etopia
Des politiques cohérentes pour soutenir les jardins scolaires
 
 
Caroline Lhoir
Chercheuse-associée à Etopia
Sujets abordés :
Autres articles
Des politiques cohérentes pour soutenir les jardins scolaires
 
Derniers articles de cette rubrique
Le féminisme, combat d’aujourd’hui
L’exil de Mériem ou le voyage dans le temps
Vers une gouvernance macroéconomique ambitieuse de l’UE
Des politiques cohérentes pour soutenir les jardins scolaires
 
mots
publications - Analyses
Slow Food : les projets élaborés par les ateliers des Rencontres des nouveaux Mondes
Impressions du Congrès d’Avenir des Verts allemands
publications - Varia
Des politiques cohérentes pour soutenir les jardins scolaires
publications - Varia
Des politiques cohérentes pour soutenir les jardins scolaires
 
Partage
Réseaux sociaux
Forum
en construction
 
 
 
 

« J’ai toujours cru en l’idée que celui ou celle qui sème les utopies, récolte les réalités. »

Carlo Petrini (Président de Slow Food)

« J’ai toujours cru en l’idée que celui ou celle qui sème les utopies, récolte les réalités. »

Carlo Petrini (Président de Slow Food)

Les programmes de jardins scolaires dans les écoles primaires des pays développés permettent d’améliorer l’éducation tout en assurant une meilleure alimentation. La pédagogie active qui y est déployée donne de meilleurs résultats dans les disciplines associées tout en améliorant l’alimentation. Il importe cependant de développer des politiques claires et cohérentes pour pallier le manque de moyens techniques, de financement et de formation.

Partout dans le monde, des écoles primaires ont recours, dans leurs pratiques pédagogiques, à des jardins potagers cultivés par des jardiniers en herbe. Les mérites de ces jardins scolaires semblent reconnus tant par les professionnels de l’apprentissage que par les programmes d’alimentation et d’environnement. Pourtant, des difficultés subsistent pour assurer leur pérennité.

Après avoir défini en quoi consistent ces jardins scolaires, leur histoire et leur utilité, nous relèverons quelques exemples d’initiatives réussies et essayerons de comprendre pourquoi l’élaboration d’un projet de potager scolaire peut se transformer en un véritable parcours du combattant. Nous tenterons enfin de proposer des pistes de solutions à ces problèmes.

« Jardin » vient du mot allemand « Garten », qui signifie « enclos ». C’est un espace extérieur, lieu de culture ou d’entretien des plantes, généralement clos ou délimité qui peut être privé ou public. S’il est cultivé à des fins utilitaires comme la production de légumes ou de fruits, on parlera alors de « jardin potager » ou encore de « verger ».

Nous nous pencherons exclusivement sur les jardins scolaires, parcelles situées à proximité des écoles, ou attenantes à celles-ci, et gérées par la communauté scolaire (enseignants, éducateurs, enfants, parents et bénévoles). Même si des jardins scolaires existent aux quatre coins du monde, nous limiterons le traitement des politiques à développer en la matière aux écoles des pays « développés », dites de l’hémisphère Nord.

Quelques repères historiques

Les jardins scolaires ne datent pas d’hier. A la fin du XVIIIème siècle déjà, on voit apparaître des théories assurant un lien entre le développement humain et la conscience environnementale. Jean-Jacques Rousseau et Johann Pestalozzi estiment que le contact direct avec la nature est un facteur de sain développement de l’enfant. Pestalozzi fonde d’ailleurs une entreprise agricole à vocation éducative. En 1911, Ferdinand Buisson, dans son Nouveau Dictionnaire de pédagogie, vante les mérites du jardin scolaire comme « élément d’instruction pour renforcer les indications fournies aux élèves dans les leçons relatives à l’agriculture ». (Buisson, 1911) Néanmoins, c’est avec l’émergence des pédagogies actives que le jardin scolaire prend tout son sens. Decroly, le premier, introduira le potager dans le contexte scolaire, comme outil d’apprentissage, comme laboratoire vivant engageant l’enfant-jardinier comme acteur de ses apprentissages. Freinet prônera lui aussi le jardin scolaire comme milieu riche en observations concrètes sur le vivant, et lieu d’enracinement de l’enseignement scientifique dans l’activité technique.

Plus récemment, en 1975, une circulaire du Ministre de l’Education au Portugal reconnaissait officiellement des activités qui étaient jusqu’alors menées de façon plus ou moins spontanées comme le jardin potager, l’élevage et la collaboration dans des tâches productives d’intérêt communautaire (Melo, 1980).

Des jardins scolaires. Oui, mais pourquoi ?

« Sociologiquement, l’école est l’un des principaux creusets où s’acquièrent et s’inculquent les connaissances, les comportements, les attitudes, les valeurs et les savoir-faire de la vie quotidienne comme le sens des responsabilités, l’estime de soi, le goût du travail en équipe, l’aptitude à décider et à prévoir ». (FAO, 2004)

Les jardins scolaires ont une double finalité : pédagogique et économique (axée sur la sécurité alimentaire). Leurs objectifs varieront en fonction du contexte social. En d’autres termes, ce sont les préoccupations des initiateurs qui conduiront à la création de jardins scolaires obéissant à des priorités différentes. Là où, dans l’hémisphère Nord, les jardins scolaires ambitionnent surtout d’être des outils à vocation pédagogique, ils rechercheront la production vivrière et la sécurité alimentaire dans les pays du Sud ; les microprojets de potagers scolaires soutenus par la FAO dans plus de 40 pays en voie de développement en sont un exemple.

Ces trente dernières années ont vu se développer de nombreuses études sur les programmes de jardins scolaires. En 2004, la Food and Agriculture Organization of the United Nations et l’International Institute for Educational Planning de l’Unesco, ont mené conjointement une étude d’envergure : Revisiting garden-based learning in basic education. Ils y mettent en évidence, sans prétendre à l’exhaustivité, une série d’atouts des jardins scolaires à l’école primaire comme l’amélioration de la pertinence et de la qualité des apprentissages, l’ancrage des savoirs dans l’expérimentation du potager, non seulement pour la biologie et les sciences, mais aussi les mathématiques, la lecture, l’écriture et l’expression orale. (Chauliac, 1996) Les jardins permettent aussi d’aborder le développement durable, l’écologie et l’éducation à l’environnement. Ils développent le sens de la coopération, le respect des choses et des autres, la curiosité, l’art de cuisiner des produits frais et locaux, et de partager un repas. Ils forment à la gestion de projet et à la prise de décision. Par ailleurs, les programmes basés sur les jardins scolaires montrent un réel impact en matière de nutrition, de lutte contre l’obésité et de consommation de fruits et légumes (Lautenschlager, 2007).

Des potagers fructueux !

An niveau local, des initiatives de jardins scolaires efficaces existent et leur réussite est souvent due à la grande motivation de leurs initiateurs ainsi qu’à l’aide apportée par des associations partenaires ou des bénévoles. En Belgique, des enfants s’essayent au jardinage respectueux de l’environnement à l’école de la Retraite du Sacré-Cœur où l’on élève des coccinelles et installe des pièges à limaces à la bière, alors que les enfants de Pepinster travaillent au potager avec les personnes âgées de la maison de repos voisine. Le jardin potager de l’école Hamaide à Uccle voit défiler des générations de jeunes jardiniers, pendant que les enfants de l’école d’enseignement spécialisé Peu d’Eau fabriquent leur compost et goûtent les repas à base des produits frais et locaux qu’ils ont cultivés.

Dans un souci de sensibilisation et de formation, l’Institut De Fré, école supérieure pédagogique de Bruxelles, a créé en 1999 un Jardin didactique qui permet chaque année à de futurs enseignants de s’essayer aux plantations avec leurs classes dans le cadre d’ateliers de formation professionnelle. Cette réserve éducative a été labellisée par la Fondation Nicolas Hulot et Natagora.

Dans la foulée, l’école communale de Thiaumont, école-pilote près d’Arlon, s’est inspirée du jardin en carrés de l’Institut De Fré pour en faire, depuis deux ans, un véritable projet d’école. Ici, toute l’équipe éducative est impliquée dans le processus, emmenant dans l’aventure les enfants de 2 ans et demi à 12 ans ! Cette année, le potager s’est transformé en jardin médiéval, les jeunes mains vertes soignant herbes aromatiques, plantes médicinales, navets ou autres radis.

A une autre échelle, les conviviums Slow Food [1], contribuent depuis 2001 au développement des School Gardens (Orti in Condotta) qui se multiplient dans le monde entier. En 2007, les potagers actifs étaient au nombre de 110 en Italie et de 54 dans le reste du monde (Burdese, 2007).

Et pourtant… le bât blesse !

Toutefois, dans la pratique, des barrières existent encore et rendent difficile la mise en route et surtout la pérennisation d’un jardin scolaire. Il ressort de l’enquête menée par Graham (Department of Nutrition, University of California) et Beall (California Department of Education) auprès de directeurs d’écoles californiennes que le manque de temps à y consacrer, le fait que les programmes n’y accordent pas beaucoup d’importance et le manque d’intérêt, de connaissance, d’expérience et de formation des enseignants en matière de jardinage, sont des obstacles majeurs dans des écoles où un jardin est pourtant présent. Là où aucun jardin n’est pas encore installé, les barrières s’expriment en termes de financement, de contraintes « temps » et de manque d’outils et de matériel de jardinage. (Graham, 2005)

A la lumière de ces éléments, il importe que la mise en place de programmes nationaux de jardins scolaires, aux objectifs clairement définis, réalistes et spécifiquement adaptés au contexte, s’appuie sur une volonté politique et des politiques nationales cohérentes. Celles-ci doivent reconnaître le rôle pédagogique des jardins scolaires, par exemple par une adaptation des programmes. Elles doivent également assurer la formation des futurs enseignants, cuisiniers des cantines scolaires et bénévoles communautaires et prévoir l’élaboration d’un matériel spécifique de formation ainsi que la collaboration avec les associations existantes. Enfin, de telles politiques requièrent une assistance technique et surtout des moyens budgétaires.

Conclusion

L’école est le lieu idéal de sensibilisation. Elle est un acteur, un partenaire de choix pour l’initiation et la formation des enfants notamment en matière d’éducation à l’environnement et à l’alimentation.

Dans ce cadre, les jardins scolaires et la pédagogie active qui les sous-tend peuvent répondre aux besoins de l’école, tant sur le plan de la qualité des apprentissages proprement dits, que sur celui des valeurs et des comportements qu’ils véhiculent.

Forts des études menées en matière de jardins scolaires, et de l’expérience acquise dans ce domaine à l’échelle mondiale, nous pouvons plaider en faveur de politiques nationales claires et cohérentes pour permettre aux programmes de jardins scolaires non seulement de voir le jour, mais aussi de vivre et de durer.

Et en pratique ?

Vous avez envie de vous lancer dans l’aventure passionnante du potager avec vos élèves ? Il existe de nombreux ouvrages et de sites internet regorgeant de conseils pratiques, pistes didactiques, exploitations interdisciplinaires et récits d’écoles. Parmi d’autres…

Bibliographie

Créer une réserve éducative...un laboratoire en pleine nature. BORREMANS Yves , WWF Belgique, 1995. 44 p. Dossier pédagogique précisant les objectifs éducatifs et des conseils pour réaliser une réserve éducative dans ou à proximité d’un établissement scolaire, pour aider les enfants à découvrir et percevoir leur environnement naturel ou semi-naturel (mare, haie champêtre et pré de fauche) et ses menaces. Détails de l’avant-projet à la réalisation de la réserve : choix du terrain, dimensions, coût, plan d’aménagement, travaux, abris pour la faune, compostage...

Des idées d’aménagement pour la classe en plein air : creuser, planter, fabriquer, peinturer ! Evergreen (Canada), 2002. Recueil d’idées et de témoignages pour aménager des jardins et y mener des activités. En quatre parties : les techniques de jardinage, les éléments naturels du jardin, les éléments bâtis, les éléments artistiques (les peintures murales et les mosaïques, la peinture d’asphalte). Téléchargeable sur : www.evergreen.ca

Le jardin des possibles : guide méthodologique pour accompagner les projets de jardins partagés, éducatifs et écologiques. Ecole et Nature, 2003. 133 p. ISBN 2-910062-00-7. Recueil de fiches pratiques pour construire un projet de jardin pédagogique. Repères méthodologiques : Comment monter un projet de jardin participatif ? Repères écologiques : Comment réaliser un jardin respectueux de l’environnement ? Repères pédagogiques : Comment valoriser le potentiel éducatif du jardin ?

Réussir le développement d’un jardin éducatif. ARIENA, 2005. 16 p. Brochure reprenant de façon synthétique nombre d’informations contenues sur le site de l’ARIENA sur les jardins pour le montage de jardins éducatifs : étapes du montage du projet, financement, liens avec les programmes scolaires, techniques de jardinage, pédagogie, exemples en Alsace. Voir le site où la brochure est également téléchargeable : http://www.ariena.org/jardin.html

Jardinons à l’école, GNIS. Réalisé par le Groupement National Interprofessionnel des Semences et plants, le site web Jardinons à l’école déborde de conseils pratiques, de fiches didactiques, de pistes de projets interdisciplinaires et de documentation. A découvrir sur : http://www.jardinons-alecole.org/

Personne ressource. Agnès Muller, institutrice de 5ème et 6ème primaire à l’école communale de Thiaumont, et personne de contact dans le cadre du projet « jardin carrément différent », aura plaisir à répondre à vos questions : agnes.muller@skynet.be .

Références

BUISSON F., 1911, Nouveau Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire, Hachette, Paris

BURDESE R., 2007, Slow Food : un mouvement d’éco-gastronomes, Etopia, revue d’écologie politique, vol. 3, pp. 97-111

Chauliac M., Barros T., Masse-Raimbault A.-M. et Yepez R., 1996, Jardins scolaires et éducation alimentaire en milieu andin, Food, Nutrition and Agriculture, Vol. 16

Desmond D., Grieshop J. et Subramaniam A, 2004, Revisiting garden-based learning in basic education, Food and Agriculture Organization of the United Nations and International Institute for Educational Planning (sur le site : http://www.fao.org), 25.10.08

FAO, 2004, Note d’introduction sur les jardins scolaires, Rome

GRAHAM H., 2005, Use of School Gardens in Academic Instruction, Journal of Nutrition Education and Behavior, vol. 37, 147-151

HILGERS KR, HAYNES C., OLSON J., 2008, Assessing a garden-based curriculum for elementary youth in Iowa : Parental perceptions of change, Horttechnology, 18:1, pp. 18-23

LAUTENSCHLAGER L. et SMITH C., 2007, Beliefs, knowledge, and values held by inner-city youth about gardening, nutrition, and cooking, Agriculture and Human Values, 24:2, pp. 245-258

LAUTENSCHLAGER L. et SMITH C., 2007, Understanding gardening and dietary habits among youth garden program participants using the Theory of Planned Behavior, Appetite, 1 : 1, pp. 122-130

LEGRAND L, 1993, Célestin Freinet, Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée, 23 : 1-2, pp. 407-423

MELO A., 1980, Ecole et communauté au Portugal, International Review of Education, 26:3, pp. 325-334

OZER E., 2007, The Effects of School Gardens on Students and Schools : Conceptualization and Considerations for Maximizing Healthy Development, Health Education & Behavior, 34:6, p. 846-863

Skelly S. & Bradley J., 2000, The importance of school gardens as perceived by Florida elementary school teachers, Horttechnology, 10:1, pp. 229-231

[1A propos du mouvement Slow Food, on lira le dossier y consacré de la revue étopia n°3, en particulier l’article de Roberto Burdese, Slow Food : un mouvement d’éco-gastronomes, également disponible en ligne à l’URL
http://www.etopia.be/spip.php?article866


©©