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Avant-propos

Beaucoup de livres sérieux et très bien écrits convergent aujourd’hui vers un même constat : notre société productiviste et consumériste découle d’une vision anthropologique unique (aux effets néfastes jugent la plupart) née en Occident il y a cinq siècles. Excepté quelques intellos, peu de nos contemporains prennent connaissance des fondements et conséquences de cette mise en cause essentielle. Alors, puisque la dernière superproduction hollywoodienne de James Cameron, « Avatar », aborde et développe avec habileté une telle approche des fondements de notre civilisation, il n’est pas inutile de voir ce qu’en dit un film qui sera vu par des centaines de millions de nos contemporains [1]. Une analyse de ce qu’induisent subrepticement les images d’« Avatar » est d’autant plus utile que, le cinéma étant le média culturel le plus consommé de nos jours, ce film qui a suscité pas mal de polémiques aura probablement plus d’impact sur l’évolution de la mentalité collective que des centaines d’ouvrages et articles académiques.

On peut détester

Je me permettrai de débuter cette approche du film le plus cher mais aussi le plus rentable de l’histoire du cinéma [2] par le résumé au vitriol qu’en fait un journaliste et scénariste australien, John Pilger : « Une humanité non-américaine (ou non-occidentale) n’est pas censée faire un bon score au box-office, qu’elle soit morte ou vivante. Ils ne sont que ‘’l’autre’’ qui sont autorisés, dans le meilleur des cas, à être ‘’sauvés’’ par nous. Dans le film Avatar, une fresque violente et film à succès de James Cameron, de nobles sauvages en 3-D appelés Na’vi ont besoin d’un bon soldat américain, le sergent Jake Sully, pour les sauver. Ce qui prouve qu’ils sont bons. Coupez. ». Il faut dire que John Pilger [3] est un contempteur acerbe du cinéma hollywoodien qu’il considère comme une machine de propagande pro-américaine. J’ose à peine vous répéter ce qu’il en dit [4] dans un article « La duperie des Oscar » publié sur le site « Le Grand Soir » [5]. Soyons donc un peu moins manichéens : « Avatar » est de fait une œuvre de science-fiction comportant beaucoup trop de scènes très violentes, au scénario plus que prévisible mais l’analyse qu’en fait Pilger est peut-être un peu biaisée par son séjour comme correspondant de guerre au Viêt-Nam.

Pour apprécier ce film, il faut supporter le science-fiction et apprécier les effets spéciaux (qui atteignent dans ce film un sommet de perfection). A cet égard, le port de lunettes spéciales pour une vision 3D me paraissait un gadget un peu ridicule jusqu’à ce que je tente de chasser les insectes qui tournaient autour de moi dans la salle du cinéma avant de me rendre compte qu’ils faisaient partie de la jungle de Pandora, la planète sur laquelle se déroule l’action d’« Avatar ».

On peut ne pas aimer

J’avoue être fan de SF et les 2h45’ que dure « Avatar » sont passées sans que je m’en rende compte. Mais tout le monde n’est pas de mon avis et je répercuterai donc l’avis du critique averti qu’est Hugues Dayez : « Fresque avec son image en relief et ses 300 millions de dollars de budget, Avatar est le film le plus cher de l’Histoire du cinéma. Passé le premier effet de surprise devant le gigantisme de l’entreprise, c’est l’ennui qui domine. Car les créatures générées en images de synthèse ne génèrent pas la moindre parcelle d’émotion. Et parce que le scénario de Cameron accumule les pires clichés dramatiques. L’histoire d’amour entre Jake et Neytiri fait penser à celle de John Smith et de Pocahontas, et le combat entre les colonisateurs humains et les pauvres Na’vis opprimés ressemble à un mauvais western opposant de méchants cow-boys et de bons indiens. Et sur le plan esthétique, Cameron n’invente pas grand-chose : ses Na’vis bleuâtres avec des oreilles en pointe semblent sortis d’une vieille BD de Mézières ou de Bilal, et les bestioles qui peuplent Pandora auraient presque pu figurer dans « Jurassic Park ». Enfin, l’épouvantable musique de James Horner, solennelle à souhait, achève de rendre cet « Avatar » bien indigeste... Epuisé à la sortie de la projection, on ne peut s’empêcher de penser : « tout ça pour ça ! ». [6]

On pouvait s’attendre à ce que le cinéphile qu’est Dayez préfère les films « intelligents » à petit budget et n’apprécie guère ce style de superproduction. Mais il confirme aussi qu’on doit énergiquement contester la lecture de Pilger qui y voit de la propagande pro-américaine. Ici, les bons sont les « Indiens » et les « cow-boys » sont les méchants. La caricature de Blackwater [7] qu’est l’armée d’invasion états-unienne sur Pandora est plutôt réjouissante pour tous les anti-impérialistes du monde. Mais là n’est pas le sujet de ce que j’oserai appeler l’approche philosophique qui sous-tend « Avatar ».

On peut tenter de voir derrière le spectacle

Reprenons par exemple les propos d’un critique du site de critique cinéma français « Excessif.com » : « Avec Avatar, Cameron nous jette brutalement au pied du mur (…). Une morale d’une violence rarement vue dans un blockbuster hollywoodien, (nous pousse à) adopter le regard de ces êtres supérieurs observant les pauvres Terriens propager le chaos. À la moitié du film, quand Jake Sully commence à virer de bord, le personnage (…) rejette son enveloppe humaine à mesure que sa propre race le dégoûte, pour mieux se projeter dans le monde de son avatar. On savait déjà que Cameron était un créateur de mondes fasciné par la destruction. Cette fois, il nous a bâti un Eden tout en dégommant à bout portant la civilisation humaine. Et à l’instar de Jake Sully, beaucoup risquent de ne pas revenir de Pandora. C’est probablement là, qu’il faut chercher la vraie révolution d’« Avatar ». Si j’ai retenu cette critique parmi beaucoup d’autres, c’est parce qu’elle résume en quelques lignes les trois sujets « philosophiques » que je souhaite aborder ici : les prothèses supra-humaines, la relation Homme/Nature et la conversion.

Les plus qu’humains

Le point central du film de Cameron est de mettre en scène ce fameux avatar [8], un hybride biologico-électronique entre humain et Na’vi (esprit humain et corps de Na’vi). Cet artefact est une invention permettant bien des scénarios créatifs. Elle a déjà servi dans d’autres œuvres de fiction et resservira assurément encore. Il est intéressant d’examiner l’effet d’une telle hybridation sur la psychologie d’un individu. Il faut dire que le sergent Jake Sully a tout intérêt à se « réincarner » dans un Na’vi : handicapé (paralysie des deux jambes suite à une blessure de guerre lorsqu’il combattait comme Marine), il habite (lorsqu’il ne dort pas) un splendide corps de géant athlétique de plus de trois mètres aux capacités physiques étonnantes. Sa redécouverte de la marche lors de sa réincarnation est un épisode (théoriquement) émouvant mais significatif.

Dans une récente note de lecture sur le livre de Christian Arnsperger, « Ethique de l’existence post-capitaliste, pour un militantisme existentiel » [9], je reprenais sa théorie de l’évolution des hommes avec des organes bioniques et la création de cyber humains [10]. On a ici deux illustrations de ce que pourraient être ces humains dotés de prothèses technologiques. D’abord Jake Sully, vivant par procuration dans le corps d’un non-humain (cependant d’apparence et de physiologie fort proches). Mais aussi, et cela a été moins commenté, les guerriers terriens installés dans des robots qui reproduisent leurs moindres gestes, démultipliant leurs forces et leur capacités physiques (cette technologie existe déjà et est évidemment développée par les militaires avant les applications pacifiques). L’inévitable duel final entre le bon (Jake dans sa version Na’vi) et la brute (l’abject colonel US) se déroule d’ailleurs entre ces deux « avatars »…

Ce que montre le film est aussi la difficulté du retour à l’état de simple humain lorsqu’on abandonne la défroque qui multipliait vos pouvoirs. On a ici une nouvelle illustration d’un débat philosophique déjà ancien : les avancées scientifiques, d’abord imaginées pour soulager les souffrances humaines, permettent aussi de transformer la « nature humaine ». Si ces modifications de nos capacités naturelles d’homo sapiens sont désirables dans un premier abord, ne nous déshumanisent-elles pas et ne nous entrainent-elles pas sur des voies qui ne sont pas celles de l’évolution naturelle de l’Homme depuis quelques millions d’années ? Des individus dopés aux amphétamines gommant leur fatigue, chargés d’EPO de cinquième génération accroissant leurs capacités pulmonaire et musculaire, toujours dynamiques, optimistes et sereins grâce au Super-Prozac® de demain, seraient-ils encore de véritables humains ? On verra dans « Avatar » que pour Jake Sully, les voyages aller-retour sont souvent douloureux et qu’il n’en sortira pas indemne.

Animisme et Gaïa

Ce que la plupart des commentateurs ont bien vu, par contre, est la confrontation entre notre civilisation technologique et capitaliste (les actes « moralement contestables » des Terriens sont justifiés par le fait qu’ils viennent extraire une ressource naturelle très rare, très utile et donc très rentable) et la civilisation animiste des Na’vis. On peut raisonnablement penser que les conseillers à l’élaboration des images et des détails du scénario d’« Avatar » sont de fins connaisseurs des théories de Philippe Descola (voir l’article de Bernard De Backer dans cette revue) [11]. Les Na’vis vivent en symbiose parfaite avec tous les être vivants et non-vivants de leur Planète. Non seulement ils s’excusent (comme les Indiens pré-colombiens d’Amérique du Nord) lorsqu’ils doivent tuer un animal mais ils ont des relations très particulières avec les animaux qu’ils « domestiquent » (terme occidental impropre, fruit de notre culture dominatrice : eux disent plutôt qu’ils s’adoptent mutuellement - après des affrontements pas très tendres). Afin de rendre immédiatement compréhensibles ces notions plutôt théoriques sur les rapports homme/animal, le scénario doit utiliser des trucs visuels. Ainsi, les Na’vis sont en communication avec leur montures terrestres (au sens de liées au sol) et ailées grâce à l’entrelacement des fibrilles qui se trouvent au bout de leurs tresses et d’organes semblables diversement situés chez les vivants de Pandora. Cette communication biologique visible se fait aussi avec les plantes, elles-mêmes en communication via leurs racines, en un réseau global qui forme l’esprit de Pandora. Les scientifiques de l’expédition terrienne étudient avec émerveillement ce net biologique mais, il fallait s’en douter, cela n’intéresse absolument pas leurs supérieurs militaires.

On constate que l’on a, mise en scène, une concrétisation visuelle (on est au cinéma) et biologique de l’hypothèse Gaïa [12]. Imaginée pour la Terre par James Lovelock [13] et popularisée par Fritjof Capra [14] ou Isaac Asimov. [15] Cette théorie connaît de nos jours un regain d’intérêt dans une version actualisée car elle est au centre d’une question très médiatique : « La Terre sera-t-elle capable, grâce à ses facultés d’auto-régulation et d’effets feed-back, de préserver la vie (dans ses formes supérieures) en des écosystèmes agressés par les retombées néfastes des activités d’une espèces vivante proliférante, l’homo sapiens ? ». Il est amusant de constater, qu’aujourd’hui, ce sont les industriels et les défenseurs d’une croissance économique sans limite qui ont le plus envie de croire à une théorie issue de ce qu’il y a de plus mystique dans l’écologie profonde… Contrairement à ce que dit Pilger, ce ne sera d’ailleurs pas Jake Sully qui fera la différence dans le combat entre Terriens (naturalistes au sens de Descola) et Pandoriens (animistes au sens de Descola) mais la Planète elle-même qui sauvera ses membres vivants (et Jake par la même occasion).

Conversion

Un dernier thème philosophique qui sous-tend ce film est celui de la conversion. Envoyé comme espion au sein de la communauté des Pandoriens, notre Marine effectue sa mission avec fidélité mais, peu à peu, réalise que les valeurs des ses hôtes sont supérieures à celles de son groupe d’origine. Finalement, il « trahit » (à la fois par amour et par conviction). Il n’est d’ailleurs pas le seul et tous ceux qui font ce pas doivent « mourir » à ce qui était leur état antérieur, que cela se traduise par une mort physique définitive ou des épreuves très douloureuses. On retrouve là le thème de l’« œuvre au noir » de la tradition maçonnique avec sa mort symbolique. Il faut d’ailleurs noter que la conversion n’est possible que pour ceux qui ont le courage d’aller à la rencontre de la différence et de s’astreindre à la quête de la connaissance de l’autre. Par moment, Jake Sully, l’espion ethnologique, fait penser à Charles de Foucauld, l’envoyé de l’armée française chez les Touaregs, qui finira par succomber à la mystique régnant au cœur du plus beau désert du monde, le Sahara.

Cette vision de la conversion entre également en résonnance avec le livre de Christian Arnsperger Ethique de l’existence post-capitaliste dans lequel il montre que nous sommes tellement engoncés dans l’idéologie qu’a fabriquée depuis trois ou quatre siècles le capitalisme, qu’il faudra une longue pratique des « exercices existentiels » pour s’en extraire et s’en libérer.

On peut succomber au charme

Les succès commerciaux et financiers du pari de James Cameron sont évidents. Mais les thèses qu’il développe sont-elles acceptées par les spectateurs ? Ne peut-on craindre que les grosses ficelles et les trucs éculés qu’il a utilisés pour accrocher le spectateur occidental moyen aient en fin de compte oblitéré les messages subliminaux décrits ci-dessus ? A force de pratiquer le bon vieil adage « On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre », le film n’a-t-il pas englué les spectateurs dans le miel de la superproduction traditionnelle, d’une superbe esthétique d’une nature préservée, de la mythologie New Age, du scénario combinant l’action et le romantisme à l’eau de rose ?

Difficile de sonder les cœurs et les reins de ces millions de spectateurs, mais il semble que beaucoup ne sortent pas totalement indemnes de cette fable écologico-philosophique. De multiples sites de fans se sont créés et ils débordent de témoignages étonnants. Ainsi, le site Avatar Forums [16] a reçu quelque 1.000 commentaires, émanant d’internautes qui se retrouvent complètement déprimés après avoir vu le film et qui racontent que leur vie leur semble désormais bien fade. Certains d’entre eux vont même jusqu’à écrire : « Après avoir vu Avatar hier, je me suis réveillé ce matin avec la sensation de vivre dans un monde sans couleurs. Tout me semble tellement vain. Je ne trouve plus la motivation de faire quoi que ce soit. Je vis dans un monde qui se meurt ». Sur un autre site, un fan déclare : « J’ai même envisagé le suicide en songeant que, peut-être, je renaîtrais sur un monde semblable à celui de Pandora », tandis que sur Naviblue, le site officiel du film, un fan a enjoint les autres internautes à recréer avec lui une vraie tribu Na’vi.

Bien sûr, ces « conversions » et émotions ne sont pas le gage d’une véritable compréhension de ce qui provoque ces sentiments et ces envies. Mais de toute évidence, ce film permet à de nombreux jeunes, notamment, d’exprimer leur malaise dans une société morbide et d’imaginer la possibilité d’autres façons de vivre. Ce ne sont évidemment pas des prises de conscience bien profondes mais, pour une fois qu’Hollywood consacre ses millions de dollars à autre chose que la glorification du héros solitaire (ici on a plutôt affaire à un héros solidaire) qui par sa violence défait les méchants et retourne s’adonner aux joies de sa famille nucléaire, ne gâchons pas notre plaisir. Et mettons en évidence cette phrase de Guattari reprise dans un autre article [17] de cette revue : « … nos univers mentaux sont pétris de mythes, etc. et c’est du côté des mouvements écologistes qu’on l’a oublié et qu’on se contente de laisser le pouvoir lié à ce savoir aux publicistes ou à Hollywood qui en font des séries, sans place pour une production nouvelle. »

Serge Latouche nous incite à « décoloniser l’imaginaire » [18]. C’est ce qu’aide probablement à faire ce film, ni plus ni moins. Et en tout cas, les Terriens n’ont pas réussi à coloniser Pandora avec leur sale idéologie productiviste et à y détruire la profusion de vie qui y prospère. C’est déjà ça de gagné…

[1En ce début mars 2010, plus de 100 millions de spectateurs aux Etats-Unis, 15 millions en France, plus d’un million en Belgique. De par le monde plus de 200 millions de spectateurs. Et ce n’est pas fini…

[2Coûts de production : 300 millions de dollars ; coûts de promotion : 200 millions de $ ; recettes fin février 2010 : 1.900 millions de $ ; recettes finales espérées : 3.000 millions de $.

[4« Les nominations aux Oscars cette année constituent un défilé de propagande, de stéréotypes et de malhonnêteté pure et simple. Le thème dominant est aussi vieux que Hollywood : le droit divin de l’Amérique d’envahir d’autres sociétés, de voler leur histoire et d’occuper nos mémoires. Quand est-ce que les metteurs en scène et les scénaristes se comporteront-ils enfin comme des artistes et non comme des prostituées au service d’une vision globale dévouée au contrôle et à la destruction ? J’ai grandi avec le mythe cinématographique du Far West, ce qui n’était pas bien méchant si vous aviez la chance de ne pas être un Amérindien. La formule n’a pas changé. Par des distorsions nombrilistes, l’agresseur colonialiste américain est présenté comme un être doté d’une noblesse destinée à couvrir les massacres, des Philippines jusqu’en Irak. Hollywood réussit de manière brillante à faire disparaitre toute trace de vérité sur les agressions de l’Amérique. Il ne s’agit plus de guerres, mais de l’exportation d’une « culture » meurtrière, accro aux armes à feu. Et lorsque la version de psychopathes présentés comme des héros ne prend plus, le bain de sang se transforme en une « tragédie américaine » accompagnée d’une bande-son à vous arracher les larmes. »

[7La société privée qui compte autant de combattants en Irak que l’armée officielle des Etats-Unis.

[8Avatar : (n. m.), Dans la religion hindoue, Chacune des incarnations de Vichnou. Par extension, il signifie familièrement le changement ou la transformation d’un objet ou d’un individu qui en a déjà subi plusieurs. Que d’avatars dans la vie politique de cet homme d’État ! En informatique, un avatar est la représentation graphique d’un internaute, que ce soit sous forme 2D, (sur les forums et dans les logiciels de messagerie) ou sous forme 3D (dans les jeux vidéo, par exemple).

[9Sur le site d’Etopia

[10(…) divers états hiérarchisés en un axe vertical. Un individu, une culture, un système pourraient progresser ou régresser suivant cet axe. Ainsi, pour le corps les niveaux d’organisation seraient « atomes > procaryotes > eucaryotes > organismes neuronaux > moelle épinière > système cérébral reptilien > système limbique > néocortex > néocortex complet > organes bioniques > cyber humains ».

[11Bernard De Backer, La Nature à l’épreuve de l’anthropologie, pp.XXX

[12L’hypothèse Gaïa, appelée également hypothèse biogéochimique est une hypothèse controversée d’écologie profonde initialement avancée par l’écologiste anglais James Lovelock en 1970, mais également évoquée par d’autres scientifiques avant lui, selon laquelle la Terre serait « un système physiologique dynamique qui inclut la biosphère et maintient notre planète depuis plus de trois milliards d’années, en harmonie avec la vie ». L’ensemble des êtres vivants sur Terre serait ainsi comme un vaste organisme (appelé Gaïa, d’après le nom de la déesse de la mythologie grecque personnifiant la Terre), réalisant l’autorégulation de ses composants pour favoriser la vie. Un exemple cité par Lovelock à l’appui de son hypothèse est la composition de l’atmosphère qui aurait été régulée au cours du temps de manière à permettre le développement et le maintien de la vie.

[13James Lovelock, Les âges de Gaïa, Robert Laffont, 1990, La Terre est un être vivant, l’hypothèse Gaïa, Flammarion, coll. « Champs », 1999.

[14Fritjof Capra, La Toile de la vie : Une nouvelle interprétation scientifique des systèmes vivants (1997), Le Rocher, 2003.

[15Isaac Asimov, Fondation foudroyée, Denoël, 1983, Terre et Fondation, Denoël, 1987.

[17Nicolas Prignot, Retour sur les trois écologies de Félix Guattari.

[18Serge Latouche, Décoloniser l’imaginaire - La pensée créative contre l’économie de l’absurde, 2003, Ed. L’Aventurine, collection L’après-développement.


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