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Les hypothèses néoclassiques et la soutenabilité
 
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Résumé

La revue de la littérature suggère qu’aucune hypothèse de la théorie néoclassique ne se vérifie dans la réalité. Si aucune hypothèse ne se vérifie, la théorie n’est pas valide. Théoriquement,

les indicateurs de ’soutenabilité faible’ ne devraient pas montrer la voie du développement durable. Le marché et les « instruments de marché » (échanges de droits d’émissions, taxes et subsides) ne peuvent théoriquement pas garantir l’optimum de gestion du bien commun.

Mots clé : théorie néoclassique, développement durable, soutenabilité faible, substitution, utilitarisme

Abstract

A literature review suggests no assumption of neoclassical theory conforms to reality. If no hypothesis is true, a theory is not valid. Theoretically, its indicators of ’weak sustainability’ should not show the path for sustainable development. Market and “market tools” (emissions trading, taxes, and subsidies) are theoretically not able to guaranty an optimal management of the commons.

Keywords : neoclassical theory, sustainable development, weak sustainability, substitution, utilitarianism

1. Introduction

21.1. La théorie dominante2

La théorie néoclassique fait aujourd’hui foi en économie politique et constitue la base de ce que l’on appelle la ’soutenabilité faible’ [Pearce et Atkinson, 1993]. Dans le domaine des indicateurs, l’approche néoclassique est promue par la Banque mondiale [World Bank, 2006] et de manière plus prudente par les statisticiens de la Commission Economique pour l’Europe des Nations Unies dans un rapport préparé conjointement avec l’OCDE et Eurostat [UNECE, 2009]. Puisque cette théorie constitue le fondement de nombreuses politiques et des indicateurs d’évaluation des ces politiques, il est pertinent d’en questionner les fondements.

21.2. Validation scientifique2

Le processus scientifique consiste entre un va-et-vient entre théorie et expérience. Cherchant quelles seraient les conditions les moins restrictives pour obtenir un équilibre général compétitif (celui pour lequel l’allocation des ressources est optimale au sens de Pareto) [1], Arrow et Debreu ont créé une ’économie abstraite’, relativement ’proche de la réalité’ et comportant une série la plus limitée possible d’hypothèses [Arrow et Debreu, 1954]. La première partie de leur démarche, incontestablement scientifique (créer une axiomatique empiriquement proche de la réalité et cohérente sur elle-même) a donné ses lettres de noblesse à l’économétrie. Leur article a d’ailleurs suscité un grand enthousiasme et une littérature abondante pour affiner ce qui allait devenir la théorie néoclassique.

Il est normal qu’une théorie se base sur une abstraction et des approximations empiriques de la réalité. Mais la méthode scientifique implique aussi que les théories soient confrontées à l’expérience. Les pionniers de la théorie néoclassique étaient attentifs à cet aspect, mais en tant que théoriciens, ils se concentraient surtout sur la construction d’un échafaudage logique et cohérent. Dans son livre d’introduction à la science économique, Pareto expose les critères scientifiques pendant plus de 145 pages avant d’ouvrir les chapitres sur sa théorie de l’équilibre général [Pareto, 1906 : 263] :

’Certains ont cru que, par le seul fait qu’elle se sert des mathématiques, l’économie politique aurait acquis dans ses déductions la rigueur et la certitude des déductions de la mécanique céleste. C’est là une grave erreur. Dans la mécanique céleste, toutes les conséquences que l’on tire d’une hypothèse ont été vérifiées par les faits ; et on en a conclu qu’il est très probable que cette hypothèse suffit à nous donner une idée précise du phénomène concret. En économie politique, nous ne pouvons espérer un semblable résultat, parce que nous savons, sans doute aucun, que nos hypothèses s’écartent en partie de la réalité, et ce n’est par conséquent que dans certaines limites que les conséquences que nous en pouvons tirer pourront correspondre aux faits. Il en est ainsi, d’ailleurs, dans la plupart des arts et des sciences concrètes, par exemple dans l’art de l’ingénieur. De telle sorte que la théorie est plus souvent un mode de recherche que de démonstration, et on ne doit jamais négliger de vérifier si les déductions correspondent à la réalité’.

La question de la validité scientifique des hypothèses de la théorie néoclassique a déjà été posée de nombreuses fois, comme nous le verrons, avec souvent la négative comme réponse, sans que cela n’arrête les travaux. ’[Pour le courant néoclassique, tout se passe] comme si, en science sociale, le problème de la vérification pouvait être remis à plus tard ou simplement ignoré’ [Kaldor, 1972]. Plusieurs économistes réputés, las de la perduration d’un ’modèle’ contredit par l’expérience, finirent par traiter la théorie néoclassique de ’dogme du jour’ [Sen, 1999 : 154], de ’mythe qui pousse ses dévots à forcer la réalité à se conformer à ses modèles’ [Rees, 2002 : 253], ou supposer que c’est une ’croyance sur parole’ qui permet de maintenir en vie un ’modèle qui s’éloigne (non s’approche) de plus en plus de la réalité à mesure de ses ajustements’ [Kaldor, 1972 : 1238].

Ces citations contrastent avec le succès politique de la théorie, le fait qu’elle constitue le principal enseignement dans les universités et la principale référence en économie appliquée, voire que ses méthodes et hypothèses servent de base à la plupart des indices de développement durable, même ’alternatifs’ qu’il nous a été donné d’étudier. Alors, la théorie néoclassique est-elle une science, un art ou une idéologie ? Peut-on s’y référer pour construire des indicateurs de développement durable ?

21.3. Une accumulation de critiques en ordre dispersé2

Plusieurs prix Nobel d’économie ont été décernés à des auteurs ayant remis en question certains des préceptes fondamentaux de la théorie néoclassique (H. Simon en 1978 pour sa théorie de la rationalité limitée en environnement complexe ; R. H. Coase en 1991 pour ses travaux sur les coûts de transaction, M. Allais en 1988 pour ses travaux sur des comportements humains incompatibles avec la maximisation utilitariste ; A. Sen en 1998 pour ses travaux sur les fondations comportementales et l’autonomie des individus ; D. McFadden et J. Heckman en 2000 sur le nombre limité de choix des agents et l’impact des biais d’échantillonnage sur les résultats économétriques ; D. Kahneman et V. Smith en 2002 pour leurs travaux remettant en question la rationalité des acteurs ; J.Stiglitz, G.Akerlof et A. Spence en 2001, puis L. Hurwicz, E. Maskin et R. Myerson en 2007 pour leurs travaux sur l’information asymétrique ; P. Krugman en 2008 pour ses travaux sur la localisation géographique qui vont à l’encontre de la théorie de l’avantage comparatif ; E. Ostrom en 2009 pour ses travaux sur les biens communs en tant que lieux de négociation et de gouvernance commune qui remettent en cause l’approche néoclassique de partage de ressources ; O. Williamson en 2009 pour sa théorie institutionnelle des coûts de transaction) [Alternatives Economiques, 2007, Le Crosnier, 2009]. Ces critiques n’ont pas toujours débouché sur une remise en cause radicale et structurée du modèle.

Or, le moindre biais du modèle néoclassique par rapport à la réalité, ou les moindres changements méthodologiques ou erreurs de mesures dans son application mettent en péril la crédibilité de ses analyses [Sapir, 2007].

Des livres entiers abordent un aspect particulier, soit humain [p. ex. Sen, 1999], soit environnemental [p. ex. Faucheux et Noël, 1995] de la théorie néoclassique en proposant des ébauches de modèles alternatifs. D’autres, plus polémiques, s’attaquent aux politiques économiques effectivement mises en œuvre et leurs résultats pour parfois conclure que ’ça ne marche pas’ [p. ex. Stiglitz, 2002b]. Les articles scientifiques soulevant des critiques sur l’un ou l’autre aspect plutôt écologique ou plutôt humain sont très nombreux (voir bibliographie), mais je n’ai pas trouvé d’article de référence répertoriant l’ensemble des hypothèses et leurs sources du point de vue à la fois humain et écologique.

21.4. Question de recherche, méthode et apport2

Ma question de recherche est la suivante : la théorie néoclassique, élaborée sur une économie abstraite à des fins pédagogiques et de recherche, constitue-t-elle une base suffisamment robuste pour l’élaboration d’indicateurs de développement soutenable du monde réel ?

J’ai relevé la littérature sur les hypothèses fondamentales de la théorie néoclassique et sur ses critiques élaborées dans le cadre du développement durable, par exemple au niveau global (macroéconomique), historique (problème de générations), éthique (répartition des bienfaits), opérationnel (comportement des acteurs, décision politique, gestion de l’incertitude, du risque, de l’irréversibilité), environnemental (gestion du bien commun), etc. J’ai essayé si possible de remonter aux sources ultimes des hypothèses et de leurs critiques, tâche pas toujours aisée tant ces hypothèses semblent évidentes pour leurs défenseurs, et leurs critiques évidentes pour leurs opposants.

Mon apport est la revue critique de la plupart des hypothèses ’humaines’ et ’écologiques’ dans un seul article court mais documenté. Cette synthèse devrait faciliter une évaluation globale de la théorie, du point de vue du développement durable c’est à dire tant économique qu’écologique et social.

1.5. Plan

La première partie regroupe les hypothèses sur l’environnement plutôt physique, tandis que la deuxième partie regroupe les hypothèses sur le comportement humain. Je présente chaque fois un jeu d’hypothèses, puis les critiques de la littérature, d’un point de vue pertinent pour le développement durable. Il n’est pas aisé de séparer les hypothèses les unes des autres, tant elles sont parfois étroitement liées. Afin d’économiser la place et d’éviter les répétitions, je les expose en groupes, plusieurs hypothèses à la fois. Ce style peut paraître moins systématique, plus décousu que ne l’aurait été un livre, mais il a l’avantage de l’économie.

2. Les hypothèses écologiques

22.1. Infinité des ressources et substitution2

C’est l’hypothèse de substituabilité parfaite qui permet aux modélisateurs de tout ramener à une seule unité et d’élaborer un modèle d’équilibre général [Arrow et Debreu, 1954]. L’hypothèse d’infinité des ressources repose sur l’idée que, vu les avancées technologiques pour trouver de nouveaux substituts, augmenter les rendements ou grâce au recyclage, les ressources ne s’épuiseront jamais complètement.

Cependant, certains éléments utilisés en quantités énormes dans l’industrie peuvent difficilement être considérés comme inépuisables, comme, par exemple, le chrome (0.2% de la masse de la croûte terrestre), le zinc (0.132%), le cuivre (0.055%), le nickel (0.08%), le plomb (0.016%), ou l’étain (0.040%) [Kesler, 1994]. Leur extraction ou leur recyclage se fait à rendement énergétique décroissant [Georgescu-Roegen, 1975, Georgescu-Roegen, 1979]. Comme le rendement de l’extraction énergétique elle-même subit le même mécanisme à grande échelle (décroissance du retour énergétique sur investissement énergétique)[Gately, 2007, Cleveland et al., 1984], la possibilité même de renouvellement fonctionne en spirale avec en bout de chaîne des besoins énergétiques exponentiels. Prises une à une, les ressources peuvent paraître illimitées ou recyclables à l’infini, alors qu’une perception plus globale montre que l’ensemble des ressources n’est pas illimité.

Les économistes ont essayé de développer des modèles de soutenabilité faisant intervenir des ressources naturelles renouvelables ou non, substituables ou non. Il en ressort que seule une ressource naturelle à la fois renouvelable et substituable peut être consommée de manière durable [voir Hartwick, 1977, Hotelling, 1931, Martinet et Rotillon, 2007, Comolli, 2006].

La biosphère est un exemple de ressource renouvelable sans substitut : toute la base de notre alimentation, de notre habillement, de nos médicaments, de notre hygiène vient directement ou indirectement de la biosphère. Et les produits synthétiques ? Le NH3 indispensable à la synthèse des fertilisants azotés et de près d’un million de molécules organiques synthétiques, ne peut être synthétisé qu’à partir du gaz naturel, lui-même produit par les écosystèmes du passé et, à notre échelle, non renouvelable. Nul ne peut survivre sans dégrader les productions de la biosphère présente ou passée. Le capital naturel, en tant que base de notre alimentation, n’a donc pas de substitut. Il ne peut pas être ’consommé’ et doit au moins se maintenir si l’on veut profiter de ses bienfaits de manière durable. La biocapacité de la planète ne peut pas diminuer [Wackernagel et Rees, 1996, Daly, 1973].

Dans la mesure où la biosphère est un facteur de production essentiel et irremplaçable en amont de la chaîne de production (le secteur primaire), aucun modèle d’équilibre général, aucun ’marché parfait’ ne peut fonctionner, déterminer un prix optimal de cette ressource et mener ’automatiquement’ à l’ajustement des facteurs de production pour le développement durable. De même, aucune forme de ’PIB’ ne peut servir d’indicateur de soutenabilité faible.

22.2. Absence de rareté absolue2

L’absence de rareté absolue se justifie par le fait que la notion de rareté en économie néoclassique est une notion relative : une denrée ne peut être rare que par rapport à un besoin subjectif des êtres humains [Walras, 1900]. Dans ce cas précis, son prix augmente par rapport à une denrée courante, du moins dans un système de libre-échange « parfait ». L’augmentation des prix entraîne la réduction de la demande, l’augmentation de l’offre ou la substitution. Inversement, la diminution des prix entraîne l’augmentation de la demande.

Du point de vue de l’allocation optimale des facteurs de production, c’est sans compter la différence qualitative entre le prix du capital et celui de la main-d’œuvre, déjà relevée par les économistes classiques comme Marx et Smith [Kaldor, 1972]. En cas de pénurie relative de capital (par exemple la terre) par rapport à un excès de main d’œuvre, le prix de la main-d’œuvre ne peut pas tomber en dessous d’un minimum vital et rééquilibrer ’automatiquement’ la fonction de production vers un ’optimum’ de production. En dessous du minimum vital, la main d’œuvre meurt de faim [2] !

Du point de vue des produits de consommation, la relation entre l’augmentation des prix et la réduction de la demande dépend en effet aussi du pouvoir d’achat et de l’élasticité-prix propre à chaque cas particulier. Pour des produits de première nécessité non substituables, l’élasticité-prix est nulle : les quantités demandées sont invariantes quel que soit le prix. Elle peut même être positive en cas de faible pouvoir d’achat [Rosenbluth, 1971]. A l’autre extrême de la hiérarchie sociale, on peut observer des élasticités positives pour des biens de luxe ou biens de positionnement social [Veblen, 1899]. Lorsque le prix de ce type de bien augmente, sa demande augmente, ce qui peut mener à des extinctions, par exemples, d’espèces exotiques.

22.3. Le progrès technologique2

Pour les néoclassiques, le problème de soutenabilité se résume à maximiser la consommation ou l’utilité sur un temps infini [Solow, 1974]. C’est le progrès technologique qui viendra automatiquement apporter des solutions.

Or Martinet et Rotillon montrent que dans le cas le plus général, seule une amélioration technologique exponentielle permet de conserver l’utilité et que le taux d’actualisation est différent suivant les cas [Martinet et Rotillon, 2007]. Autrement dit, il n’y a pas moyen de définir une quantité invariante sans hypothèse forte sur le progrès technologique ou sur la préférence temporelle.

Il faut de plus que le taux de progrès technique accroissant l’efficacité du facteur naturel excède le taux de croissance de la population [Stiglitz, 1974]. Or les modèles de croissance et les études empiriques suggèrent que la croissance de la population favorise le progrès technique et le développement, donc la durabilité, ce qui est une contradiction [Faucheux et Noël, 1995].

Enfin, Jevons a observé en 1865 que l’amélioration de l’efficacité énergétique avait augmenté plutôt que diminué la demande de charbon [Jevons, 1866], effet de rebond que l’on retrouve pour de nombreuses problématiques.

Au total, les gains d’efficacité se payent souvent à terme par une augmentation de la mobilisation des ressources.

22.4. Réversibilité2

La réversibilité des calculs néoclassiques nie la flèche du temps et les lois de la thermodynamique (conservation de la matière et dissipation de l’énergie). Ces constats, initialement posés par Georgescu-Roegen [Georgescu-Roegen, 1971], sont une des hypothèses fondatrices de l’économie écologique, en rupture totale avec la théorie néoclassique. Quand il y a consommation de matière ou d’énergie, il y a forcément à la clé production de déchets ou d’entropie. La quantité de ’déchets’ produits par l’activité économique est telle qu’elle est à même de perturber les cycles du carbone et de l’azote, mettant en péril la capacité de la biosphère à se régénérer [Vitousek et al., 1997, Rockström et al., 2009]. La crise énergétique est l’illustration du caractère non recyclable de l’énergie utile.

Dans le domaine social, on notera les implications de l’approche mécaniste de l’économie néoclassique. Elle nie l’Histoire et le poids des institutions et du corpus normatif repris sous la culture, les valeurs culturelles partagées, l’éducation, etc. [Archer, 1995].

22.5. Appropriation et marchandisation et de tous les moyens de production2

L’appropriation et la marchandisation de tous les moyens de production sont nécessaires pour que le marché puisse fonctionner ’parfaitement’ et mener à l’optimum commun [Ledant, 2008]. Or, dans une ’société de marché’ occidentale [Polanyi, 1944] comme la Belgique, l’Etat représente de l’ordre de 45% du PIB, ce qui laisse peu de place pour le marché. D’autres moyens de production sont mobilisés en dehors du marché et de l’Etat. Le travail domestique aurait une valeur estimée à 39% du PIB [Bleys, 2008], et l’économie informelle légale environ 17% [Schneider, 2005]. Les loisirs - un service que l’on se porte à soi-même - représenteraient en Europe environ 80% du PIB [Stiglitz, Sen et Fitoussi, 2009].

On est déjà loin de l’appropriation et la marchandisation de tous les moyens de production. Ceci sans compter le facteur de production ’nature’, dont une toute petite proportion est actuellement ’appropriée’ (p.ex. par le brevetage du vivant) et qui pourrait représenter en valeur des montants pharamineux si un droit inaliénable à un environnement sain n’était garanti dans plusieurs Constitutions nationales et dans les faits. C’est aussi sans compter les services ’gratuits’ entre humains (la réciprocité) [Polanyi, 1944, Gudeman, 2008], dont le rôle dans la production et dans le marché lui-même est tout sauf négligeable (voir plus loin).

22.6. Connaissance parfaite des marchés présents et futurs par tous les acteurs, efficience informationnelle des marchés, concurrence parfaite, loi de l’offre et de la demande, équilibre général2

La concurrence parfaite implique une série de conditions comme l’atomicité (chaque producteur ou acheteur ne peut imposer son prix), l’homogénéité des produits, la transparence et la gratuité de l’information, la libre entrée et sortie sur le marché, et la libre circulation des facteurs de production [Clerc, 2001]. En pratique, une série de barrières naturelles ou réglementaires (brevets, diplômes, autorisations) limite l’accession aux marchés réels. La circulation fluide et instantanée de facteurs de production comme les travailleurs, les usines, la terre, les minerais ou la formation est physiquement impossible.

L’hypothèse d’efficience informationnelle des marchés suppose que l’infinité des connaissances partielles mènerait à une connaissance collective parfaite. Malheureusement, cette hypothèse ne se vérifie pas [Stiglitz, 2002a], pas même dans la bourse, où toutes les conditions de circulation de l’information sont pourtant réunies : la Bourse américaine dans son ensemble (indice Stabdard & Poor 500), entre 1881 et nos jours, a toujours été surévaluée de 5 à plus de 40% de sa valeur fondamentale calculée sur les profits des dix dernières années [Orlean, 2003]. Des informations erronées provenant de « gros » investisseurs ayant une conviction première peuvent provoquer des bulles et avoir un effet auto-renforçant sur cette conviction et mener le marché loin de l’information correcte [Lions et Lasry, 2007]. Même pour des acteurs parfaitement informés, l’efficience informationnelle du marché serait meilleure avec un seul acteur monopolistique qu’avec une concurrence entre une multitude d’acteurs (la concurrence optimise l’information pour des acteurs imparfaitement informés mais laisse beaucoup d’information de côté) [Back, Cao et Willard, 2000].

Les modèles d’équilibre général postulent la croissance conduite par une force exogène, la productivité totale des facteurs [Ayres, 2008], avec des prix déterminés à un point d’équilibre entre offre et demande [Walras, 1900]. Or, il est impossible de déduire la forme de l’offre et de la demande des agents économiques uniquement grâce à leurs comportements maximisateurs et, dans le cas général, l’équilibre n’est ni unique, ni stable [Mantel, 1974, Sonnenschein, 1972, Sonnenschein, 1973, Debreu, 1974]. Il n’y a donc ni ’loi de l’offre et de la demande’, ni ’marché parfait’. L’économie n’est jamais en équilibre [Kaldor, 1972]. Le décalage des ajustements de l’offre et de la demande engendre des déséquilibres locaux (« trous noirs ») rendant la concurrence déséquilibrante et non équilibrante [Sapir, 2000].

22.7. Le prix2

Toute utilité peut, pour les néoclassiques, se ramener à un prix. C’est donc l’unité de référence de la soutenabilité faible. La capacité à réduire différents éléments à une seule valeur permet de concevoir un modèle de substituabilité parfaite et inversement.

La propriété de la monnaie est en outre de pouvoir se réduire dans notre imaginaire à des quantités de plus en plus petites, des millions d’euros au centime. Il n’en va pas de même pour la réalité économique faite d’usines et de travailleurs entiers le plus souvent engagés sous contrat pour une durée indivisible et ayant besoin de nuits pour se reposer. Ces usines se mettent en marche du jour au lendemain (non pas en continu pendant toute leur période de construction), les investissements sont payés par versements instantanés de sommes importantes (non pas par le versement continu de x centimes à la minute)[Pareto, 1906, Kestemont, 2000], et les productions sont écoulées par paquets, au rythme des saisons pour l’agriculture ou du temps de construction, de transport, de stockage et de vente pour la plupart des biens.

La théorie néoclassique de la croissance repose sur cette hypothèse de divisibilité infinie du travail et du capital, qui permet par exemple d’affirmer que, ’at the very instant case’, la croissance d’une fraction est la différence entre la croissance relative de ses termes [Solow, 1956]. C’est mathématiquement faux et ne peut se vérifier en apparence que moyennant des arrondis grossiers. On ne passe pas impunément de la fraction à la dérivée ou de la somme à l’intégrale [Mandelbrot, 1967, Mandelbrot, 1963]. C’est dire si les hypothèses de variations infinitésimales, proches de l’équilibre et permises par l’unité monétaire, sont risquées pour le calcul économique.

2.8. Infinité d’acteurs

Pour masquer la finitude des transactions, les économistes néoclassiques postulent parfois l’infinité des acteurs (ce qui rend les transactions infinitésimales). Or, s’il y a un grand nombre d’acteurs économiques, seul un petit nombre d’acteurs sont mis en présence autour d’une tractation, ce qui explique des variations de prix à quelques rues d’intervalle. La plupart des prix sont standardisés de droit ou de fait par des institutions comme l’État, les marques ou les supermarchés. Des normes sociales tendent en outre à les stabiliser. A une autre échelle, les transactions internationales sont centralisées par un nombre limité d’agents. La mise en présence d’une infinité d’acteurs impliquerait en effet un coût de transaction infini.

3. Les hypothèses sur l’être humain

23.1. L’hypothèse utilitariste et l’homo oeconomicus2

33.1.1. Un élément de la culture moderne3

L’utilitarisme est une conjonction d’une rationalité parfaite et d’un égoïsme primaire des agents.

On observe empiriquement l’imprégnation culturelle de l’utilitarisme dans la société occidentale et en particulier dans la Science. L’hypothèse utilitariste a en effet trouvé ses développements théoriques dans tous les domaines, partant de la psychologie [Fischer, 1996] à la biologie (théorie de l’évolution) en passant par l’anthropologie (thèse formaliste, voir [Dupuy, 2001]) et la sociologie (théorie des choix rationnels [Becker, 1976, Boudon, 2002]). Elle a donné naissance à la figure fort décriée de l’homo oeconomicus, acteur-type fondamental de la théorie néoclassique. Comme on peut aisément trouver des raisons égoïstes et un brin de rationalité dans toute décision, la tendance populaire est de ne pas remettre en question le précepte fondamental. C’est oublier que la théorie néoclassique suppose des motivations exclusivement égoïstes et rationnelles (pas d’actions qui peuvent se retourner contre soi).

33.1.2. L’économie appliquée s’en affranchit3

De vastes pans de l’économie appliquée, en particulier le marketing, s’affranchissent de la notion d’homme parfaitement égoïste et rationnel. La littérature économique expérimentale abonde sur le mystère de l’altruisme, de la contribution au bien commun et des motivations profondes des travailleurs à « en faire plus que le minimum requis par le contrat ».

La plupart des contrats étant incomplets, le travailleur a de multiples possibilités d’en faire le moins possible. Or on observe qu’il en fait beaucoup plus que ce minimum contractuel, surtout en présence d’un patron ayant lui-même une attitude de réciprocité (proposant, par exemple, dès le début un contrat plus avantageux que le marché). Il y a une corrélation positive entre les opportunités de bénéfice et le niveau de salaire proposé aux travailleurs.

Si le patron applique des incitations explicites, surtout s’il s’agit de pénalités, l’effort moyen de l’ensemble des travailleurs reste faible quel que soit le niveau du salaire [Fehr et Gächer, 2000]. Les employeurs sont enfin réticents à réduire les salaires en cas de récession.

33.1.3. Le marché ne fonctionnerait pas sans normes sociales et réciprocité3

Une littérature abondante montre que les normes sociales jouent un rôle décisif dans les problèmes d’action collective et de participation au bien commun [Elster, 1989, Ostrom, 1998].

Pour Godbout, rien ne peut s’amorcer ou s’entreprendre, croître et fonctionner qui ne soit nourri par le don [Godbout, 1992], tandis que pour Fehr et Gächter [Fehr et Gächer, 2000], la réciprocité (négative ou positive) est un moteur essentiel de l’économie marchande :

  • pour le développement de normes sociales ;
  • comme fondement de l’imperfection des contrats ;
  • pour la réalisation des contrats ;
  • pour la motivation des travailleurs ;
  • pour la stabilité des salaires [Bewley, 1999], et le partage des bénéfices.

A l’inverse, le marché favorise l’émergence de normes sociales et de réciprocité, générant sa propre imperfection. Le commerce adoucit les mœurs [Eber, 2006]. Marché et réciprocité sont des bases complémentaires de l’économie [Gudeman, 2001, Temple, 2003, Aristote, -350 [1965]].

23.2. Rationalité des acteurs2

33.2.1. L’homme est-il parfaitement rationnel ?3

L’utilitarisme implique des hommes parfaitement rationnels, capables d’évaluer froidement les coûts et bénéfices de toute action et de choisir celle qui rapporte le plus d’utilité ou de satisfaction.

Or, en condition d’incertitude, les gens sont en proie à des illusions cognitives [Kahneman et Tversky, 1979, Kahneman, 2003]. Ils sont très souvent incapables de percevoir où est leur intérêt, et ils prennent des décisions non-conformes aux objectifs qu’ils se sont fixés.

L’aversion au risque est plus forte quand il s’agit de gains que de perte. L’asymétrie peut aller du simple au double. On préfère un gain certain à une probabilité de gain, mais on préfère une probabilité de perte à une perte certaine [Thaler et al., 1997]. On surestime les pertes par rapport aux gains [Kahneman et Tversky, 1979]. On a tendance à surpondérer les événements à faible probabilité et à sous-pondérer les événements à forte probabilité [Kahneman, 2003]. Pour compliquer le tout, les décisions ne sont pas indépendantes des énoncés [Allais, 1953, Allais et Hagen, 1979, Hagen, 1995] : suivant la manière de présenter la même loterie, les gens choisissent soit la certitude de gagner soit l’expectative faible d’un gain important.

Les gens apprécient et évaluent plutôt les changements de situation que les situations [Kahneman et Tversky, 1979]. Les mauvaises habitudes et l’enfermement technologique expliquent nombre de nos comportements « irrationnels » comme le gaspillage de l’énergie [Maréchal, 2009]. On voit d’autre part des pauvres s’habituer à leur situation et se satisfaire de peu, pourvu que leur situation s’améliore. A l’opposé, on voit des milliardaires se suicider dans leur château après avoir perdu en bourse. On n’attache pas la même valeur à un objet suivant qu’on le possède ou non [Kahneman, Knetsch et Thaler, 1991, Thaler, 1980].

Les préférences sont plutôt relatives qu’absolues. On juge la différence de gain entre 50 et 100 euros plus importante qu’entre 1050 et 1100 euros [Kahneman, 2003].

Relevons encore le paradoxe du vote : pourquoi perdre mon temps à voter alors que la probabilité pour que mon vote soit décisif est quasi nulle [Boudon, 2002, Sen, 1999, Ferejohn et Fiorina, 1974] ?

33.2.2. La rationalité autoréférentielle des acteurs boursiers3

En bourse, des sommes faramineuses sont mises en œuvre par un nombre quasi illimité d’acteurs très renseignés sur toutes sortes de parcelles de savoir économique stratégique. Le seul but de leurs actions est la maximisation du profit égoïste, et nombre d’entre eux utilisent études et ordinateurs pour prendre les décisions les plus rationnelles possibles. Voilà une situation apparemment proche du ’marché parfait’.

Il s’avère que les acteurs boursiers prennent l’essentiel de leurs décisions suivant une rationalité autoréférentielle [Orlean, 2003, Noussair, Robin et Ruffieux, 2001]. C’est une rationalité tournée exclusivement vers les opinions des autres.

Plutôt que de suivre la valeur intrinsèque des actions, il est en effet plus « rationnel » pour un agent de change de suivre le marché. Si celui-ci est à la hausse, il vaut mieux acheter, ce qui entretient la « bulle ». Le tout est d’arriver à vendre juste avant que la bulle n’éclate.

On peut reproduire sans difficulté, par une formule auto corrélative logistique de type

xt = r x0 (1-x0), une courbe chaotique de type boursier (pour r≥ 3.57) très sensible aux conditions initiales x0, et même y faire apparaître des comportements apparemment cycliques (pour 3≥ r≥ 3.57), comme on en observe en économie [Hsieh, 1991]. Le chaos est déterministe et prédictible à très court terme, mais nul n’a encore trouvé la bonne formule pour s’enrichir à bon compte. La rentabilité de la bourse s’avère in fine plutôt stochastique que chaotique [Girerd-Potin et Taramasco, 1994, Hsieh, 1991]. Les opérateurs boursiers ont donc toutes les raisons de ne pas croire en la prédictibilité de l’avenir, même à très court terme (s’écartant en pratique du modèle néoclassique). Se baser sur l’observation intensive du comportement (imprédictible) de leurs pairs semble dès lors une stratégie tout à fait raisonnable.

33.2.3. Une seule manière d’être parfaitement rationnel3

Le problème - et l’attraction - du modèle rationaliste, réside dans le fait que, s’il n’existe qu’une seule manière d’être ’parfaitement’ rationnel, il existe par contre une infinité de manière de ne pas l’être [Erev et Roth, 1998].

Boudon propose le concept de rationalité plurielle [Boudon, 2002] : l’acteur a ses raisons, conscientes ou inconscientes, qui font sens pour lui. Les acteurs boursiers combinent l’étude d’informations objectives comme la santé de l’entreprise avec l’observation du comportement spéculatif des autres acteurs. Un investisseur qui déciderait de manière purement rationnelle n’aurait aucune chance de faire fortune en bourse.

Pour de nombreux anthropologues, toute mentalité comporte un aspect rationnel et un aspect mythique [Leenhardt, 1947, Dupuy, 2008, Queiroz, 1970]. ’La primitivité est là, dans cet aspect unilatéral de la pensée qui, en privant l’homme de la balance de ces deux modes de connaissance, le conduit aux aberrations (...) Quoi de plus logique que l’organisation de la guerre dite totale ?’ [Leenhardt, 1947] (p.308-309). La notion de rationalité plurielle peut expliquer pourquoi il était vain de lutter contre le fascisme par la raison [Reich, 1972] et pourquoi la meilleure démonstration scientifique ne parvient jamais à convaincre tout le monde. Pour Rees [Rees, 2002] et Dupuy [Dupuy, 2008], les hypothèses néoclassiques elles-mêmes sont à ce point éloignées de toute réalité jamais envisageable que la théorie qui s’en inspire relève du ’mythe pur et simple’, tandis que Sen parle de ’dogme du jour’ [Sen, 1999](p.54). Si l’hypothèse de rationalité parfaite ne permet pas d’étudier les comportements ’irrationnels’, le concept de rationalité plurielle peut servir de base à l’étude de la permanence d’un modèle scientifique aux hypothèses fragiles, ou à l’étude de la radicalité de ses opposants.

L’opérationnalité de la raison pure dans le cadre du développement durable – qui fait explicitement appel à l’éthique – peut être mise en question de par la possible contradiction entre rationalité parfaite et éthique.

33.2.4. Implications politiques3

Vatn [2005] explique la rationalité des acteurs en fonction du contexte (ou ’institutions’) dans lequel ils doivent prendre leurs décisions. Un individu placé en contexte utilitariste (par exemple, sur un marché aux règles définies comme telles) va chercher à adapter sa rationalité à ce contexte (il n’y arrivera d’ailleurs pas complètement, comme expérimenté par Fehr et al. [2002]). Dans un autre contexte (par exemple, dans une église ou une famille), il adoptera une rationalité différente. Dans le premier cas, il adoptera le point de vue de ’moi’, dans l’autre il pourra prendre le point de vue de ’nous’ (ce ’nous’ pouvant lui-même varier : église, famille, patrie, etc.). La conséquence politique est que s’adresser à des acteurs réfléchissant en termes individuels en leur avançant une norme sociale est peu efficace ; pas plus efficace que de mettre en avant l’intérêt individuel pour des situations où les acteurs réfléchissent en terme collectif, par exemple, pour le don de sang [Henrion, 2007, Godbout, 1992] ou la notion de protection de l’environnement, du bien commun, de la survie de l’espèce ou du développement durable.

Faire appel à l’une ou l’autre de ces méthodes fait cependant évoluer la perception éthique. Si l’Etat édicte une règle de marchandisation du bien commun (par exemple, une taxe « pollueur-payeur), les sentiments moraux peuvent évoluer vers une diminution du sentiment de responsabilité privée [Ballet et al., 2007]. Si au contraire l’Etat édicte une interdiction formelle, les jugements moraux ont tendance à suivre, comme cela s’observe pour l’interdiction de fumer dans les lieux publics [Nyborg, 2003]. Pour des industries polluantes, il peut être plus intéressant pour l’image d’éviter ou d’accompagner, en les anticipant, l’émergence de normes d’Etat [3]. La responsabilisation ne suffit pas : les riches consommateurs peuvent avoir des attitudes plus respectueuses de l’environnement tout en polluant plus que la moyenne [Wallenborn et Dozzi, 2007].

23.3. L’égoïsme primaire des agents2

33.3.1. Les jugements moraux et le paradoxe du marché parfait3

Les opinions sur la peine de mort et autres sujets ne concernant pas l’individu directement, les sentiments moraux sont autant d’exemples où les gens peuvent investir temps et ressources sans aucun bénéfice direct ou indirect.

Les résultats du jeu de l’ultimatum [Boudon, 2002] ou d’autres montrent que la plupart des gens sont incapables de poursuivre leur intérêt mathématique bien compris. La règle de ce jeu est la suivante [Eber, 2006] : on vous donne une somme de, par exemple, 100 euros et on vous demande de répartir cette somme avec un inconnu. S’il accepte le partage, vous repartez chacun avec votre gain. S’il le refuse, vous repartez tous les deux sans rien. Un homme rationnel devrait donner 0 au premier tour et son vis-à-vis devrait accepter cet état de fait (atteignant ainsi le bénéfice cumulatif optimal prédit par la théorie néoclassique). Les résultats dans différentes sociétés montrent une offre moyenne de 26% minimum chez les Machiguenga, une société très individualiste et déconnectée du Mexique à 57% pour les Lamalera d’Indonésie [Henrich et al., 2001]. Les sociétés à interaction sociale forte, que ce soit sur le plan coopératif ou dans des activités de marché, ont des offres moyennes plus élevées. Le rejet d’une offre initiale peu équitable, varie lui dans cette expérience entre 0% et 40% et jusqu’à 75% pour des offres de moins de 20%. Il est remarquable que le marché lui-même, en favorisant les interactions sociales, contribue à adoucir les mœurs [Eber, 2006]. Il favorise ainsi l’émergence des conditions de sa propre imperfection.

33.3.2. Le paradoxe de la préoccupation pour les générations futures ou lointaines3

« L’avenir, qu’a-t-il jamais fait en ma faveur ? Est-ce qu’il respecte, lui, mes droits ? » [Jonas, 1990]

La préoccupation pour les générations futures implique un sentiment de responsabilité, et

que ce sentiment ne peut logiquement pas naître de l’égoïsme pur.

Nous n’avons aucune certitude d’être récompensés au juste prix pour notre préoccupation pour les générations futures. Ce sentiment serait plutôt dicté par une forme de réciprocité ouverte, en chaîne [Chabal, 1996, Racine, 1986] du style « je transmets ce que j’ai reçu ».

Il est remarquable de constater que les partisans du ’marché parfait’ utilisent souvent (comme lors de la crise de 29) le bien être général futur comme justification du laisser-faire présent [Stiglitz, 2002b]. ’A long terme, nous serons tous morts’ leur a rétorqué Keynes pour justifier, lui, l’intervention de l’Etat [Keynes, 1924]. La préoccupation pour les générations futures ou pour les pauvres d’aujourd’hui n’est probablement pas dénuée de considérations présentes et égoïstes. Mais cette préoccupation existe bel et bien, sinon elle ne serait pas utilisée comme justification. Dans le chef de convaincus de l’utilitarisme, il s’agit d’un paradoxe.

33.3.3. L’universalité de la réciprocité3

Les études anthropologiques et de psychologie comportementale ont démontré l’universalité de la coopération dans différents contextes et différentes sociétés [Henrich et al., 2001]. Polanyi [Polanyi, 1944], Marx dans ses premiers écrits [Marx, 1844], Aristote [Aristote, -350 [1965]], et tant d’autres ont mis le doigt sur le caractère inévitable de la réciprocité dans toute société humaine. Cherchant à expliquer les comportements non prédits par la théorie des choix rationnels, la sociologie, reconnaît aujourd’hui, en plus de la multiplicité des raisons, au moins deux moteurs supplémentaires de l’organisation sociale qui ne s’accordent pas avec l’utilitarisme primaire :

  • l’auto-organisation : influence de l’individu sur le social et vice-versa [Dupuy, 2004]
  • l’inter temporalité : moment de la structure (norme) et moment de l’action individuelle, tour à tour précondition l’un de l’autre [Archer, 1995].

Une raison ultime de l’action peut être le don : dans une société essentiellement marchande de la région de Maradi au Sud du Niger, le marché, tout en étant omniprésent, tend à être instrumental par rapport au don [Nicolas, 1986].

33.3.4. Le verdict de la biologie évolutionniste3

Darwin a élaboré sa théorie de l’évolution dans un contexte de postulat malthusien de la survie du plus fort. Il a ensuite fallu 100 ans pour comprendre comment des comportements de coopération désintéressée observés chez les animaux sociaux, et en particulier chez l’homme, ont pu être sélectionnés par l’évolution. Pendant longtemps, des modèles fluides et déterministes inspirés des sciences économiques (théorie de jeux), avaient ’prouvé’ que l’altruisme était impossible en terme évolutif [Kestemont, 2008]. Des modèles plus réalistes faisant intervenir, par exemple, une viscosité du milieu (c.-à-d. une série d’obstacles favorisant la création de groupes) ou l’irréversibilité du temps, montrent aujourd’hui que des mutants coopératifs, non seulement peuvent apparaître, mais en outre se développer et envahir un groupe d’égoïstes primaires [Van Baalen et Rand, 1998]. La viscosité est une condition suffisante mais pas indispensable à l’apparition de la coopération : l’application de modèles théoriques probabilistes plutôt que déterministes peut en effet également expliquer la naissance et la survie de la coopération, même sans interactions répétées ou de conditions de fluidité du milieu [Sanchez et Cuesta, 2005].

La structuration du milieu loin de l’équilibre a un effet catalyseur pour l’explosion de la coopération, voire de la vie [Prigogine et Stengers, 1979]. La vie crée en outre dès les origines sa propre structuration, ses propres frontières ’protectionnistes’, allant des membranes élémentaires à la délimitation de territoires ou plus tard le choix sélectif de partenaires pour les organismes sexués. Au cours des premières étapes de l’évolution, la transition entre organismes unicellulaires et organismes pluricellulaires indifférenciés pourrait résulter de formes élémentaires de coopération dans le métabolisme de l’ATP [4] [Pfeiffer, Schuster et Bonhoeffer, 2001]. Une production lente d’ATP à haut rendement énergétique, la respiration, est respectueuse du « bien commun » et mène au développement durable optimal pour la vie. Cependant, la fermentation, moins rentable car plus extensive mais beaucoup plus rapide, est la solution la plus compétitive en milieu fluide, alors qu’elle est la moins soutenable.

Chez les bactéries, le substrat visqueux (versus fluide) joue un rôle favorable au développement de capacités de coopération comme la production (à perte) de toxines contre les bactéries étrangères non résistantes [Chao et Levin, 1981]. La production de toxines se fait au détriment de la vitesse de reproduction et n’est favorable que si la colonie de clones résistants reste géographiquement soudée, par exemple, sur du Agar Agar. Dans un système à fluidité parfaite, par exemple, en solution liquide agitée qui permet une ’concurrence parfaite’ entre toutes les bactéries, ce sont les bactéries sensibles, les plus efficaces, qui supplantent rapidement les bactéries coopératives.

Dès qu’il s’agit de comportements humains, la naissance de la culture et du langage, issus des nécessités de discriminer entre altruistes et égoïstes pour des stratégies de coopération toujours risquées, a ajouté un facteur explosif dans la sélection de comportements de coopération. Dès la naissance de l’humanité, il y eut coévolution nature-culture [Henrich, 2004].

La biologie évolutionniste démontre donc maintenant de multiples manières parallèles le caractère originel et vital de la coopération autant que de l’égoïsme [Kestemont, 2008]. La charge de la preuve peut être inversée [Terestchenko, 2004] : aux économistes néoclassiques de prouver que l’homme est utilitariste, incapable de la moindre parcelle de désintéressement dans la coopération.

4. Conclusion

Les outils néoclassiques, aujourd’hui largement répandus, se basent sur des hypothèses particulièrement irréalistes quant à la nature humaine, la nature, et le fonctionnement de l’économie et même du marché. On ne pourra vraisemblablement jamais obtenir des acteurs qu’ils abandonnent leurs pulsions sociales positives ou négatives pour faire place à une poursuite rationnelle et inconditionnelle de leurs intérêts individuels se manifestant par une évolution optimale des prix des matières premières.

L’évolution nous montre que la solution la plus soutenable, la plus respectueuse du milieu et du long terme, peut aussi naître du protectionnisme partiel (la viscosité), alors que la course à la croissance peut, comme les biologistes l’ont depuis longtemps observé dans leurs boîtes de Pétri, mener au suicide collectif après une période d’illusoire euphorie. On observe plus de sceptiques de la croissance chez les biologistes et plus de sceptiques de l’environnement chez les économistes [Keyfitz, 1994].

Remarquons le va-et-vient récurrent entre sciences dures et sciences humaines ou même idéologie (religion) qui forge la culture d’une époque. La physique d’abord déterministe avec Newton, puis probabiliste, chaotique, complexe, « incertaine » et incluant la flèche du temps avec les physiciens modernes est mise en parallèle par les économistes écologistes pour justifier leur conception du développement durable en opposition avec la vision « dépassée », voire « mythique » des déterministes néoclassiques. Ces derniers vont reprocher aux premiers d’être conservateurs (néo-malthusiens), mythiques quant à l’importance qu’ils attachent à la nature, et pessimistes quant aux capacités de l’homme à s’en sortir. Le débat politique va à son tour orienter la recherche scientifique dans un sens ou dans l’autre. La recherche de savoir se mêle à la recherche de justification.

Le néoclassicisme orthodoxe est exclusif (contrairement à l’économie écologique et institutionnelle qui sont inclusives), car il démontre que le marché ne peut participer au bien commun que s’il est ’parfait’, notamment si les institutions diminuent leur intervention en matière de biens et services. Le marché a toujours été imparfait et ne représente qu’un cas particulier minoritaire d’une économie plus générale des biens et services.

Puisqu’aucune hypothèse de la théorie néoclassique n’est vérifiée, il semble envisageable de mettre en doute sa capacité intrinsèque d’indiquer les voies du développement durable et d’inspirer ses indicateurs et ses politiques.

La théorie la plus inspirante des politiques internationales actuelles de développement traite manifestement d’un monde fictif et ses analyses et recommandations, notamment celles qui s’appuient sur des fonctions d’utilité, de formation de prix par l’offre et la demande, et de fonctions de production à la Cobb-Douglas, ne valent peut-être que pour cette pure fiction.

Ces considérations permettent d’envisager une relecture des outils économiques et indicateurs mis en œuvre sur justification néoclassique pour la résolution des problèmes environnementaux. Les alternatives sont à rechercher dans l’économie écologique [Gowdy et Erickson, 2005] pour l’aspect physique et l’économie institutionnaliste [Postel, 2007] pour le comportement des acteurs. La jonction des deux en ’économie écologique institutionnelle’ [Paavola et Aadger, 2005] pourrait devenir un modèle économique de référence alternatif.

Remerciements

Je remercie F.D. Vivien et E. Zaccaï pour leurs commentaires et suggestions. Je suis seul responsable des erreurs et imprécisions restantes.

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[1c’est à dire qu’aucune redistribution des biens ou des facteurs de production ne peut plus améliorer la situation d’un individu sans pénaliser au moins un autre individu

[21,02 milliards de personnes souffrent de la faim dans le monde, http://www.fao.org/wsfs/world-summit/en/ [29/8/2009]

[4L’ATP, ou adénosine triphosphate, est la molécule clé du transport énergétique des organismes aérobies.


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