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Dès qu’il s’agit d’exposer les grands traits de ce à quoi ressemble ou pourrait ressembler une approche non standard et non orthodoxe de l’économie, et d’en déduire quelques conclusions de politique économique, il apparaît très vite que les différences entre les diverses écoles économiques non standard sont beaucoup moins importantes que ce qu’elles ont en commun. On tente ici de clarifier, d’expliciter et d’enregistrer les lignes de convergence principales qui relient les différentes approches non standard de l’économie, sans sous-estimer les problèmes théoriques et conceptuels qui subsistent et qui devront être affrontés très prochainement. L’hypothèse sous-jacente – qui est d’ailleurs aussi bien un programme de recherche – est que c’est seulement sous la bannière d’une économie politique institutionnaliste que les diverses écoles d’une science économique non standard ont une chance de trouver et de pleinement comprendre ce qui fait leur unité potentielle. Ajoutons que ce programme non standard n’est pas vu comme une alternative frontale à la science économique standard – beaucoup d’économistes orthodoxes pourraient en fait acquiescer à nombre des propos qui vont être énoncés ci-après –, mais plutôt comme l’esquisse d’une perspective générale nécessaire à la bonne compréhension de la plus grande part des progrès analytiques accomplis par la science économique standard.

A. Principes généraux

1. Économie politique versus science économique

Il y a deux manières principales d’être un économiste et de pratiquer l’analyse économique. La première, historiquement, a été celle de l’économie politique. La seconde se présente sous l’étiquette de la science économique. Nous considérons qu’il convient de reconnaître à la première une priorité et une supériorité de principe sur la seconde, ce qui revient à dire que la science économique ne doit pas être pensée comme une science mécanique ou mathématique (même si les mathématiques peuvent être appelées à y jouer un rôle important), mais comme une discipline ayant des liens étroits avec la science sociale générale et la philosophie morale et politique. Ainsi entendue, l’économie politique apparaît comme une branche de la philosophie politique qui n’est elle-même rien d’autre que la forme la plus générale de la science sociale. Et la science économique, correctement interprétée, ne fait sens que vue comme le moment analytique de l’économie politique.

2. Un institutionnalisme politique

Toutes les écoles non orthodoxes en économie, ou presque, peuvent être dites institutionnalistes, au moins si l’on entend l’institutionnalisme en un sens suffisamment large et pas trop déterminé (ce qui est connu aujourd’hui sous le nom de néo-institutionnalisme étant un segment de cette vaste école institutionnaliste). De manière très générale, ce qui subsiste aujourd’hui de la grande tradition et de l’inspiration de l’économie politique classique s’exprime sous la forme de propositions institutionnalistes. L’alliance entre économie politique et institutionnalisme est donc toute naturelle.

La proposition centrale de l’institutionnalisme est qu’aucune économie ne peut fonctionner en l’absence d’un cadre institutionnel adéquat. Les conditions d’une bonne marche de l’économie résident à la fois dans l’existence d’un système institutionnel général clairement défini et dans la dynamique d’ensemble de la société civile. Ou, encore plus brièvement, les institutions importent, en effet, et elles doivent être au service de la vitalité et de la créativité de la société. Les différences entre les divers institutionnalismes procèdent des diverses manières d’analyser ce contexte institutionnel (selon qu’on met l’accent sur la culture, le droit, l’État, etc.) et son origine (plus ou moins synchronique ou diachronique, individuelle ou collective, etc.). Une économie politique institutionnaliste (EPI) ne sépare pas l’analyse des marchés de la réflexion sur l’arrièreplan politique et éthique d’une économie. Plus précisément, elle ne croit pas qu’il soit possible d’analyser : 1° d’abord le marché ou l’économie et 2° seulement après, les institutions nécessaires à leur bon fonctionnement. Au contraire, elle croit que les institutions économiques sont étroitement enchevêtrées avec des normes politiques, juridiques, sociales et éthiques, et qu’elles doivent toutes être étudiées et pensées en même temps. Le politique, entendu différemment de la politique ou des politiques économiques, est le lieu ou le moment où cet enchevêtrement trouve sa forme.

3. Un institutionnalisme situé

Pour cette raison, les concepts théoriques généraux d’une économie politique institutionnaliste, comme les conclusions pratiques qu’il est possible d’en tirer, ne peuvent pas être purement spéculatifs. Ils ne sauraient être appliqués n’importe où et n’importe quand sans prendre en considération le contexte historique et social dans lequel une économie spécifique est encastrée. Si ces concepts sont nécessairement abstraits, comme tous les concepts, ils ne sont jamais hypostasiés.

B. Principes théoriques, thèses et résultats

Positions critiques

4. Au-delà des paradigmes standard et étendu

Toutes les écoles institutionnalistes sont critiques tant des hypothèses de base relatives à Homo œconomicus (information parfaite, rationalité maximisatrice paramétrique et égoïste) que de la théorie classique de l’équilibre général qui affirme que la libre coordination entre de tels agents conduit spontanément et automatiquement à un optimum économique. Nul besoin d’y insister ici. Ce qu’il est possible d’appeler le paradigme standard étendu, qui s’appuie massivement sur la théorie des jeux et sur l’idée d’une rationalité stratégique – i.e. que l’agent économique ne calcule plus tant l’utilité qu’il peut retirer de sa consommation des biens et services que celle qu’il est susceptible d’obtenir de sa défection ou de sa coopération avec d’autres agents économiques –, montre qu’il n’est possible d’atteindre que des coordinations locales et des équilibres sous-optimaux. Mais de tels équilibres sont en fait purement tautologiques. Une économie politique institutionnaliste pose qu’aucune coopération viable et durable ne peut être obtenue et structurée à travers la seule rationalité instrumentale, qu’elle soit paramétrique ou stratégique. Toute coordination, pour être effective, implique plus ou moins le partage de certaines valeurs et l’existence d’une régulation politique.

5. Au-delà de la dichotomie marché/État

Toutes les formes d’institutionnalisme mettent l’accent sur l’incomplétude et les échecs inévitables de la régulation par le seul marché. Aucune ne préconise la substitution d’une économie étatique à la régulation marchande pure, mais toutes reconnaissent que l’État (entendu en un sens plus ou moins extensif) doit jouer un rôle. Mais ce qui importe, c’est d’échapper à l’idée que la relation souhaitable entre marché et État serait une relation à somme nulle, l’État étant perçu comme le seul remède véritable aux défaillances du marché et le marché comme le seul remède authentique aux échecs de l’État. L’économie politique institutionnaliste tient que, plus encore peut-être que les formes marchandes ou étatiques de régulation et de coordination, ce qui importe, c’est la coordination sociale générale. À côté de l’État et du marché, l’économie politique institutionnaliste doit donc aussi penser à la société elle-même, quoi qu’on mette par ailleurs sous ce terme : la société civile ou associative ou, plus généralement, toute forme de faisceau de relations sociales, locales, nationales ou supranationales.

Résultats

6. Trois modes institués de circulation et non un seul

Comme il a été montré par Karl Polanyi et par d’autres, les biens et les services ne circulent pas seulement à travers le système du marché (et a fortiori pas seulement à travers le marché autorégulé), mais aussi via la redistribution, mise en œuvre par une forme ou une autre de sommet (aujourd’hui l’État) conformément à un principe de centricité, et via la réciprocité, conformément à un principe de symétrie. La réciprocité est ce qui donne son impulsion à ce que Marcel Mauss, dans l’Essai sur le don, appelle la triple obligation de donner, recevoir et rendre. Comme aucun de ces trois modes de circulation ne peut réellement exister et fonctionner tout seul, comme chacun d’entre eux emprunte nécessairement certaines ressources aux deux autres (et leur en cède par ailleurs), l’articulation entre marché, redistribution et réciprocité – toujours différente en fonction des divers contextes historiques, culturels et politiques – ne peut pas se former naturellement et spontanément. Elle doit être instituée.

7. Qu’il n’existe pas de one best way synchronique en matière d’institutions. La dépendance par rapport à la trajectoire (the path dependency)

En d’autres termes, une des conclusions principales de l’économie politique institutionnaliste est qu’il n’existe pas de one best way économique, pas d’ensemble unique de recettes ou de montages techniques susceptibles d’être appliqués tels quels en tout temps et en tout lieu, sans qu’il soit nécessaire d’étudier de manière détaillée le contexte historique, social et géographique, ou la dépendance par rapport à la trajectoire (path dependency) d’un système économique spécifique. Voilà qui place l’économie politique institutionnaliste en forte opposition avec l’ainsi nommé Consensus de Washington – qui croit que le marché peut et doit être implanté toujours et partout comme s’il s’agissait d’une sorte de machine – aussitôt qu’on a décidé de le faire et indépendamment du contexte politique et institutionnel existant.

8. Qu’il n’existe pas de one best way diachronique en matière d’institution. De l’impermanence de toute chose

Pour les mêmes raisons, aucun montage institutionnel, quelque excellent qu’il ait pu être pour une période historique donnée, ne peut durer éternellement. L’équilibre entre échange de marché, redistribution et réciprocité doit évoluer parce que l’équilibre entre les divers groupes ou classes sociales, entre les sphères du privé, du commun et du public, comme entre les sphères nationale, infranationale ou supranationale, ne peut pas rester stable.

9. Une théorie du changement institutionnel. L’autonomie par rapport à la trajectoire. Continuité et discontinuité

Il ne faudrait pourtant pas accréditer le présupposé fonctionnaliste, totalement erroné, que toutes les institutions existantes sont nécessairement bien adaptées à la société particulière qu’à la fois elles expriment et contribuent à modeler pour la seule et unique raison qu’elles existent. Une des recherches les plus urgentes à entreprendre devra permettre d’expliciter les critères permettant de déterminer quelle part d’un montage institutionnel donné doit être conservée absolument et quelle autre résolument changée.

Programme de recherche

10. Une analyse multiniveau

L’économie politique institutionnaliste doit élaborer une analyse pertinente pour tous les niveaux de l’action (micro, macro, meso, etc.), depuis les contrats bilatéraux jusqu’aux compromis politiques les plus englobants en passant par tout le spectre de la construction d’associations, des plus privées aux plus publiques, de la sphère individuelle à la sphère collective et ainsi de suite.

11. Une autre théorie de l’action

Parce qu’elle ne se satisfait ni de la fiction classique de l’Homo œconomicus – liée à une conception paramétrique de la rationalité – ni de la version standard étendue – liée à un concept de rationalité stratégique –, l’économie politique institutionnaliste se doit de développer une théorie spécifique de l’action sociale et économique. C’est probablement à ce sujet que les différences, et peut-être les divergences, entre les différentes écoles institutionnalistes sont susceptibles d’être les plus grandes. Mais le fait même qu’elles plaident toutes en faveur d’une forme ou une autre d’analyse multiniveau implique que l’économie politique institutionnaliste ne peut faire fond sur aucun individualisme ou holisme méthodologique simple et standard. Il lui faut considérer le sujet de l’action sociale comme à même d’agir non seulement en tant qu’individu isolé et centré sur lui-même, mais aussi comme membre d’une famille (et agissant dans le sens des intérêts de sa famille), d’un groupe de pairs, de diverses organisations et institutions, ou d’une ou plusieurs communautés sociales, politiques, culturelles ou religieuses (et agissant pour leur compte), etc. Plus généralement, même de simples acteurs économiques ne peuvent pas être considérés purement et simplement comme des calculateurs maximisateurs. Ils essaient aussi de trouver du sens à ce qu’ils font. Et il faut prendre ce sens en considération et le comprendre, au moins autant que la « rationalité » individuelle.

C. Propositions normatives

12. D’abord construire une communauté politique

La conclusion la plus générale qu’il soit possible de tirer est qu’on ne peut pas avoir d’efficacité économique durable sans édifier une communauté politique et éthique durable parce que forte et vivante. Et il ne peut pas exister de communauté politique durable et vivante qui ne partage pas certaines valeurs centrales et le même sens de ce qui est juste. Si donc elle n’est pas aussi une communauté morale.

13. Construire une communauté démocratique

Aucune communauté politique moderne ne peut être bâtie sans se référer à un idéal de démocratie. Le problème est que, comme chacun sait, il existe des visions et des définitions multiples et conflictuelles de la démocratie, souvent d’ailleurs largement rhétoriques et idéologiques (une forme d’hommage du vice à la vertu en quelque sorte). La difficulté principale en la matière est probablement la suivante : là où la démocratie n’existe pas réellement, quelle est la priorité ? D’abord construire la communauté politique, démocratique ou non, et seulement après se battre pour sa démocratisation ? Ou bien tenter de bâtir immédiatement la communauté politique comme une communauté démocratique dans l’espoir que le partage de l’idéal démocratique sera le meilleur ciment de la communauté politique ? Il est impossible d’entrer ici dans ce débat immense et compliqué. Du point de vue de l’économie politique institutionnaliste, qu’il suffise de dire, pour commencer, que la caractéristique d’un régime et d’une société démocratiques est qu’ils se soucient de manière effective de donner du pouvoir (empower) au plus grand nombre possible de gens et qu’ils le prouvent en les aidant à développer leurs capabilités.

14. Bâtir une communauté morale et juste

Aucune communauté politique ne peut être édifiée et perdurer si elle ne partage pas certaines valeurs centrales, et elle ne peut pas être vivante si la majorité de ses membres ne sont pas persuadés – à travers quelque forme de common knowledge et de certitude partagée – que le plus grand nombre d’entre eux (et tout spécialement les leaders politiques et culturels) les respectent en effet. C’est le partage plus ou moins massif des valeurs communes qui rend plus ou moins fort le sentiment que la justice règne, un sentiment qui est le ciment premier de la légitimité politique.

15. Généraliser John Rawls

Si l’existence, la durabilité et la soutenabilité de la communauté politique ne sont pas considérées comme allant de soi, mais au contraire comme quelque chose qui doit être produit et reproduit, alors il apparaît aussitôt qu’il est nécessaire d’étendre la théorie de la justice de John Rawls. Car il ne suffit pas de dire que les inégalités ne sont justes que dans la mesure où elles contribuent à l’amélioration du sort des plus mal lotis (même si c’est bien sûr tout à fait important). Il convient d’ajouter que les inégalités ne sont supportables que si elles ne deviennent pas excessives au point de faire éclater et de mettre en pièces la communauté morale et politique. La justice ne doit pas être définie seulement du point de vue du haut qui regarde le bas, mais aussi dans l’autre sens. En d’autres termes, l’établissement d’une communauté politique implique de lutter tout autant contre la richesse privée excessive et illégitime que contre l’extrême pauvreté.

16. Généraliser Montesquieu

Si la démocratie n’est pas vue seulement comme un système politique et constitutionnel, si on la pense, de manière plus générale, en relation avec la dynamique de la montée en puissance (empowerment) des gens, alors il ne suffit pas d’imaginer un système de division des pouvoirs et de contre-pouvoirs au sein du seul système politique (quelque nécessaire que ce soit par ailleurs), entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire (à quoi il faudrait ajouter le quatrième pouvoir, celui des médias). Est également nécessaire un système d’équilibre des pouvoirs entre l’État, le marché et la société, ainsi que, du strict point de vue économique, entre l’échange marchand, la redistribution étatique et la réciprocité sociale.

Conclusion

17. Une approche normative et comparative des institutions

L’une des ambitions principales de l’économie politique institutionnaliste est de parvenir à déterminer le meilleur agencement institutionnel pour une société donnée à un moment donné. Parce qu’il n’existe pas de one best way institutionnelle, l’économie politique institutionnaliste s’oppose aux propositions théoriques universelles et aux normes de politique abstraites et universelles énoncées par le paradigme standard (ou standard étendu). Mais elle ne cède pas davantage à l’hypothèse inverse que (toutes) les institutions existantes sont a priori les mieux adaptées aux besoins d’une société. Elle est donc hostile au relativisme qui traite cultures et sociétés comme si elles étaient des essences homogènes et éternelles, totalement hermétiques les unes aux autres et non susceptibles de changer. Comme on l’a déjà dit, le problème est celui des critères qui permettent d’échapper tant à l’universalisme qu’au relativisme abstraits. Et cela, seule une approche normative comparative, ni universaliste ni relativiste, peut le faire.

18. Vers une théorie gradualiste réformiste-révolutionnaire de l’évolution

L’une des conclusions principales de l’économie politique institutionnaliste est que ceux qui entendent remodeler les institutions existantes doivent de manière générale se montrer aussi modestes que prudents. Compte tenu des effets composites et enchevêtrés de tout changement institutionnel, personne ne peut être assuré du résultat final. Si une réforme est imposée pour des raisons purement idéologiques ou rhétoriques (et a fortiori si elle est imposée par une instance étrangère), le plus probable est qu’elle aboutira à des résultats opposés à ceux qui étaient recherchés. Les réformes très progressives sont alors plus sûres que les réformes brutales. Voilà qui semble plaider en faveur d’un réformisme très timide. Tel n’est pourtant pas le cas. Une bonne réforme est celle que personne (et même pas ses opposants lorsqu’ils ont remporté les élections suivantes) ne songe plus à abolir une fois qu’elle a été effectuée. Voilà le critère et la mesure de l’écart entre les institutions existantes et les institutions souhaitables : une réforme qui aurait dû être entreprise depuis longtemps et que personne ne peut plus contester une fois qu’elle commence à être mise en œuvre. De telles réformes – appelons-les des réformes basculantes (shifting reforms) – peuvent sembler très modestes, mais peuvent pourtant avoir d’énormes conséquences. De telles réformes timides peuvent être révolutionnaires. Mais la situation politique peut être telle que seule une révolution, un changement brutal du régime politique, permette d’amorcer des réformes basculantes.

SIGNATAIRES

S’associent à ce texte (rédigé par Alain Caillé) :

Robert Boyer et Olivier Favereau.

Ainsi que : Jose Luis Corragio, Peter Hall, Geoffrey Hodgson, Marc Humbert, Ahmet Insel, Michael Piore, Ronen Palan, Paul Singer.

Et, depuis les rangs de la sociologie économique : Bob Jessop, Jean-Louis Laville, Michel Lallement, Philippe Steiner, François Vatin.

Les lecteurs qui se sentent en accord avec l’esprit de ce quasi-manifeste pour une économie politique institutionnaliste et qui souhaitent que, sur cette base, s’impulse une dynamique susceptible de déboucher sur une réorientation en profondeur de la recherche en science économique et de son enseignement sont invités à le faire savoir en remplissant en le signalant sur la liste ouverte à cet effet par la revue L’Économie politique : www.leconomiepolitique.fr

1Publié dans le n°30 de La Revue du MAUSS


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