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Abécédaire politique communal

Au départ de la politique communale uccloise, creuset d’une réflexion

Pour mieux comprendre le sens de ma démarche

Au terme d’un engagement politique de 12 ans dans la commune bruxelloise d’Uccle (dont 6 ans comme échevine de l’Urbanisme, de l’Environnement et de la Régie foncière de 2001 à 2007), j’ai voulu centrer mon propos sur les réalités concrètes d’une gestion de la cité. Avec la volonté de réhabiliter une politique locale trop souvent méconnue
La politique communale apparaît assez généralement comme la parente pauvre des médias (est-il caricatural de dire que les échos se limitent le plus souvent aux rivalités électorales, aux scandales financiers et aux contestations riveraines des projets d’urbanisme et de circulation routière ?). Et je regrette que les questions politiques locales soient dévalorisées, dans l’esprit de nombreux citoyens, en regard de celles de politique régionale, fédérale et internationale. Car cette politique de proximité, avec les nombreux services publics qu’elle assume, est à la base de la démocratie.

Ma réflexion s’est ancrée dans une pratique qui fut quotidienne. L’expérience d’un mandat exécutif au niveau local est riche à bien des égards : elle oblige à confronter ses convictions idéologiques avec les réalités concrètes de terrain ; en sens inverse, elle induit des réflexions politiques de portée plus générale.
J’en parle avec le recul des deux ans qui ont suivi la fin de mon mandat échevinal. Et c’est tant mieux si cet effort de synthèse peut aussi contribuer, modestement, à l’entretien, ô combien nécessaire, d’une mémoire collective.

C’est au travers de nombreux mots-clé, épinglés sans filtre et docilement rangés suivant l’arbitraire d’un abécédaire, que j’ai choisi d’évoquer mon expérience politique. Cet abécédaire se veut le témoignage d’un travail de terrain nourri par une mise en perspective. Il nous conduit du local au global et vice versa, à travers une pensée systémique éclairant de multiples interdépendances.
Dans une optique centrée sur la vie communale, certains des textes sembleront peut-être au lecteur manquer de pertinence. Ils s’inscrivent dans la volonté de donner un cadre de référence plus large à l’action locale.
Sous leur apparence disparate, ces mots tissent une réflexion fondée sur une même philosophie : l’éclairage de l’ « écologie politique ». Au-delà des opinions que j’exprime - qui sont une invitation au dialogue - je souhaite que cette évocation d’un mandat communal aide à mieux comprendre les réalités de l’exercice du pouvoir exécutif au sein d’une coalition. Avec l’espoir qu’elle suscite réflexion et débat.

Il est des mots qui nous parlent et d’autres qui nous blessent.
Il est des mots qui nous inspirent et d’autres qui nous rebutent.
Il est des « mots souvenirs » et des « mots projets ».
Il en est dont on a besoin pour vivre.
Il en est que l’on aime, on ne sait pas toujours pourquoi.
Il en est aussi dont on voudrait qu’il n’ait pas fallu les inventer…
S’il nous arrive de trouver le « mot juste » pour exprimer notre vécu,
les mots que nous choisissons trahissent souvent notre pensée.
Ils risquent aussi d’être interprétés par celui qui nous écoute,
et de prendre un sens différent de celui que nous voulions leur donner.
Mais ce n’est pas une raison de se taire.

Hormis la décision première du principe d’un abécédaire, mon écriture n’a pas été guidée par un plan d’ensemble préalable. Elle a rebondi de multiples fois, d’un mot à l’autre, par une suite d’associations d’idées spontanées. Chacun des textes s’est peu à peu enrichi et modifié à la lumière des autres.
Dans chaque texte sont mis en évidence les mots qui ont été retenus comme entrées des autres chapitres. De renvoi en renvoi, le lecteur finira, s’il le souhaite, par découvrir l’ensemble d’un contenu qu’il peut aborder par n’importe quel bout.
Je propose cette toile entrecroisée comme une invitation à butiner … au gré des intérêts et de la fantaisie du lecteur. C’est en butinant que l’abeille fait son miel.

Les questions abordées sont perçues dans le contexte des années 2000 ; mais elles relèvent d’une actualité toujours en mouvement. Par ailleurs ma propre réflexion a évolué en cours d’écriture ; et celle de mes lecteurs pourra la remettre en question.
Une diffusion sur Internet présente donc l’intérêt d’un écrit non figé, susceptible d’être modifié au cours du temps, auquel j’ai pensé préférable de ne pas accoler une date de clôture.

Chantal de Laveleye

PDF - 2.9 Mo
Version pdf de l’abécédaire
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Parler d’une « vision systémique » c’est utiliser une expression savante.
Mais ce n’est pas du pédantisme.
Car il n’existe pas un mot plus courant pour exprimer ce qui est devenu aujourd’hui
le fondement de toute la pensée scientifique contemporaine

Il fut un temps où je recommandais à mes élèves de sciences sociales de parcourir un ouvrage de Joël de Rosnay intitulé « Le macroscope, vers une vison globale ». Bien que publié dans les années 70 il n’a rien perdu de son actualité. Parce que son objet est une nouvelle manière de voir, de comprendre et d’agir fondée sur la mise en évidence de grandes règles communes d’organisation et de régulation des « systèmes » que constituent la cellule, l’organisme vivant, la ville, l’économie, la planète…

Un système se définit comme un ensemble fonctionnel constitué d’éléments interagissant les uns avec les autres.
L’écologie identifie des « écosystèmes », ensembles fonctionnels formés des interactions entre une communauté vivante (« biocénose ») et son milieu inanimé (« biotope »). Les écosystèmes sont en équilibre dynamique : les très nombreuses espèces qui les constituent sont en interrelations et la disparition de l’une d’entre elle peut entraîner des modifications importantes de l’ensemble. D’où l’importance de préserver la biodiversité.
L’image d’un mobile (composé de pièces de tailles diverses attachées à des bras de leviers plus ou moins longs) suspendu au plafond est très parlante : la suppression de pièces modifiera l’équilibre ; le mobile changera d’aspect, il deviendra fragile. Et s’il s’agit d’une construction très dissymétrique, la suppression d’une pièce importante détruira immédiatement tout l’édifice… sans que l’on puisse prévoir à quel moment l’équilibre se rompra !

La cybernétique est fondée sur la théorie des systèmes. La physique distingue les systèmes ouverts et fermés. La pratique des thérapies familiales considère une famille comme un système. Les médecines alternatives appréhendent l’organisme comme un système. Les ethnologues mettent en évidence les interactions entre les divers éléments qui caractérisent un système culturel...

On parle aussi de systèmes en économie.
Dans certains manuels, on trouve des schémas pédagogiques des « circuits économiques » représentés sous la forme d’un système fermé. Comme si une économie fonctionnait sans consommer des matières premières et de l’énergie, ni rejeter de déchets ! Une telle vision témoigne d’une conception dépassée qu’elle contribue à perpétuer... avec des conséquences écologiques très graves pour notre avenir.

Notre planète elle-même doit être comprise comme un gigantesque système Terre au sein duquel l’atmosphère, les océans et les cours d’eau, les sols, le couvert glacé et la biosphère interagissent via des échanges d’énergie et de matière.
De multiples phénomènes de « feed-back » en accroissent la complexité : capables de réguler les évolutions (par des rétroactions dites « négatives ») mais aussi de les accélérer (à cause de rétroactions dites « positives »).
C’est ainsi, par exemple, que la diminution des étendues glacées générée par l’augmentation de l’effet de serre induit, par la réduction du pouvoir réfléchissant de la surface terrestre, une accentuation du réchauffement initial. De même, l’augmentation des températures dans les océans et dans le permafrost des régions polaires génère une libération de gaz méthane qui vient renforcer le réchauffement.

Approches systémique et analytique
La vision systémique s’oppose à la tradition cartésienne de la démarche analytique dans l’appréhension de la connaissance. Elle est une approche des réalités complexes axée sur la mise en évidence des interdépendances et des mécanismes de régulation. C’est une pensée globale et fondamentalement transdisciplinaire. Tout le contraire d’une multiplication de zooms par des photographes qui seraient devenus incapables de prendre du recul !

L’exigence d’une perception globale est merveilleusement illustrée par un livre qui a fait les délices de mes petits-enfants (et de leur grand-mère !) : « 7 souris dans le noir » d’un auteur américain dénommé Ed Young. Les images sont essentielles pour soutenir le propos. Je vais cependant essayer de vous en raconter l’histoire.

Un jour, sept souris aveugles découvrent une chose étrange.
Après avoir eu le réflexe de se sauver, elles osèrent, chacune à leur tour, partir en exploration.
Souriceau Rouge s’y risqua le premier. « C’est un pilier » dit-il aux autres à son retour d’expédition. Souriceau Vert lui succéda : « c’est un serpent » affirma-t-il.
Quant à souriceau Jaune, il émit l’avis qu’il s’agissait plutôt d’une lance.
« C’est une falaise » assura ensuite souriceau Violet !
Mais non, « c’est un éventail » cria souriceau Orange : « je l’ai senti bouger ».
Souriceau Bleu, le sixième, eut plutôt l’impression qu’il s’agissait d’une corde.
Ils commencèrent à se disputer. Jusqu’au jour où souricette Blanche eut l’audace d’escalader la chose et de la parcourir de bout en bout. Elle comprit alors qu’il s’agissait … d’un éléphant !

Telle est la morale des souris, conclut le livre :
« Savoir un peu est mieux que rien, mais le sage ne connaît vraiment que ce qu’il a vu en entier. »

Encore trop souvent, malheureusement, la réflexion et l’action politique demeurent cloisonnées, secteur par secteur, compétence par compétence. Les incohérences entre divers objectifs risquent de ne pas être perçues, et les rétroactions (que ce soient des feed back « positifs » ou « négatifs ») ne sont pas suffisamment prises en compte dans le choix des moyens mis en oeuvre.

En politique comme en science, une vision systémique des choses
permet une action plus efficace pour un mieux être et un mieux vivre en société.
Ce qui est bien, en définitive, l’objectif commun de toutes les politiques !


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