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Le présent article aborde les grands principes de l’économie écologique – le pluralisme de la valeur, le pluralisme méthodologique et l’évaluation multicritère des politiques. L’économie écologique offre des alternatives viables aux fondements théoriques et aux recommandations d’ordre politique de l’économie néoclassique du bien-être. L’économie néoclassique est aujourd’hui le cadre d’une véritable révolution et ses hypothèses les plus centrales sont remplacées par des modèles comportementaux des consommateurs et des entreprises plus réalistes. Nous faisons cependant valoir que ces nouvelles conclusions théoriques et empiriques sont largement ignorées dans les travaux appliqués et les applications politiques de l’économie environnementale. Unique école économique hétérodoxe orientée vers l’économie humaine à la fois comme système social et comme système « logé » dans l’univers biophysique, et relevant dès lors tant du holisme que de la science, l’économie écologique est appelée à jouer un rôle majeur dans le refonte du champ et de la méthode de la science économique.

1. Introduction

L’économie écologique est appelée à jouer un rôle déterminant dans les efforts actuellement déployés pour réconcilier les théories et les politiques économiques avec les acquis généralement acceptés des autres disciplines scientifiques2. Si les théories néoclassiques de l’économie du bien-être3 dominent dans les propos relatifs aux politiques économiques aux Etats-Unis et en Europe, elles ont à faire face à une crise qui démantèle leurs deux piliers fondamentaux : 1- la théorie du comportement humain fondée sur les axiomes des décisions de consommation, et 2- la théorie de la production incarnée par les notions de concurrence parfaite et de répartition fondée sur la productivité marginale. Malgré les percées majeures qui ont élargi le domaine de la théorie économique bien-delà de ces concepts, ceux-ci restent les éléments fondateurs obligés de la science économique néoclassique du bien-être et de l’efficacité au sens de Pareto. Bien que les théoriciens néoclassiques ont très largement abandonné ces notions d’“homo economicus” et de concurrence parfaite, ils n’en continuent pas moins de formuler des recommandations obstinément fondées sur ces représentations obsolètes du comportement humain et de la production marchande. Le courant néoclassique de l’économie du bien-être persiste à formuler des avis erronés concernant les enjeux environnementaux et sociaux les plus urgents dont il faudra tenir compte au vingt-et-unième siècle, notamment sur la disparité croissante des revenus, le changement climatique et la perte de biodiversité.

Le présent article expose les zones de controverse majeures qui opposent la théorie néoclassique du « welfare » à l’économie écologique. Étant la seule école hétérodoxe de science économique en ce qu’elle se concentre sur l’économie humaine en tant que système social, système par ailleurs soumis aux contraintes de l’environnement biophysique, l’économie écologique est appelée à jouer un rôle prépondérant dans la refonte du cadre et de la méthode de la science économique. En économie écologique, les modèles comportementaux couvrent la consommation et la production aux sens les plus larges, soit dans leurs dimensions écologiques, sociales et éthiques ainsi que leurs conséquences sur le marché. Dans ce sens, il s’agit d’un champ d’investigation qui couvre la majeure part de la science économique néoclassique autant que les courants de pensée hétérodoxes tels les sciences économiques comportementale, évolutionniste, institutionnelle, post-keynésienne, radicale ou sociale.

Le courant majoritaire est confronté à divers défis et ce n’est là pas chose nouvelle. La conception économique du comportement humain est contestée depuis plus d’un siècle. La différence, aujourd’hui, se situe dans le fait que la contestation principale du paradigme standard de bien-être est issu du courant majoritaire, au sein même de la profession. Aujourd’hui, c’est tout un ensemble de lauréats du prix Nobel qui se situent hors du cadre du modèle walrasien de l’équilibre général. Il est de plus en plus admis que pour être à même de comprendre le contexte de l’activité économique, il est nécessaire de s’être familiarisé avec les découvertes correspondantes des sciences sociales et des sciences naturelles.4

Dans les pages qui suivent, nous commençons par décrire les fondations du bien-être dans la théorie économique néoclassique. Nous présentons brièvement les bases du modèle néoclassique et discutons en détail des principales pommes de discorde entre cette démarche et l’économie écologique en décrivant, pour chaque sujet, le point de vue néoclassique et l’alternative présentée par l’économie écologique. Nous terminons par un appel en faveur d’une démarche structuraliste qui catégorise consommation et production dans le cadre d’un processus social et biophysique unifié.

2. L’économie du bien-être (welfare economics)

Les économistes écologiques sont sans cesse confrontés à deux critiques de la part des économistes néoclassiques. Leur premier argument se présente comme suit : “nous savons déjà cela : les faiblesses de la théorie néoclassique que vous avancez ne sont plus valides. La ‘nouvelle’ théorie économique néoclassique ne repose plus sur les vieux axiomes des décisions de consommation et de la concurrence parfaite.” La deuxième objection est éloquemment résumée et contredite par Bromley (1990) : «  En effet, nous faisons souvent l’objet de critiques parce que nous n’avons pas présenté de manière complète la nature et l’étendue du paradigme que l’on a évalué de manière alternative. On connait la chanson : “Nous pourrions admettre que vous ayez raison mais il est facile de critiquer sans proposer une alternative meilleure. Tant que vous ne le ferez pas, nous estimons pouvoir maintenir notre point de vue.” Ce système de défense est déloyal. Savoir qu’un aspect fondamental de la pensée économique est faux et en maintenir néanmoins son usage comme s’il s’agissait d’une vérité en argumentant que la charge de la preuve repose sur ceux qui en ont dénoncé le caractère fallacieux, c’est tout bonnement irresponsable. En effet, persister à transmettre une proposition que l’on sait être fausse en arguant que c’est aux critiques de trouver la proposition qui la remplacera confine à la faute académique.  »

Pour ce qui concerne l’argument “nous savons déjà cela”, le domaine des sciences économiques a accompli d’importants pas en avant ces dernières années par la mise en œuvre de modèles comportementaux et de production économique réalistes. Bon nombre des remises en question s’adressant à la théorie néoclassique de l’économie du bien-être sont tirées de la littérature académique du courant dominant. Les recommandations en matière de politique économique restent néanmoins enracinées dans les deux théorèmes fondamentaux de l’économie de bien-être. Le premier affirme que l’efficacité au sens de Pareto est obtenue par la maximisation des préférences sous l’effet des contraintes budgétaires et par la maximisation des profits en fonction d’une technologie donnée. Le second, dans le fil du premier, pose que quasiment tout résultat efficient au sens de Pareto peut être supporté par des transferts forfaitaires appropriés.5

Le caractère contraignant des conditions nécessaires pour atteindre le résultat d’efficience (cfr. Pareto) est bien connu5 mais cet objectif continue pourtant de dominer les politiques économiques. Ainsi, Lockwood (1987, p.811) affirme à propos du second théorème de Pareto : « il n’est pas exagéré de dire que l’ensemble de la théorie micro-économique moderne des politiques d’intervention gouvernementales (y compris l’analyse coût-bénéfice) est fondé sur cette idée. »

Les théorèmes fondamentaux de l’économie de bien-être constituent le fondement de la démarche supposant l’“échec du marché” des politiques économiques (Stiglitz 1994, 7). L’efficience au sens de Pareto ne peut être obtenue si de “mauvais” signaux en matière de prix sont envoyés et il entre dans les attributions légitimes des gouvernements d’apporter certains correctifs à ces “défaillances du marché”. Le but des politiques économiques néoclassiques de bien-être – quel que soit le problème spécifique à résoudre – consiste à créer les conditions d’une économie concurrentielle afin d’atteindre l’efficience au sens de Pareto. L’efficience “parétienne” peut être élargie afin d’inclure les biens et services qui ne sont pas échangés sur le marché ou de prendre en compte les facteurs externes de consommation et de production autres que les prix, par la simple extension du domaine de fixation du prix. Les méthodes de fixation du prix des facteurs externes dominent les travaux de recherche appliquée en économie environnementale. Dans ce domaine, des outils de préférences exprimées ont été créés, avec d’autres, dans les années 1970, en réponse à l’élargissement de l’analyse coût-bénéfice à l’évaluation environnementale. Mais, ici encore, la solution à chaque problème qui se présente – du changement climatique à la perte de biodiversité en passant par les termes de l’échange et la répartition des revenus – est un résultat secondaire de l’établissement de prix justes. En procurant un outil de mesure apparemment précis du bien-être social, l’objectif de l’efficience “parétienne” a étouffé les discussions sur les questions de redistribution et les objectifs sociaux autres que l’efficience des allocations.

Le critère de Pareto est l’un des outils les plus utilisés dans l’analyse des politiques économiques. Une amélioration parétienne a lieu lorsqu’au moins une personne accroît son bien-être sans que personne d’autre ne soit appauvri. L’amélioration possible de Pareto (ndt : abréviation anglaise en infra = PPI pour potential Pareto improvement) implique un changement qui améliore le bien-être d’une personne mais tout en portant préjudice au bien-être d’une autre. En vertu de la règle Kaldor-Hicks, un tel changement se justifie si les bénéficiaires apprécient plus fortement leur gain que les perdants ne déplorent leur perte, même si aucune compensation n’a lieu. Kaldor (1939) soutenait que l’efficience pouvait et devait être séparée des questions de répartition – un problème qu’il valait mieux laisser à l’extérieur du champ économique. Les problèmes relatifs au concept de la PPI (amélioration possible de Pareto) et au postulat de la séparabilité émergent de sources variées. En premier lieu, l’identification des PPI se heurte à des difficultés théoriques insurmontables dans la mesure où la base du revenu réel est différente avant et après déplacement d’un point d’efficience parétienne vers un autre. Ces difficultés donnent lieu à nombre de paradoxes lorsque l’on applique le critère Kaldor-Hickx (Boadway 1974, Samuelson 1950, Scitovsky 1941), dont le sens est qu’il n’est pas possible de comparer deux résultats d’efficience parétienne sans se livrer à des comparaisons interpersonnelle d’utilité (Susumura 1999).7 Une autre source de problèmes relatifs au concept de PPI est le nombre croissant de preuves contredisant le modèle axiomatique des décisions de consommation englobant l’existence de préférences endogènes (Bowles 1998), l’effet de la dotation (Knetsch 1989) et le classement lexicographique des préférences (Spash 2000). Le modèle axiomatique néoclassique se révèle médiocre lorsqu’il s’agit de prédire les comportements économiques (Henrich et al.2001), ce qui remet en question non seulement la validité de la PPI en tant qu’outil de guidance des politiques mais aussi la notion d’efficience telle que la conçoit l’économie de bien-être.

La théorie du consommateur a été dominée par un objectif d’efficience dans la maximisation de l’utilité, soutenue par la notion de l’homo œconomicus et les axiomes sous-jacents des décisions de consommation (les préférences sont complètes, réflexives, transitives, continues et révèlent l’insatiété et la diminution du taux marginal de substitution). De la même façon, la théorie de la production a été dominée par un objectif d’efficience dans la maximisation du profit, soutenue par la notion de concurrence parfaite et les hypothèses connexes relatives au comportement des firmes (indépendance des actions des firmes, pas de position dominante sur le marché, rendements d’échelle constants, information parfaite et pas d’incertitude).

Ces dernières années cependant, des avancées empiriques et conceptuelles concernant le comportement du consommateur et la théorie relative aux firmes ont remis en question les deux pierres angulaires de l’économie du bien-être néoclassique. Si ces pierres angulaires se brisent, c’est tout l’édifice du bien-être néoclassique qui s’effondre avec elles. Bien entendu, il existe des divergences de vues parmi les économistes hétérodoxes quant à l’importance de l’équilibre général et de l’efficience parétienne. Cependant, c’est bien le rejet de l’efficience possible de Pareto en tant que moteur des politiques économiques qui constitue la caractéristique définitoire de plusieurs écoles hétérodoxes d’économie et ce rejet peut constituer le point focal à partir duquel pourrait se construire une théorie unifiée à même de défier l’orthodoxie néoclassique.

L’exemple du changement climatique met en relief les conséquences de cette fixation sur l’efficience et la déconnexion qui en résulte d’avec d’autres objectifs tout aussi valides. Un consensus sur le changement climatique planétaire a pu être atteint dans les milieux scientifiques et politiques au travers du travail réalisé par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Au sein du GIEC, des scientifiques et des décideurs politiques, issus de disciplines, de sociétés et de cultures diverses, affirment que l’humanité fera face à une augmentation considérable de la température moyenne du globe au cours de ce siècle (GIEC, 2001A). Parmi les conséquences probables, citons l’élévation du niveau des mers, l’accélération de la perte de la biodiversité, une incidence croissante sur la santé humaine et de rapides oscillations ou « sauts » entre des régimes climatiques très distincts (GIEC, 2001B).

Le modèle du changement climatique de William Nordhaus (1992, 2001) est le modèle économique auquel les décideurs politiques se réfèrent le plus largement. Ce modèle a joué un rôle primordial dans la justification des retards accumulés en matière de réduction des gaz à effet de serre. Dans le droit fil du modèle néo-classique de l’économie de bien-être, l’objectif principal est d’atteindre un résultat efficient où les coûts marginaux sont égaux aux avantages marginaux.8 Les conséquences en termes de répartition, la distinction entre émissions de luxe et de subsistance ou encore l’accroissement des risques pour certains segments de la population sont ignorés. D’autres difficultés du monde réel sont également ignorées telles les frais de transactions, l’incertitude pure et la méconnaissance des situations nouvelles (difficultés prises en compte avec une sophistication croissante par les économistes conventionnels).

Les modèles de Nordhaus supposent la certitude, des rendements d’échelle constants à l’échelle, l’ensemble des axiomes de la théorie des décisions de consommation, des impacts lisses et continus du changement climatique et l’existence d’une fonction sociale de bien-être. Ils partent aussi du principe que tous les désirs humains peuvent être représentés par un consommateur unique et omniscient et que les systèmes économiques du monde peuvent être représentés, soit par une fonction de production unique et mondiale, soit par une série de fonctions de production régionales harmonieuses. Actualiser l’avenir est réputé approprié lorsqu’il s’agit d’estimer la valeur d’un climat stable dans un futur lointain. L’utilisation des maigres ressources de la société pour modérer l’ampleur du changement climatique n’est justifiée que si elle engendre une augmentation nette de la production économique. Théoriquement, une telle politique se justifierait parce qu’elle produirait une amélioration possible de Pareto.

Les modèles économiques de la théorie du bien-être relatifs au changement climatique sont bien plus que d’inoffensifs exercices académiques. Ils sont abondamment cités par des responsables politiques qui les considèrent comme des preuves scientifiques démontrant que des politiques agressives de lutte contre le réchauffement climatique ne seraient pas rentables. Des organisations de lobbying opposées aux actions de lutte contre le changement climatique mondial telles Cooler heads coalition et National consumer coalition citent les conclusions du modèle Norhaus pour affirmer que « les conséquences économiques du réchauffement de la planète seront modestes » et que « la mise en œuvre du Protocole de Kyoto sera coûteuse et défavorable au bien-être économique du peuple américain » (voyez : www.globalwarming.org). Lorsqu’on travaille dans le cadre de l’économie de bien-être, les seules conséquences de l’effet de serre qui comptent vraiment sont celles qui affectent le PNB. Puisque le modèle de Nordhaus repose sur un scénario sans surprise qui n’entrevoit que des changements mineurs et prévisibles, les effets seront probablement modestes. Cette conclusion n’est pas fondée sur l’objectivité scientifique mais plutôt sur des suppositions orientées par des valeurs et apliqués à l’actualisation, aux changements techniques et aux coûts de réduction. Elle reflète dans le meilleur des cas les vues personnelles de l’analyste et, au pire, les attentes de ses promoteurs de recherche (Chapman et Khanna, 2000). Des considérations d’ordre éthique sont au centre du débat sur le réchauffement de la planète mais elles sont mises de côté par les théoriciens néoclassiques du bien-être. Améliorer l’efficience est la justification absolue de toute politique d’intervention. Cette argumentation ignore le fait que les prix et la production existantes dépendent de facteurs éthiques tels la répartition des revenus, les politiques environnementales et le niveau de dépenses des programmes sociaux.

3. La démarche de l’économie écologique

Les enjeux conceptuels majeurs qui émergent de la littérature économique écologique sont le monisme de la valeur, le modèle de l’acteur rationnel, l’analyse marginale, le traitement de l’incertitude, le rôle de l’efficacité en politique économique et la production en tant que processus social et physique. Ces questions sont cruciales pour la théorie néoclassique du bien-être et son traitement des grands enjeux environnementaux et sociaux. Ci-dessous, chaque pilier méthodologique est présenté en vis-à-vis d’une démarche alternative.

Enjeu conceptuel Économie de bien-être néoclassique Alternative de l’économie écologique
Monisme de la valeur Réduit la valeur à des unités monétaires mesurables ; fonction d’utilité Sépare la valeur en catégories non mesurables ; évaluations multicritères
Acteur rationnel L’entreprise et le consommateur, pris individuellement, au centre de l’analyse Analyse les humains comme acteurs sociaux : consommateur opposé au citoyen
Analyse marginale Statique comparative des changements marginaux Reconnaît les changement discontinus et les effets totaux
Changements évolutifs L’évolution comme optimisation contrainte, survie de la vision la plus correcte des résultats du marché, selection basée sur l’individu. Importance de la contingence, des accidents historiques, sentier de dépendance. Considère tant l’altruisme et la sélection du groupe que l’égoïsme
Incertitude Réduit l’incertitude au risque. Prise de décision : prise en compte des résultats du marché Principe de précaution utilisé pour gérer l’incertitude pure. Orientation processus, prise de décision : prise en compte de la co-évolution.
Critères de décision Efficience comme seul critère, généralement en fonction des améliorations « parétiennes » possibles Équité, stabilité et capacité de résilience des systèmes environnementaux et sociaux
Processus de production Théorie de l’allocation de ressources fixes ; fonction de production. Production comme un procéssus biophysique, thermodynamique ; démarche entrées/sorties élargie, production conjointe de biens et de déchets.
Actualisation Actualisation linéaire des coût/avantages futurs Reconnaît la différence entre la valorisation individuelle et la valorisation sociale du futur ; dévalorisation hyperbolique

Tableau 1. Enjeux conceptuels majeurs

3.1. Monisme de la valeur

Le monisme de la valeur implique que tous les objets utiles possèdent des caractéristiques communes qui rendent leur comparaison possible. Jusqu’au milieu du xxème siècle, les économistes ont vigoureusement débattu autour d’un éventail de valeurs possibles comme la valeur d’usage opposée à la valeur d’échange, la théorie de la valeur économique s’opposant à la théorie de la valeur-travail et ainsi de suite. Pourtant, durant la seconde moitié du xxème siècle, les économistes ont finalement adopté une notion plus étroite de la valeur, limitée à la valeur d’échange donnée par le marché. Des théories de l’affectation se sont emmurées dans un modèle du comportement humain supposant une rationalité stricte et un individualisme méthodologique, l’hypothèse selon laquelle toute décision d’affectation prise par une personne l’est indépendamment des autres. Des individus isolés, à un moment donné, sont supposés révéler totalement leurs préférences, déterminées de manière exogène, en comparant les coûts et les avantages de leurs choix de consommation. Les personnes choisissent ce qu’elles désirent et ce qu’elles désirent est révélé par les choix qu’elles font.

La chaîne de raisonnement dans une analyse coûts-avantages va des « préférences humaines » aux « choix faits dans le contexte du marché » et, de là, à la « valeur de marché de ces choix ». Il est supposé que les préférences exprimées pour des choses comme la biodiversité peuvent être déterminées et rendues compatibles avec celles exprimées pour les biens du marché. En général, les économistes écologiques font valoir que les liens de cette chaîne logique sont ténus. Si les préférences humaines ne sont pas décrites avec précision par les axiomes des choix de consommation, limiter les choix à ceux faits dans le contexte du marché est inutilement restrictif.

Certains résultats empiriques ouvrent une nouvelle voie pour la théorie néoclassique du bien-être, une direction qui correspond mieux à ses fondements classiques et à une conception plus large de la valeur. Ainsi, des enquêtes portant sur les préférences exprimées sollicitant des préférences pour des biens environnementaux montrent systématiquement que les préférences pour de nombreux paramètres environnementaux sont lexicographiques, ce qui veut dire qu’elles ne sont pas sujettes à des alternatives. Les résultats d’études en économie comportementale et en psychologie indiquent l’existence d’effets de dotation (les gens attribuent une valeur supérieure aux objets qu’ils possèdent déjà), d’actualisation hyperbolique (les gens actualisent le futur proche à un taux plus élevé que le futur éloigné, c’est-à-dire qu’ils préfèrent un petit avantage dans un futur proche qu’un avantage plus important dans un futur plus éloigné), d’une aversion à la perte (les gens détestent beaucoup plus le fait de devoir accepter une perte que de bénéficier d’un gain équivalent), le problème du tout / partie (les gens attribuent généralement une valeur plus élevée à la somme des différentes parties d’un objet utile qu’à l’objet lui-même) et de bien d’autres « anomalies » dans la théorie des choix de consommation (Gintis, 2000).

Le monisme de la valeur étaye l’analyse coûts-avantages (ACA) qui fait appel à la notion de surplus de consommation pour juger du caractère désirable des choix des politiques publiques. Les résultats de recherches en économie comportementale mettent en doute la validité du modèle du comportement humain qui sous-tend les démarches coûts/avantages, y compris les techniques relatives aux préférences exprimées. L’effet de dotation, par exemple, est l’une des raisons expliquant la disparité entre les mesures du consentement à payer (CAP) des changements de bien-être et les mesures, invariablement plus élevées, du consentement à accepter (CAA). Bien que les mesures CAP sont utilisées quasi-universellement pour mesurer les coûts/avantages environnementaux, les mesures CAA sont théoriquement plus appropriées (Brown&Gregory, 1999). L’existence de l’actualisation hyperbolique met en doute la validité de l’ACA en tant qu’instrument de mesure des coûts et des avantages dans un avenir moyennement éloigné à éloigné.

L’aide à la décision multicritère (ADMC) a émergé, dans l’économie écologique, comme alternative à l’ACA – et au monisme de la valeur en général. Comme son nom l’indique, cette méthode d’analyse des politiques prend en compte un large éventail d’informations pertinentes. Les méthodes ADMC permettent de choisir, d’évaluer et de soupeser les multiples dimensions qui caractérisent nombre d’enjeux décisionnels. L’évaluation peut être basée sur divers critères comme l’efficience, l’équité ou la durabilité, ce qui rend possible une estimation plus réaliste de la complémentarité ou de la substituabilité des critères. L’ADMC permet d’intégrer des considérations éthiques, de mettre le doigt sur des absurdités et de prendre en compte des préoccupations de long terme dans un cadre décisionnel démocratique. De nombreuses études de cas (Barton,1996 ; O’Neill & Spash,2000 ; Spach,2000) qui utilisent la méthode ADMC révèlent également à quel point il est utile d’incorporer des informations qualitatives dans un cadre d’évaluation économique. Cette approche, développée principalement en Europe (Spash & Carter,2001), gagne du terrain dans l’analyse appliquée aux États Unis également.

3.2. Le modèle de l’acteur rationnel

Le point de départ de l’analyse économique est un acteur rationnel prenant ses décisions à l’extérieur de tout contexte social ou environnemental. Des expériences sur la théorie du jeu et des résultats obtenus en laboratoire à partir de comportements humains réels ont mis en doute la validité générale de l’acteur rationnel néoclassique. Ces conclusions indiquent que les préférences sont endogènes, c’est-à-dire qu’elles dépendent du contexte social, des trajectoires individuelles et du développement de la préférence consciente (Albert & Hahnel 1990, Bowles 1998). En dépit de tentatives héroïques visant à réconcilier les préférences endogènes avec le modèle de l’acteur rationnel, force est de constater que ces tentatives obligent à des suppositions tellement restrictives et irrationnelles qu’elles s’avèrent de peu d’utilité pratique.

Un ensemble de plus en plus imposant de preuves empiriques dévoilent que les gens font montre d’un sens de l’impartialité dans leurs décisions d’affectation. Le cadre social est un facteur important dans la prise de décisions économiques et les gens prennent des décisions différentes selon qu’ils sont membres d’un groupe social ou qu’ils agissent en tant qu’individu isolé. Par exemple, les gens coopèrent fréquemment avec de parfaits inconnus même quand ils savent qu’ils ne les verront jamais plus (Bowles & Gintis, 2002). Fehr & Gächter (2002) mettent au jour des preuves de « punition altruiste » lorsque des gens punissent des resquilleurs au prix d’un coût significatif pour eux-mêmes. Les résultats tirés des jeux de l’ultimatum et du dictateur montrent clairement que « l’impartialité » est tout aussi importante que « l’égoïsme » pour prédire les comportements humains (Fehr & Gächter, 2000 ; Gowdy, Iorgulescu & Onyeiwu, 2003 ; Henrich et al.,2001). Les résultats de ce jeu-ci et d’autres montrent que le modèle de l’acteur rationnel n’est pas un bon moyen de prédiction du comportement humain. Les humains ont un comportement social plus complexe que d’autres mammifères et l’altruisme (ou tout autre trait) peut être imposé par des sanctions sociales. Une action de coopération comme la recherche d’un compromis ou la prise de décision collective ne peut émerger dans un cadre décisionnel où seules comptent les préférences individuelles. Les désirs humains sont socialement contingents, pas atomistiques. Les politiques publiques devraient prendre en compte les coûts et avantages dérivés du marché, mais elles devraient également reconnaître que le bien-être social dépasse largement les questions de valeur marchande.

Le modèle de l’acteur rationnel prête aussi à une controverse autour de l’actualisation du futur. Bien des choses ont été écrites sur les limitations imposées par le recours à un taux d’actualisation du futur dans le but d’attribuer une valeur à des bénéfices ou des pertes sociales et environnementales futures (Georgescu-Roegen, 1976 ; Price,1993). Tout d’abord, une action raisonnable à l’échelle d’un individu évoluant dans un environnement de marché à un moment donné peut s’avérer inappropriée pour l’ensemble de la société. Il est possible de développer d’excellentes raisons de ne pas actualiser la valeur de paramètres naturels essentiels pour la survie à long terme de l’humanité comme la stabilité climatique, la biodiversité et la non-contamination du sol, de l’eau et du système atmosphérique. En second lieu, même dans le contexte néoclassique du « choix », un nombre croissants d’éléments de preuve suggèrent qu’un taux d’actualisation linéaire ne reflète pas avec précision la manière dont les individus humains considèrent réellement le futur. Des études faites par des économistes et des psychologues ont montré que les gens sont sujets à l’actualisation hyperbolique, ce qui signifie qu’ils attribuent plus de valeur à des avantages de court terme, et qu’ensuite cette valeur chute brutalement pour se stabiliser dans le moyen terme, en sorte que la valeur d’un objet reste assez constante jusque dans un futur éloigné (Laisbon, 1997). Un taux d’actualisation hyperbolique produirait des effets dramatiques sur les calculs coûts/avantages des avantages futurs de la stabilité climatique ou de la diversité mondiale. Mais se préoccuper du bien-être des générations futures implique bien plus qu’un choix portant sur le taux d’actualisation « socialement correct ».

Dans de nouveaux modèles de jeu théoriques et comportementaux portant sur les choix de consommation, l’homo œconomicus est dépassé par d’autres espèces d’acteurs économiques (Fehr & Gächer, 2000 ; Gintis, 2000 ; Kirman, 1989). De même, la théorie néoclassique de l’entreprise indépendante du temps historique, de l’espace et du comportement des autres entreprises a été remplacée par des modèles plus réalistes. Radner (1968) a constaté que les chefs d’entreprises aussi ont un sens de « l’impartialité » quand il s’agit d’engager ou de congédier des travailleurs. Le cœur de la théorie néoclassique de l’entreprise, la maximisation du profit, a raté son test de prédictabilité et a été remplacée par des modèles plus sophistiqués de coopération, de punition altruiste et d’autres formes de comportement stratégique. Ce qui fait obstacle à l’adoption de points de vue alternatifs, c’est l’absence de congruence avec le modèle walrasien du bien-être.

3.3. Analyse marginale

La notion de marge incarne le fondement de la théorie économique néoclassique, à côté de la substitution, du monisme de la valeur, du coût d’opportunité et de l’équilibre. Les limites de l’analyse marginale sont apparentes dans le cas de l’évaluation des écosystèmes (Gowdy 1997). Enlever ou ajouter une espèce à un écosystème, par exemple, affectera les autres espèces et l’intégrité général du système de manière imprévisible. De plus, les effets seront susceptibles de se manifester différemment chaque fois qu’un changement aura lieu. Pour certaines espèces, les changements seront minimes. Ajouter ou enlever d’autres espèces, plus fondamentales, peut faire basculer la totalité de l’écosystème dans un état tout différent. Dès lors que la biodiversité se caractérise par la « transparence fonctionnelle » (Vatn & Bromley, 1994), la contribution d’un élément de l’écosystème ne sera connue qu’une fois cet élément soustrait ou ajouté au système. De plus, même dans un contexte de marché, les gens considèrent certains services et biens comme essentiels et donc non susceptibles de faire l’objet de choix à la marge (les préférences lexicographiques).

Ancrée dans la notion de marge se trouve une vision du changement économique sous la forme d’un processus graduel, continu et progressif. Cette vision des processus évolutifs est incomplète. Les chocs aléatoires non-marginaux sont une force motrice des changements évolutifs, tant en économie que dans les systèmes biologiques. Il n’est pas possible de comprendre les différences dans la distribution des espèces animales il y a 64 et 66 millions d’années si l’on ignore qu’un météore est entré en collision avec la planète il y a 65 millions d’années, transformant le climat de fond en comble. La situation économique actuelle des secteurs de l’assurance et de l’aéronautique ne peut être comprise si l’on ne tient pas compte de l’attaque du WTC le 11 septembre 2001. Le changement évolutif se caractérise par les hiérarchies de sélections, la contingence historique et les événements aléatoires (O’Neill et al., 1986). Dans des systèmes évolutifs, il n’est pas possible de modifier une partie tout en conservant la constante de toutes les autres. L’existence de changements qualitatifs et non marginaux constitue un puissant argument permettant de rejeter la théorie microéconomique en tant que pierre angulaire de l’analyse macroéconomique (vanden Bergh & Gowdy, 2003).

L’analyse des systèmes complexes adaptatifs (Gunderson et al., 1995 ; Holling et al., 2000 ; Scheffer et al., 2001) est l’une des solutions alternatives à l’analyse marginale proposée par l’économie écologique. L’état actuel de la théorie est résumé dans le rapport final du « Resilience Projet », élaboré autour de deux observations générales sur la biocomplexité socio-écologique. En premier lieu, si, en réponse aux problèmes et aux crises, les politiques de développement actuelles peuvent réussir à court terme, avec le temps, elles conduisent à des rigidités et à la myopie. Des secteurs économiques deviennent dépendants, les écosystèmes deviennent plus fragiles et le public perd confiance en la gouvernance. En second lieu, la complexité, la diversité et des opportunités dans des systèmes régionaux complexes émergent à partir d’une poignée de variables et de processus critiques opérant à des échelles très différentes dans le temps et dans l’espace. L’une des conclusions les plus puissantes découlant de l’une des étude des systèmes adaptatifs complexes est la nécessité de différencier adéquatement les stocks et les flux. Reconnaître que la dépréciation du capital naturel est un flux négatif favoriserait des régimes de gestion centrés sur la résilience du capital naturel et le maintien de larges systèmes de limites capables d’assurer la stabilité. Cette vision de l’économie écologique repose sur l’idée que la résilience est une caractéristique clé d’écosystèmes sains. La capacité de s’adapter à des changements imprévus et imprévisibles est un aspect important du comportement des entreprises et de la stabilité macroéconomique.

Un autre choix encore par rapport à l’analyse marginale est l’utilisation d’un modèle des entrées-sorties (ES)élargi afin d’examiner les effets directs et indirects de changements importants dans la structure économique. Un tel cadre ES de la comptabilité sociale permet une définition beaucoup plus flexible de l’activité économique que celle du concept d’équilibre général couramment utilisée dans la plupart des études d’incidence économique. La comptabilité sociale procure un moyen systématique d’organiser l’information tant quantitative que qualitative et sert de base sur laquelle fonder l’analyse et l’évaluation d’options politiques alternatives non-marginales et de considérer leur impact dans le contexte écologique, économique et social (voir la section 3.6 pour une discussion ultérieure).

3.4. Le traitement de l’incertitude

Le traitement de l’incertitude est un enjeu majeur qui oppose les économistes néolibéraux et hétérodoxes. Dans la synthèse néoclassique qui fit suite à la Deuxième guerre mondiale, les largeurs de vue de la Théorie Générale de Keynes sur l’importance de l’incertitude et des « esprits animaux » furent abandonnées au profit de théories déterministes et « micro » du comportement macroéconomique. Les économistes néoclassiques du bien-être réduisent l’incertitude au risque afin de conserver une certaine souplesse à leurs modèles d’équilibre général. Dans un cadre d’équilibre général, le réalisme est sacrifié au formalisme. À l’inverse, les économistes écologiques plaident en faveur d’une approche structurelle où des descriptions techniques d’économies particulières sont utilisées à des fins d’analyse de scénarios (Duchin, 1998). En termes de politiques, l’une des alternatives de l’économie écologique à la supposition que l’incertitude peut être réduite à la notion de risque est le principe de précaution (Ciriacy-Wantrup, 1952) qui suggère que, face à l’incertitude, il vaut mieux s’être trompé par excès de prudence.

Opter pour l’incertitude amène à se concentrer sur des décisions guidées par le processus plutôt qu’orientées vers le résultat. En économie, la majorité des modèles de décision sont construits sur l’idée qu’il faut diriger un système vers un résultat optimal, sans trop se préoccuper du chemin à prendre vers « l’optimalité ». Par exemple la pratique courante face à des problèmes d’allocation dynamique des ressources consiste à laisser de côté l’incertitude, à calculer un optimum en régime permanent et à spécifier la trajectoire d’approche la plus courte (most-rapid-approach path) pour atteindre le but soigneusement construit au préalable. L’économie écologique, au contraire, a donné la préférence à une vision co-évolutionniste, systémique, de l’incertitude et du changement dynamique. La co-évolution est un modèle qui, par sa nature, ne peut pas prédire ou être rendu opérationnel aussi commodément qu’un problème de maximisation des ressources. La co-évolution donne une vision d’un système social/naturel/physique complexe qui laisse entrevoir la manière de structurer nos choix individuels et sociétaux. Par exemple, Norgaard (1994) a étudié le développement agricole en Amazonie afin d’en tirer des leçons dans une perspective co-évolutionniste. Il avance que l’application des concepts prétendument universels de l’agriculture occidentale et du marché mondial à un écosystème tropical s’est traduite par un échec retentissant, tandis que les connaissances et les cultures traditionnelles, qui ont co-évolué avec cet écosystème spécifique, se sont par contre « avérées très souvent plus fiables » (1994, p.121). Reconnaître l’existence d’un processus co-évolutif sous-jacent entre systèmes social et naturel peut aider à formuler des enseignements qui peuvent contribuer à guider des processus sociaux (Erickson, 1999). Parmi ces enseignements : 1 – expérimentation à petite échelle et suivi de la chaîne évolutionniste des événements ; 2 – veiller à éviter les expériences impliquant des engagements à long terme ; 3 – la diversité dans des systèmes co-évolutifs est foncièrement bonne ; sans diversité la stagnation est probable ; 4 – mettre l’accent plutôt sur des processus évolutionnistes que sur des « réparations » mécaniques.

3.5. Efficience, stabilité et équité : préférences du marché et valeurs sociales

Les politiques néoclassiques se soucient quasi exclusivement de l’efficience allocative. La production est séparée de la consommation afin que l’efficience productive soit équivalente à la maximisation du bien-être social. Le but de l’entreprise, la réduction des coûts, a été élargie au point de devenir le but de la macro-économie et de la société dans son ensemble. Comme Bromley (1990) le soutient, ce but est idéologique, pas scientifique, en ce sens qu’il s’agit d’un jugement de valeur qui biaise l’analyse économique. Telle qu’il est formulé par la théorie standard du bien-être, l’objectif de l’efficience économique ne s’appuie sur aucun fondement logique qui garantisse son objectivité. Sans comparaisons interpersonnelles d’utilités, les économistes néoclassiques du bien-être n’ont que peu de choses à dire à propos de la désirabilité générale de situations sociales alternatives (Suzumura, 1999). Lorsque Marshall et Pigou écrivaient au sujet du bien-être des gens, ils étaient libres de se prononcer en faveurs de certaines situations sociales. Quelque temps après la Deuxième guerre mondiale, « l’économie cessa de traiter des gens et de leurs relations les uns avec les autres comme elle l’avait été auparavant, et elle commença à traiter des marchandises » (Bromley, 1990, p.91). Limiter les choix d’une politique économique au champ de l’efficience mène à la conclusion que le mécanisme du marché devrait commander les choix sociaux. Le marché est cependant peu à même de faire des choix sociaux. Les résultats du marché ne font que refléter les décisions de consommation de millions d’individus isolés, ils ne traduisent pas un choix humain en tant que phénomène social. Une fois encore, la littérature actuelle consacrée aux préférences endogènes met en doute le modèle du choix rationnel.

L’économie écologique fait la distinction entre les valeurs individuelles et les choix sociaux. Comme l’écrivent AS Vatn & Bromley (1994, p ;124) “Autant les préférences valent pour le consommateur soumis à des contraintes, autant les jugements peuvent être le concept moteur décrivant comment les citoyens choisissent des normes de base ou modifient les contraintes existantes. » C’est ici que se manifeste l’importance des institutions. Mary Douglas (1986, p.124) de conclure : “les décisions les plus profondes en matière de justice ne sont pas prises par des individus en tant que tels, mais par des individus agissant à l’intérieur et au nom des institutions.”

3.6. La Nature physique de la production

La « théorie de la production » néoclassique n’est pas une théorie de la production mais plutôt une théorie de l’allocation d’une somme fixe et d’une répartition donnée d’intrants (entrées) de production. De la même façon, la « théorie de la croissance » néoclassique n’est pas une théorie de la croissance mais plutôt une théorie de l’allocation optimale des taux de croissance des intrants. Pasinetti (1977) a écrit à propos de la théorie néoclassique de production : De toute évidence, le modèle n’a absolument rien à voir avec le phénomène de la production. Le problème dont il traite, c’est celui de l’allocation optimale, au travers de l’échange, d’une certaine dotation et d’une certaines répartition initiales des ressources.

L’économie écologique a débuté avec l’idée perspicace que l’économie devait consister en un équilibre matériel entre les matières premières qui entrent dans le processus et les déchets qui en sortent (Ayres & Knese, 1969 ;Boulding, 1966 ;Daly, 1977 ;Faber, Manstetten & Proops, 1996 ; Georgescu-Roegen, 1976 ;Mayumi, 2001). L’analyse entrées/sorties (ES) présente une alternative bien élaborée à la fonction néoclassique de la production. Si des modèles dynamiques entrées/sorties peuvent être insérés dans un cadre d’équilibre, les démarches ES et le « modèle informatisé d’équilibre général », sont distinctement différentes. Un tableau ES peut être vu comme un instantané d’une économie particulière à un moment donné. Il ne faut pas l’interpréter comme un modèle d’un équilibre dans les sens d’optimisation, de stabilité ou d’une tendance à revenir à l’équilibre lorsque celui-ci est rompu. L’analyse ES a été critiquée parce qu’elle suppose un coefficient fixe. Pourtant, de plus en plus de preuves suggèrent qu’elle est un moyen de représenter plus fidèlement la production réelle que l’isoquant doublement différentiable de la théorie néoclassique8. Les économistes écologiques ont fait des progrès dans la description de la relation entre l’activité économique, les institutions sociales et les paramètres environnementaux qui utilisent l’analyse entrées/sorties et des systèmes de décomptes sociaux. La version élargie de l’analyse entrées/sorties, la « matrice de comptabilité sociale » (MCS), donne une image concise de l’activité économique et des interconnexions entre les secteurs économiques, les caractéristiques des ménages et les institutions sociales. Une extension supplémentaire aux comptes de ressources naturelles (CRN) fournit encore une autre base de ressources environnementales/naturelles en termes d’entrées et de sorties. Le schéma 1 fait ressortir les matrices d’interdépendances dans un modèle MCS-CRN qui correspondent au cadre habituel de l’économie écologique, celui d‘une économie soutenue par un cadre social, lui-même fondé sur la base d’un écosystème. Les transactions économiques, sociales et environnementales sont respectivement capturées par l’analyse ES, la MCS et les CRN. Avec une description quantitative de ces flux, un modèle MCS-CRN peut être utilisé pour analyser des scénarios complexes portant sur des changements économiques, sociaux et environnementaux.

Tableau 1. Une vision des systèmes de comptabilité imbriquée en économie écologique.

4. Conclusion

On affirme souvent que les économistes doivent suivre la voie étroite du néoclassisisme « parce qu’il n’y a pas d’autre alternative suffisamment constuite. » Comme nous l’avons fait ressortir plus haut, l’alternative existe mais elle requiert l’abandon de la « grande théorie unificatrice », bancale, de l’économie néoclassique du bien-être. Plutôt que d’une Théorie pour tout, il semble que c’est d’une Théorie des théories des choses que nous avons besoin. Pour comprendre l’économie humaine, il faut pouvoir apprécier correctement l’importance des hiérarchies, la contingence et l’auto-organisation ainsi que pouvoir reconnaître la fragilité des économies de marché dans l’espace biophysique et la spécificité de la culture.

Le dilemme politique est celui-ci : étant donné qu’une part importante de notre bien-être est issue des flux monétaires générés par l’économie de marché – une économie isolée des influences directes du monde de la nature –, comment créons-nous des politiques qui préserveront les systèmes de notre planète qui supportent la vie ? L’économie écologique s’efforce encore et toujours de répondre à cette question et, jusqu’à présent, aucune réponse satisfaisante n’a été trouvée. Mais, parmi toutes les écoles, conventionnelles et hétérodoxes, de la pensée économique, l’économie écologique est la seule qui tentera forcément de donner une réponse au problème de la survie de l’humanité dans les siècles à venir. C’est l’école de pensée qui reconnaît explicitement l’existence d’interconnexions et d’interdépendances entre les mondes : l’économique, le biophysique et le social. Nous n’avançons pas de grandes théories mais invitons plutôt à une démarche flexible qui reconnaît l’unicité des cultures et des écosystèmes spécifiques. Norgaard (1989) réclamait une pluralité des démarches vis-à-vis de la théorie économique et des politiques dans le premier numéro de la revue « Ecological Economics », il y a plus d’une décennie. L’économie écologique existe depuis à peine dix ans et, jusqu’à présent, n’a pas été rassemblée en une école de pensée cohérente ; parmi les écoles hétérodoxes, elle est cependant la candidate la plus crédible pour constituer une alternative intégrale à l’orthodoxie néoclassique.

1Traduction d’un “working paper in economics” n°0402 (février 2004) du département d’économie du “Rensselaer Polytechnic Institute”, 110 8th Street, Troy, NY, 12180-3590, USA. www.rpi.edu/dept/economics. Cette traduction a été réalisée pour étopia par Louis Wyckmans et André Verkaeren.

2Il existe à l’heure actuelle une littérature étendue consacrée à l’histoire et à la démarche de l’économie écologique. Nous avons notamment tiré parti des contributions de vanden Bergh (2000), Brown (2001), Christensen (1989), Costanza et al. (1991), Daly (1977), Martinez-Alier (1987), Mayumi (2001), Norgaard (1994), Proops (2002), Söderbaum (2000), Spash (1999) et Turner (1999).

3Le domaine de l’économie change avec une rapidité telle que le terme “néoclassique” ne représente plus ce noyau monolithique d’antan. Nous utilisons les termes “économie néoclassique de bien-être” pour faire référence au modèle walrasien fondé sur les préférences exogènes égoïstes et une contractualisation complète et sans coût. À ce propos nous observons aussi que de nombreux économistes sensibles à la question environnementale ainsi que des écologistes utilisent des modèles écologiques plutôt que des modèles économiques. Ces chercheurs sont moins préoccupés par ce qui se passe en économie et rédigent leurs propres contributions, importantes également.

4Le lauréat du Nobel d’économie de 2002, le psychologue Daniel Kahneman, a été distingué par le comité du Prix Nobel pour son travail qui démontre “...comment il se pourrait que les décisions humaines s’écartent systématiquement de celles prévues par la théorie standard de l’économie”. (Communiqué de presse, Académie royale des sciences, 9 octobre 2002)

5La plupart des manuels d’économie surévaluent le Second théorème fondamental. Celui-ci ne dit pas que tout résultat “parétien” peut être obtenu au travers du marché. C’est un fait connu que l’équilibre concurrentiel est rarement unique et qu’il est fréquemment instable. Dès lors, le second théorème du bien-être ne constitue pas la justification d’un grand nombre de démarches du “libre marché” défendues par les économistes. (Bryant 1994)

6La discussion la plus complète sur l’existence d’un équilibre général fut menée par Arrow et Debreu (1954) qui ont basé leurs preuves sur le théorème du point fixe de Kakutani. Le modèle Arrow-Debreu est un modèle individualiste, suppose des attentes rationnelles, que tous les agents ont un prix de marché, qu’il n’y a pas d’information asymptotique et l’argent n’apparaît pas dans ce modèle. Bien que le modèle Arrow-Debreu d’équilibre général est encore toujours cité comme preuve de la désirabilité de marchés concurrentiels, Arrow a toujours maintenu que le modèle est surtout utile pour démontrer l’inefficacité du marché comme il se présente dans le monde réel (Geanakoplos 1987 ; Stiglitz 1994).

7Le problème fondamental posé par la détermination des améliorations possibles de Pareto est que tout optimum “parétien” est dépendant d’une source quelconque d’allocation initiale de ressources. Considérons deux allocations “parétiennes” efficaces, A et B, sur une frontière de possibilités de production. Le point A est optimal étant donné certaines fonctions de bien-être social basées sur une allocation initiale particulière de ressources. Le point B est optimal étant donné une fonction de bien-être social basée sur une quelconque autre allocation initiale de ressources. L’existence de ces bases différentes avec des prix relatifs différents et des taux de substitution marginaux différents fait surgir une variété de paradoxes qui empoisonnent la théorie économique du bien-être. C’est pour ces raisons qu’il est impossible d’identifier sans ambiguïté les PPI dans une économie d’échange pur et bien moins encore dans l’économie de marché réelle. Les problèmes s’accumulent lorsque le concept de PPI est utilisé pour juger les améliorations de bien-être intergénérationnelles.

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