastrophique du climat par la réduction
des émissions de CO2 , l’usage civil de l’énergie
atomique se trouve peut-être à l’aube d’une renaissance
dans les prochaines décennies. Dans
son discours à Prague, Barack Obama a formellement
fait allusion à son éventuelle contribution
à l’enraiement du changement climatique. Il
a depuis mis à disposition des crédits publics
d’un montant de plus de 50 milliards de dollars,
comme incitation à la construction de nouvelles
centrales nucléaires. Ses partisans avancent
l’argument que l’énergie nucléaire permet la production
d’importantes quantités d’électricité ne
provoquant pas d’émissions de CO2. En matière
de politique climatique, l’incitation est forte. Cet
avantage contrebalance-t-il toutefois les risques
d’une politique de sécurité liés à son usage – et
celui en particulier de toute nouvelle prolifération
– de l’énergie nucléaire ? L’utilisation de celle-ci
dans un nombre toujours plus grand de pays –
même si elle répond à une politique climatique
– justifie-t-elle les risques de prolifération qui lui
sont liés ? Ou bien les risques croissants de sécurité
l’emportent-ils sur les prétendus bénéfices
d’une telle politique ?
Des éléments essentiels du cycle de combustible
nucléaire civil confrontent l’humanité à des
risques de sécurité caractéristiques de la technologie
nucléaire. L’enrichissement par exemple peut
servir à produire le combustible pour les réacteurs,
et aussi les matières utilisées pour la fabrication
d’armes nucléaires. La différence dans l’utilisation
est de nature plus graduelle que fondamentale. De
nombreux types de réacteurs permettent en même
temps la récupération de plutonium nucléaire à
des fins militaires et la production d’électricité.
Dans les installations de retraitement, le plutonium
à usage militaire peut être séparé de la même
façon que le plutonium utilisé dans un réacteur –
ce dernier n’étant pas très utile à la fabrication
d’armes atomiques. Les technologies du nucléaire,
le savoir-faire qui les accompagnent et les matériaux
nucléaires peuvent se propager. Les experts
peuvent voyager ou émigrer. L’existence même
d’un large éventail de contrôles spécifiques à l’exportation,
de tests de fiabilité pour les employés
et d’une politique spéciale de non-prolifération,
démontre bien que le danger de prolifération nucléaire
doit être pris au sérieux.

Dans les chapitres suivants, nous illustrerons
– sans rentrer dans des détails trop techniques
ou trop spécifiques – à quel point les usages civil
et militaire du nucléaire sont étroitement liés et
entremêlés. Ils sont de véritables frères siamois.
Le risque de prolifération de la technologie nucléaire
au profit de son usage militaire est, par
conséquent, bien réel. Finalement, seul le renoncement
aux deux usages de la technologie – une
option double zéro2 – permettrait de réaliser
l’idée d’un monde exempt d’armes nucléaires, car
il n’y a que dans ces conditions qu’on peut garantir
et contrôler que le nucléaire n’est pas utilisé à
des fins militaires.

(…)


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