etopia
Décroissance globale des consommations, croissance des échanges non-marchands
 
agendaAvril 2009
 
 
 
 
 
Benoît Lechat †

Né à Eupen en 1960, Benoît Lechat a été au Groupement des Jeunes Protecteurs de la Nature (GJPN) à la fin des années ’70 avant de faire des études de philosophie et de journalisme. Après avoir couvert l’actualité sociale à l’Agence Belga pendant les années ’90 et notamment les mouvements des enseignants et des étudiants, il a rejoint l’équipe d’Isabelle Durant au Ministère fédéral de la Mobilité et ensuite Etopia en 2004. Il publie régulièrement dans la Revue Nouvelle des articles consacrés à la politique et aux médias belges.

Il est responsable des publications chez Etopia, membre du Conseil scientifique de la Fondation de l’Ecologie Politique et rédacteur en chef du Green European Journal

Benoît est décédé le 8 janvier 2015

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Les écologistes doivent l’affirmer haut et fort : comme l’a expliqué Jean-Marc Nollet dans son « Green Deal » et comme l’explique encore Alain Lipietz dans son article paru dans le dernier numéro de la Revue Etopia, l’origine profonde de la crise actuelle n’est pas le manque de régulation financière. La crise est d’abord sociale et écologique. La dérégulation financière n’en constitue qu’une cause secondaire qui l’a précipitée et radicalisée.

Crise sociale : la spéculation financière a profité de la croissance des inégalités de revenus relancée depuis le début des années ’80 par le néo-libéralisme. Pour permettre à tout un chacun d’accéder aux standards d’une consommation de masse insoutenable sur le plan écologique, l’endettement des ménages a été systématiquement encouragé. Le château de cartes de la titrisation a été bâti sur cet endettement.

Crise écologique : la flambée des prix du baril engendrée par la croissance de la demande et le caractère fini de la ressource a empêché nombre de ménages américains de rembourser leurs dettes et de payer leurs pleins d’essence. Réponse productiviste à la crise climatique, les agro-carburants ont pour objectif de maintenir un système de transport basé sur le tout à la voiture et sur la poursuite indéfinie de la croissance des déplacements motorisés. Mais en 2008, leur premier résultat a été qu’une part croissante de populations du tiers monde a été incapable d’acquérir des céréales, provoquant les émeutes de la faim.

La crise est donc le résultat de la conjonction du productivisme et du néo-libéralisme. Les bio-carburants montrent que la modernisation écologique, à elle seule, ne suffit pas tant que certaines croissances ne sont pas remises radicalement en question, par exemple la croissance des déplacements motorisés. Le renforcement de l’efficacité énergétique, comme par exemple le développement de voitures à faible consommation peut même se traduire par une croissance de la consommation énergétique globale, en créant des effets-rebonds que le mouvement de la décroissance a mis en évidence.

Le premier à les avoir décrits est William Stanley Jevons un économiste anglais du XIXème siècle. Le gouvernement britannique l’avait chargé d’étudier la gestion des réserves de charbon, ressource cruciale pour l’industrie nationale. Il décrivit ainsi comment l’amélioration de la productivité des machines à vapeur entraînait une augmentation de la consommation globale de charbon. Aujourd’hui, la même chose vaut pour l’automobile. La réduction des consommations particulières peut être surcompensée par une croissance de la consommation globale : soit nous faisons plus de kilomètres avec le même carburant, soit nous sommes amenés, par exemple, à faire des voyages en avion grâce à l’argent que nous économisons grâce à nos voitures plus performantes.

C’est la raison pour laquelle le programme économique d’Ecolo s’est inspiré de la triple stratégie d’efficience, de suffisance et de démarchandisation préconisée notamment dans la Revue Etopia n°4 par Paul-Marie Boulanger.

Efficience : nous ne devons évidemment pas renoncer à la modernisation écologique, à produire des voitures moins polluantes, des appareils électriques plus sobres…

Suffisance : nous devons surtout réduire globalement nos consommations de ressources non-renouvelables et remettre en question le productivisme, qui se nourrit autant des inégalités que de modèles de consommation insoutenables.

Démarchandisation : la suffisance devra être prolongée par une croissance des échanges non-marchands. Il s’agit de réduire aussi les effets-rebonds qui peuvent découler de l’investissement de l’argent épargné par une réduction globale des consommations dans des économies d’autres pays qui seraient, elles, basées sur une croissance de la consommation d’énergies non-renouvelables…

Cette « démarchandisation » passera par la croissance des échanges et des productions non-marchandes pour répondre à toute une série de besoins, principalement au plan local.

Il y a là tout un champ d’actions à investir par les écologistes dans le sens d’une plus grande qualité de vie et d’un bien-être renforcé. Dans cette lutte, la contribution du mouvement de la décroissance est vraiment précieuse et les écologistes doivent construire un dialogue avec lui afin d’articuler les politiques à mener au niveau global avec l’action locale décentralisée.


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