| Wallonie : de la gouvernance à la citoyenneté |
Pour l’avenir de la Wallonie, les réformes en matière de gouvernance sont tout aussi importantes que tout ce qui doit être entrepris par ailleurs pour changer et réguler l’économie. Le décumul des fonctions de parlementaire et de bourgmestre ou d’échevin, la création d’une circonscription unique pour l’ensemble de la Wallonie, la réduction drastique du poids des provinces et la réforme des intercommunales, la dépolitisation des nominations publiques, la lutte contre le clientélisme sous toutes ses formes, la mise en place d’une administration wallonne impartiale et performante constituent autant de réformes essentielles.
Elles doivent aider les Wallons à réaliser « le projet d’une société capable d’apprendre et d’agir sur elle-même, par le biais de la volonté et de la conscience politiques », selon la formule d’Habermas. Sans ces réformes, les appels plus ou moins pressants à une mobilisation des Wallons dans la relance de leur économie, risquent de tomber complètement à plat.
Mais ces réformes, à leur tour, n’ont de chance d’aboutir sans une lecture au moins partiellement partagée des origines historiques des problèmes de gouvernance. Dans ce but, le présent texte se propose de poser quelques jalons pour une critique de l’économisme impensé qui continue de dominer le discours politique en Wallonie.
En 2010 comme en 1960, il s’agit de ne pas seulement penser la société à partir de l’économie, mais de ré-encastrer celle-ci dans une culture, des institutions et une citoyenneté. Si en 1960 la classe ouvrière wallonne se mobilisait pour le fédéralisme et la reconversion de son économie, en 2010, les institutions que cette lutte a produites ne peuvent se contenter d’appeler les Wallons à saisir les opportunités du capitalisme cognitif et à mettre « un peu d’identité » dans le moteur du dynamisme wallon.
L’heure est à la redéfinition d’un projet collectif qui fait le lien entre l’économie, l’écologie, le social, la culture et le politique et qui ne se contente plus de rejeter à l’extérieur de la Wallonie, toute la responsabilité des difficultés.